La main droite du diable

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Traduit par Pierre Bondil

4e de couverture : « Ivrogne. Petite cinquantaine. Récemment libéré de l’asile psychiatrique. Cherche emploi bien rémunéré. » Les choses vont mal pour Jack Taylor. Certes il a arrêté de boire, mais après avoir végété dans un asile psychiatrique, il se retrouve dans les rues d’un Galway qui lui semble inconnu. En quelques mois, tout paraît avoir changé. Jack ne reconnaît plus rien dans cette Irlande en pleine prospérité économique. Taraudé par le remords après la mort de la petite Serena May, il essaie de remettre un peu d’ordre dans sa vie. Il accepte avec réticence d’enquêter sur la mort d’un prêtre retrouvé décapité dans son confessionnal. Dans un pays dont les valeurs vacillent, alors que les scandales pédophiles secouent l’Eglise catholique irlandaise, Jack Taylor va devoir faire face à ses pires démons… »

J’ai rencontré Jack Taylor avec Le martyre des Magdalènes et j’avais trouvé ce personnage d’un cynisme et d’un humour délicieux ! A vrai dire, à la lecture de la quatrième de couverture, on peut hésiter à vouloir le rencontrer ! Mais il ne faut pas, au contraire…

Jack Taylor mène des enquêtes mais a la particularité de n’être pas inspecteur, ni commissaire, même plus garda siochana (gardien de la paix) parce qu’il s’est fait viré. Il est reconverti en détective, même pas privé. Bref, un drôle d’énergumène ! Pourtant c’est un grand coeur et un homme sensible (si, si) : responsable de la mort de la fille de son meilleur ami par défaut de surveillance, il a sombré dans une grave dépression qui l’a mené tout droit à l’hôpital psychiatrique où il est resté 5 mois, dans un état de prostration totale. Il doit sa renaissance à un autre patient, un Camerounais, pas aux médicaments.
Jack se retrouve dans les rues de Galway, sa ville (et celle de son créateur, Ken Bruen) pour notre plus grand plaisir, de sucroit en pleine canicule de 2003 (oui, je confirme que la canicule a bien touché l’Irlande en 2003 !)… Il découvre que son meilleur ami est devenu ivrogne et clochard et que l’ex-femme de celui-ci, n’a qu’une envie trouer la peau de Jack à la première occasion. Pourtant, ce n’est pas ce qui va occuper notre héros, mais le meurtre d’un prêtre…

Ken Bruen aborde ici sans concession ni « édulcorant » les scandales de la pédophilie en Irlande. Il n’hésite pas à faire parler les victimes et c’est l’occasion pour Jack Taylor de régler ses comptes avec un prêtre qui traînait un peu trop avec sa mère : les hommes d’église aimaient bien les femmes seules avec enfant. Ken Bruen n’hésite pas à secouer le lecteur par une écriture qui ne fait pas dans la dentelle et un humour noir corrosif qui fait mouche !
Jack Taylor traîne ses guêtres dans les rues de la Galway du Tigre celtique et rien ne lui échappe. Il a le sens de la répartie, surtout en ce qui concerne son pays :

« L’Irlande est un pays de questions et de très très rares réponses » (tellement vrai !!)

« Conseiller aux gens, en Irlande, de faire attention au soleil, c’est aussi rare que de servir du bacon sans chou pour l’accompagner »

« Jamais vous ne verrez, et je dis bien jamais, un citoyen irlandais passer sous une échelle ou ne pas croiser les doigts pendant un match de hurling »

« Neuf fois sur dix les femmes d’Irlande ne manquent pas de vous casser les couilles » : ah bon ? je crois que l’inverse est tout à fait vrai !!

L’autre événement majeur de cette aventure c’est que Jack a renoncé à tout jamais à l’alcool.  Et il tient parole : il va au pub avec les diverses personnes qu’il rencontre mais, s’il commande un bière, il la laisse intacte ! Au pire, il essaie une cuite au café noir…

Le personnage de Jack Taylor m’a un peu fait penser à John Rebus, le héros de Ian Rankin… Comme son confrère écossais, Ken Bruen sait vous plonger dans l’ambiance d’une ville avec un personnage tout sauf parfait…

Autre détail d’importance : Jack Taylor est un amoureux des livres, surtout des romans noirs des années 50. Rien de tel qu’un petit David Goodis pour remettre notre héros sur pied : « Je voulais seulement avoir du temps pour me reposer, essayer de récupérer un peu d’énergie. Je me plongeai intensément dans la lecture. David Goodis, bien sûr. Dans le lot que m’avait préparé Vinny, il y avait Eugène Izzi, Invasions, coincé entre Cauchemar et Cassidy’s Girl. Si un écrivain de romans noirs a un jour connu une fin noire, c’est bien lui. »

Bref, un Ken Bruen de très très bon cru, qui rend accroc ! Ce roman noir a d’ailleurs obtenu le Grand Prix de littérature policière 2009.
On en redemande !

