Sarah Thornhill

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Sarah vit en Australie, au début du XIXe siècle, au bord du long fleuve tortueux Hawkesbury, en Nouvelle Galles du Sud. Sa mère est morte quand elle était toute petite. Son père, un Anglais banni pour vol, est maintenant affranchi. Il est propriétaire terrien, s’est remarié à une femme que Sarah appelle Ma. Ils vivent aux côtés d’Aborigènes (même si ce nom n’est jamais écrit explicitement), des « naturels », comme ils disent, de pauvres hères en guenilles. Sarah a pour meilleur ami Jack Langland, un métisse de père anglais et de mère « naturelle ». Pour Sarah, cela n’a aucune importance. Elle finira par tomber amoureuse de son ami d’enfance. Ils prévoyaient de se marier. Mais voilà que son frère Will trouve la mort en mer, alors qu’il était parti pêcher en Nouvelle-Zélande avec Jack. Un premier secret est révélé et ce sera la fin de la vie tranquille et innocente de Jack et Sarah…

Si vous avez besoin de vous aérer l’esprit, de changer d’air, je ne peux que vous conseiller ce roman incroyable, qui m’a emportée loin pendant les quelques jours qu’il m’a fallu pour le dévorer ! Une fresque familiale et une histoire d’amour (sans mièvrerie), certes, mais aussi un roman sur l’ambiance de l’Australie de cette époque où le racisme et les préjugés sont encore monnaie courante et dont on parle ainsi du passé de l’île :
« Y avait partout des noirs, à l’époque. Les gens parlaient de sauvages vivant dans des coins reculés, où les blancs avaient encore jamais mis les pieds : ils se promenaient nus comme des vers et mangeaient leurs bébés, qu’ils disaient. Ils tuaient tous les blancs qu’ils rencontraient et leur arrachaient le coeur. »

Mais si les habitants de cette terre sont racistes et méfiants vis-à-vis des autochtones noirs, ils le sont aussi entre blancs : ceux qu sont arrivés libres regardent d’un oeil condescendant ceux arrivés bannis et maintenant affranchis. Et puis, parmi ces Anglais, il y a également des Irlandais. Dont un originaire de Cork, le gentil Mr Daunt, désargenté et sa gouvernante, Maeve. Daunt est en fait un Anglo-Irlandais et il explique à Sarah qu’il ne parle pas la langue originelle de Maeve (le gaélique).

Ce roman est donc aussi celui de l’Australie du melting pot contraint ou voulu car oui, les sangs s’y mêlent pour conduire à des histoires d’amours, entre noirs et blancs, entre métis et Maoris, entre Anglais et Irlandais. Le sang est hélas aussi celui du crime, qui est le nerf narratif du secret révélé dans le roman, et du poids de la culpabilité qui s’ensuivra.

J’ai aimé le personnage de Sarah, héroïne très attachante par son courage et son grand coeur, quelqu’un sur qui on peut compter. Une jeune femme qui saura s’affranchir du poids de la culpabilité qui pèse du sa famille.
J’ai aimé la suivre dans les méandre du fleuve Hawkesbury, qui à chaque recoin révèle un paysage étonnant. Et puis observer avec elle et sa fille Sadie, les kangourous dans le Bush, m’embarquer avec le mal de mer en Nouvelle-Zélande pour rencontrer les Maoris.

Un roman très divertissant, on ne s’ennuie pas une seule seconde. Je le classe parmi mes coups de coeur. C’est le premier livre de Kate Grenville que je lis. J’y reviendrai parce qu’elle vous rend addict !

Je remercie Anne-Charlotte des Editions Métailié de m’avoir permis de découvrir ce roman : excellente proposition !

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Les Grinche ont des ennuis

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Traduction : Marie Hermet

Mme et M. Grinche sont des gens un peu « spéciaux » : ils habitent dans une roulotte faite de bric et de broc et tirée par deux ânes nommés Clip et Clop. Pour leur petit déjeuner, ils se délectent de bestioles écrabouillées sur la route, avec une préférence pour les écureuils. Même les vieux pneus sont à leur goût,avec du sel et du poivre. Le gloubiboulga à base de sciure et de graine pour oiseaux, chez eux, ça se mange aussi. Sympathique restaurant chez les Grinche, n’est-ce pas ? Vraiment, ça fait envie !
Leur fils s’appelle Sunny. Enfin, ce n’est pas tout à fait leur fils puisque M. Grinche l’a ramassé un jour sur une corde à linge. Bien que ce soit un garçon, ils ont décidé de l’habiller avec une robe bleue. Bref, pas la peine d’en ajouter davantage : vous comprendrez que Mme et M. Grinche, c’est du « lourd » ! D’autant que partout où ils passent, ils ont le don pour s’attirer des ennuis. Surtout le jour où ils arrivent à Bigg Manor et font la connaissance d’un type au haut de forme ratatiné, vêtu d’un tee-shirt avec le slogan « BIGG C’EST PAS TERRIBLE » imprimé dessus. D’un jet de pierre sur la grille du manoir débute une aventure rocambolesque, remplie de personnages loufoques. Lord Bigg habite dans un manoir complètement déglingué. Son épouse, Lady Gaga La-La ne pouvant plus supporter son mari a décidé d’aller vivre dans la porcherie (de luxe) avec la truie Poppet… Je ne vais pas tout raconter, mais le ton est donné.

