Le chant de la Tamassee – Ron Rash

Traduit par Isabelle Reinharez

1er jour du mois thématique Nature Writing Ecologie. Une petite modification : j’ai laissé tomber l’idée absolue de Grand Ouest pour ne pas laisser de côté des auteurs remarquables du genre dont les livres (fiction ou pas) n’évoquent pas forcément l’Ouest américain (étatsunien ou canadien). Je pense, comme je l’avais déjà écrit, à Ron Rash, mais aussi à Jim Harrison, entre autres. Comme j’ai déjà bien bouquiné pour ce mois, en lisant Wallace Steiner, qui lui même reprend le concept de Henry David Thoreau, l’idée d’Ouest américain n’est pas forcément géographique, puisqu’elle comprend aussi le Texas. J’y reviendrai…

C’est avec Ron Rash que je commence, auteur né en Caroline du Sud, dont j’ai dévoré il y a quelques années Un pied au Paradis, dont je vous conseille fortement la lecture. Ses romans se passent dans les Appalaches, vaste région montagneuse, rurale, défavorisée située à l’Est des Etats-Unis. Le chant de la Tamassee est donc ma deuxième rencontre avec l’auteur.

Ruth 12 ans échappe à l’attention de ses parents lors d’un pique-nique. Elle a décidé de mettre les pieds dans la Tamassee, cette rivière qui marque la frontière entre la Caroline du Sud et la Géorgie. Ainsi, à son retour chez elle dans le Minesota, elle pourra dire à ses copines qu’elle s’est trouvée dans deux Etats à la fois. Ruth ignore ce qu’est un ressaut hydraulique. Le drame survient : la Tamassee, l’une des rares rivières encore sauvages des Etats-Unis, avale la fillette.

L’accident arrive aux oreilles des medias. Maggie, photographe pour un journal à Colombia, originaire de Tamassee est envoyé en reportage sur les lieux de l’accident avec un collègue journaliste d’envergure, qui a reçu le Pulitzer pour son livre sur le Rwanda. Le père de Ruth, assez influent et argenté, veut récupérer la dépouille de sa fille que la rivière n’a pas rendue. Elle est coincée sous un rocher, à cause du ressaut hydraulique. Pour ce faire, il s’attache les compétences d’une entreprise qui construit et pose des barrages amovibles. Mais la Tamassee est une rivière quasiment sacrée. Une loi fédérale la protège de toute intervention de l’Homme, même temporaire. Le père de famille va se trouver confronter aux écologistes du coin, mené par Luke (qui justement n’est pas né dans le comté d’Oconee), un personnage haut en couleurs et au caractère bien trempé, voire un peu fêlé.

Maggie, quant à elle, n’est pas retournée à Tamassee depuis de longues années, en froid avec son père pour de multiples raisons. Comme toujours, le passé ressurgit, notamment celui de sa relation avec Luke, ancien amant. Des années après, les petites trahisons idéologiques pourraient être au rendez-vous. Elle va également apprendre à connaître un peu mieux Allen, son collègue journaliste qui l’impressionne et l’attire à la fois.

Ron Rash met en balance la douleur d’une famille et la nécessité de protéger la nature. Les conséquences même minimes, a priori, d’une intervention de l’Homme sur une rivière au regard de la loi, c’est-à-dire le risque de précédent qui mettrait en péril tout l’arsenal juridique mis en place pour protéger les rivières sauvages. Luke évoque une autre rivière dont les rives ont été bétonné.

« Il y a vingt ans, la Chattahoochee était aussi cristalline que la Tamassee. Aujourd’hui son bassin n’est pas beaucoup plus qu’une banlieue pavillonnaire au milieu de laquelle coule un égoût à ciel ouvert. » « (…)la Tamassee est la dernière rivière de cet Etat qui coule librement. Une rivière sauvage, ça nje peut ni se renouveler ni se reconstituer une fois qu’elle a disparu ».