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Les disparus de Dublin

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Traduit par Michèle Albaret-Maatsch

4e de couverture : « C’est là, dans son repaire, un soir d’ivresse, que le cadavre d’une inconnue déclarée morte dans de troublantes circonstances va obliger Quirke à sortir de l’ombre – à se lancer dans une enquête que tous cherchent à lui faire abandonner. Car cette enquête, qui met en cause l’Eglise toute-puissante des années 1950, menace de dynamiter la haute société catholique, de Dublin à Boston. Et de gangrener l’âme de sa propre famille, en réveillant ses blessures les plus enfouies.
Il est médecin légiste, veuf, misanthrope, souvent soûl – bref, pas très catholique. Avec Quirke, John Banville a créé un héros que vous allez adorer.
Derrière le nom de Benjamin Black, se cache le grand romancier irlandais John Banville, Booker Prize 2005 pour
La Mer »

Whaou ! Une fois le livre refermé, on reste sonné par ce roman noir ! Un vrai brûlot pas très catholique, en effet au regard du sujet auquel il s’attaque.  Bien davantage qu’un simple roman policier, Benjamin Black, pseudonyme volontaire de John Banville (dont il ne s’est jamais caché) écrit un livre bien ficelé qui démonte l’Eglise toute puissante des années 50 en Irlande et la haute société irlando-américaine. Un roman d’amours tragiques, sur fond de trafic de bébés,  de meurtres, d’histoires de « famille » bien alambiquées à l’irlandaise .

Quirke est un héros attachant. Il n’est pas policier mais médecin légiste.  C’est l’anti-héros par excellent. Un picoleur au grand coeur, mais un coeur blessé et pas trop fier de son passé. Un Irlandais orphelin de surcroît, comme beaucoup de gosses de sa génération. Il a épousé Délia au lieu d’épouser Sarah, la femme qui s’est finalement donné à Malachy, son faux frère, médecin des vivants, alors que lui est le médecin des morts… Pourtant il va faire ressurigir le passé pas très glorieux d’une certaine Irlande des années 50…

1224259218921_1Au fil des pages, le lecteur croise des personnages abîmés par la vie,  les femmes du peuple en particulier : cette pauvre Claire Stafford, infertile et malheureuse mère adoptive de la petite Christine au triste sort, la pauvre Moran qui finira mal également, cet abruti d’Andy Stafford qui ne sait pas consoler bébé Christine qui pleure… Et c’est justement par ce mystérieux bébé qu’est hanté tout le livre. Quirke et le lecteur sont entrainés par une spirale infernale et irrémédiable. La condition féminine en Irlande, le rôle de l’Eglise et de la haute société catholique  sont étalés au grand jour et ce n’est pas joli à voir. De plus, même la justice est pourrie… alors où va-t-on ? C’est la question que l’on se pose en refermant le roman alors que Quirke remet à l’inspecteur Hackett le journal secret tenu par la Moran, témoin gênant pour la haute société : « Ca va produire beaucoup de poussière si on abat les piliers de cette société. Beaucoup de poussière, de briques et de gravats. Il serait sage de se tenir à distance. » déclare le policier. Ca promet…

Heureusement qu’il y a Phoebe, la pseudo-nièce de Quirke (oui, parce que rien n’est simple) : elle représente la jeunesse, l’avenir et la modernité. Une jeune femme de 20 ans qui pose un regard dur sur la génération de ses parents (qui l’ont empêché d’épouser son protestant d’amoureux alors qu’eux ont fait des choses pas franchement « clean »).

Ce roman, paru en France fin 2009 mais écrit en 2006 attend une suite en cours de traduction, que personnellement j’attends avec impatience (encore un série à lire !). Merci à John Banville d’avoir eu l’idée de cette excellente série qui ne mâche pas ses mots (un style brut et sans détour pourtant élégant) et ne lâche pas le lecteur. Je le remercie également pour les quelques mots que nous avons échangés, un grand écrivain d’une simplicité et d’une modestie étonnantes.

Il s’est documenté auprès de Paul Williams, journaliste irlandais un expert du milieu, qui l’a conseillé.

NB : le roman existe en format poche, chez 10/18.

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Karitas, l’esquisse d’un rêve

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A travers les mots de Henry Kiljan Albansson

4e de couverture : « Karitas rêve d’être peintre. Dans la ferme familiale, perdue au fond d’un fjord d’Islande, elle dessine, comme son père disparu en mer le lui a appris. Vouée à saler les harengs, son destin bascule quand une mystérieuse artiste révèle son talent et l’envoie à l’Académie des Beaux-Arts de Copenhague. A son retour, Karitas n’a qu’un souhait : monter son exposition et consacrer sa vie à l’art abstrait. »

ENVOUTANT ! Et c’est presque un faible mot pour ce roman qui vous emporte vraiment, non pas dans le monde de l’art comme semble le sous-entendre la quatrième de couverture, mais dans les coins les plus reculés d’Islande. Karitas, comme sa mère, partie avec ses six enfants pour qu’ils aillent à l’école, est une nomade. Revenue en Islande pour monter gagner l’argent qui lui permettra de monter son exposition, Karitas part saler le hareng dès que la saison est venue. C’est là qu’elle y rencontre celui qui deviendra son mari, Sigmar, un marin possédant « une magie diabolique ». Il l’emmène dans son village reculé des fjords de l’Est, au pied de la citadelle des elfes, perturbant ses projets d’artiste.

