Un été en Irlande avec W. B. Yeats

Je triche un peu, je n’ai pas passé un été complet en Irlande avec Yeats. Mais je reviens de 9 jours entre Dublin et Sligo, sac au dos et chaussures de marche aux pieds, sous des températures exceptionnelles et 3 minutes de pluie ! 🙂 J’avais décidé tout cela en janvier, alors que nous étions dans la énième vague de restrictions covidesques. Partir à Sligo quelque jours, petite ville où je suis passée il y longtemps, en 2004, en coup de vent. J’avais un souvenir assez flou : la statue de Yeats, la Garavogue qui traverse la ville.J’y suis allée pour les mythiques paysages, évoqués par l’homme de lettres. Mais je ne pensais pas qu’il m’emboiterait le pas à ce point !

Arrivée à Dublin avant de partir pour Sligo, je passe devant la National Library of Ireland et je vois… une immense affiche sur un exposition sur Yeats ! 🙂 Je sortais tout juste d’une géniale expo sur Seamus Heaney à la Bank of Ireland (également non prévue), poète dont je connais très mal l’oeuvre mais qui a en commun avec Yeats d’être Prix Nobel de Littérature. Heaney a acheté une lampe ayant appartenu à Yeats. Ce dernier a inspiré en partie son oeuvre. Ce jour-là, à Dublin, la température est exceptionnellement élevée : 27 degrés d’une humidité qui rend l’atmosphère particulière. Je n’ai jamais connu la capitale irlandaise accablée pas la chaleur (même pas en 2003 où il a pourtant fait très chaud). Je tombe en plus sur deux expositions qui se répondent comme un écho ! Il y a quelque chose de magique dans l’air ! Toutes les expositions nationales sont gratuites. Le bâtiment est magnifique. Gros moment d’émotion de voir l’original du Crépuscule celte, de voir un pop-up d’artiste illustrant The Stolen Child, d’entendre la voie de Yeats, de voir Maud Gonne et sa fille Iseult, une reconstitution de la bibliothèque du poète, beaucoup d’anciennes éditions de ses livres….

Le lendemain, direction Sligo en train. Près de la gare, on est accueilli par le poète. Le voyageur en quête du centre-ville lui tourne le dose. Retournez-vous pour l’apercevoir, avec Maud, un peu plus loin.

Je trouve Maud un peu ratée, mais le street art n’en est pas moins impressionnant par sa dimension.

Devant l’Ulster Bank, je tombe sur la fameuse statue en bronze; bien différente dans mon souvenir où je la voyais plus grande et en meilleur état. Je la trouve petite, délavée et poussiéreuse, presque abandonnée. Dans un dépliant de l’office du tourisme, j’apprends que la statue a été érigée devant la banque parce que lorsque Yeats a reçu le Prix Nobel, il a dit du bâtiment où il était qu’il lui rappelait l’admirable architecture de l’Ulster Bank de Sligo.

Je visite le Sligo County Museum, petit musée municipal, totalement gratuit une fois encore, qui m’a fait penser au Little Museum of Dublin. Il y a beaucoup d’objets locaux légués par les gens. Et il y a aussi beaucoup de choses sur W. B. Et quelques photos de lui qu’on n’a pas l’habitude de voir.

J’ai renoncé à aller à la « Societé Yeats » : le premier jour, c’était fermé ; le 2e jour, les bénévoles (?) avaient apparemment d’autres préoccupations que de recevoir les visiteurs. J’ai horreur d’avoir l’impression de déranger !

Je pars plutôt à Drumcliff au pied du mythique Ben Bulben, à une dizaine de kilomètres de Sligo par la N15. Plusieurs bus desservent le lieu, mais faites attention aux horaires : on est à la campagne, ils sont souvent en retard ou en avance, ou ne passent pas ! Ne pas miser sur le dernier bus donc ! Prendre plutôt un bus public (National Transport for Ireland – NTI : 2,50€ one way (1 aller) contre 4€ pour la même chose avec un dépôt à la gare routière et non en centre ville !). Vous pouvez prendre le bus public juste au coin de l’Ulster Bank sur Markievicz Road. Autre détail : à la campagne, le nom de l’arrêt est rarement mentionné dans le bus : n’hésitez pas à demander au chauffeur de vous signaler le vôtre, c’est plus prudent !! Après quelques minutes de bus, vous arrivez au site monastique du VIe siècle, où est enterré Yeats (ou pas, cf. le roman totalement « vrai » de Maylis Besserie, Les amours dispersées, chroniqué ici même). Cela doit faire 3 fois que je viens sur ce site. J’ai observé les cars de touristes déposés à la va-vite et remontant au pas de course, alors que le lieu, d’un romantisme échevelé et d’un calme absolu dès qu’on s’éloigne de la N15, invite au contraire à ralentir le rythme. C’est tellement beau. Il y a un mini-balade à faire près de la rivière, évoquée par Yeats dans un poème.

Au pied du Ben Bulben

(….)
Sous la cime nue de Ben Bulben
Au cimetière de Drumcliff Yeats repose.
Un de ses ancêtres y fut jadis recteur,
Près de là une église,
Au bord du chemin une vieille croix.
Nul marbre, ni banale inscription ;
Dans le calcaire d’une carrière voisine
Selon sa volonté, ces mots sont graves:

Jette un froid regard
Sur la vie, sur la mort
Cavalier, passe ton chemin !


4 septembre 1938
(Traduction : Jean Briat)

Et nous, bougres d’imbéciles, nous faisons tout le contraire ! On vient le voir. Qu’il nous pardonne ! 🙂

Le lendemain, je pars pour un promenade à pied, direction le Lough Gill, près de la ville de Sligo. La Garavogue se jette dans le lac. Je pense pouvoir arriver jusqu’au lac, distant d’environ 8 kilomètres, en passant par Hazel Wood. Encore des lieux rendus célèbres par Yeats. L’occasion d’admirer les jeux de lumières infinis sur l’eau, de s’étonner de ces montagnes pas comme les autres et si proches l’une de l’autre. Le Benbulben, le Knocknarea, avec la tombe de la reine Maeve en guise de petit chapeau !

Malgré tout, je n’arrive pas jusqu’au lac. Le chemin s’arrête, il y a une route trop fréquenté à mon goût pour y marcher en toute sécurité. Il y a bien ce qui ressemble à un sentier de l’autre côté de la route, mais qui grimpe dans la colline, donc pas franchement au niveau du lac. Je reviens sur mes pas, ne me lassant pas du paysage féérique. J’ai vu un petit ponton à bateau indiquant en début d’après-midi chaque jour, une croisière d’une heure sur le Lough Gill, avec le Rose of Inisfree ! Je croise les doigts pour que ce ne soit pas une blague. C’est un peu le bout du monde ici, Sligo. Un tourisme local, aucun Français, pas de masse, pas de touristos débilos. Que des Irlandais du Nord ou du Sud en vacances. Je suis la seule francophone. Et c’est à moi qu’on vient demander des renseignements pour les tickets ! 🙂 Bonjour les accents … Ici, c’est pas de la tarte; je vous assure. A duck = a docks. Le canard n’est pas un dock. Bref, je me suis amusée pendant le temps d’attente. Et on a vu arriver le bateau. Smile sur tous les visages. Je pense qu’on avait tous des doutes sur la véracité de la chose, surtout quand à l’heure dire : rien ! Mais on est en Irlande. Etre en retard, c’est normal. Un super équipage de 2 personnes très sympathiques, même si je saisissais un mot sur douze. Une ambiance familiale. Des gens qui déclamaient les vers de Yeats. L’équipage qui passait aussi la poésie et des infos sur le poète. Et du soleil. Des capitaines de quelques minutes le temps d’une photo. Et des paysages….