J’ai aimé le fait qu’aucun des deux camps ne détiennent la vérité absolue parce qu’ils sont aveuglés. Luke est un personnage prisonnier de son idéologie, il n’a aucune empathie. Les parents, quant à eux, sont prisonniers de leur douleur, d’un deuil à faire qui est impossible s’ils ne peuvent récupérer la dépouille de leur fille. Tout au long de la lecture, l’opinion du lecteur vacille d’un point à un autre, comme une girouette. Ron Rash n’émet pas de jugements mais ne fait pas de cadeaux non plus. Une photographie prise par Maggie et publiée dans la presse peut faire basculer l’opinion et sacrifier la rivière. A quoi tiennent nos opinions ? Quel est le pouvoir d’une simple photo ?

La rivière est le personnage qui va résoudre le problème. C’est très fort. J’ai adoré ce moment, riche en émotion et en surprises.

J’ai adoré être immergée dans l’univers de cette petite ville (village ?) perdue des Appalaches, passer du temps dans la salle communale avec des hommes forts en gueule que tout oppose mais qui n’ont pas compris, en vérité, qu’ils sont tout petits face à la force de la nature. J’ai aimé mange les spécialités du coin chez Mama Tilson : du thé forcément glacé (on ne le boit pas autrement), des beignets de maïs… Un endroit un peu hors du temps où l’on respire, où les fantômes du passé font leur réapparition assez facilement. La puissance lyrique de Ron Rash allié à un bon sens du suspense m’ont emportée très loin. On ne s’ennuie pas 5 minutes et je suis convaincue de lire tout l’oeuvre de Ron Rash publiée à ce jour. Un auteur à lire absolument pour toute personne qui s’intéresse un minimum aux problèmes de préservation de l’environnement.

« La Tamassee n’est pas profonde. Les rochers, immergés en mai, affleurent aujourd’hui à la surface. L’eau vive d’alors coule maintenant en un flot clair et lent. Deux truites ondulent dans les hauts-fonds sablonneux. Leurs nageoires fendent la surface tandis qu’elles se laissent un peu dériver vers l’aval avant de revenir en trombe à l’endroit où la femelle a usé sa caudale à creuser un nid. »

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La chaîne – Adrian McKinty

Traduit par Pierre Reigner

Depuis des années Une terre si froide d’Adrian McKinty dors dans ma bibliothèque. Allez savoir pourquoi je n’avais encore pas lu cet excellent auteur nord-irlandais. Et allez savoir pourquoi, finalement j’ai plongé dans le thriller qui l’a vraiment fait connaître en France et ailleurs : La chaîne. En tout cas, si ça ne se passe absolument pas en Irlande mais aux États-unis où vit à présent l’auteur, j’ai adoré !

Cette histoire était au départ une nouvelle qu’Adrian McKinty a écrite en 2012 à Mexico après avoir entendu parler du concept mexicain de kidnappings intercheangeables. La nouvelle est restée au fond d’un tiroir jusqu’en 2017 où, décidé à en faire un roman, un agent littéraire le contacte. Le hasard fait plutôt bien les choses car l’auteur est plutôt désargenté, chauffeur uber pour gagner sa vie alors qu’il songeait abandonner l’écriture. Cette idée aurait été une bien mauvaise idée…

Rachel élève seule sa fille Kylie, une adolescente de 14 ans, qui, comme beaucoup d’ado vit avec un smartphone greffé sur la main. Un jour, alors qu’elle attend le bus qui l’emmène au lycée, absorbée par ce qui se passe dans son smartphone, elle ne voit pas l’individu qui s’approche d’elle. Enlevée en 2 secondes. Pendant ce temps, Rachel est sur la route pour un rendez-vous médical concernant des analyses de son cancer du sein. Elle reçoit un appel masqué l’informant de l’enlèvement et des conditions pour récupérer Kylie vivante. Elle n’aura pas le choix que d’enlever un autre enfant pour sauver le sien et se mettre également hors de danger.

Un engrenage infernal se met en place, révélant la complexité des sentiments humains, des petits arrangements que l’on est prêt à faire pour sauver sa peau et celle de ceux qu’on aime, quitte à commettre ce dont on ne se saurait pas cru capable.