Pénétrer dans l’univers des Grinche c’est un peu comme passer de l’autre côté d’un miroir, dans un univers loufoque et hilarant. Au fil des pages, on se demande ce que Philip Ardagh va encore inventer comme élément délirant dans cette aventure (quelle imagination débordante !).

Pourtant, derrière le loufoque, se trouvent des thèmes très sérieux comme l’enrichissement crapuleux (et ses limites), les conditions de travail sordides (du personnel de Bigg Manor, lié par contrat illégal et prisonnier de Lord Bigg).
Il y a vraiment des personnages bêtes et méchants dans ce roman : Mme et M. Grinche sont peu ou prou l’équivalent anglais de nos Bidochons. Lord Bigg traite mieux ses oiseaux que ses domestiques (comble de la bêtise : son perroquet adore le blesser).
Heureusement, Philip Ardagh peuple aussi son récit de personnages intelligents et attachants : Mimi le petit commis cireur de chaussures, qui, malgré le titre de sa fonction, est une fille dont le rêve est de voir du pays. Sunny, qui n’a connu que l’univers des Grinche, découvre d’autres valeurs, comme  l’amitié, grâce à Mimi (dont il semble même un peu amoureux) et la solidarité.

Un roman qui met de bonne humeur, une narration dynamique (c’est le moins qu’on puisse dire), dont l’humour est mis en valeur par les illustrations d’Axel Scheffler. J’avoue que j’ai eu un petit faible pour les disputes du couple Grinche : on dirait mes anciens voisins !! De toutes façons, les Grinche existent, les Lord Bigg & Cie aussi…

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Les nuits de Rekjavik

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Traduit par Eric Boury

Un anorak vert flotte dans une mare. D’habitude, on trouve plutôt des balles de golf dans les anciennes tourbières de Reykjavik, aujourd’hui terrain de jeu des enfants. Mais c’est une macabre découverte que font ce jour-là trois gamins embarqués sur leur radeau. Pourtant, la police a rapidement classé l’affaire sans suite : celle d’un ivrogne qui s’est noyé. C’est ce qui revient en mémoire à Erlendur, un an après le drame.  Son quotidien nocturne dans les rues de la capitale islandaise, ce sont les tapages, les disputes familiales, les accidents de la circulation, les femmes battues, les drames de l’alcoolisme sous toutes ses formes. Pour la police, tous ces drames sociaux passent avant les clochards retrouvés morts. Quant aux femmes battues, on ne peut pas dire qu’elles reçoivent soutien ou secours. Alors les femmes qui disparaissent…

Autant dire que notre Erlendur va y trouver du grain à moudre ! Il s’embarque dans une enquête officieuse et solitaire, lui qui n’est que simple agent de police, même pas inspecteur, encore moins enquêteur. Personne n’en saura rien, même pas Gardar et Marteinn, ses deux collègues de patrouille nocturne.

Erlendur avant Erlendur, ou presque. J’ai vu une chronique intitulée « Erlendur simple flic ».  Oui, en quelque sorte, mais quand même bien plus que ça ! On retrouve notre observateur favori de la société islandaise, celui qui s’attache aux marginaux, à ceux que personne ne considère, même pas la police.   Juste perçus comme des masses alcooliques sans nom. Erlendur lui-même se demande si ce n’est pas « sa passion pour les destins tragiques qui l'[a] conduit à s’engager dans la police ». Nous, lecteur qui le connaissons bien savons que oui (ou du moins pensons le connaître bien, parce qu’Arnaldur Indridason lui-même dit qu’il ne sait pas trop qui est ce type-là !), c’est bien ça. Au point de négliger sa vie privée, qui passe bien après.

Erlendur le solitaire qui « préfèr[e] rester à la maison à lire, à ‘écouter la radio ou de la musique », Erlendur qui se moque des « discours enflammés de Gardar sur les hamburgers et les pizzas » qu’il considère comme des « élucubrations d’allumés ». Erlendur le marginal, finalement, presque double  d’Hannibal, le clochard mort dans la mare tourbeuse. Il va s’interroger sur les motivations qui ont poussé cet homme à rejeter le monde dans lequel il vivait avant. Parce qu’Hannibal n’a pas toujours été solitaire. Il a même une famille. Il a même eu une épouse.