Très chouette promenade. Comme un rêve réalisé.

The lake Isle of Inisfree

Allons, je vais partir, partir pour Inisfree.
Et y bâtir une petite hutte d’argile et de rameaux tressés :
J’aurais là-bas neuf rangs de fèves, une ruche pour
l’abeille à miel,
Je vivrai seul dans la clairière embourdonnée d’abeilles.

Là-bas, j’aurai un peu de paix, car la paix tombe
doucement
Des voiles du matin sur le chant du grillon ;
Là-bas minuit n’est que miroitement et midi y rougeoie
d’une pourpre lueur,
Là-bas le soir est plein des ailes de linottes

Allons je vais partir, car nuit et jour j’entends
L’eau du lac clapoter en murmures légers sur la rive ;
Arrêté sur la route ou sur les pavés gris,
Je l’entends dans le tréfonds du coeur.

(Traduction de Jean Briat)

Une petite ambiance à la Robinson, ou plutôt à la Walden de Thoreau. Ce n’est pas un hasard.

Il a pourtant bien fallu que je retourne à Dublin. Ce ne fut pas pour autant une punition, mais après 3 jours au calme d’une petite ville au bord de l’eau dans la campagne irlandaise, la foule des touristos et des mômes par centaines envoyés en pseudo-colo linguistiques fut assez difficile. On a fait avec. Un petit tour à la plus mignonne librairie de Dublin, The Winding Stair (j’ai découvert que le nom de cette librairie indépendante faisait aussi référence à un recueil de poèmes de Yeats, décidement !! 🙂 ) Il y a aussi un « Escalier en spirale » à Sligo, mais je n’ai pas eu le temps de le chercher.

Je me suis offert la biographie sur le poète que j’ai vu partout (5€ partout aussi). Je ne sais pas ce que ça vaut mais pour le prix, ça vaut le coup de tenter l’expérience;

Quelques jours plus tard, je me suis rendue à la magnifique Hugh Lane Gallery, musée de peinture de la ville de Dublin (free entrance une fois encore !). J’ai découvert, entre autres, un portrait de Yeats, peint par son père John.

Je rassure tout le monde : je n’ai pas fait un séjour monomaniaque !!! J’ai fait beaucoup d’autres choses que de me laisser entraîner par WB ! (Et même pas tout ce que j’aurais voulu encore faire). Mais c’est l’occasion de s’apercevoir, qu’à l’instar de Joyce, il est partout.

Bien entendu, j’avais emporté un peu de lecture : quoi de mieux que les Contes et légendes d’Irlande de Yeats (édition Amazon traduit par Sylvie Aubert). Il y a 2 volumes. J’ai lu le premier. C’est croquignolet à souhait ! J’ai adoré l’histoire de Teig O Cathan et le cadavre (d’après Douglas Hyde) et Les cages des âmes d’après T. Crofton Croker, qui met en scène une sirène mâle, c’est-à-dire un merrow. Un merrow, c’est très laid, raison pour laquelle, les sirènes femelles préfèrent les hommes ! Ils ont « les dents vertes, les cheveux verts, des yeux de cochons, et le nez rouge »….

Désolée pour les photos qui ne sont pas d’une qualité au top mais je n’avais que mon smartphone à tout faire. Je suis partie avec un sac cabine.Comme j’aime.

Un conseil si vous envisagez un séjour à Dublin : choisissez plutôt une Guesthouse car le petit-déjeuner est compris dans le prix ! Je suis tombée dans une très belle GH dans un quartier populaire qui a priori ne payait pas de mine. Mais l’intérieur était magnifique et le breakfast au top ! Si vous ne voulez pas vous ruiner, sachez aussi qu’il faut réserver tôt. Sinon, il vous restera les hébergements les plus chers. Même chose pour un billet d’avion.

Je refais mes valises. J’ai des chroniques en retard. J’espère me rattraper….

Carpe diem !

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Padania blues – Nadia Busato

Traduit de l’italien par Karine Degliame-O’Keeffe

Barbie vit à Ogno, une petite ville paumée de la vallée du Pô, entre champs et usines. Elle est née là et n’a jamais quitté ce coin. Elle passe son temps à rêver d’autre chose, tout en travaillant dans un salon de coiffure, à regarder son père, ce looser culotté, scotché toute la journée devant la télé, revenu au bercail après deux ans d’absence, comme si de rien n’était. Ou plutôt depuis que l’Ukrainienne l’a jeté. Elle regarde sa mère qui courbe l’échine sans rien dire, encaisse, comme si c’était normal. Barbie est coquette. Une vraie caricature de l’Italienne obsédée par son look. Elle a un complexe : ses seins. Elle sait son effet sur la gente masculine. Elle rêve de rencontrer un photographe qui la rendra célèbre. Mais en attendant, elle travaille au salon de coiffure avec son meilleur pote, Maico. Ils échafaudent des plans et entretiennent leur culte du corps. Quitte à prendre des risques.

Oubliez la carte postale de l’Italie glamour, voyez au-delà des apparences. Nadia Busato nous entraîne dans un univers malsain, l’envers du décor de l’Italie dite riche, de l’Italie du Nord. Nous sommes en 2011, une certaine Italie de Berlusconi, de la téléréalité, de la crise économique. Derrière le glamour, le noir ! L’autrice réduit au carton-pâte le décor de péplum et en fait une bouillie pour raconter un drame. Cette histoire de Barbie, diminutif de Barbara (révélé assez tard dans le récit), elle la tire de faits divers. Elle a tout rassemblé pour en faire une seule histoire, celle des femmes italiennes réduites à l’état d’objet sexuel sans même qu’elles s’en aperçoivent. Elles rêvent de Cinne Città, de la grande vie, des flashs et du glamour mais la réalité est la prostitution., la drogue et un bidon d’essence… Voilà en vrai ce qu’offre la Ligue du Nord. Du rêve, du mirage mais pas du tout d’arriver à réaliser ses rêves d’épanouissement personnel. Avec la bénédiction de la gente masculine, pour une grande partie. Le machisme italien en prend pour son grade sous la plume de Nadia Busato.

Le style est cru, clash, violent. On s’en prend plein la poire (pour dire les choses poliment !). La fin est un coup de poing. Attention à l’oeil au beurre noir !

Je me suis laissée entraîner dans ce drame sans pouvoir rien faire, si ce n’est de regarder les personnages aller au casse-pipe. Une lecture avec laquelle j’ai eu des hauts et des bas, avant d’être rattrapée au vol par la fin qui m’a laissée pantoise.

Un roman qui ne va pas faire des heureux dans le monde du tourisme de Padanie. 🙂

Merci aux éditions de La Table Ronde.

