Le chant de la pluie – Sue Hubbard

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Traduit par Antoine Bargel

Nouveauté sortie juste avant la Fin du Monde et lire que ça se passe dans le Kerry, en face des îles Skellig m’a intriguée. Sue Hubbard : je ne connaissais pas. Impossible de connaître sa nationalité en lisant la présentation de Mercure de France.

Martha, londonienne et enseignante revient dans le Kerry, après 20 ans d’absence, suite au décès brutal de son mari, Brendan, un Anglais d’origine irlandaise. Elle doit régler quelques affaires, faire du tri dans celles de son époux. L’occasion de se replonger dans le passé, de leur vie commune pendant près de trente ans. C’est aussi ce qui va l’amener  à évoquer le passé de l’Irlande, de ce coin perdu du Kerry, aux confins du continent européen. C’est là que se sont installés les anachoretes, ces moines qui se réfugièrent dans des « petits abris en pierres » sèches en attendant leur passage sur les îles Skellig, dans les années 500. Brendan était passionné par les Skellig. Il venait se réfugier dans son cottage irlandais, proche de Caherciveen pour écrire. Il n’écrit pas des romans. Il écrit sur l’art, en particulier sur la peinture anglaise, l’Ecole de St Ives. Proche du milieu de l’art, quoi. Bien loin des paysans du Kerry. Bien loin de Paddy, qui y vit depuis toujours.

Dans cette histoire, il y a un méchant (du moins un mec friqué du Kerry mais aussi un peu paumé et complexé) qui a de grandes idées pour donner un sens à sa vie et, par la même occasion, se faire encore plus de fric : Eugene Riordan. Il veut construire un spa de luxe, avec tous les trucs derniers cris pour attirer de riches touristes. Seulement, pour ce faire, ce serait pas mal qu’il rachète les terres de Paddy et celles de Martha. Il est prêt à y mettre le prix. Sans surprise, ni Paddy ni Martha ne voudront rien vendre. Mais finalement cette intrigue ne monopolise pas l’histoire.

Nous plongeons dans le passé du couple, qui révèle peu à peu ses failles, ses déchirures et le drame qui explique pourquoi Martha n’a pas remis les pieds en Irlande depuis 20 ans. Là aussi, je l’ai senti venir ce secret. Sans surprise.

La plume de Sue Hubbard est élégante, agréable et l’histoire, finalement se laisse lire. Cependant, rien d’extraordinaire. J’ai vite compris que l’auteure n’était pas irlandaise car elle évoque le Kerry comme une touriste. C’est plein de pluie (ok, il pleut en Irlande), on a l’impression par moments d’avoir un livre d’Histoire irlandaise qui se plaque sur le reste et en plus il y a des inexactitudes ou plutôt des approximations  : « Vous savez, les garçons, on dit que Cromwell a envoyé les frondeurs dans le Kerry car l’enfer aurait été trop doux pour eux. »  Ah, certes, mais c’est plutôt du Connemara dont il s’agit !!!! Cromwell a dit : « To hell or to Connaught ». Rien à voir. Le Kerry n’est pas aussi aride que la région bien plus au nord. Première chose qui m’a agacée.

Et puis, trouver des gitans au marché ! Là, je ne sais pas à qui exactement je dois m’en prendre, n’ayant pas le texte VO, mais il n’y a pas de Gitans en Irlande. Juste des gens du voyage, appelés « travellers » (« Lucht Siul » en irlandais qui veut dire « le peuple marchant »). Ils parlent le shelta. On ne connaît pas exactement leurs origines, mais ce ne sont pas des Gitans. Certains pensent que ce sont les descendants des expropriés du 18e siècle. Mais c’est nettement remis en cause. L’autre thèse est que ce serait les descendants d’un autre peuple nomade irlandais : les Tarish.  Dans le texte, on trouve à de nombreuses reprises le terme de  » bohémiens ». Ça fait vraiment suranné ! Gens du voyage, tout simplement. Pourquoi se prendre le crâne ?