Ne vous y trompez pas, ce roman n’est pas une « fantasy ». Mais tout simplement en Islande, il n’est pas rare de croiser, dans certaines régions, comme le fera Karitas, le petit peuple, ou des femmes mi-elfes, et pas toujours bien intentionnées. Jamais, dans le roman on ne trouvera cela étrange ou loufoque.
Au contraire, cela fait partie intégrante de l’ambiance de cette île aux étés courts et aux hivers sans fin. « Le pays était blanc et glacé. Dans le silence immobile, on entendait distinctement le craquement des icebergs lorsqu’ils se détachaient lourdement à la sortie du fjord. »
Pour se tenir le coup, les Islandais de ce début du XXe siècle (le roman se déroule de 1915 à 1939) mangent du lard de phoque, de la tête de mouton flambée, se font des infusions de mousse des montagnes, partent à la chasse aux grands labbes, phoques ou guillemots… Un hiver particulièrement difficile « on disait que le silence sur la banquise était uniquement troublé par le grognement des ours blancs »

Un roman riche sur la vie de cette époque et la condition féminine. On apprend notamment que même au Danemark, là où a étudié Karitas, les femmes n’avaient pas le droit de dessiner le corps d’un homme nu d’après un modèle masculin en chair et en os (alors que c’était autorisé pour représenter une femme) : elles devaient dessiner d’après des oeuvres déjà existantes.

Kristin Marja Baldursdottir, en commençant cette fresque romanesque, a décidé de conter la vie d’une femme sur cent ans. Autant dire, qu’avec les moments magiques de cette lecture qui m’a emportée très loin et vraiment fait voyager comme le font toujours les très bons romans, je vais lire la suite, Chaos sur la toile.

Une très belle découverte, un roman palpitant où l’on ne s’ennuie pas une seule fois tout au long  des 543 pages, des coups de théâtre, une vraie documentation et une héroïne très attachante par son caractère bien trempé, le regard qu’elle porte sur sa condition et sur le pouvoir des hommes. Une femme en lutte.  Un coup de coeur !

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Entre ciel et terre

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A travers les mots d’Eric Boury

4e de couverture : « Parfois, à cause de mots, on meurt de froid. Comme Bardur, pêcheur à la morue islandais, il y a un siècle. Trop occupé à retenir des vers du Paradis perdu de Milton, il oublie sa vareuse en partant en mer. De retour sur la terre ferme, son meilleur ami entame un périlleux voyage pour rendre à son propriétaire, un vieux capitaine devenu aveugle, le livre funeste. Pour savoir aussi s’il veut continuer à vivre. »

Un roman magistralement écrit comme on en voit peu (merci au traducteur !). Une poésie à couper le souffle, une originalité stylistique incontestable (on passe du style direct libre au style indirect, de l’interpellation à la narration, de l’humour à la gravité sans que cela ne gêne en rien la lecture). Un régal !

Une histoire toute simple et ô combien romantique : un pêcheur expérimenté, Bardur, le seul et unique ami du gamin (qui n’a d’autre nom que celui-ci) meurt en mer lors d’une sortie un jour de tempête de neige, sur la terrible Mer Glaciale, parce qu’il a oublié de prendre sa vareuse… Cet homme était absorbé par la lecture du Paradis perdu de Milton, dans une édition de 1928, dont une traduction est arrivée jusqu’en Islande.Son propriétaire n’est pas Bardur, mais un vieux capitaine : « Milton était aveugle, tout comme le capitaine, c’était un poète anglais qui a perdu la vue à l’âge adulte. Il composait plongé dans les ténèbres et c’était sa fille qui transcrivait ses poèmes. (…) Des vers composés au creux des ténèbres qui jamais ne désertaient ces yeux, tracés par la main d’une femme, traduits en islandais par un pasteur doté d’une bonne vue, mais qui vivait  parfois dans un tel dénuement qu’il n’avait pas de papier pour écrire et qu’il devait se contenter du ciel au-dessus de la vallée de la Hörga en guise de feuille ».

Ne se remettant pas de cette terrible perte, le gamin n’aura qu’une obsession : rendre le livre à son propriétaire et se tuer… Enfin, du moins c’est ce qu’il croit. Mais la vie n’est pas aussi triste… Il croise furtivement une jeune femme qui l’impressionne : « elle n’est qu’un iceberg, pense-t-il, un iceberg couvert d’ours polaires qui vont me dévorer ». Mais elle est aussi et surtout « la pluie qui arrose le désert, le soleil radieux qui illumine les coeurs et elle est la nuit qui console »

D’une histoire toute simple, Jon Kalman Stefansson en fait un enchantement et aborde avec brio le questionnement sur la vie et la mort, la quête d’un sens à l’existence.