L’auteur montre également l’effet néfaste des réseaux sociaux, et il est d’une ironie féroce quand la mère de la future victime, accroc à Insta, Facebook etc au point de raconter sa vie toute la journée sans aucune méfiance, contribue elle-même, sans le savoir, au drame qui va surgir. Quoi de plus facile que de kidnapper un gamin quand on sait à quoi ressemble la maison et où est qui et à quelle heure puisque tout est raconté dans le détail. Pas besoin de Big Brother !

Comme c’est un thriller, je ne peux guère en dire davantage sur le pitch mais je dois dire que l’auteur s’est fait plaisir avec les personnages des méchants, en particulier avec un grand-père digne des meilleurs films d’horreur. Il nous met les pétoches jusqu’au dernier moment !!

Je me suis également beaucoup attaché au personnage de Rachel et à son beau-frère (et même plus !) Pete. Une femme en sursis et un camé au grand coeur.

C’est drôle parce que le livre évoque très brièvement Thoreau, que je vais lire pour le mois thématique Nature Writing.

Si vous aimez les thrillers, foncez et découvrez cet auteur irlandais qui le mérite ! Une très bonne lecture très récréative, sans temps mort et qu’on ne lâche pas.

Adrain McKinty sera d’ailleurs interviewé prochainement par son acolyte Robert McLiam Wilson lors d’un événement littéraire en ligne début mai, organisé par le Centre culturel irlandais (pour en savoir plus, voir leur site ou leur page FB). 😍

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Par une mer basse et tranquille – Donal Ryan

Traduit par Marie Hermet

Quatrième roman que je lis de l’Irlandais Donal Ryan, sur les quatre parus en France. Roman, mais aux allures de recueil de novellas reliées entre elles par un fil ténu. C’est ce qui surprend. Chaque histoire est dense et fouillée.

L’auteur débute son roman en dehors des frontières irlandaises, avec le personnage de Farouk, médecin syrien forcé de fuir son pays, avec sa femme et sa fille. Le trio familial plaque tout pour une traversée maritime tout ce que l’on sait de risquée et périlleuse. Farouk finit par atterrir en Italie (dans ma tête c’était Lampedusa) mais seul. On le « parachute » ensuite par avion en Irlande. Farouk pense d’abord que sa femme et sa fille sont dans une autre partie du camp. La vérité va réveiller un fauve en lui, un accès de démence…

Puis nous arrivons dans les environs de Limerick, dans la campagne irlandaise où Lampy, jeune homme d’une vingtaine d’années vit avec sa mère Florence et Pop, son grand-père, personage haut en couleurs, radoteur et gouailleur, un chouilla raciste, mais très attaché au « gamin ». Pas de père dans la maisonnée. Un jour, Lampy a compris par la méchanceté infligée par un camarade de classe, ce que voulait dire le mot « bâtard ». Lampy est un personnage bonnasse, un bon gros naïf qui se fait arnaquer sur tous les plans. Il s’est fait plaqué par Chloé sur le parking du McDo, un coeur d’artichaut snob et fortunée. La loose ! Au niveau du boulot, ce n’est pas la joie non plus : il n’est pas du tout formé pour ça mais il travaille pour le patron de la maison de retraite, à surveiller les résidents et à les conduire en minibus, même par temps de gel.

Et puis il y a John, un vieillard au seuil de la mort. Il a passé sa vie à mentir – un vrai mytho de la mort ! -, à être malfaisant,colportant des rumeurs… comme pour se venger de quelque chose.

L’étranger, le bâtard, le pénitent. Le monde est vaste mais pourtant pas si grand. Il faut arriver à la toute fin du roman pour comprendre ce qui lie les uns aux autres, ces trois hommes en détresse. C’est peut-être le seul reproche que je peux faire à ce roman : on se demande trop longtemps où nous trimbale l’auteur. Mais ensuite ça fait mouche !!

Lampy est peut-être le personnage le plus sympathique du roman, l’agneau innocent. Le coeur brisé qui veut se barrer ailleurs pour oublier ses déboires sentimentaux, se refaire une vie meilleure ailleurs.