Revenons à l’histoire. C’est l’histoire d’un deuil. Bon. Pourquoi pas. Mais les personnages sont trop caricaturaux à mon goût : la veuve éplorée qui se demande si finalement elle connaissait bien son mari ; le paysan accroc à sa terre comme une moule à son rocher (ok, ça existe) ; le jeune poète paysan par vocation et l’affreux promoteur immobilier qui était pote, enfant, avec le mari de la veuve, lui fait du charme dans le but de lui spoiler ses terres. C’est un peu de la grosse ficelle !

Si vous découvrez l’Irlande, ce livre vous plaira car c’est bien plein de pluie et d’odeur de tourbe, de pierres sèches usées par les vents. Personnellement je n’ai rien appris. Les moines anachoretes sont justes là pour la déco. Rien de plus.

Sue Hubbard a dédié ce roman à ses parents. Ce qui me fait dire qu’elle a des origines irlandaises, à l’instar du couple de son histoire.

Un livre qui ne fera pas date dans mon esprit. Je l’ai terminé il y a une quinzaine de jours et ses contours s’effacent déjà. Si on veut apprendre sur la vie du Kerry, autant lire Peig, c’est bien plus instructif.

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Et m*** ! – Richard Russo

Traduit par Jean Esch

Voici le deuxième texte que je lis de Richard Russo, après son recueil de nouvelles, Trajectoire, paru en 2018. Je n’ai encore jamais lu ses romans. Et m*** !, nouvelle d’une cinquantaine de pages m’y incite fortement car j’ai adoré !

Au lendemain des élections qui ont vu Trump accéder au pouvoir, David et Ellie décident d’inviter deux couples d’amis de toujours, les Schuulman et les Miller, à venir dîner. Tous sont retraités. Ils enseignaient tous ensemble à l’université où ils se sont connus et étaient voisins, jusqu’au jour où les Miller et les Schuulman ont décidé de déménager, au grand étonnement de David et Ellie. Partis plus à l’ouest de la ville, au pied des collines. David et Ellie ont pris cela comme une trahison tout en reconnaissant que la vue des nouvelles maisons de leurs amis était magnifique. Quitter le centre ville embouteillée pour un coin plus campagnard, David n’en voit pas l’intérêt, même si la criminalité est en légère hausse, ce n’est quand même pas le Bronx !

Un drôle de phénomène va se produire à l’issue de cette soirée entre amis au lendemain de l’élection de Trump. A répétition. Un étron bien puant est retrouvé par Ellie dans le jaccuzzi ! Jusqu’à virer à la psychose. Qui peut bien être cette personne visiblement dérangée, qui vient chier chez eux ? Le couple fait appel à la police, sans grand succès. David se confie à leurs amis, évoquant par la même occasion l’état dépressif qui gagne Ellie. Il apprend que les vieux amis se sont brouillés : une dispute par rapport à l’élection de Trump. Et une révélation qui déçoit David. Ellie le tanne pour qu’ils déménagent en Californie, près de leur fille, loin de ces étrons puants qui les rendent dingues.

Pendant la période électorale, David et Ellie avaient clairement affiché leur soutien à Hillary Clinton, à la vue du voisinage, à l’aide d’une pancarte. Un voisin raciste leur dit qu’ils pourront vendre leur maison à des Blancs quand l’odeur de merde aura disparu, sans doute.

Bref, une histoire à l’odeur de m*** de plus en plus forte. L’intrigue tourne autour de qui se livre à une chose aussi répugnante et stupide que de venir chier chez ceux et pourquoi. Autour de David, l’environnement confortable et la situation jusque-là considérée comme immuable se délite peu à peu : les amis et voisins de toujours déménagent ; sa femme devient distante ; sa maison elle-même hostile ; un des amis tente de mettre fin à ses jours à cause de « l’homme orange ».

Sait-on jamais ce que les gens ont dans la tête ? Peut-on prévoir ce qu’ils feront dans le secret d’un isoloir ? Richard Russo peint avec une ironie mordante l’hypocrisie, le manque de courage, la bêtise, autrement dit les failles qui peuvent briser tant une société, qu’une amitié et une famille. La fragilité du bonheur, le vacillement de ce qu’on considère comme acquis pour toujours.