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Crazy Brave (Le chant de mes combats) – Joy Harjo

Traduit par Nelcya Delanoë
et Joëlle Rostkowski

« Autrefois, j’étais si petite que je pouvais à peine voir au-dessus de la banquette arrière de la Cadillac noire que mon père avait achetée avec l’argent du pétrole extrait en terre indienne. (…) C’est vers cette période que j’ai appris à parler. C’est alors que quelque chose a changé ma relation avec la rotation de la Terre. Et chamboulé la façon que j’avais de regarder le soleil.  »

Ce livre n’est pas un roman mais la première partie de l’autobiographie de la poétesse amérindienne Crazy Brave (Joy Harjo) qui divise son récit à travers les quatre point cardinaux : Est, Nord, Ouest, Sud. A partir du moment où elle a commencé à parler, le temps s’est aboli ; portée par les mélodies de Miles Davis, bercée par un tournillon d’étoiles, son âme s’est envolée plus haut, vers l’univers de ses ancêtres.

Joy Harjo, de père creek et de mère cherokee, a grandi dans les années 50, dans la petite ville creek de Tulsa, sur la rivière Arkansas. La musique y est partout. Comme pour conjurer le sort de la déportation des Creeks, « chassés du Sud au XIXe siècle. En arrivant sur ces terres nouvelles, ils y avaient apporté leur feu sacré. (…) Chaque âme porte en elle un chant. ( …) Tulsa porte un chant qui monte de la rivière Arkansas vers la tombée du jour. »

Nous suivons la vie incroyablement compliquée de l’autrice, qui a subi la tyrannie de son beau-père, après le divorce de ses parents. Homme violent, alcoolique, il terrorisait toute la famille. Pour fuir cette univers invivable, elle demande a être inscrite dans un internat amérindien pour le lycée. Ainsi, elle part à Santa Fe, au Nouveau-Mexique . Une nouvelle vie s’ouvre à elle : elle se forge progressivement une âme d’artiste au contact d’autres communautés indiennes. De nouvelles amitiés se créent. « Nous formions une génération unie de jeunes artistes, ce qui ne nous empêchaient pas d’avoir à affronter nos différences tribales et historiques. Les étudiants sioux restaient entre eux. Les Pawnees, qui étaient leurs ennemis traditionnels, les évitaient autant que possible, jusqu’au jour où ils se retrouvaient à devoir partager un chambre ou à travailler à une oeuvre côte à côte dans le même atelier. »

Le lecteur est immergé dans le monde amérindien contemporain, pétri de misère et de son lot d’alcool et donc de déchéance et de violence. Joy Harjo devient mère très jeune, à 17 ans. Elle se retrouve enfermée dans des tâches ménagères et se rend très vite compte que ce n’est pas la vie qu’elle souhaite. Elle n’a pas de boulot. Le père de son fils travaille dans une pizzeria. Il est cheerokee et vit avec sa mère, qui ne voit pas d’un très bon oeil l’arrivée de Joy. Et c’est un cercle de violence qui se reproduit . Elle trouve un petit boulot dans une station-service et se barre, travaille dans un hôpital, reprend des études à l’université, rencontre le père de sa fille. Le quitte.

Joy Harjo raconte comment l’art, finalement, l’a sauvé de la misère, psychologique, comment il lui a permis de survivre en tant qu’Amérindienne, dans un monde où les hommes sont violents. Comment il lui a permis de s’engager pour le changement de la condition féminine.

Au début, j’ai eu un peu de mal à entrer dans le récit, entrecoupé de poèmes, habité par l’esprit chamanique de l’autrice. Mais plus j’ai avancé dans cette histoire personnelle, plus j’étais captivée. Je l’ai déjà dit, je m’intéresse à la condition et à l’histoire amérindienne. C’est un truc qui me fascine. J’ai eu cette chance de rencontrer lors de deux voyages au Canada, à l’Est et à l’Ouest, plusieurs communautés, complètement inconnues de nous en Europe, surtout à l’Ouest, en Colombie Britannique. Je lirai sûrement la suite de l’autobiographie de l’autrice, qui vient de paraître aux éditions du Globe.

Une belle découverte que je vous conseille.

Joy Harjo enseigne aujourd’hui l’écriture créative à l’université du Tennessee. Quel parcours !

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Retour de lectures

Helloo-oo !

Me voici de retour après un mois hallucinament chargé qui me laisse un peu sur les rotules mais heureusement les vacances en Irlande pointent bientôt le bout de leur nez, autant de perspectives de ressourcement. Je sais déjà ce que je vais emporter comme lectures au pays de Yeats. 😊

Voici l’état des dégâts concernant les lectures des 6 dernières semaines :

C’est sans compter une petite escapade pour aller voir Dermot Bolger au Centre culturel irlandais, par un samedi après-midi ensoleillé, pour l’écouter évoquer Sheila/Eva de Une arche de lumière qui est pour moi un coup de coeur, comme l’avait été Toute la famille sur la jetée du Paradis.

21 mai 2022

Bon, côté lectures, j’ai fait la connaissance de l’énergique Claire Berest avec Rien n’est noir, Grand Prix des Lectrices ELLE 2020. Il était temps que je le lise ! Je connais peu l’oeuvre de l’artiste mexicaine Frida Kahlo, très à la mode ces dernières années mais pour autant peu connue du grand public auparavant. Claire Berest choisit d’aborder la vie de cette femme par le prisme des couleurs et du couple qu’elle a formé avec le peintre le plus connu du Mexique,aux fresques murales géantes, Diego Rivera. Chaque chapitre est la déclinaison d’une couleur primaire : bleu cobalt, bleu roi, bleu égyptien ; rouge Manathan, rouge Carmen ; jaune coucou, jaune de lune, etc. J’avoue que c’est une roman extrêmement bien écrit qui vous en met plein la vue, restitue très bien cette femme fracassée par une accident de bus, mais pour autant tout sauf morte. Au contraire, la peinture est son exutoire, Diego son mentor. Les couleurs claquent, elle s’exprime comme un charretier parfois, elle n’a pas de filtres, elle ne triche pas. Sa peinture l’incarne ou l’inverse. Je n’ai rien lu d’autre comme livre sur Frida Kahlo. Je manque un peu de recul mais je sais que par moments je me suis un peu perdue. Mais je suis laissé entraîner et j’ai bien bien aimé. Je me suis attaché au personnage. Sans doute pas le dernier livre que je lirai de Claire Berest, dint Gabriele est dans ma PAL, coécrit avec sa soeur Anne, l’autrice de La Carte postale, Grand Prix des Lectrices ELLE 2022 ! En tant qu’ancienne jurée ELLE, j’ai pu assister à un petit après-midi littéraire avec une surprise :

Les soeurs Berest et leur maman nous ont mis un coup d’émotion le 30 mai 2022, jour de la remise des prix du Grand Prix des Lectrices ELLE 2022.

Dans un autre registre, j’ai découvert l’excellente triologie du Baztan de Dolores Redondo, qui se passe dans le Pays Basque espagnol, d’où le nom de cette trilogie. J’ai lu le 1er volume, Le gardien invisible, et fait la connaissance de l’inspectrice Amaia Salazar qui est originaire d’un petit village pas très loin de Pampelune. Une série de meurtres de jeunes filles met en émoi la population. Dolores Redondo mélange le folklore et la mythologie basques, un soupçon de fantastique, une intrigue policière et l’histoire de la famille de son héroïne. C’est génial ! J’ai franchement adoré ce mélange qui n’en fait pas trop non plus. Faites comme moi, allez à la rencontre du basajaun, étrange créature mi-homme, mi-ours en goûtant un petit txatxingorri, un petit gâteau traditionnel de la région. 😊 Un coup de ❤ . La suite est déjà sur mes étagères. Dolores Redondo a obtenu le Grand Prix des Lectrices ELLE 2021, catégorie « roman policier », avec le premier volume qui met en scène la même inspectrice qui fait ses classes aux États-unis à la Nouvelle Orléans où elle rencontre son mari.