Au début, je n’ai pas trop aimé « le » Farouk qui vit en Syrie, un peu trop jaloux, le gars ! Il devient ensuite le migrant qui a risqué sa vie et perdu sa famille. Son histoire devient alors poignante. D’autant qu’il devient le « johnnie » (terme péjoratif mâtiné de racisme par lequel certains Irlandais désignent les personnes d’origine étrangère vivant dans le pays).

Quant à John, c’est le parfait connard. Le méchant. Mais une fois encore, le méchant a une histoire qui explique – en partie – le pourquoi il est devenu comme ça. Mais il a fait trop de choses impardonnables. Une vraie raclure. Le Diable pris des remords, le Diable qui fait acte de contrition, c’est finalement assez drôle, dans le registre humour très noir.

Donal Ryan écrit trois histoires tragiques sans pour autant se départir de son humour et de sa plume gouailleuse voire moqueuse par instants. Ce n’est pas un roman où l’on se tord de rire du début à la fin, certes, mais derrière les drames de vies brisées, derrière la noirceur, il y a une forme d’espoir, un retournement du destin. La fin est….. chhhhhhuuuuutttt !!! Je ne peux rien dire sous peine de briser le charme que vous aurez à la découvrir seul!😉 – et puis, à bas les spoilers, évidemment !

Un roman dense, plein d’humanité que j’ai adoré, avec en toile de fond les blessures d’enfance, les peines de coeur, le poids de la culpabilité, la migration (et son pendant, le racisme, mais juste survolé )… Il reste des mystères non élucidés et j’espère avoir l’occasion d’écouter Donal Ryan parler de son livre.

« En armures, ils vinrent de l’est,/Par une mer basse et tranquille./Nous étions nus, des brutes qui jetaient des pierres ;/Ils rirent, et puis nous massacrèrent « 

Il l’avait lu avec douceur ; il y avait une sorte de musique dans sa voix. On pouvait presque imaginer les Irlandais nus regardant avec un étonnement stupide les monstrueux Vikings, tout en cuirasses métalliques et sabres étincelants, qui traversaient majestueusement la plage dans leur direction, tandis que cette populace ignorante fouillait le sable pour trouver quelque chose à lancer. »

Roman en lice pour le prix Jean Monnet 2021.

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Grand Ouest, Nature Writing, Écologie – Mai 2021

Voici l’idée d’un nouveau mois thématique. L’atmosphère sanitaire devenant de plus en plus déprimante et étouffante parce qu’on ne voit pas le bout du tunnel au bout d’un an et que nos frontières sont toujours fermées, et qu’il y a d’immenses chances qu’on ne puisse pas partir sous d’autres cieux que les nôtres cet été, etc., j’ai l’envie de m’expédier littérairement du côté du Big Sky…

Le Grand Ouest américain (qu’il soit canadien ou états-unisien), des montagnes enneigées, ou des cactus dans le désert, des rivières, des lacs, ou le sable du désert sous un soleil qui cogne. Trouver refuge dans une cabane au fond des bois ou dans un ranch-hôtel du Wyoming. Écouter la nature. Manger ce qu’on y trouve. Aller sur le lieu sacré de la rivière Tamassee (ok, c’est pas vraiment à l’Ouest mais sous la plume de Ron Rash c’est écolo, sauvage et Nature Writing ), se lier d’amitié avec un faucon pèlerin dans les Rocheuses. Écouter les Amérindiens raconter les légendes ancestrales de ces terres…

Ron Rash, Mark Spragg, Dan O’Brien et tant d’autres sont au rendez-vous pour un mois qui fait la part belle aux grands espaces, au Nature Writing et à l’écologie !

J’espère que vous m’accompagnerez sur ces sentiers littéraires plein de promesses d’évasion. Je vous propose de partir vers le 1er mai.

Quelques idées de lectures non exhaustives, chacun est libre de lire ce qu’il veut, bien évidemment, et de faire découvrir aux autres des auteurs, c’est aussi le but de ces challenges thématiques ! Les exemples ci-dessous ne sont que mes envies de lecture.

Ce logo est à votre disposition. J’ai bricolé une photo de mon dernier voyage lointain
avant que le monde s’effondre.