Une belle réussite, une lecture très plaisante, un rythme haletant et un humour noir qui fait mouche !

J’ai aussi aimé l’illustration de ce petit livre de poche, (collection la nonpareille, aux éditions de La Table Ronde) : des mouches sont insérées dans les pages ! Il fallait y penser !

Merci aux éditions de La Table ronde.

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Jamais assez – Alice McDermott

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Traduit par Cécile Arnaud

Les temps sont difficiles. Alors venez donc prendre un peu de plaisir avec une nouvelle parue de 39 pages, parue la première fois dans le New Yorker le 2 avril 2000 : Jamais assez, disponible à présent en français aux Editions de La Table Ronde dans la collection de poche « la nonpareille ».

Le plaisir, c’est bien le leitmotiv de l’héroïne de cette histoire, de l’enfance au troisième âge ! Et fi de ce qu’en pense les autres ! Plaisir coupable, plaisir gourmand. Une addiction à la volupté, au fruit défendu. Des caresses des garçons, hommes, amants puis mari. Enfant, femme, amante, épouse, mère, grand-mère, veuve, rien n’aura raison de son plaisir, saveur chocolat, granité, gelato, vanille-chocolat ou fraise, brownie, noix de pécan caramelisée.

Au son de One for my baby, and one more for the road de Sinatra et de « Kiss me once and kiss me twice and kiss me once again de Bing Crosby, nous traversons la vie de cette femme ordinaire, mère de sept enfants qui décide que l’interdit deviendra volupté, « une langue sur la dernière coulure de caramel dans un pot vide ».

D’une plume ironique et subtile, Alice McDermott signe un portait de femme délicieux !

A découvrir dans toutes les bonnes librairies !

 

 

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Parutions irlandaises post-confinement et autres trouvailles

Un petit billet qui sera mis à jour au fur et à mesure sur mes repérages en matière de littérature irlandaise après la Fin du Monde, c’est-à-dire, le 13 mars dernier où tout a sérieusement commencé à partir en vrille à cause de ce virus encore mystérieux dont on taira le nom. 🙂

Il faut que le monde du Livre renaisse de ses cendres. C’est pas du gâteau ! Mais quand on est un grand lecteur (du moins un lecteur qui lit plus que la moyenne nationale), on ne peut pas croire à un pays où les livres ne paraîtraient quasiment plus faute de moyens, où les librairies fermeraient toutes les unes derrière les autres. C’est même juste impossible. Alors, même si très franchement il est encore compliqué pour beaucoup de se rendre en librairie (ben vouais, tout le monde n’a  pas la chance d’avoir une librairie au pied de chez soi, il faut aussi le hurler haut et fort pour que dans toutes les villes de pays, il y ait au moins une librairie plutôt qu’un bar à ongles, si vous voyez ce que je veux dire…!) , ça n’empêche pas de commencer à s’intéresser aux publications « post-confinement ». Essentiellement en matière de littérature irlandaise car, sérieux, j’ai fini de lire toutes les parutions de l’an dernier qui traînaient chez moi. Je commence à trouver le temps long…. Ok, on peut lire les parutions plus anciennes, mais il manque un peu de croustillant dans la vie, non, sans nouvelles parutions irlandaises ?

Tout d’abord un anachronisme par rapport au titre de la chronique : un « pauvre » roman paru juste avant la Fin du Monde (que j’ai acheté en version électronique et qui sera ma prochaine lecture) : Le chant de la Pluie, de Sue Hubbard, aux éditions Mercure de France, traduit par Antoine  Bargel (paru le 12 mars, pas de pot, ou du pot ? )

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Présentation éditeur : « C’est sur la côte ouest de l’Irlande, au sein d’une nature sauvage, âpre et magnifique à la fois, que Martha, qui vit et enseigne à Londres, est venue faire le point sur sa vie. Son mari, irlandais, brutalement décédé, possédait là-bas un cottage, dans son village natal, face à l’océan et aux inquiétantes îles Skellig. Il y allait souvent – seul? – et elle plus rarement.
Il y a la pluie, les embruns, les feux de tourbe, d’incroyables couchers de soleil, les pubs enfumés où tout le monde chante de vieilles balades. Et des rencontres, souvent inattendues… »