Autre coup de coeur ❤ pour Les impatientes de la Camerounaise Djaïli Amadou Amal, prix Goncourt des Lycéens 2020. C’est un livre douleur sur le sort des fillettes puis femmes peules : le mariage forcé. La polygamie. Et on peut aussi carrément dire la pédophilie légitimée au nom de la tradition.😤 Un roman autobiographique sur la maltraitance à l’égard des femmes réduites à l’état d’objet et d’esclave sexuelle, et d’esclave tout court. On a juste envie de flinguer tous ces connards qui abusent comme des coqs en pâte. Ils sont figés à la Préhistoire et encore, je suis sûre que les hommes de la Préhistoire étaient plus évolués qu’eux ! Un livre remue une colère sourde, mais aussi donne un peu d’espoir. Tout peut changer, il faut éduquer les mecs🦸‍♀️ et les remettre à leur place – et les jeunes générations! Merci aux lycéens d’avoir décerné ce prix !

Dans le registre maltraitance à l’égard des femmes, j’ai terminé hier l’excellente novella de Claire Keegan, Misogynie, qui nous parle justement de l’éducation du sexe masculin en Irlande. Clairement, cela peut peut être généralisé à d’autres pays développés. Cathal n’est pas un homme foncièrement méchant mais son éducation lui a inculqué que les femmes ça ferme sa gueule et ça fait à bouffer. Dès que la femme n’est pas d’accord, c’est une « salope ».D’ailleurs femmes et salopes sont des termes synonymes. Seulement là, c’est bête mais il a foiré un truc qui l’amène à réfléchir. Mathilde va lui tenir compagnie en attendant (je ne dis pas qui est Mathilde, mais au moins, elle, on peut l’oublier dans une pièce fermée à clé sans qu’elle vous dise vos vérités !😅!)

J’ai succombé comme beaucoup à la saga Blackwater, de Michael McDowell, publiée pour la première fois en France par les éditions Monsieur Toussaint Louverture, aux couvertures très très jolies et travaillées ! J’ai dévoré le 1er volume « La Crue« . Nous sommes en Alabama au début du 20e siècle, dans la petite ville de Perdido, dévorée par une crue. Une jeune femme est sauvée des eaux mais personne ne l’a jamais vue dans le coin. Elle est assez étrange. Un récit plein de surprises, de rebondissements et un soupçon de fantastique. Je vous conseille vivement de tester cette série ! Il y a 6 volumes, c’est au format poche. Le dernier vient de paraître hier et moi je dévore le deuxième, parfaite lecture pour un temps caniculaire.

J’ai lu Hamnet de Maggie O’Farrell. J’ai passé un bon moment avec le prétendu fils disparu de Shakespeare et la prolifération de la peste à la fin du 16e siècle en Angleterre. Les us et coutumes de l’époque sont bien restitués mais j’ai trouvé aussi quelques longueurs. Je ne pense pas que ce roman fasse date dans mon esprit

J’ai été carrément déçue et j’en suis la première navrée, de Personne ne nous verra de Conor O’Callaghan 😭. Sérieusement, je me suis ennuyée et je n’ai rien compris. Pourtant, son premier roman Rien d’autre sur terre était un coup de coeur !

Enfin, cent ans après tout le monde, j’ai lu et beaucoup aimé Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu, prix Goncourt 2018. Un roman d’apprentissage et un portrait social de la France entre 1992 et 1998, jusqu’à la finale de la coupe du monde de foot. L’histoire se passe en Lorraine, à Heillange, où les Hauts Fourneaux sont fermés depuis belle lurette, carcasses fantômes d’un monde révolu. Nous suivons des adolescents de la fameuse classe moyenne du bas au haut de cette vaste classe, et celle d’un fils d’ouvrier marocain à cheval et mal assis sur deux mondes qui s’ignorent et se méprisent. On croise aussi les « Grosses têtes « , sorte de dégénérés-déclassés-perdus vivant en dessous du seuil de pauvreté. Pas des descendants d’immigrés. Les oubliés d’un autre genre. Nicolas Mathieu possède une plume qui vous chope et ne vous lâche pas ! J’ai néanmoins parfois été agacée par des détails assez cracra qui reviennent un peu trop souvent sans apporter grand chose au récit. J’ai aussi trouvé que ses mômes étaient vachement mûrs pour leur âge. Au début, j’avais plutôt l’impression de voir de jeunes adultes que des gamins de 14 ans ! Et puis, ils s’expriment comme les jeunes d’aujourd’hui, pas d’il y a presque 30 ans. Mais finalement, si l’histoire se passe en Lorraine dans les années 90, elle est toujours d’actualité de nos jours et pourrait se passer ailleurs en France. A lire, c’est un très bon moment !

Nicolas Mathieu et Karine Tuill le 30 mai 2022

J’ai un bon petit tas de livres à lire, dont le deuxième roman de l’Italienne Nadia Busato, Pandania Blues, paru aux éditions de La Table Ronde le 9 juin. De quoi m’occuper à l’ombre des 40 degrés de ces jours. Et vous, qu’avez-vous lu ?

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Absente au moins jusqu’à mi-juin

Je me fais rare dans le coin. Mais c’est suite à une très bonne nouvelle que je voudrais voir aboutir. Du moins faire tout ce que je peux pour que ça se fasse. Je pourrais vous parler des sublimes et douloureuses Impatientes, de Djaïli Amadou Amal, ou de Rien n’est noir de Claire Brest. Je pourrais vous parler aussi de cette drôle de trilogie basque écrite par Dolores Redondo que je dévore (mais très lentement faute de temps ), Le gardien invisible. Je le ferai, mais pas tout de suite puisque je suis vraiment très occupée et que je boulotte un autre genre de littérature en ce moment.😊 Je préfère me concentrer sur elle quelques semaines.

N’empêche, il faut aussi savoir s’aérer les neurones pour ne pas saturer et ménager ses forces. Alors, j’irai sans doute rendre une visite au CCI samedi 21 mai pour écouter Dermot Bolger. J’espère qu’il nous parlera de L’Arche de lumière, chroniquée ici même. Avec Colm McCon Iomaire aussi au CCI !!! J’irai aussi au Festival littéraire dans le cadre de la remise du Grand Prix des Lectrices ELLE 2022 le 30 mai, où les anciennes jurées sont invitées. Ça devrait faire du bien à mon pauvre cerveau en surchauffe tout ça !

A bientôt. Maeve

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Le mur des silences – Arnaldur Indridason

Traduit par Eric Boury

Le mur des silences est le 4e volume de la série « Konrad » et le 3e que je lis. Comme chaque opus fait référence aux précédents, je vous conseille de les lire plutôt dans l’ordre. C’est ainsi que je me suis aperçu en cours de lecture que je n’avais pas lu La pierre du remords, le 3e volume. Cela n’empêche pas de comprendre l’histoire, même si une bonne partie fait référence aux Fantômes de Reykjavik, soit le 2e volume. Vous suivez ? En effet, le personnage de Konrad évolue, surtout son histoire familiale.