Retrouvez les participants sur Instagram sous le hashtag #naturewriting 2021

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Bilan du Mois irlandais en images

☘ Merci à toutes pour vous enthousiasme, pour ce Mois irlandais plus ou moins improvisé, loin des blokbusters « je-me-lapete.com » qui lisent tous la même chose et sont d’un mortel ennui. Musique, livres, films, Histoire. On a fait un petit tour en Irlande avec le temps qui nous était imparti. Sans avoir pour autant les doigts dans la prise ! 😁 Parfois les photos sont en double car le #moisirlandais s’est aussi retrouvé dans le challenge thématique #autricedumonde .

Pour ma part, j’ai lu 6 livres, dont 5 sont chroniqués ici, le 6e étant le dernier livre d’Edna O’Brien sur Joyce et sa vie de couple qui ne m’a pas du tout enthousiasmée, au regad d’une traduction jargono-charabiatesque qui n’arrive pas à la cheville du style de Joyce. J’ai rien d’autre à en dire, donc pas de chronique sur ce livre.

Je réfléchis à un autre mois thématique en mai. D’un genre totalement différent. Je vous en parle bientôt !

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Tolu Makay

Pour le dernier jour du Mois irlandais, je vous présente une jeune femme au talent incroyable : Tolu Makay. Elle chante de la soul et du funk, et beaucoup plus.

Pour l’écouter c’est ICI

Bonne écoute ! C’est plus agréable que d’écouter Macron ! Un petit bilan de ce Mois irlandais sera mis en ligne prochainement . Je remercie déjà tous ceux qui ont fait vivre l’Irlande alors que nous sommes enfermés chacun dans notre pays.

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Gavin James

Allez, encore de la musique,avec un auteur compositeur et interprète à connaître absolument : Gavin James, la nouvelle coqueluche irlandaise de ces dames, mais aussi de ces messieurs, de tous les âges, depuis quelques années! Une bonne vieille pop qui vous embarque et ne vous quitte plus. Il est tout jeune : à peine la trentaine.

Pour l’écouter c’est ICI

Une jolie voix et un duo (Always) avec la chanteuse française Philippine, en bilingue frenchy-english…🤭 Je ne sais pas du tout si ce hit a connu le succès en France, chuis plus ado et je ne regarde pas les radios-crochets.😂 Mais c’est trop mignon ! 💏 (La version d’origine était en solo).

Pour écouter c’est LA

Retrouvez tous les participants au Mois irlandais sur Instagram avec le hashtag #moisirlandais

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Les liens du sang – Olivia Kiernan

Traduit par Vincent Guilly

J’ai bouleversé mon programme du Mois irlandais pour lire ce thriller acheté il y a quelques mois et que j’avais gentiment oublié dans le bazar de mes bibliothèques. Je voulais une lecture simple et récréative en quelque sorte. Un thriller c’est parfait.

L’histoire se déroule à Clontarf, ville côtière à proximité de Dublin. Il y a 17 ans, Sean Henessy a tué son père, sa mère et a raté de peu sa soeur, Cara. C’était à l’époque un adolescent. Bon, c’est du lourd. 😱 Il vient de sortir de prison. Au même moment, on retrouve 2 cadavres dans l’église de la ville. Un couple. La commissaire Frankie Sheean est chargée de l’enquête. Tout de suite, grâce à une avocate pénaliste et amie, Frankie se retrouve autour d’une table dans un pub en face de Sean Hennessy. Elle ne sait pas encore qu’un double meurtre a été commis. Son amie milite pour l’innocence de Sean, pour une erreur judiciaire. Tout va être remis en question.

La trame est très classique. L’enquête est lancée, des témoins interrogés, des fausses pistes, des doutes. Surtout quand un troisième cadavre est retrouvé quelques jours plus tard sur la plage de Clontarf, avec un message laissé sur le sable, près de la dépouille. On apprend que la petite soeur n’est pas si claire que ça. Que l’homme trouvé mort sur la plage aurait contribué fortement à induire en erreur l’enquête passée sur Sean Hennessy et les circonstances du drame. Frankie va écouter le récit de Sean qui clame son innocence via des rushes documentaires sur le meurtre de ses parents. Poker menteur ou pas ?