Encore une nouvelle plume parue en France en avril : Dans la joie et la bonne humeur de Nicole Flattery (traduite par Madeleine Nasalik), aux Editions de L’Olivier. C’est- un recueil de nouvelles

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Présentation éditeur : « Lors d’un été caniculaire marqué par une invasion de mouches, une adolescente connaît ses premiers émois auprès d’un ouvrier australien engagé par son père.
Une enseignante explore les vicissitudes des rencontres amoureuses en ligne alors que la fin du monde approche.
Un ancien mannequin revient dans sa ville natale pour travailler dans un lieu qui n’a de station-service que le nom…
Les huit nouvelles de Dans la joie et la bonne humeur déroutent et interrogent. Si les femmes qu’elles mettent en scène sont souvent cantonnées à des rôles trop étriqués pour elles, elles ne sont pourtant jamais dupes. »

Le très attendu Andrew Meehan, avec A la première étoile aux éditions JoëlleLosfeld à paraître le 4 juin (traduit par Elisabeth Peellaert).

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Présentation éditeur : « C’est l’été à Paris. Une jeune fille revient à elle dans la cuisine du restaurant où elle travaille. Amnésie : elle ne se souvient plus de rien, et son accent irlandais est le seul indice qu’elle possède. Commence un jeu de piste dans lequel elle tente de retrouver son identité, lorsque tout à coup elle voit surgir un homme au visage familier à la sortie d’une boulangerie. »
Elle va alors essayer de retrouver cet homme mystérieux. Cessant de se rendre au travail, elle se met dans des situations absurdes, tantôt cocasses et tantôt plus délicates, pendant que sont révélées au lecteur des scènes de la vie qu’elle a oubliée. L’histoire est construite à la manière d’un puzzle, et l’intrigue se resserre à mesure que l’héroïne perd pied… »

 

Une grosse surprise pour le mois de novembre (j’en reparlerai dans le billet de rentrée littéraire), avec, après des années de silence, le retour de Claire Keegan  ! Oui, oui ! Ce genre de petites choses sort le 4 novembre aux éditions Sabine Wespieser (traduit par Jacquelin Odin)

Extrait présentation éditeur : « Dans une petite ville de l’Irlande rurale, Bill Furlong, le marchand de bois et charbon, s’active à honorer ses commandes de fin d’année. Aujourd’hui à la tête d’une petite entreprise et père de famille, il a tracé seul son chemin : accueilli dans la maison où sa mère, enceinte à quinze ans, était domestique, il a eu plus de chance que d’autres enfants.
En cette veille de Noël, il va déposer sa livraison au couvent où les sœurs du Bon Pasteur – sous prétexte de les éduquer – exploitent à des travaux de blanchisserie des « filles de mauvaise vie » ».

Je sais qu’un livre de Dermot Bolger était prévu à la rentrée d’automne (à suivre), mais également Sinead Gleeson (auteure la veine d’Emilie Pine)… Je ne sais pas si c’est maintenu ou pas. Fingers crossed ! Sinon, ben je sais ce que je ferai lors de mon prochain départ irlandais (mais quand ? 😦 ).

Autres repérages hors littérature irlandaise : les fans de Sex and the City seront ravis avec la parution de la suite, avec une héroïne qui a pris de la bouteille ! No sex in the City ? de Candace Bushnell (traduit par Marie Hermet ) paraît chez Albin Michel le
17 juin. Si vous voulez vous fendre un peu la poire, c’est peut-être par là qu’il faut aller voir…

No sex in the city ? par [Candace Bushnell, Marie Hermet]

Présentation éditeur :  » Si vous pensiez qu’avec le temps Candace Bushnell s’était assagie, vous avez tout faux ! Vingt ans après avoir brisé les tabous et sacrément libéré les mœurs, l’auteure du best-seller légendaire Sex and the City revient… et elle n’a pas pris une ride. Ou presque. Car elle aborde ici les problèmes rencontrés par les quinquas qui se retrouvent seules sur le marché de l’amour. Finie l’ère de la performance, du coup d’un soir et de la frivolité, bienvenue dans  le désert du… No Sex in the city ? Avec l’humour et le franc-parler qui la caractérisent, Candace Bushnell nous prouve le contraire, exemples à l’appui et solutions clés en main ! Un livre jubilatoire. »