Je re-situe le personnage principal : Konrad est un policier en retraite. Son enfance a été douloureuse. Son père était un ignoble bonhomme. Il a découvert qu’il a été assassiné. Il a trempé dans des escroqueries, des histoires d’inceste et autres violences familiale, il battait sa femme, qui est partie avec la soeur de Konrad pour vivre ailleurs. Konrad est lui-même un personnage loin d’être parfait mais qui ne veut pas reproduire les schémas de son père. Il est aujourd’hui veuf, sa femme est décédée d’un cancer, ils étaient séparés. Hugo, son fils était très proche d’elle. Konrad le sait mais n’a jamais avoué une certaine chose à ses enfants : il a trompé son épouse pendant sa maladie. (Oui, Indridason a la main lourde, niveau malheur). Hugo l’apprend par la maîtresse de son père (du moins son ex-maitresse) et, dans cet opus, se brouille avec lui. Cela ne va pas permettre à Konrad de faire totalement le net dans son esprit. Surtout que ce qu’il va apprendre de nouveau sur son père est plutôt accablant.

L’histoire commence avec une maison qui semble hantée. Aucune femme ne s’est jamais sentie à l’aise dans celle-ci. Les familles se succèdent et n’y restent pas. Un jour, des travaux de modernisation mettent à jour un mur creux dans la cave. Je ne vous en dit pas plus pour ne pas trop spoiler l’histoire.

Le récit possède plusieurs fils narratifs qui vous promènent entre le passé et aujourd’hui. Des années où les Américains avaient encore une base en Islande et dont certains ont noué des liens avec les Islandais, se sont mariés et sont restés. Alcools de contrebande, clopes et sourires. Le tour est joué. Stan fait partie de ces Américains ayant épousé une Islandaise. Le mec le plus sympathique du monde aux yeux de ses amis. Elisa semble heureuse. Mais Benony, un ami de Stan remarque depuis quelques temps qu’elle a changé, son regard est différent, bien qu’elle soit toujours souriante. Benony aide Stan a combler un mur creux dans la cave de leur maison. Il avoue qu’il participe à quelques trafics et s’est laissé embarqué dans une histoire de cambriolage, avec Mikki et Tommi. Il y avait finalement pas grand chose à récupérer, quelques bijoux et des photos. Les photos ont disparu. Pourtant, elles vont attirer des ennuis à la bande.

C’est une histoire hyper-sombre dans laquelle nous plonge Indridason. Oui, je sais, c’est jamais très gai, mais là, c’est juste abominablement noir. Tant pour Konrad qui découvre que son père avait des tendances bien peu reluisantes, en plus de sa manie de vouloir escroquer des gens par le biais d’une entreprise de spiritisme. Le lecteur apprend au fur et à mesure la terrible histoire d’Elisa qui subit les pires violences de la part de son mari et qui doit faire éloigner leur fille unique des pattes de celui-ci. On replonge dans l’histoire de Nanna, la fille retrouvée noyée dans un lac (voir Les fantômes de Reykjavik) mise enceinte par un certain médecin et pas du tout inconnu du père de Konrad. Celui-ci remonte le fil, retourne en prison interroger un type qu’il a fait emprisonner dans les précédentes histoires. Ce type a des révélations à faire à Konrad sur l’histoire de son père, mais il ne parlera que si celui-ci lui apporte certaines pilules lui permettant de quitter ce monde sans douleur.

Autant je n’avais pas été embarquée par Les fantômes de Reykjavik, autant je me suis régalée avec Le mur des silences. Les personnages ne sont vraiment pas parfaits (sauf Elisa). Il y a un cadavre. Et une surprise ! J’ai cru deviner très tôt l’identité de ce cadavre mort 40 ans plus tôt. Mais, comme sans doute beaucoup de lecteurs, je me suis fait rouler dans la farine !

Indridason peint un beau portrait de femme en souffrance qui saura affronter son démon pour renaître de ses cendres. Il y a à ce titre une scène que j’ai trouvé excellente ! Malgré la noirceur de l’histoire dans son ensemble, elle l’illumine d’espoir. Benony est également un homme attachant.

Un bon volume, une histoire à rebondissements. J’attends dans savoir davantage sur l’identité du meurtrier du père de Konrad, dans le prochain volume, j’espère et de savoir également si celui-ci va pouvoir se réconcilier avec son fils. L’histoire de famille de ce héros totalement imparfait et d’autant plus humain, est le fil ténu de la série. J’aimerais juste qu’il soit davantage question de la société islandaise et de l’histoire de l’Islande, comme c’était le cas dans la série « Erlendur » que j’avais adoré (et qui me manque toujours ! )

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Vendetta – Les héritiers de la Brise de mer – Violette Lazard & Marion Galland

« Le bar a aujourd’hui disparu, mais sur les quelques photographies de l’époque, publiées dans les gazettes locales de la fin des années 1970, on distingue la devanture d’un café quelconque. (…) C’est là que tout a commencé, quai de la Marine, sur le Vieux Port de Bastia (…). Au départ la Brise de mer était un simple bar. »

Santucci, Seatelli, Guazelli, Costa, Mariani, Michelosi, Casanova. On ne sait pas trop pourquoi ces jeunes ont décidé de faire des affaires d’une drôle de manière en Corse. Un groupe éclectique. Il y a des fils et petit-fils de notaires, un étudiant en droit, des casiers vierges et des déjà-condamnations pour braquages. Pas des prolos. Plutôt la classe moyenne. C’est le moment où le tourisme devient florissant en Corse, avec les deux ferries qui font la navette entre l’Ile de beauté et le continent. Les boîtes de nuit, les casinos, les bars, sont déjà tenus par des gangsters, la bande de Louis Memmi, qui règne tranquillement sur le nord de l’île. Pas un problème pour la Brise de mer nouvellement formée : elle dézingue avec une facilité déconcertante le parrain de l’époque d’une balle tirée où il faut. L’âge d’or de la Brise de mer peut commencer.

Un « petit » casse à Genève dans la mythique banque UBS (Union des banques suisses) le 25 mars 1990 va mettre 120 millions de francs dans les caisses du gang, dont on n’a jamais retrouvé un centime, mais qui continuerait à faire tourner bien des entreprises en Corse, des casinos, le cercle de jeux de Wagram à Paris (celui-ci n’existe plus mais a bénéficié du blanchiment d’argent).

Le gang va infiltrer l’économie de l’île et pas que de l’île ! Robert Badinter aurait alerté sur la puissance de ce clan de malfrats. Si Al Capone est tombé, la Brise résiste, échappe à la justice, aux préfets, aux magistrats et même aux agents du fisc. Le blanchiment d’argent est leur domaine de prédilection. Richissime à l’aube des années 2000, la Brise disposerait à l’époque, d’un patrimoine entre 800 millions et 1 milliard de francs, 500 comptes bancaires mais seulement 3000 francs déclarés par mois. Contrairement au banditisme traditionnel, qui se cantonne aux machines à sous, à la drogue et la prostitution, la Brise a investi son butin dans l’économie traditionnelle. La mise en place d’un système mafieux, pas tout à fait à l’italienne (il n’y a pas de chef de gang). La Brise apporte son soutien aux entreprises locales qui ont des difficultés à obtenir des prêts bancaires. Elle sert de relais pour les subventions publiques (sic !), notamment les subventions européennes.