J’aurais aimé un twist final beaucoup plus fort mais paradoxalement moins embrouillé. Le point positif, c’est qu’il n’y a aucune scène pleine d’hémoglobine et de détails sordides. L’enquête se concentre sur le passé des intéressés et des gens reliés à eux d’une manière ou d’une autre. J’ai mis un peu plus de 50 pages avant d’accrocher, car ça tournait plutôt en rond, c’était un peu du remplissage avec des détails inutiles, comme la couleur des tenues des personnages, ce genre de chose qui n’apporte rien à un récit quand c’est trop présent au détriment de l’intrigue en elle-même. 460 pages qui aurait pu être réduites, quoi.

Un peu d’enfance maltraitée et de femmes battues sans aller plus en pronfondeur dans l’analyse et le tour est joué. Bref, un thriller qui se lit bien mais qui, par son manque d’originalité, sera vite oublié. C’est le deuxième volume des aventure de Frankie Sheehan. Pas sûre de m’attarder sur le premier !

Retrouvez tous les participants à ce mois thématiques sur Instagram sous le hastag #moisirlandais !☘

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Lisa Hannigan

Je ne lis pas très vite en ce moment mais j’écoute beaucoup de musique. L’occasion de vous présenter une chanteuse compositrice et interprète irlandaise – que vous connaissez peut-être d’ailleurs : Lisa Hannigan.

Elle a commencé avec Damien Rice (perso, j’aime pas trop) puis a continué solo à partir de 2007. Elle a parfait son style qui a peu à voir avec celui de Rice, en fait.

J’ai assisté à un concert donné lors d’une fête de la musique au Centre culturel irlandais en 2015. Incroyable moment ! Depuis le début, j’ai tous ses albums.💚

Pour écouter Lisa Hannigan, c’est part ICI

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Milkman – Anna Burns

Traduit par Jakuta Alikavazovic

Le roman le plus singulier que j’ai lu depuis longtemps. Une lecture ardue, j’ai dû m’accrocher pour entrer dans cette histoire, dont l’héroïne est une adolescente de 18 ans qui aime lire en marchant, a un « peut-être petit ami » et ne porte pas de nom, si ce n’est, celui de désignée comme « soeur du milieu  » à un moment donné. Etre du milieu ou du pays au-delà de l’eau. Etre dans les clous, dans le moule ou être rejetée et harcelée. Etre libre ? Vaste programme, surtout si on est une fille.

Bien qu’aucun nom de lieu ou de pays ne soit mentionné, le lecteur devine où il se trouve : dans le sectarisme qui sépare les deux communautés d’Irlande du Nord. L’Irlande du Nord où les mots que l’on emploie vous case d’un côté ou de l’autre. L’Irlande du Nord schizophrène où tout le monde espionne tout le monde jusqu’à la névrose. On vous refait votre vie avant même que vous ne soyez au courant ! C’est ce qui arrive à cette jeune fille, harcelée par un laitier qui n’est pas un laitier, et par ceux qui ne sont pas du pays de l’autre côté de l’eau. Elle va se battre pour rester maîtresse de sa vie et de ses passions. Pour sa liberté.

Un roman en plusieurs chapitres mais en un seul souffle, dense, à la prose serrée sur la page, comme pour mieux vous faire sentir l’atmosphère étouffante du coin. Un récit à la première personne au langage populaire, de la « chtite soeur » à « Machin McMachin », en passant par « la fille aux cachetons », un récit où les mots sont en roue libre ou presque, comme pour faire front au harcèlement et au machisme qui pourrissent la vie des femmes.

J’ai bien aimé – même si au début, le style d’Anna Burns m’a donné du fil à retordre. Tant pour son originalité narrative que pour le fond. Ce n’est pas un roman que l’on oublie de si tôt ! Ce roman a remporté de nombreux prix. On comprend pourquoi, vu la performance littéraire.

« Le jour où Machin McMachin a posé son flingue sur ma poitrine, m’a traitée de vipère et a menacé de m’abattre, c’est le jour où le laitier est mort. »

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