Aux éditions de La Table Ronde, collection « La non pareille »,  deux nouveautés qui attirent forcément l’oeil : Alice McDermott, avec Jamais assez, traduit par Cécile Arnaud  : « Une langue sur la dernière coulure de caramel dans un pot vide. »
(à paraître le 4 juin)

Jamais assez

Et Richard Russo, avec  Et m*** ! traduit par Jean Esch, pour une histoire qui se passe au lendemain de l’élection de Donald Trump… J’aime beauoup les détails de l’objet livre…
En librairie le 4 juin également.

Et m*** !

Voilà. Le billet sera mis à jour au fur et à mesure que l’horizon littéraire va s’éclaircir. Mais ça donne déjà à voir. 🙂

Littérature islandaise (outre le dernier Arnaldur Indridason qui a rejoint ma PAL, bien évidemment) : Einar Mar Gudmundsson (l’auteur des Rois d’Islande), avec Un été norvégien (traduit par Eric Boury), paru en mai chez Zulma.

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Présentation éditeur : « Ils sont jeunes, islandais, pétris d’idéaux, poètes en devenir, fêtards et amateurs de Bob Dylan. Haraldur et Jonni prennent la route. Leur voyage doit les mener jusqu’en Inde, en passant par Rome et les îles grecques. Ils commencent par se faire embaucher dans les montagnes norvégiennes, et squattent chaque fin de semaine à Oslo, où la bière est en vente libre. En cet été 1978, les dernières utopies sont encore bien vivantes, mais peut-être plus pour longtemps. Haraldur écrit ses premiers textes… et tombe amoureux d’Inga.
Roman initiatique, Un été norvégien brosse le portrait d’une Beat Generation nordique en pleine désillusion. Reste la littérature, et l’amour ! »

 

 

 

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La daronne- Hannelore Cayre

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Semaine de retour à une semi-liberté à défaut de retour à une vie totalement normale. Beaucoup de blogueurs, booktubeurs ou bookstragrameurs disent s’être rués en librairie. Encore faut-il avoir la chance immense d’avoir une librairie près de chez soi. Et également le temps d’y aller si on travaille en zone rouge, zone où les transports sont encore restreints et les contraintes grandes. Très sincèrement, on a la tête ailleurs quand il faut jongler avec toutes les nouvelles interdictions et autres distanciations sociales. J’espère que le mois de juin sera un peu plus propice, et en attendant, je continue à piocher dans ma bibliothèque (tout en faisant quelques repérages à distance sur de futures publications dont je ferai sans doute une chronique s’il y a assez de matière ).

Bref, au dernier Livre Paris, j’étais allée écouter Hannelore Cayre. Elle m’avait fait beaucoup rire et donc j’avais acheté son dernier roman en date : La daronne.

Patience Portefeux a 53 ans. Elle a pas mal galéré dans la vie, à l’instar de ses parents, issus de la diaspora juive de Tunisie. Ses « fraudeurs de parents aimaient viscéralement l’argent ». Première phrase de l’incipit. L’argent va effectivement être le leitmotiv de cette histoire un peu surprenante qui va nous mener dans les bas fonds du trafic de drogue de petites frappes, le monde du deal de cannabis et dérivés.

Patience comprend et parle les dialectes arabes mieux que la plupart des « bledards » de l’Hexagone, nés en France en vérité et ne connaissant que quelques mots ou expressions de la langue de leurs parents. Elle trouve d’abord du taf comme interprète dans les tribunaux, pour les audiences de comparution immédiate. Dégoûtée par le système, sous-rémunérée, limite au black, selon elle, on finit pourtant par lui confier un autre registre que les comparutions immédiates : la traduction des gardes à vue et des écoutes téléphoniques de la police : elle comprends les 17 dialectes arabes, chose rare. Elle se retrouve à traduire essentiellement les écoutes pour la brigade des stups dans les locaux du 36 Quai des Orfèvres.