Un roman qui hante le lecteur une fois terminé…

Ca va sans dire que je vais lire la suite des aventures du gamin, dans La tristesse des anges.

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Un jour, quand je serai à la retraite, j’ai décidé que j’apprendrai l’islandais…

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Cent ans

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Traduit par Luce Hinsch

4e de couverture : « Cent ans séparent Herbjørg de son arrière-grand-mère. Cent ans d’histoire, d’amours, de déchirements, durant lesquels quatre générations de femmes se passent en flambeau la honte familiale. À travers les passions et luttes silencieuses de ses ancêtres, dans le coeur aride des îles Lofoten, Wassmo reconquiert la douleur des origines. Pour naître à soi-même, enfin. »

Herbjorg Wassmo est une écrivaine majeure de la littérature norvégienne contemporaine. Malgré toute ma passion pour la littérature nordique, je ne l’avais encore jamais lue. C’est maintenant chose faite, avec Cent ans, sa dernière oeuvre traduite en français !

Herbjorg Wassmo a écrit beaucoup de romans, en particulier des trilogies mais celui-ci est, j’imagine, le plus intimiste puisqu’il est autobiographique. En effet, l’écrivaine évoque sa famille, en particulier les vies de son arrière-grand-mère, Sara Suzanne, celle de sa grand-mère, Helida et enfin celle de sa mère, Hjordis. Celle de son arrière-arrière-grand-mère, « Madame Lind », est juste évoquée rapidement. Cependant Herbjorg Wassmo signale, comme un avertissement au lecteur :« Le point de départ de mon histoire, la rencontre de Sara Suzanne avec la pasteur-peintre Jensen, je ne l’ai trouvée décrite nulle part. Et même si cela était, je ne l’aurais pas prise à la lettre. Celui qui raconte une histoire choisit ce qui lui convient de raconter. » Voilà pour qui voudrait prendre tout au pied de la lettre !

Ce qui ressort de ce gros roman (plus de 500 pages au format poche), c’est tout d’abord une atmosphère merveilleusement retranscrite, celle ce la vie aux îles Lofoten au nord de la Norvège mais aussi celle de la vie dans la capitale, Christiania (ancien nom d’Oslo) qui est pour Helida et les siens comme un pays étranger.

Cette fresque familiale présente aussi trois femmes au caractère bien trempé, que leur maternité à répétition, leur famille nombreuse ne pourra effacer, même si la vie dont elles avaient rêvé (parcourir le vaste monde) ne sera pas vraiment celle qu’elles avaient imaginé. Helida voyagera, certes, mais pas vraiment pour le plaisir, mais pour emmener son mari cardiaque chez un spécialiste à Christiania. Sara Suzanne échappera à son quotidien grace au pasteur Jensen, bien qu’elle n’ait rien prémédité… Hjordis se privera de tout pour s’acheter une bicyclette mais c’est l’invasion nazie qui la fera partir et la séparera de Hans, son cher et tendre.

Il est aussi beaucoup question d’amour dans ce roman, et de mort. Les hommes sont attachants. Johannes, le mari de Sara Suzanne est bègue et communique par écrit quand l’émotion est trop forte. Ce n’en est pas moins un pêcheur et commerçant de génie qui fera la fortune de sa famille. Le pasteur Jensen est un artiste qui n’a d’yeux que pour Sara Suzanne et dont le magnifique retable représentant l’ange qui tend la calice au Christ n’est autre qu’elle, si reconnaissable… Trouvée sur une brochure sur la cathédrale des îles Lofoten par la fille de Herbjorg Wassmo, elle lui donnera l’idée d’écrire ce roman, remarquant que cent ans exactement sépare la naissance de son propre fils de celle de Sara Suzanne.

Ce roman est une fresque familiale sur cent ans, certes, mais qui possède la particularité de ne pas suivre l’ordre chronologique. C’est un peu déroutant au début, d’autant que les personnages sont nombreux mais on s’y habitue. Cela l’avantage de rendre le passé vivant, de ne pas reléguer ces femmes à un monde disparu, au contraire.

Une lecture captivante donc. Herbjorg Wassmo rend ici un vibrant hommage à sa famille et parvient à vous embarquer. Une fois le livre en main, j’ai toujours eu du mal à le lâcher tant ses personnages sont attachants. On reste longtemps imprégné de la vie dans le Nordland.

Un de mes coups de coeur (2013) !

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La princesse des glaces

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Erica est écrivain. Un jour, de retour dans son village natal, elle apprend la mort d’Alex, la fille qui l’avait tant impressionnée quand elle était gamine. Elle avait été sa meilleure amie avant qu’Alex rompe tout contact sans explications. Alex a été retrouvée dans sa baignoire, les veines tranchées. Pourtant, personne ne croit au suicide. L’inspecteur Patrick Hedström est chargé de l’enquête. Quelle n’est pas sa surprise de tomber sur Erica au cours de son enquête : c’est la fille dont il était amoureux quand il était ado ! Une dimension qui va s’ajouter aux écheveaux de l’énigme à démêler, et pas qu’un peu !