Les personnages que côtoie ici Erlendur sont des gens qui ont eu des accidents sur la route de la vie. Le motif de l’accident hante d’ailleurs ce roman noir. C’est presque obsessionnel. C’est par accident que la boucle d’oreille d’une femme disparue pratiquement au moment de la mort d’Hannibal se retrouve dans le pipeline où il vivait. C’est par accident qu’Erlendur a perdu son frère un jour de tempête dans la région des fjords de l’Est. C’est par accident qu’Hannibal a perdu son épouse. C’est par accident que Gustav fera ce qu’il a fait. Enfin, c’est par accident qu’Erlendur  va être papa et se caser avec Halldora. Un tir de balle de golf raté sur des destinés.

J’ai passé deux jours dans le caison du pipeline où Hannibal avait trouvé refuge, sur les pas d’Erlendur et d’autres sans domicile fixe. La vie est rude en Islande quand vous vivez dehors. Alors quand on a froid et qu’on n’a pas d’argent, on demande à une âme charitable d’aller vous acheter des réserves d’alcool à 70°C à la pharmacie en guise de gnôle. Ou bien des tickets pour faire des tours de bus et avoir l’impression de voyager !

J’ai retrouvé l’humour (noir), un rien sarcastique d’Erlendur au grand coeur mais tellement imparfait. Vous ne pourrez jamais faire du golf avec lui, parce qu’il est totalement persuadé que « ce sport [a] été inventé pour distraire les gentlemen anglais et écossais qui n’avaient rien de mieux à faire de leur temps ».

Un excellent moment de lecture  qui plaira à ceux qui se plaignaient de ne plus voir Erlendur dans les tomes précédents. Là, il occupe la scène tourbeuse du crime et pose les germes de sa destinée.

J’ai juste trouvé le roman trop court (mais il ne l’est pas plus que les autres). On est addict à Arnaldur Indridason où on ne l’est pas ! J’en suis et j’assume, alors vivement la suite !

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Par coeurs

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Le jour de la rentrée, Mlle Levêque, prof de français, demande à ses élèves de seconde un sujet de rédaction pour le moins surprenant :  » Quelle est votre vision de l’amour. Que représente l’amour idéal. Comment voyez-vous votre vie amoureuse plus tard. » Imaginez un peu la tête des gamins ! Surtout que cette prof ressemble à un vieille fille, d’après une élève, qui, du coup,  révise rapidement son jugement. L’autre particularité c’est que les copies doivent être anonymes et que rendre le devoir n’est pas une obligation. Pourtant, la plupart des ados feront le devoir, évidemment puisqu’il s’agit-là d’un sujet qui les touche à coeur…

Le livre s’articule autour de onze « nouvelles » (pour reprendre le terme de la couverture) qui donnent la parole aux élèves de la classe. L’amour et ses conséquences y sont examinés sous toutes les coutures : première fois, sentiments, amour filial, physique, homosexuel, impossible, séparation, risque de grossesse… Chaque ado y va de son expérience : de celle qui n’a d’yeux que pour « le plus beau mec du lycée », (et qui du coup dit « thank you » au CPE pour son idée de constituer les classes par ordre alphabétique) à celle qui fait l’amère expérience d’un test de grossesse, en passant par celui qui pense que le mariage, c’est l’anti-amour  :
« Il n’y a rien de plus dur que d’être fils de parents mariés. Ouais, ouais, marrez-vous !  Mais qu’est-ce que vous croyez ? Au moins quand tes vieux sont divorcés, t’as deux piaules, deux vaisselles, deux façons de manger, deux emplois du temps, deux façons de vivre, deux environnements et tu ne t’ennuies jamais ! Et encore, je ne vous parle pas des cadeaux et des vacances multipliés par deux !  Alors que mes parents ! Ils sont mariés depuis seize ans et ils ont l’air de se faire tellement chier ensemble que tous les jours, je me pose la même sempiternelle question : Mais pourquoi ils ne se quittent pas ?! »
« A table !!! » dont est tirée l’extrait, est la nouvelle que j’ai préférée. Sa chute met une claque au gamin avec humour.  « Mademoiselle », qui ferme le recueil, permet au lecteur de comprendre le leitmotiv l’enseignante. Mais si c’est une surprise, cela met aussi à plat le mystère qui l’entourait au début du livre pour en faire un personnage complètement crétin. Dommage !

Pour le reste, j’ai apprécié ces récits dynamiques, bourrés d’humour mais aussi cyniques, qui restituent le parler inventif (et parfois agaçant) des ados, leur vision parfois « brut de décoffrage », leur naïveté et leur égocentrisme. Mais aussi leur fragilité. Une découverte sympa.