Patiente, la Francaise qui parle arabe est la personne au-dessus de tout soupçon. Pourtant, elle va franchir la ligne rouge sans trop savoir pourquoi, si ce n’est pour sympathie pour la petite dame qui s’occupe de sa mère à l’EHPAD, sans que celle-ci n’en sache rien, mais dont le fils trafique comme d’autres vont travailler. Patience se retrouve à jouer le rôle de la Juive intrépide adulé par sa mère.

J’ai aimé le personnage de Patience, qui porte tel un fardeau son héritage familial, celui de la Tunisie française disparue de son père et de la Vienne juive de sa mère. Enfant de « métèques, des rastaquouères , des étrangers » sans le sou qui n’avaient d’autres choix que d’accepter n’importe quelle conditions de travail ou alors maguouiller à outrance ». « Le peuple de la route. » Patience vit cet heritage comme un « je-t’aime moi non-plus ». Patience le jour, la Daronne la nuit. Seulement c’est quand même bien le bordel dans sa tête, ce qui fait que j’ai fini par me perdre en route. Elle m’a fait rire et sourire pour finalement me lasser…. Pourtant j’ai aimé son côté décalée.

Si l’humour est décapant, j’avoue que l’ensemble du roman m’a paru brouillon. Les personnages des dealers forcément maghrébins a fini par virer à la caricature. Oui, la vie est pleine de caricatures, mais est-il nécessaire d’en rajouter une couche en littérature ? Il y a du second degré sur toute l’histoire mais ce roman ne m’a pas convaincue plus que ça, malgré son Grand Prix de la littérature policière et Prix « Le Point » du polar européen. Finalement j’aurais apprécié davantage de finesse.

Bref, il me manque quelque chose qui aurait fait la différence.

Hannelore Cayre est avocate pénaliste.

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Villa Chagrin – Gail Godwin

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Traduit par Marie-Hélène Dumas

 

Voici l’un de mes achats de confinement, Villa Chagrin, de l’Américaine Gail Godwin que je n’avait jamais lue. Une île en Caroline du Sud, voilà ce qui m’a attirée ! Ma liseuse a donc repris du service, toutes les librairies étant alors fermées.

Marcus a 11 ans 5 mois 4 jours quand il perd sa mère dans un accident de voiture. De père inconnu, le gamin est d’abord placé en famille d’accueil. Puis la tante de sa mère, Charlotte, va bouleverser son destin en le recueillant chez elle, sur une île perdue de Caroline du Nord où elle vit seule, presque recluse. Tante Charlotte est artiste peintre, bohème. La compagnie de ses oeuvres lui suffit. Elle en vit, grâce à une galerie d’exposition virtuelle. Recueillir son petit-neveu va lui permettre de mettre un petit pécule de côté. Au début, c’est ce que pense Marcus : qu’elle ne l’accueille chez elle que pour l’argent. Il ne sait encore pas que cette femme excentrique mais libre va mettre du piment dans sa vie, remuer beaucoup de choses dans son esprit, en lui parlant d’une maison maudite sur l’île, surnommée « Villa Chagrin » par les habitants.

Villa Chagrin est une vieille maison, qui est passé entre les mains de plusieurs propriétaires. Les derniers ont été victimes de l’ouragan Hazel qui a ravagé les lieux en 1954. Personne ne sait exactement ce qui s’est passé, on dit que les parent étaient partis à la recherche de leur fils, un adolescent, mais que celui-ci n’a jamais été retrouvé. On dit qu’il serait mort dans l’incendie de la maison. On dit qu’il aurait mis le feu à la maison. On dit qu’il n’était pas à l’intérieur, On dit beaucoup de choses sur lui et sur cette histoire qui a valu à la maison le surnom qu’elle porte aujourd’hui, Villa Chagrin. Tante Charlotte apprend à Marcus que des livres ont été écrits sur le sujet dans les années 70. Il n’en faut pas plus au jeune garçon pour s’intéresser au sujet, et se rendre à la bibliothèque pour en savoir davantage.