Les deux personnages sont au point mort dans leur vie sentimentale : Patrick est tout juste divorcé et sans enfant ; Erica vit quasiment recluse chez elle, soumise aux contraintes éditoriales de son prochain roman. Ses parents sont décédés et elle est en discorde avec sa soeur Anna concernant le devenir de la maison familiale. Paradoxalement, le meurtre d’Alex va redonner un sens à la vie de Patrick et d’Erica, tous deux lancés dans une enquête sur le voisinage mais aussi sur eux mêmes.

Cela fait des années que j’entends parler de Camilla Läckberg et de ce polar en particulier. Mais, comme Millenium, je n’arrivais pas à m’y « coller », parce que sans doute on en parlait trop. J’en attendais donc beaucoup, compte tenu des éloges entendues. J’ai bien apprécié le début, avec l’univers de l’écrivain en proie au doute de soi et des contraintes liées à la publication éditoriale :
« Personnellement, elle devait chaque fois faire un énorme effort pour s’installer devant son ordinateur. Pas par paresse, mais à cause d’une terreur profondément ancrée d’avoir perdu sa capacité depuis la dernière fois qu’elle avait écrit. »
« Le retard qu’elle avait pris avec son livre la stressait énormément (…) et elle se dit qu’elle allait soulager un peu sa conscience et écrire un moment. »
Erica est un personnage très attachant car l’image de l’écrivain est ici complètement démythifiée : c’est une personne comme une autre, même quelqu’un qui doute beaucoup de ses capacités – sauf en matière de cuisine ! De plus, c’est une gaffeuse. Elle empiète allégrement sur les plates-bandes de Patrick et le lui dit sans vraiment prendre conscience des conséquences de ses actes pour l’enquête.
Patrick est un gros nounours amoureux, qui n’arrête pas de se tortiller comme un ver de terre à la moindre émotion. Il n’arrête pas de se faire asticoter par sa collègue à cause de sa relation avec Erica. Les deux tourtereaux tombent en effet rapidement dans les bras l’un de l’autre (enfin, plutôt dans le lit!). Bon, c’était sympa, c’était amusant, mais à force de tirer trop sur la corde sentimentale, Camilla Läckberg en fait une caricature de couple « guimauve » à la limite de la crédibilité. Ce fut ma première déception ! Dommage parce que l’idée du couple écrivain-flic était plutôt amusante !

Concernant l’intrigue à proprement parler, elle est très emberlificotée et il faut aller jusqu’au bout du bout du livre pour avoir une résolution qui finalement laisse un peu perplexe. L’intrigue n’est pas un prétexte à la description de la société suédoise etc. (comme chez l’Islandais Indridason ou chez Mons Kallentoft, pour citer un autre Suédois) : elle est bien au coeur de la narration et nous fait croiser foule de personnages. Camilla Läckberg revient sur le passé des personnages pour révéler des secrets de famille bien salaces et des ego surdimensionnés. Si l’intrigue m’a tenue en haleine, en fin de compte, je l’ai trouvée peu fouillée. C’est un lavage de linge de famille peu reluisant, mais pas vraiment davantage. Ce fut ma deuxième déception. Rien d’innovant là-dedans.

L’histoire se lit facilement par son style alerte et moderne. Mon oeil a néanmoins heurté une drôle de phrase : « Patrick se tortillait comme un ver de terre sur sa chaise ». Je ne sais pas si c’est moi, mais ça prête à confusion… C’est une broutille parce que le texte est bien traduit (= on oublie que le texte qu’on a sous les yeux n’est pas le texte original), mais ça m’a fait sourire !

Bref, une lecture bien partie au début mais qui finalement m’a un peu déçue. J’attendais beaucoup plus d’originalité et d’innovation, depuis le temps que j’entendais parler de ce livre. C’est dommage parce que l’idée de l’héroïne écrivain est vraiment sympa. Je ne me suis pas franchement ennuyée mais j’ai fini par me lasser un peu tout de même. A côté, Mons Kallentoft est beaucoup plus distrayant (et Arnaldur Indridason aussi, pour citer un écrivain islandais).