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La main droite du diable

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Traduit par Pierre Bondil

4e de couverture : « Ivrogne. Petite cinquantaine. Récemment libéré de l’asile psychiatrique. Cherche emploi bien rémunéré. » Les choses vont mal pour Jack Taylor. Certes il a arrêté de boire, mais après avoir végété dans un asile psychiatrique, il se retrouve dans les rues d’un Galway qui lui semble inconnu. En quelques mois, tout paraît avoir changé. Jack ne reconnaît plus rien dans cette Irlande en pleine prospérité économique. Taraudé par le remords après la mort de la petite Serena May, il essaie de remettre un peu d’ordre dans sa vie. Il accepte avec réticence d’enquêter sur la mort d’un prêtre retrouvé décapité dans son confessionnal. Dans un pays dont les valeurs vacillent, alors que les scandales pédophiles secouent l’Eglise catholique irlandaise, Jack Taylor va devoir faire face à ses pires démons… »

J’ai rencontré Jack Taylor avec Le martyre des Magdalènes et j’avais trouvé ce personnage d’un cynisme et d’un humour délicieux ! A vrai dire, à la lecture de la quatrième de couverture, on peut hésiter à vouloir le rencontrer ! Mais il ne faut pas, au contraire…

Jack Taylor mène des enquêtes mais a la particularité de n’être pas inspecteur, ni commissaire, même plus garda siochana (gardien de la paix) parce qu’il s’est fait viré. Il est reconverti en détective, même pas privé. Bref, un drôle d’énergumène ! Pourtant c’est un grand coeur et un homme sensible (si, si) : responsable de la mort de la fille de son meilleur ami par défaut de surveillance, il a sombré dans une grave dépression qui l’a mené tout droit à l’hôpital psychiatrique où il est resté 5 mois, dans un état de prostration totale. Il doit sa renaissance à un autre patient, un Camerounais, pas aux médicaments.
Jack se retrouve dans les rues de Galway, sa ville (et celle de son créateur, Ken Bruen) pour notre plus grand plaisir, de sucroit en pleine canicule de 2003 (oui, je confirme que la canicule a bien touché l’Irlande en 2003 !)… Il découvre que son meilleur ami est devenu ivrogne et clochard et que l’ex-femme de celui-ci, n’a qu’une envie trouer la peau de Jack à la première occasion. Pourtant, ce n’est pas ce qui va occuper notre héros, mais le meurtre d’un prêtre…

Ken Bruen aborde ici sans concession ni « édulcorant » les scandales de la pédophilie en Irlande. Il n’hésite pas à faire parler les victimes et c’est l’occasion pour Jack Taylor de régler ses comptes avec un prêtre qui traînait un peu trop avec sa mère : les hommes d’église aimaient bien les femmes seules avec enfant. Ken Bruen n’hésite pas à secouer le lecteur par une écriture qui ne fait pas dans la dentelle et un humour noir corrosif qui fait mouche !
Jack Taylor traîne ses guêtres dans les rues de la Galway du Tigre celtique et rien ne lui échappe. Il a le sens de la répartie, surtout en ce qui concerne son pays :

« L’Irlande est un pays de questions et de très très rares réponses » (tellement vrai !!)

« Conseiller aux gens, en Irlande, de faire attention au soleil, c’est aussi rare que de servir du bacon sans chou pour l’accompagner »

« Jamais vous ne verrez, et je dis bien jamais, un citoyen irlandais passer sous une échelle ou ne pas croiser les doigts pendant un match de hurling »

« Neuf fois sur dix les femmes d’Irlande ne manquent pas de vous casser les couilles » : ah bon ? je crois que l’inverse est tout à fait vrai !!

L’autre événement majeur de cette aventure c’est que Jack a renoncé à tout jamais à l’alcool.  Et il tient parole : il va au pub avec les diverses personnes qu’il rencontre mais, s’il commande un bière, il la laisse intacte ! Au pire, il essaie une cuite au café noir…

Le personnage de Jack Taylor m’a un peu fait penser à John Rebus, le héros de Ian Rankin… Comme son confrère écossais, Ken Bruen sait vous plonger dans l’ambiance d’une ville avec un personnage tout sauf parfait…

Autre détail d’importance : Jack Taylor est un amoureux des livres, surtout des romans noirs des années 50. Rien de tel qu’un petit David Goodis pour remettre notre héros sur pied : « Je voulais seulement avoir du temps pour me reposer, essayer de récupérer un peu d’énergie. Je me plongeai intensément dans la lecture. David Goodis, bien sûr. Dans le lot que m’avait préparé Vinny, il y avait Eugène Izzi, Invasions, coincé entre Cauchemar et Cassidy’s Girl. Si un écrivain de romans noirs a un jour connu une fin noire, c’est bien lui. »

Bref, un Ken Bruen de très très bon cru, qui rend accroc ! Ce roman noir a d’ailleurs obtenu le Grand Prix de littérature policière 2009.
On en redemande !