Les nouveaux seigneurs paradent en Porsche, leurs femmes font des emplettes dans les commerces de luxe (Chanel, Versace, Dior…). La grande vie ! Mais ils ont été certainement trop naïfs pour croire que ça pouvait durer. Jalousie, rivalité, trahison, haine entre gangs (notamment celle du Petit Bar qui règne sur la Corse du Sud et voit d’un très mauvais oeil la Brise de mer (lol, de vrais caricatures de crevures, que voulez-vous ). Les premiers assassinats entre crapules. Le début de la chute. Tous les fondateurs vont crever de balles dans le crâne et autres mitraillages dans le coeur. Le problème est que la crapule, ça se reproduit ! Soi-disant que les fondateurs de la Brise n’auraient pas voulu voir leurs enfants mener la même vie qu’eux. La blague ! Du genre faites ce que je dis et pas ce que je fais. La relève est déjà pourtant assuré, notamment avec Jacques Mariani (le plus âgé), que j’ai trouvé bête comme ses pieds, tellement que ça rend le récit cocasse. Même son père, Francis, disait que son fils est un âne. C’est pas faux. Néanmoins il a déjà écopé de plusieurs dizaines d’années de prison et risque actuellement 10 ans encore, pour association de malfaiteurs en vue de commettre des crimes et délits. Le procès doit se tenir cette année.

Le deuxième principal larron est Christophe Guazzelli. A l’époque de l’âge d’or, il était un gamin doué pour le foot, gentil, intelligent. Grâce à son père, il entre à l’AC Nantes en vue d’ une carrière de footballeur professionnelle. Les autrices du livre suggèrent qu’il aurait pu virer autrement. Je n’en suis pas vraiment convaincue, vu les antécédents familiaux. Bref, l’assassinat de son père l’aurait complètement transformé. Le désir de vengeance aurait pris le dessus. Il devient assassin à son tour dans cette spirale infernale de la violence qui gangrène la Corse. Il est actuellement sous les barreaux, poursuivi pour double assassinat, association de malfaiteurs en vue de commettre des empoisonnement et corruption de la surveillante de prison (un cas pathologique celle-ci aussi, pas corse mais vivant dans un monde de fiction à force de lire des polars !🤦‍♀️😂).

J’ai bien aimé ce livre très documenté (les autrices sont journalistes ), il n’y a pas de fioritures, on enchaîne les faits et événements. Mais c’est justement ce qui fait la faiblesse du livre car il manque une analyse profonde même si on comprend et apprend beaucoup de choses. J’aurais vraiment voulu connaître l’élément déclencheur. On ne devient pas gangster du jour au lendemain ; certes il y avait un leader déjà pas propre sur lui, mais pourquoi les autres ont-ils suivis ? Et les enfants et maintenant petits-enfants, franchement, c’est à vomir. Je regrette un peu la quatrième de couverture de l’édition de poche qui fait dans le sensationnel alors que ce n’est pas un thriller ni une histoire romantique mais une réalité, une tragédie dont souffre la majorité des Corses, embringués dans une économie mafieuse, souvent sans le savoir. L’île est aujourd’hui plus que jamais gangrenée par la violence. On est loin de l’image paradisiaque des cartes postales. Une plongée dans le cauchemar.

Une lecture commune avec Camille Mondo, dont vous pouvez lire la chronique sur Instagram. On a décidé de lire ce livre ensemble suite aux récents événements survenus en Corse. Parce qu’il faut être au courant des guerres de gangs pour comprendre l’émergence des « natio » au pouvoir, dont certains partis ont largement fait copain-copain avec cette mafia, pendant que d’autres leur livrent la guerre mais dans le but commun de s’approprier le BTP et toutes les infrastructures où le blanchiment d’argent est facile. Un livre que je vous invite à lire.

 

 

 

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Retour de lectures

Quelques lectures de mars

Comme je replie mes bagages bientôt, voici un bref retour sur mes lectures de ces dernières semaines. Globalement du très bon !

Je n’ai pas disparu, je lis beaucoup mais je suis aussi très occupée et beaucoup en vadrouille, donc pas forcément derrière un écran !😉

Traduit par Patrick Reynal

J’ai retrouvé Sam Millar au salon du livre d’Abbeville, dédié à l’Irlande, cette année, et me suis fait dédicacé son dernier roman noir, publié aux éditions Metailié pour la première fois : Un tueur sur mesure ne fait pas partie de la série Karl Kane à laquelle on s’était habitué ces dernières années et j’avoue que c’était tant mieux ! On retrouve un Sam Millar au meilleur de sa forme : c’est comme toujours très noir, mais aussi très drôle, bien grinçant. On a l’impression d’être à la fois dans un dessin animé de Tex Avery, une parodie de polar noir américain (même si ça se passe à Belfast) et un comics avec des super costauds que rien ne fait reculer, même si là, ils sont plutôt malfaisants. Des pieds nickelés déguisés en loup le jour d’Halloween décident de cambrioler une banque de Belfast. Eux, ils sont plutôt couillons, pas très doués mais drôles (j’ai trouvé !). Le problème c’est qu’ils vont tomber sur des vrais méchants. Sam Millar n’a pas l’habitude de mâcher ses mots, les âmes chastes pourraient être choquées par certains mots et certaines scènes, mais moi je me suis beaucoup amusée ! J’ai même croisé les deux chats de l’auteur dans ce bouquin !🤗

Traduit par Eric Boury

Un petit retour à la littérature islandaise que j’affectionne beaucoup, pour découvrir Sjon, que je n’avais encore jamais lu. Blond comme les blés raconte une histoire de néo-nazisme. Comment un jeune garçon, Gunnar Kampen, après la Seconde Guerre mondiale, en arrive à fonder en 1958 un parti politique nationaliste et se consacrera à l’organisation internationale du mouvement néo-nazi. Ça fait froid dans le dos. J’ai bien bien aimé, même si j’ai trouvé que ça manquait un peu de « liant ». Il faut peut-être que je le relise une deuxième fois (il fait une centaine de pages)

Il existe 2 mouvements anti-mafia en Corse,

Ce mois, j’ai fait des bonds en voyant les médias s’acharner à parler du meurtre d’un assassin de préfet massacré par un islamiste, en prison. (Quelle ironie !) Colonna n’est pas un héros c’est un criminel. Les médias s’acharnent à montrer 300 ou 400 connards décérébrés, lobotomisés, tout péter à Bastia et Ajaccio, défoncer des bâtiments au tractopelle. La population de la Corse fait un peu plus de 330 000 habitants ! La majorité silencieuse est laissée dans l’ombre et c’est vraiment dommage ! Ce livre, réalisé par le journaliste Jean-Michel Verne et publié l’an dernier, donne la parole à des élus, des citoyens qui se battent contre la mafia, le grand banditisme qui gangrène l’île. Ils racontent leurs démêlés divers, les pressions et les menaces qu’ils ont subis. L’enjeu futur de la Corse n’est pas des moindres, surtout depuis que les nationalistes ont pris le pouvoir en 2015. Donner l’autonomie c’est livrer la Corse à la mafia. Qui a créé la collectivité territoriale de Corse, a permis l’émergence de ces politicards en grande partie fachos, si ce n’est pas l’Etat ? Les témoignages, même s’ils ne m’ont pas tous convaincus, sont accablants. En 2019, un militant écologiste, Maxime Susini a été assassiné. Cela aurait déclenché une prise de conscience collective. Je voudrais qu’on s’intéresse à ceux qui ont conscience de la gravité de la situation dans laquelle en Corse, des conséquences des agissements des organisations criminelles et leurs connexions avec les milieux politiques et économiques insulaires. Le chômage endémique (et son pendant, la débrouille et le travail au noir), le laisser-aller de l’Etat qui ferme les yeux parce que ça l’arrange bien, très souvent. Et puis j’en ai marre du racisme ou de la xénophobie anti-corse (appelez ça comme vous voulez). Trop facile de dire « Les Corses nous font chier ». Ah ouais ? Sauf pour poser vos fesses sur les plages !!!😤 Bref, on insulte mes grands-parents maternels, une partie de ma famille et celui qui sort ça une fois devant moi ne s’en remet pas (LOL) ! Rien dans mon nom de famille n’indique une partie de mes origines, je suis un patchwork, contrairement à ces imbéciles dont les parents n’ont sûrement pas beaucoup voyagé !) Bref, après ça, je ne vais pas me faire des amis, mais je m’en fiche.😁 Je ne peux que vous conseiller cette lecture instructive. Un poke à Anne de Carbuccia, Marie-France Antona, Brigitte Peressini. J’ai le coeur tourneboulé par leurs témoignages. J’ai vu tout un tas de fous furieux bretons, basques mais surtout bretons ) s’assimiler à ce qui se passe en Corse. J’ai pas de mots.😂