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Terrienne

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Etienne Virgil, écrivain, prend en stop Anne Collodi, 17 ans. Il la trouve étrange par ses questions directes et très personnelles. Elle lui dit se rendre à Campagne. Etienne la dépose à un croisement. Intrigué, il refait la route dans le sens inverse sans retrouver ledit croisement. Etienne est quelqu’un de rationnel, il croit à peine à ce qu’il écrit dans ses romans, alors dans la réalité…
Anne Collodi cherche sa soeur Gabrielle, disparue mystérieusement il y a un an juste après son mariage avec un type étrange. Gabrielle n’a laissé aucune trace. Pourtant, un jour alors qu’elle écoute NRJ, Anne reçoit un message par ondes radio de sa soeur.
C’est le début d’une folle aventure dans un univers parallèle, immatériel, un autre espace-temps peuplé de gens qui ressemblent aux humains, mais qui justement sont dépourvus d’humanité. Un monde où tout est aseptisé et désincarné. Dans cet ailleurs, on ne respire pas, on vit en apnée perpétuelle ; on ne rit pas, on cliquète. On ne se mouche pas, on ne tousse pas, on n’achète rien. On mange des choses insipides. Un monde sans surprise où tout est programmé et sous contrôle, depuis la conception in-vitro entre deux « compatibles », jusqu’à la mort, par crémation. Un monde où l’on finit par mourir d’ennui et non de maladie. Un monde uniformisé, jusque dans les vêtements. Aucune originalité n’est bien vue. Pour Halloween, on se déguise en Terrien : cet être sale et puant, infesté de microbes et aux moeurs bestiales…

Jean-Claude Mourlevat propose ici un bon gros pavé où l’on ne s’ennuie pas trente secondes : on pénètre avec un mélange d’effroi et de curiosité dans cet univers cauchemardesque. J’ai aimé le clin d’oeil à La Barbe Bleue (annoncé dès le début du roman) : l’héroïne s’appelle Anne et cherche sa soeur prisonnière d’un homme puissant qui se débarrasse des femmes qu’il fait capturer dès quil s’en lasse. J’ai aimé aussi l’allusion à l’auteur de Pinocchio, puisque l’héroïne a pour nom de famille Collodi et fait elle-même référence à la notoriété de son nom. Sans parler du personnage de l’écrivain (dépressif) auteur du Saut de l’ange. Le lecteur, à l’instar de l’héroïne, exécute ce saut, se prend au jeu de la fiction avant de repasser la frontière psychologique qui le sépare du monde réel. Une dose de physique quantique saupoudré d’humour  et le tour est joué.

Vraiment une belle découverte qui convertira les réfractaires à la science fiction les plus aguerris.
Mais attention, la réalité dépasse parfois la (science) fiction ! C’est aussi ce que suggère le roman en filigrane …

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Le chat qui ne mangeait pas de souris

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Illustration : Barry Moser
Traduction : Marie Hermet

Skilley est un chat des rues de Londres : un bon gros matou bien égratigné, la queue définitivement tordue par une porte. Son plus farouche adversaire est… un autre chat londonien, une racaille rousse et borgne au nom explosif : Pinch.
Dans Fleet Street, il y a l’auberge la plus réputée de toute l’Angleterre victorienne : Ye Olde Cheshire Cheese. Comme son nom l’indique, on peut y déguster le fameux Cheshire. On y croise aussi un fameux écrivain, M. Charles Dickens, qui a l’habitude de venir y gribouiller les premières pages de ses romans qu’il n’arrive jamais à commencer (mais aussi Thakeray ou Wilkie Collins)…
C’est aussi là qu’a élu domicile tout un escadron de souris, au grand désespoir de M. Henry, le propriétaire de l’auberge. Il est en quête d’un chat qui pourra chasser toutes ces dévoreuses de fromage. Skilley, SDF très intelligent, se débrouille pour se faire sa place de chat (chasseur de souris) au Ye Olde Cheshire Cheese. Seulement Skilley cache un lourd secret qui lui fait honte, que Pip, une petite souris intello et orpheline devinera sans peine. Et c’est le début d’aventures aussi fabuleuses que farfelues, qui, je vous le garantis, fera votre bonheur de lecteur, quel que soit votre âge !

J’ai découvert ce livre par hasard, au gré de mes pérégrinations en librairie. En quête d’un cadeau. La couverture m’a tout de suite attirée à cause du chat (j’aime les chats! ). J’ai ouvert le roman et mes yeux ont dû s’arrondir de surprise. En feuilletant je suis tombée sur de jolies illustrations so english. J’ai lu le résumé qui évoque une histoire de chat. Il ne m’en n’a pas fallu plus pour embarquer le bouquin.

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Un roman où les héros sont des animaux doués de parole et de raison. Et pas qu’un peu. Il va leur falloir une sacrée dose d’ingéniosité pour cacher le secret de l’un et trouver un stratagème pour aider une créature emblématique de la Tour de Londres (mais je ne peux pas vous révéler son identité sous peine de spoiler). Leur ennemi commun ne sera pas tant les hommes que l’affreux Pinch, prêt à tout pour arriver à ses fins : manger des souris et se débarrasser de Skilley. La seule chose que tout ce petit monde animalier n’a pas remarqué (ou si peu), c’est cet écrivain barbu en quête d’inspiration… Cela leur réservera une surprise de taille. Et au lecteur aussi !