« Tu pourras y chercher des histoires sur les gens qui ont disparu dans un ouragan. Quant aux fantômes, il y a cet homme en gris qui apparaît sur la plage avant chaque tempête. Certains disent qu’il porte l’uniforme des confédérés, d’autres que ce sont des vêtements gris ordinaires. S’il regarde droit vers ta maison, elle ne sera pas emportée. S’il détourne les yeux, mieux vaut évacuer les lieux. »

Marcus va devenir hanté par l’adolescent disparu, d’autant que son fantôme lui apparaît, inlassablement vêtu d’une chemise rouge passé, d’un jean et de boots. Des apparitions perturbantes, qui vont l’entraîner à la recherche d’un autre garçon : lui-même. Il ne parle à personne de ces apparitions, par peur du psychiatre. Il y a une raison.

Peu à peu on découvre le passé de Marcus : une violente brouille avec son meilleur ami, Siffleur (parce qu’il souffre d’asthme !), un gamin friqué alors que lui vit dans une grande pauvreté avec sa mère qui trime dans une usine de fabrique de meubles. Une curiosité malsaine de Siffleur va être à l’origine d’un drame qui hante Marcus autant que de connaître le nom de son père.

Marcus est mystérieux. Tout comme Tante Charlotte et Lachicotte, voisin et ami de Charlotte. Il va devenir un père de substitution pour Marcus. Tante Charlotte va se lancer dans un projet secret. Elle interdit à quiconque d’entrer dans son atelier. Sauf que tout ne va pas se passer comme prévu…

Mystère, c’est bien le maitre mot de ce roman envoûtant qui creuse le passé, joue avec le temps et l’imagination. « On voit ce qu’on veut voir. Ou on imagine ce qu’on a vu », déclare Tante Charlotte à Marcus. Le garçon disparu il y a cinquante ans, l’homme à la peau tannée sur la plage, l’homme gris du temps des la guerre de sécession. On côtoie les morts et les vivants.
Il est beaucoup question des tortues cacouannes qui hante la plage de cette île depuis des millions d’années, selon le même rituel immuable.

Gail Godwin creuse les rapports que nous entretenons avec les morts. « J’avais beaucoup à apprendre sur les relations entre les morts et les vivants », dit Marcus.

« Nous travaillons de l’intérieur. Et je ne parle pas de l’intérieur de la maison. Mais de toi. Le bon côté, le seul bon côté de tout ça, c’est que tu n’as pas besoin de me voir ou d’imaginer à quoi je ressemble. Je suis  au-delà  de l’apparence. Je suis en toi pour pouvoir me camoufler derrière ton apparence à toi. »
L’autrice explore également la face sombre que nous avons tous au fond de nous. D’une manière originale. Qui est finalement ce garçon disparu ? Je dirai une sorte de faux jumeau de Marcus.

Villa Chagrin flirte avec le fantastique en laissant l’imagination reine.
Un roman d’apprentissage qui raconte la difficulté de grandir, mais aussi de vivre avec ses démons.

Je me suis sentie bien sur cette île mystérieuse, hantée par son passé où l’on pourrait croiser les planteurs de riz d’un temps révolu au détour d’un chemin.

Marcus, Charlotte, Lachicotte vont me manquer !

Gail Godwin est méconnue en France, pourtant primée aux Etats-Unis. Elle a écrit de nombreux livres : pour en savoir plus sur l’autrice, je vous renvoie chez son éditrice, Joelle Losfeld, ICI .

Une belle découverte qui a embelli mon confinement.

 

 

 

 

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Musique d’un puits bleu – Torborg Nedreaas

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Traduit par Régis Boyer

On entame notre 7e semaine de confinement. Je lis toujours comme un escargot. Néanmoins une belle occasion de lire les livres qui dorment dans la bibliothèque depuis trop longtemps. Encore un roman acheté à Livre Paris l’an dernier. L’aventure est au coin de la bibliothèque puisque j’ai découvert une auteure norvégienne quasi inconnue en France : Torborg Nedreaas (1906 – 1987). Musique d’un puits bleu a été publié en 1947 en Norvège et bien plus tard en France (2009 si j’en crois l’édition mais pourtant préfacé en 1980 par Régis Boyer). Je me suis volontairement abstenue de lire la préface pour garder mon impression personnelle de ce livre.