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Les disparus de Dublin

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Traduit par Michèle Albaret-Maatsch

4e de couverture : « C’est là, dans son repaire, un soir d’ivresse, que le cadavre d’une inconnue déclarée morte dans de troublantes circonstances va obliger Quirke à sortir de l’ombre – à se lancer dans une enquête que tous cherchent à lui faire abandonner. Car cette enquête, qui met en cause l’Eglise toute-puissante des années 1950, menace de dynamiter la haute société catholique, de Dublin à Boston. Et de gangrener l’âme de sa propre famille, en réveillant ses blessures les plus enfouies.
Il est médecin légiste, veuf, misanthrope, souvent soûl – bref, pas très catholique. Avec Quirke, John Banville a créé un héros que vous allez adorer.
Derrière le nom de Benjamin Black, se cache le grand romancier irlandais John Banville, Booker Prize 2005 pour
La Mer »

Whaou ! Une fois le livre refermé, on reste sonné par ce roman noir ! Un vrai brûlot pas très catholique, en effet au regard du sujet auquel il s’attaque.  Bien davantage qu’un simple roman policier, Benjamin Black, pseudonyme volontaire de John Banville (dont il ne s’est jamais caché) écrit un livre bien ficelé qui démonte l’Eglise toute puissante des années 50 en Irlande et la haute société irlando-américaine. Un roman d’amours tragiques, sur fond de trafic de bébés,  de meurtres, d’histoires de « famille » bien alambiquées à l’irlandaise .

Quirke est un héros attachant. Il n’est pas policier mais médecin légiste.  C’est l’anti-héros par excellent. Un picoleur au grand coeur, mais un coeur blessé et pas trop fier de son passé. Un Irlandais orphelin de surcroît, comme beaucoup de gosses de sa génération. Il a épousé Délia au lieu d’épouser Sarah, la femme qui s’est finalement donné à Malachy, son faux frère, médecin des vivants, alors que lui est le médecin des morts… Pourtant il va faire ressurigir le passé pas très glorieux d’une certaine Irlande des années 50…

1224259218921_1Au fil des pages, le lecteur croise des personnages abîmés par la vie,  les femmes du peuple en particulier : cette pauvre Claire Stafford, infertile et malheureuse mère adoptive de la petite Christine au triste sort, la pauvre Moran qui finira mal également, cet abruti d’Andy Stafford qui ne sait pas consoler bébé Christine qui pleure… Et c’est justement par ce mystérieux bébé qu’est hanté tout le livre. Quirke et le lecteur sont entrainés par une spirale infernale et irrémédiable. La condition féminine en Irlande, le rôle de l’Eglise et de la haute société catholique  sont étalés au grand jour et ce n’est pas joli à voir. De plus, même la justice est pourrie… alors où va-t-on ? C’est la question que l’on se pose en refermant le roman alors que Quirke remet à l’inspecteur Hackett le journal secret tenu par la Moran, témoin gênant pour la haute société : « Ca va produire beaucoup de poussière si on abat les piliers de cette société. Beaucoup de poussière, de briques et de gravats. Il serait sage de se tenir à distance. » déclare le policier. Ca promet…

Heureusement qu’il y a Phoebe, la pseudo-nièce de Quirke (oui, parce que rien n’est simple) : elle représente la jeunesse, l’avenir et la modernité. Une jeune femme de 20 ans qui pose un regard dur sur la génération de ses parents (qui l’ont empêché d’épouser son protestant d’amoureux alors qu’eux ont fait des choses pas franchement « clean »).

Ce roman, paru en France fin 2009 mais écrit en 2006 attend une suite en cours de traduction, que personnellement j’attends avec impatience (encore un série à lire !). Merci à John Banville d’avoir eu l’idée de cette excellente série qui ne mâche pas ses mots (un style brut et sans détour pourtant élégant) et ne lâche pas le lecteur. Je le remercie également pour les quelques mots que nous avons échangés, un grand écrivain d’une simplicité et d’une modestie étonnantes.

Il s’est documenté auprès de Paul Williams, journaliste irlandais un expert du milieu, qui l’a conseillé.

NB : le roman existe en format poche, chez 10/18.

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Karitas, l’esquisse d’un rêve

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A travers les mots de Henry Kiljan Albansson

4e de couverture : « Karitas rêve d’être peintre. Dans la ferme familiale, perdue au fond d’un fjord d’Islande, elle dessine, comme son père disparu en mer le lui a appris. Vouée à saler les harengs, son destin bascule quand une mystérieuse artiste révèle son talent et l’envoie à l’Académie des Beaux-Arts de Copenhague. A son retour, Karitas n’a qu’un souhait : monter son exposition et consacrer sa vie à l’art abstrait. »

ENVOUTANT ! Et c’est presque un faible mot pour ce roman qui vous emporte vraiment, non pas dans le monde de l’art comme semble le sous-entendre la quatrième de couverture, mais dans les coins les plus reculés d’Islande. Karitas, comme sa mère, partie avec ses six enfants pour qu’ils aillent à l’école, est une nomade. Revenue en Islande pour monter gagner l’argent qui lui permettra de monter son exposition, Karitas part saler le hareng dès que la saison est venue. C’est là qu’elle y rencontre celui qui deviendra son mari, Sigmar, un marin possédant « une magie diabolique ». Il l’emmène dans son village reculé des fjords de l’Est, au pied de la citadelle des elfes, perturbant ses projets d’artiste.