On ne rate pas une miette (de fromage) de tout le petit manège qui se déroule sous nos yeux : on s’en délecte ! Je suis tombée raide dingue de cette histoire, racontée avec beaucoup d’humour, au texte soigné et ciselé mais aussi joliment illustré. Une histoire d’amitié (soi-disant) impossible entre un chat et une souris, où parfois tout part « complètement en quenouille« , dans un suspense haletant. Puis ça rebondit. Dans la typographie et dans les mots (apprêtez-vous à tordre le cou parce que les auteurs se sont beaucoup amusés).  Il y a des rumeurs de fantômes, il y a le Londres des bas-fonds victoriens, dans ce roman hanté par Dickens tant dans l’auberge que dans le texte. Un roman à plusieurs niveaux de lecture que les fans de Dickens repéreront rapidement..
En tout cas, vous ne regarderez jamais plus votre chat de la même manière et si une souris court à travers la maison, il y a de fortes chances que les deux soient des amis pour la vie…

Sincèrement, je nourris de grandes espérances quant au devenir de ce livre !
Un petit bijou et un coup de coeur.

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Debout-payé

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4e de couverture : « Debout-payé est le roman d’Ossiri, étudiant ivoirien devenu vigile après avoir atterri sans papiers à Paris en 1990.
C’est un chant en l’honneur d’une famille où, de père en fils, on devient vigile à Paris, mais aussi en l’honneur de la communauté africaine avec ses travers, ses souffrances et ses différences.
C’est l’histoire politique d’un immigré et du regard qu’il porte sur notre pays, à travers l’évolution du métier de vigile depuis la Françafrique triomphante jusqu’à l’après 11-septembre.
C’est enfin le recueil, sous forme d’interlude, des choses vues et entendues par l’auteur lorsqu’il travaillait comme vigile au Camaïeu de Bastille et au Sephora des Champs-Elysées.
Une satire à la fibre sociale et au regard aigu sur les dérives du monde marchand contemporain, saisies dans ce qu’elles ont de plus anodin – et de plus universel. »

Sortie d’abord discrète début septembre 2014 (aucun media professionnel n’en a parlé, dans tout le tintoin de la rentrée littéraire), ce bouquin a connu un succès fulgurant au point d’être en rupture de stock un peu plus d’une semaine après sa sortie. C’est suite à une interview de l’auteur sur France Inter et quelques éloges sur Facebook que j’ai décidé de le lire. Pourtant j’ai cru que je n’y arriverais pas : j’ai écumé 3 librairies, une grande surface (ok, on peut rêver!) et ratissé le web : c’était : « niet, y’a plus » ou alors des petits malins qui essayaient de se faire du fric sur le dos des lecteurs. Je dois mon salut à un libraire de Rennes mais si j’avais patienté une semaine de plus, j’aurais pu le trouver à peu près partout. Parce que maintenant toute la presse en parle  et il a fait l’objet d’un nouveau tirage. Il a été dit tellement tout que je ne vois pas bien ce que je vais pouvoir ajouter, surtout que la quatrième de couverture dit l’essentiel…

Je vais dire que c’est caustique, poil à gratter à souhait, truculent. On lit ce livre avec des sourires et des rires francs. La société de consommation et la communauté ivoirienne de Paris sont décortiquées par le regard acide d’un vigile qui n’a pas les yeux dans sa poche ni les oreilles d’un sourd. L’écriture est vive et inventive, parsemée de parler ivoirien (« Moi je n’achète pas les jeans wôrô-wôrô qui vont se gâter vite là! ») . On se délecte des observations décapantes d’Ossiri. Elle sont entrecoupées par le récit de l’immigration africaine en France des années 60 à l’après-11 septembre : on assite à la création du statut de « sans-papiers » due à la création de la carte de séjour par un certain Poniatowski ; au petit « trafic » entre Ivoiriens pour le métier de vigile en France jusqu’à son éradication due indirectement à la tragédie du 11-Septembre et à la montée de la paranoïa; on revit même la très médiatique occupation de l’église Saint-Bernard représentée par ce qui sera l’icône du sans-papier : un Sénégalais, un certain Mamadou qui « s’appelait Diop en réalité mais un négro, ça s’appelle Mamadou, c’est plus simple et plus facile à prononcer. Il avait une bonne tête le Mamadou, et il parlait français sans un trop fort accent et beaucoup mieux que la plupart des analphabètes avec lesquels il s’était fourré dans la chapelle ». « Depuis lors, à chaque nouvelle expulsion médiatisée, tout le monde rêvait d’être The Mamadou : syndrome MSB, Syndrome Mamadou de Saint Bernard« , parce que l’histoire de Mamadou se « conte-de-fée-isa » : il obtint des papiers comme par magie et « gagna des millions de francs bien français dans une étrange histoire de plagiat de nom de domaine avec Vivendi Universal ».
Une petite pensée pour les habitants d’une certaine ville pas si loin de chez moi et je sais maintenant qu’on n’a pas idée d’avoir les yeux verts parce que certains monstres des contes africains ont les yeux verts !