Dans un tout autre registre, j’ai lu un roman québécois (en février ). Sauvagines se passe dans la forêt du Kamouraska. Raphaëlle est garde forestière et vit une partie de l’année totalement isolée dans une cabane, avec comme seule compagnie, la jeune chienne qu’elle vient d’adopter, Coyote. Son job est de traquer le braconnage, endémique dans cette partie du Québec. Son univers bascule le jour où son chien est pris par un piège. Elle décide de passer à l’attaque, de manière non légale. En même temps, elle découvre un carnet, un journal intime d’une inconnue de son âge alors qu’elle est hébergée par un vieil ami. Elle retrouve la trace de l’autre jeune femme. Ce roman est à la fois un roman écologique , un thriller et un roman d’apprentissage. C’est aussi un très bel objet livre, avec des dessins au fil des pages. Un glossaire (pas suffisant à mon goût) qui explicite des mots québécois. J’ai eu parfois des interrogations sur certains termes, mais ça fait partie du charme du livre ! Gabrielle Filteau-Chiba est aussi l’auteur d’Encabanée. Dans ces deux livres, il y a une part autobiographique. J’ai beaucoup apprécié ce livre qui dénonce les lois idiotes concernant la préservation des espèces au Québec, avec une belle histoire dans un coin perdu. Cela dit, j’ai trouvé quelques longueurs (vite oubliées).

Traduit par Christel Gaillard-Paris

Enfin, le dernier Lisa Harding, Tout ce qui brûle, refermé hier. Sonya, ancienne actrice, mère célibataire et alcoolique. (Yaya, comme l’appelle son fils, Tommy, Mister T.,) va me manquer ! Elle vivait en vase clos avec son petit garçon et Herbie le chien, (« ses garçons »). Le gamin, 4 ans, n’allait pas à l’école. Addict à l’alcool, sans argent, Sonya a des accès de violence quand elle est saoule, ce qu’elle regrette tout le temps. Sonya est une personnalité incandescente. Elle brûle de l’intérieur. A cause de ses blessures, de son enfance cabossée, d’avoir été oubliée après avoir connu la gloire sur scène, d’avoir été abandonnée par le père de son fils. Yaya brûle aussi de l’alcool qu’elle ingère, elle se met le feu et un jour on lui fait remarquer que Tommy aurait des tendances pyromanes. Yaya brûle d’amour pour lui, au point de l’étouffer. Un jour, le père de Sonya, qu’elle n’a pas vu depuis des lustres, déboule dans la baraque et la coinvainc de faire une cure de désintoxication.

J’ai adoré ce livre qui est l’histoire d’une vie en cendres puis d’une renaissance ! Sonya lutte contre elle-même. Du feu qui la consume, elle finira par atteindre le feu sacré ! Même un type envahissant ne pourra pas l’arrêter ! Un clin d’oeil au feu de Sonya avec cette belle couverture rouge avec une jeune femme au pull rouge également ! Lisa Harding nous plonge à merveille dans l’esprit tourmenté de cette jeune femme attachante. Un coup de coeur dont je vous conseille la lecture. Le 1er roman de Lisa Harding était également un coup de ❤ ! Décidément !

Finalement, ma chronique qui se voulait rapide, est longue… Bonne lecture !

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Ne dis rien – Partick Radden Keefe

Traduit par Claire-Marie Clévy

Je continue ma lancée de lectures sur l’Irlande du Nord avec un livre de « journalisme narratif », selon les termes de son auteur, l’Américain Patrick Radden Keefe. Celui-ci a mis 4 ans pour écrire ce petit pavé de plus de 500 pages en édition de poche qu’est Ne dis rien.

Décembre 1972. Jean McConville est kidnappée chez elle, sous les yeux de ses 10 enfants, dans le sordide quartier de Divid, où ont été relogés les catholiques expulsés des quartiers où ils vivaient jusque-là avec une majorité protestante. Qu’est devenue Jean, jeune veuve de 38 ans ?

1er janvier 1969, la jeune Dolorous Price rejoint la manif pour les droits civiques, avec sa soeur Marian. Elle est l’une des plus jeunes manifestantes, d’une beauté remarquable, un fort caractère et une tendance marquée pour l’irrévérence et le cynisme. Ce n’est pas un personnage de roman, mais bien une personne ayant réellement existée, dont nous allons suivre la trajectoire de vie hors normes : une vie dédiée à l’IRA Provisoire, pour ne pas dire sacrifiée à la « Cause » . Dolours, qui porte bien son prénom (« Douleur ») s’engage toute jeune dans les rangs de la nouvelle Irish Republic Army (la vieille IRA dite « officielle » a du plomb dans l’aile depuis que l’Irlande du Nord a été laissée aux Britanniques ; l’IRA renaît sous une nouvelle forme à la fin des années 1960 quand les catholiques républicains réclament des droits égaux à ceux des Protestants, les activistes de cette nouvelle IRA sont surnommés les « Provos »). Dolours pose la seule bombe qui va exploser à Londres, détruisant seulement la voiture de celui qui deviendra son avocat. Inculpée avec sa soeur cadette Marian, pour terrorisme, elles sont incarcérées dans une prison en Angleterre. Elles vont entamer une grève de la faim pour réclamer leur transfert en Irlande du Nord, ce qui leur sera refusé, du moins au début. Le gouvernement britannique ayant peur du scandale et des conséquences du décès de ces femmes devenues des figures emblématiques de l’IRA, décide de les obliger à manger. Il fait procéder au gavage des détenues !!😤🤬 Les scènes sont bien restituées et difficilement supportables. Cependant, elles ne lâchent rien, finissent par être transférées à Armanagh, en Irlande du Nord. L’auteur brosse un portrait détaillé de Dolours sur près de 50 ans. Sa trajectoire de vie est incroyable. Cependant, elle souffrira tout le temps des actes commis dans sa jeunesse. Sujette à dépression et alcoolisme, renoncement et rancunes, on ne peut pas l’envier, ça c’est clair.

Grâce à Patrick Radden Keefe, nous suivons le parcours de figures emblématiques de l’IRA. Les soeurs Price à qui il consacre une grande partie car il a pu les interroger, mais aussi Bendan Hugues, Bobby Sands, et un certain Gerry Adams….