Ne vous y trompez pas, ce roman n’est pas une « fantasy ». Mais tout simplement en Islande, il n’est pas rare de croiser, dans certaines régions, comme le fera Karitas, le petit peuple, ou des femmes mi-elfes, et pas toujours bien intentionnées. Jamais, dans le roman on ne trouvera cela étrange ou loufoque.
Au contraire, cela fait partie intégrante de l’ambiance de cette île aux étés courts et aux hivers sans fin. « Le pays était blanc et glacé. Dans le silence immobile, on entendait distinctement le craquement des icebergs lorsqu’ils se détachaient lourdement à la sortie du fjord. »
Pour se tenir le coup, les Islandais de ce début du XXe siècle (le roman se déroule de 1915 à 1939) mangent du lard de phoque, de la tête de mouton flambée, se font des infusions de mousse des montagnes, partent à la chasse aux grands labbes, phoques ou guillemots… Un hiver particulièrement difficile « on disait que le silence sur la banquise était uniquement troublé par le grognement des ours blancs »…

Un roman riche sur la vie de cette époque et la condition féminine. On apprend notamment que même au Danemark, là où a étudié Karitas, les femmes n’avaient pas le droit de dessiner le corps d’un homme nu d’après un modèle masculin en chair et en os (alors que c’était autorisé pour représenter une femme) : elles devaient dessiner d’après des oeuvres déjà existantes.

Kristin Marja Baldursdottir, en commençant cette fresque romanesque, a décidé de conter la vie d’une femme sur cent ans. Autant dire, qu’avec les moments magiques de cette lecture qui m’a emportée très loin et vraiment fait voyager comme le font toujours les très bons romans, je vais lire la suite, Chaos sur la toile.

Une très belle découverte, un roman palpitant où l’on ne s’ennuie pas une seule fois tout au long  des 543 pages, des coups de théâtre, une vraie documentation et une héroïne très attachante par son caractère bien trempé, le regard qu’elle porte sur sa condition et sur le pouvoir des hommes. Une femme en lutte.  Un coup de coeur !

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Entre ciel et terre

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A travers les mots d’Eric Boury

4e de couverture : « Parfois, à cause de mots, on meurt de froid. Comme Bardur, pêcheur à la morue islandais, il y a un siècle. Trop occupé à retenir des vers du Paradis perdu de Milton, il oublie sa vareuse en partant en mer. De retour sur la terre ferme, son meilleur ami entame un périlleux voyage pour rendre à son propriétaire, un vieux capitaine devenu aveugle, le livre funeste. Pour savoir aussi s’il veut continuer à vivre. »

Un roman magistralement écrit comme on en voit peu (merci au traducteur !). Une poésie à couper le souffle, une originalité stylistique incontestable (on passe du style direct libre au style indirect, de l’interpellation à la narration, de l’humour à la gravité sans que cela ne gêne en rien la lecture). Un régal !

Une histoire toute simple et ô combien romantique : un pêcheur expérimenté, Bardur, le seul et unique ami du gamin (qui n’a d’autre nom que celui-ci) meurt en mer lors d’une sortie un jour de tempête de neige, sur la terrible Mer Glaciale, parce qu’il a oublié de prendre sa vareuse… Cet homme était absorbé par la lecture du Paradis perdu de Milton, dans une édition de 1928, dont une traduction est arrivée jusqu’en Islande.Son propriétaire n’est pas Bardur, mais un vieux capitaine : « Milton était aveugle, tout comme le capitaine, c’était un poète anglais qui a perdu la vue à l’âge adulte. Il composait plongé dans les ténèbres et c’était sa fille qui transcrivait ses poèmes. (…) Des vers composés au creux des ténèbres qui jamais ne désertaient ces yeux, tracés par la main d’une femme, traduits en islandais par un pasteur doté d’une bonne vue, mais qui vivait  parfois dans un tel dénuement qu’il n’avait pas de papier pour écrire et qu’il devait se contenter du ciel au-dessus de la vallée de la Hörga en guise de feuille ».