Un livre qui sort de l’ordinaire en pleine rentrée littéraire.
La seule chose qui m’a déplu c’est la jaquette (oui, je sais, je suis pénible !) mais j’ai apprécié toute l’originalité de la couverture couverte de texte et le verso de la jaquette,

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ainsi que « l’achevé d’imprimé » :


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🙂
(Ed. Le Nouvel Attila)

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Le bonheur de A à Z

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Traduit par Marie Hermet

Candice Phee vit à Albright, petite ville près de Brisbane en Australie. Elle a douze ans et n’a pas d’amis dans sa classe ni en dehors. Les autres élèves la surnomme « gogolita ». Pourtant Candice n’est pas du genre à se plaindre et se trouve très bien toute seule. Elle n’aime pas beaucoup parler. Elle préfère écrire des mots sur un bout de papier quand elle estime que c’est trop compliqué pour elle de s’exprimer oralement.  Un jour, un nouvel élève arrive dans la classe. Son nom : Douglas Benson. Celui qui brisera la routine de sa vie et la sortira de son isolement. C’est aussi le moment que choisit Miss Bamford, la prof de français, pour donner un devoir à la maison : « écrire un paragraphe de [sa] vie pour chaque lettre de l’alphabet. Vingt-six paragraphes au total, commençant chacun par une lettre de A à Z ». Son devoir, le lecteur l’a entre les mains. Et quel devoir !

Parce que Candice est tout sauf bête. Elle a même une intelligence qui semble largement supérieure à la moyenne. Elle est juste différente et a conscience de sa différence. Elle scrute le monde qui l’entoure avec précision mais avec une perspective particulière qui n’appartient qu’à elle. Son oncle, elle ne l’appelle pas « tonton » mais systématiquement « Riche Oncle Brian » alias « ROB ». Douglas est « Douglas Benson d’une Autre Dimension ». Parce que Douglas est persuadé de venir d’un autre monde, un monde alternatif d’une autre dimension. Ses vrais parents seraient ailleurs. Ici, ce ne sont que des fac-similés de parents qu’il a à la maison…
Candice est d’une franchise à toute épreuve. Douglas Benson d’une Autre Dimension va pouvoir s’en rendre compte dès les premiers mots échangés :
 » – Tu peux garder un secret ? a chuchoté Douglas Benson.
– Non, j’ai dit en chuchotant moi aussi.
– Oh.
J’ai repris mon travail. Un minute plus tard, nouvelles tapes sur le bras.
– Même pas un peu ?
– Non.
– Oh.
Il y a eu un troisième essai.
– Tu veux que je te dise mon secret quand même?
– Non.
– Oh. »
Douglas Benson d’une Autre Dimension la trouve bizarre et pour lui ça tombe bien parce que lui aussi se considère comme bizarre. « On pourrait être amis. Des amis bizarres. » Et les voilà les meilleurs amis du monde de cette histoire bourrée d’humour.

On découvre peu à peu que la famille de Candice s’est fracassée en plein vol suite à un drame dont ses parents ne parviennent pas à se remettre. On découvre que c’est aussi ce drame qui a fait de Candice ce qu’elle est actuellement. On découvre une famille où il y a de la jalousie et des rancoeurs. Une famille où le bonheur semble avoir fui pour toujours.
Douglas Benson s’est aussi fracassé la tête et depuis il n’est plus le même. Candice adore d’ailleurs son crâne pleine de bosses, qu’elle décrit très souvent.
Mais plutôt que de continuer à vivre une vie fracassée, pleine de douleur et de chagrin, la gamine se donnera comme mission de ramener le bonheur autour d’elle : « Je veux partir à la poursuite du bonheur, je veux l’attraper, le retenir par le col de sa chemise et le tirer de force jusque chez moi. »

Sa vision optimiste du monde et son inconscience du danger parfois, vont l’aider et nous faire vivre des aventures pour le moins cocasses.

Deux adolescents étranges mais les plus attachants du monde ! Un livre qui vous fracassera fera mourir (de rire). C’est vraiment ce qui a failli m’arriver ! Le chapitre le plus dangereux pour moi a été celui intitulé « K comme Kacha ». Méfiez-vous de Candice quand elle décide de ressouder sa famille en faisant du jambalaya (d’après une recette que lui a imprimé Douglas) :  les émissions de télé-réalité culinaire en perdraient leur audience ! C’est assez économique comme plat, version Candice : « Je ne sais pas comment c’est arrivé, mais il restait plus de choses dans leur assiette à la fin du repas qu’au début. »
Mais de toute façon, ça la change des hamburgers où « on vous promet la lune (dans ce cas un hamburger ultrasexy) et on vous donner une crotte ».
Ce n’est pas Ersatz-Poisson (son poisson rouge) en pleine crise mystique qui dira le contraire…

Une écriture qui fait mouche dans une ambiance loufoque. Ce roman est un concentré de bonne humeur. Barry Jonsberg se garde bien de nommer ce qu’a Candice et même Douglas et d’appeler ça une maladie. Au lecteur de se faire son idée.

En tout cas, le roman Young Adult le plus drôle que j’aie lu cette année ! J’en redemande…
Ce livre a d’ailleurs été récompensé en Australie pour divers prix littéraires. Pour en savoir plus, c’est Ici.

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