Ah Gerry ! Le genre de mec charismatique qui a le don d’arriver à faire faire le sale boulot aux autres…. Le type très fort pour le blabla, le stratège aux mains propres, et on sait jusqu’où cela a pu aller aujourd’hui. Il fut l’un des instigateurs des Accords de Paix du Vendredi Saint de 1998, puis vice-premier ministre d’Irlande du Nord aux côtés de son pire ennemi du passé, l’effroyable Ian Paisley !! Il a créé le Sinn Féin pour accéder au pouvoir mais a nié tout le reste : son appartenance à l’IRA alors que c’est lui qui donnait les ordres), le rapport entre l’IRA et le Sinn Féin, qui pourtant ne dupe personne. Les disparitions de centaines de personnes, dont celle de Jean McConville, soupçonnée d’être une informatrice des Brits…

Le livre révèle en partie la clé de l’énigme McConville. C’est pas franchement glorieux. A un moment donné, je me suis demandée comment Patrick Radden Keefe pouvait encore être en vie avec toutes les révélations, après 4 ans d’enquête, qu’il fait dans son livre. Il vit aux États-unis, il est américain, mais, bon… Je me suis également posé des questions sur la mort de Dolours Price en 2013.

Ne dis rien soulève beaucoup de questions, suggère que la réalité n’est pas ce qui s’affiche au niveau du gouvernement nord-irlandais, que Belfast n’est pas une ville paisible, et qu’aujourd’hui elle est même encore plus ségrégationniste que par le passé. Il y a encore plus de murs séparant les deux communautés, il n’y a quasiment toujours pas d’écoles mixtes. On retrouve, grâce à certaines indications divulguées, des cadavres enterrés il y a 50, 40, 30, ou 10 ans. Même sur une plage qui a l’air la plus tranquille du monde. On sait aujourd’hui ce qu’est devenue Jean McConville.

Gerry Adams en prend pour son grade. L’IRA a déposé les armes, officiellement. Mais… Mais croyez-vous que l’IRA a disparu ? (Je ne parle pas des mafiosi de l’IRA dite « véritable  » dont on voyait des tags au début des années 2000). Je parle des Provos. Je ne vais même pas parler du Brexit…🤭 Pour ma part, je suis quasi-certaine qu’elle existe toujours. Pas forcément les mêmes personnes que celles des années 70 toujours en vie, (Gerry Adams a 75 ans ), mais… rien n’est si limpide en Irlande du Nord…

« A l’automne 2015, Teresa Villiers, la secrétaire d’Etat pour l’Irlande du Nord, publia un rapport sur les organisations paramilitaires établi par la police d’Irlande du Nord et les services secrets britanniques. « Tous les principaux groupes paramilitaires en opération à l’époque des Troubles existent encore », annonçait le document, précisant que cela incluait l’IRA Provisoire. Les Provos demeuraient actifs, bien que dans une capacité très réduite « , et disposaient encore d’un arsenal. Big Storey avait raison : ils étaient toujours là. Gerry Adams qualifia le rapport d' »absurde ».

Quand on sait que Gerry Adams a tout d’un mythomane, quel crédit peut-on accorder à sa parole ?

Un livre qui se lit un peu comme un thriller. On apprend pas mal de choses. J’aurais voulu en savoir davantage sur les groupes paramilitaires du camp adverse. En tout cas, l’auteur ne fait aucun cadeau aux gouvernements britanniques successifs et encore moins au leader du Sinn Féin, qui a cédé aujourd’hui sa place à une femme, mais cela ne veut pas dire grand chose quand on connaît un peu olus le personnage après cette lecture accaparante!

Quelques redites alourdissent un peu la lecture et donnent des longueurs inutiles. Cependant, c’est un livre que j’ai beaucoup aimé.

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Gens du Nord – Perrine Leblanc

Gens du Nord, voici un titre qui, en France, peut prêter à confusion. Je vous l’annonce tout de suite, la Québécoise Perrine Leblanc ne va pas nous parler des Chtis, ni même des Normands (l’étymologie de Normand signifie « Homme du Nord, c’est-à-dire les Vikings venus de Scandinavie) ! L’autrice nous emmène dans l’Irlande du Nord de 1991 en compagnie de deux journalistes, François Le Bars, de nationalité française et Anne Kelly, une Québécoise. François veut informer ses lecteurs au plus près de la réalité nord- irlandaise, et il a réussi à avoir des contacts avec les services secrets français et aussi des paramilitaires défenseurs de la décolonisation de l’Irlande du Nord (vous voyez tout de suite à qui je fais allusion !). De son côté, Anne est fascinée par la disparition d’un homme de lettres irlandais, Samuel Gallagher, qui avait des affinités avec l’Irish Republican Army. Ses accointances avec cette organisation paramilitaire lui aurait valu d’être abattu par une autre organisation paramilitaire du camp adverse, UVF, Union Volonteer Force, groupe protestant loyaliste, violemment opposé au républicanisme irlandais. On assiste en direct à sa mise à mort.

Mais rien n’est simple en Irlande du Nord en 1991. L’apparence est source de confusion. Tout est à peu près sens dessus dessous tout le temps. Les petits commerces peinards le jour peuvent se transformer en un clin d’oeil en pub non répertorié la nuit, bastion de militants indépendantistes. On n’est jamais certain non plus que « Machin » qui dit s’appeler « Machin » n’a pas en réalité une autre identité.

Perrine Leblanc nous plonge à merveille dans les eaux troubles de l’Irlande du Nord dans un roman très bien documenté (avec un petit glossaire en fin d’ouvrage, pour permettre de s’y retrouver si on ne connait rien à l’Irlande du Nord). Il y a un twist dans l’intrigue, qui nous laisse vraiment surpris, mais pour notre plus grand plaisir, au risque de nous rendre également un peu parano.🤭 {De tout façon, pour avoir marché dans les rues de Belfast en 2004 et 2007, je peux vous dire que tout prêt(ait) encore à la paranoïa, surtout quand on se balade avec un Irlandais du Sud qui se prend des réflexions aux allures potaches mais qui l’atteignent en plein coeur. Belfast ne m’attire pas pour y passer des vacances, même avec le musée du Titanic construit pour faire venir les touristes. Je n’y suis pas retournée.}

Étrangement, je me suis assez peu attachée aux deux personnages principaux, les journalistes qui vont devenir un peu plus que des amis (ce n’est, à mon avis, qu’un prétexte pour développer tout le reste), mais j’ai aimé évoluer dans cette ambiance mouvante, digne d’un roman d’espionnage.

On comprend aussi, dans les notes de l’autrice, ce qui la lie à l’Irlande du Nord. Eh oui, si vous l’ignorez, au XIXe siècle, les Irlandais les plus fortunés s’exilaient aux États-unis et les moins fortunés au Canada. Il suffit d’ailleurs de se promener sur les quais à Dublin pour tomber sur une réplique d’un bateau en direction du Canada.

C’est par hasard que je suis tombée sur la publication de ce roman pour la rentrée littéraire d’hiver. Et c’est une bien belle surprise. Perrine Leblanc a écrit deux autres romans : Kolia (2011) et Malabourg (2014, disponible en Folio).

Je vous reparlerai de littérature québécoise très bientôt, car j’ai terminé Sauvagines de Gabrielle Filteau-Chiba. Et je vous reparlerai également d’Irlande du Nord puisque je lis Ne dis rien de Patrick Radden Keefe et que Sam Millar, que j’ai rencontré pour la deuxième fois en France, au salon du livre d’Abbeville, m’a dédicacé Un tueur sur mesure. Il connaît Belfast mieux que quiconque puisqu’il y vit.

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