Ne se remettant pas de cette terrible perte, le gamin n’aura qu’une obsession : rendre le livre à son propriétaire et se tuer… Enfin, du moins c’est ce qu’il croit. Mais la vie n’est pas aussi triste… Il croise furtivement une jeune femme qui l’impressionne : « elle n’est qu’un iceberg, pense-t-il, un iceberg couvert d’ours polaires qui vont me dévorer ». Mais elle est aussi et surtout « la pluie qui arrose le désert, le soleil radieux qui illumine les coeurs et elle est la nuit qui console »…

D’une histoire toute simple, Jon Kalman Stefansson en fait un enchantement et aborde avec brio le questionnement sur la vie et la mort, la quête d’un sens à l’existence.

Un roman qui hante le lecteur une fois terminé…

Ca va sans dire que je vais lire la suite des aventures du gamin, dans La tristesse des anges.

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Un jour, quand je serai à la retraite, j’ai décidé que j’apprendrai l’islandais…

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Cent ans

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Traduit par Luce Hinsch

4e de couverture : « Cent ans séparent Herbjørg de son arrière-grand-mère. Cent ans d’histoire, d’amours, de déchirements, durant lesquels quatre générations de femmes se passent en flambeau la honte familiale. À travers les passions et luttes silencieuses de ses ancêtres, dans le coeur aride des îles Lofoten, Wassmo reconquiert la douleur des origines. Pour naître à soi-même, enfin. »

Herbjorg Wassmo est une écrivaine majeure de la littérature norvégienne contemporaine. Malgré toute ma passion pour la littérature nordique, je ne l’avais encore jamais lue. C’est maintenant chose faite, avec Cent ans, sa dernière oeuvre traduite en français !

Herbjorg Wassmo a écrit beaucoup de romans, en particulier des trilogies mais celui-ci est, j’imagine, le plus intimiste puisqu’il est autobiographique. En effet, l’écrivaine évoque sa famille, en particulier les vies de son arrière-grand-mère, Sara Suzanne, celle de sa grand-mère, Helida et enfin celle de sa mère, Hjordis. Celle de son arrière-arrière-grand-mère, « Madame Lind », est juste évoquée rapidement. Cependant Herbjorg Wassmo signale, comme un avertissement au lecteur :« Le point de départ de mon histoire, la rencontre de Sara Suzanne avec la pasteur-peintre Jensen, je ne l’ai trouvée décrite nulle part. Et même si cela était, je ne l’aurais pas prise à la lettre. Celui qui raconte une histoire choisit ce qui lui convient de raconter. » Voilà pour qui voudrait prendre tout au pied de la lettre !

Ce qui ressort de ce gros roman (plus de 500 pages au format poche), c’est tout d’abord une atmosphère merveilleusement retranscrite, celle ce la vie aux îles Lofoten au nord de la Norvège mais aussi celle de la vie dans la capitale, Christiania (ancien nom d’Oslo) qui est pour Helida et les siens comme un pays étranger.

Cette fresque familiale présente aussi trois femmes au caractère bien trempé, que leur maternité à répétition, leur famille nombreuse ne pourra effacer, même si la vie dont elles avaient rêvé (parcourir le vaste monde) ne sera pas vraiment celle qu’elles avaient imaginé. Helida voyagera, certes, mais pas vraiment pour le plaisir, mais pour emmener son mari cardiaque chez un spécialiste à Christiania. Sara Suzanne échappera à son quotidien grace au pasteur Jensen, bien qu’elle n’ait rien prémédité… Hjordis se privera de tout pour s’acheter une bicyclette mais c’est l’invasion nazie qui la fera partir et la séparera de Hans, son cher et tendre.

Il est aussi beaucoup question d’amour dans ce roman, et de mort. Les hommes sont attachants. Johannes, le mari de Sara Suzanne est bègue et communique par écrit quand l’émotion est trop forte. Ce n’en est pas moins un pêcheur et commerçant de génie qui fera la fortune de sa famille. Le pasteur Jensen est un artiste qui n’a d’yeux que pour Sara Suzanne et dont le magnifique retable représentant l’ange qui tend la calice au Christ n’est autre qu’elle, si reconnaissable… Trouvée sur une brochure sur la cathédrale des îles Lofoten par la fille de Herbjorg Wassmo, elle lui donnera l’idée d’écrire ce roman, remarquant que cent ans exactement sépare la naissance de son propre fils de celle de Sara Suzanne.

Ce roman est une fresque familiale sur cent ans, certes, mais qui possède la particularité de ne pas suivre l’ordre chronologique. C’est un peu déroutant au début, d’autant que les personnages sont nombreux mais on s’y habitue. Cela l’avantage de rendre le passé vivant, de ne pas reléguer ces femmes à un monde disparu, au contraire.

Une lecture captivante donc. Herbjorg Wassmo rend ici un vibrant hommage à sa famille et parvient à vous embarquer. Une fois le livre en main, j’ai toujours eu du mal à le lâcher tant ses personnages sont attachants. On reste longtemps imprégné de la vie dans le Nordland.

Un de mes coups de coeur (2013) !

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La princesse des glaces

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Erica est écrivain. Un jour, de retour dans son village natal, elle apprend la mort d’Alex, la fille qui l’avait tant impressionnée quand elle était gamine. Elle avait été sa meilleure amie avant qu’Alex rompe tout contact sans explications. Alex a été retrouvée dans sa baignoire, les veines tranchées. Pourtant, personne ne croit au suicide. L’inspecteur Patrick Hedström est chargé de l’enquête. Quelle n’est pas sa surprise de tomber sur Erica au cours de son enquête : c’est la fille dont il était amoureux quand il était ado ! Une dimension qui va s’ajouter aux écheveaux de l’énigme à démêler, et pas qu’un peu !

Les deux personnages sont au point mort dans leur vie sentimentale : Patrick est tout juste divorcé et sans enfant ; Erica vit quasiment recluse chez elle, soumise aux contraintes éditoriales de son prochain roman. Ses parents sont décédés et elle est en discorde avec sa soeur Anna concernant le devenir de la maison familiale. Paradoxalement, le meurtre d’Alex va redonner un sens à la vie de Patrick et d’Erica, tous deux lancés dans une enquête sur le voisinage mais aussi sur eux mêmes.

Cela fait des années que j’entends parler de Camilla Läckberg et de ce polar en particulier. Mais, comme Millenium, je n’arrivais pas à m’y « coller », parce que sans doute on en parlait trop. J’en attendais donc beaucoup, compte tenu des éloges entendues. J’ai bien apprécié le début, avec l’univers de l’écrivain en proie au doute de soi et des contraintes liées à la publication éditoriale :
« Personnellement, elle devait chaque fois faire un énorme effort pour s’installer devant son ordinateur. Pas par paresse, mais à cause d’une terreur profondément ancrée d’avoir perdu sa capacité depuis la dernière fois qu’elle avait écrit. »
« Le retard qu’elle avait pris avec son livre la stressait énormément (…) et elle se dit qu’elle allait soulager un peu sa conscience et écrire un moment. »
Erica est un personnage très attachant car l’image de l’écrivain est ici complètement démythifiée : c’est une personne comme une autre, même quelqu’un qui doute beaucoup de ses capacités – sauf en matière de cuisine ! De plus, c’est une gaffeuse. Elle empiète allégrement sur les plates-bandes de Patrick et le lui dit sans vraiment prendre conscience des conséquences de ses actes pour l’enquête.
Patrick est un gros nounours amoureux, qui n’arrête pas de se tortiller comme un ver de terre à la moindre émotion. Il n’arrête pas de se faire asticoter par sa collègue à cause de sa relation avec Erica. Les deux tourtereaux tombent en effet rapidement dans les bras l’un de l’autre (enfin, plutôt dans le lit!). Bon, c’était sympa, c’était amusant, mais à force de tirer trop sur la corde sentimentale, Camilla Läckberg en fait une caricature de couple « guimauve » à la limite de la crédibilité. Ce fut ma première déception ! Dommage parce que l’idée du couple écrivain-flic était plutôt amusante !

Concernant l’intrigue à proprement parler, elle est très emberlificotée et il faut aller jusqu’au bout du bout du livre pour avoir une résolution qui finalement laisse un peu perplexe. L’intrigue n’est pas un prétexte à la description de la société suédoise etc. (comme chez l’Islandais Indridason ou chez Mons Kallentoft, pour citer un autre Suédois) : elle est bien au coeur de la narration et nous fait croiser foule de personnages. Camilla Läckberg revient sur le passé des personnages pour révéler des secrets de famille bien salaces et des ego surdimensionnés. Si l’intrigue m’a tenue en haleine, en fin de compte, je l’ai trouvée peu fouillée. C’est un lavage de linge de famille peu reluisant, mais pas vraiment davantage. Ce fut ma deuxième déception. Rien d’innovant là-dedans.

L’histoire se lit facilement par son style alerte et moderne. Mon oeil a néanmoins heurté une drôle de phrase : « Patrick se tortillait comme un ver de terre sur sa chaise ». Je ne sais pas si c’est moi, mais ça prête à confusion… C’est une broutille parce que le texte est bien traduit (= on oublie que le texte qu’on a sous les yeux n’est pas le texte original), mais ça m’a fait sourire !

Bref, une lecture bien partie au début mais qui finalement m’a un peu déçue. J’attendais beaucoup plus d’originalité et d’innovation, depuis le temps que j’entendais parler de ce livre. C’est dommage parce que l’idée de l’héroïne écrivain est vraiment sympa. Je ne me suis pas franchement ennuyée mais j’ai fini par me lasser un peu tout de même. A côté, Mons Kallentoft est beaucoup plus distrayant (et Arnaldur Indridason aussi, pour citer un écrivain islandais).

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