Herdis est une enfant de Bergen. La ville n’est jamais citée, mais on le devine par le noms des quartiers qui apparaissent au fil des lignes. Au début du roman, c’est une petite fille, attirée par un vieux puits à mauvaise réputation. Raison de plus, quand on est une enfant intrépide pour s’y intéresser !

« C’était seulement le nom qui était bleu. Pour le puits, il était noir, ou  gris argent, ou vert bouteile, ou brun tourbe. Autrefois, il y avait dessus un couvercle peint en bleu. C’est pour cela qu’on disait : le puits bleu. On disait : il ne faut pas au puits bleu, Petit-Lars est tombé dedans, une fois. La maman de Herdis disait : si tu vas au puits bleu encore une fois, ce sera une fessée.
Herdis se sentait attirée par le vieux puits comme par une aventure inconnue. (…) Il y avait de la musique au fond de ce puits. »

Arriva ce qui arriva et que l’on devine presque dès les premières lignes : Herdis tombe dans le puits.  J’ai tout de suite pensé à Alice au Pays des Merveilles. Ne vous imaginez pourtant pas que vous allez passer le reste du roman au fond du truc ! Elle en ressort. Le puits disparaît ensuite. Difficile de résumer avec précision Musique d’un puits bleu parce que c’est un roman complexe sous une allure de simplicité. Herdis est une fillette qui devient adolescente dans la Norvège du début du XXe siècle, au moment où éclate la Première Guerre mondiale, où ses parents se séparent. Un père germanophile, ce qui est mal vu ; une mère d’ascendance juive. La gamine est un personnage attachant, c’est une rêveuse, elle est curieuse. C’est aussi un caractère bien trempé. Elle attend avec impatience ce voyage au Danemark, seule avec son père. Ce père lui a également acheté une bicyclette. Peu à peu, elle sent bien que le monde, comme sa famille, ne tournent pas rond, elle perd sa naïveté, elle surprend les bribes de conversation des adultes. Ils sont bizarres, les adultes !

« (…) un jour aigre et orageux de janvier, tout lui fut arraché des mains. Les mauvaises énigmes remontèrent du puits et s’amoncelèrent pour former une unique vérité ardente qui se rua sur Herdis comme une méchante tempête glaçante, faisant voler en éclat tout ancrage, elle la chassa d’un mur à l’autre le soir meme où l’incendie faisait rage sur la ville (…) ».

De bonne élève assidue, elle se met à manquer l’école, ce qui étonne la directrice. Elle raconte des choses étranges. Son père fait une tentative de suicide. Et puis il y a cette crise d’appendicite. Et puis, il y a les trahisons, les mesquineries d’adolescentes, les petites blessures…

« C’est colossalement affligeant de n’avoir absolument aucun amoureux. Mais ce n’est quand même que la chose qui vient avant le pire de tout. Car le pire de tout, c’est d’avoir un amoureux qui ne veut pas de vous comme amoureuse. Et c’est comme du sel et du poivre qu’on verserait sur une plaie ouverte quand en plus de cela, il est amoureux d’une autre. »

Ce roman possède un charme désuet. Il émane de la plume de Torborg Nedreaas (à travers la traduction du maître de la littérature scandinave, Régis Boyer) une fausse simplicité, une vraie profondeur. 416 pages d’un roman d’apprentissage dense, qui m’a ravie, par son mystère et sa singularité. Suffisamment pour capter mon attention en ce moment difficile que nous vivons, où, contrairement à ce que l’on voudrait bien nous faire croire, le confinement n’est pas forcément propice à la lecture. Pourtant, ici cela a fonctionné : j’ai vraiment dégusté ce livre, qui se prête sans doute mal à une lecture dans les transports en commun, me semble-t-il.

Musique d’un puits bleu garde une partie de son énigme. J’ai beaucoup aimé ! Merci aux éditions Cambourakis d’avoir édité ce texte.

 

 

 

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Les buveurs de lumière – Jenni Fagan

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Traduit par Céline Schwaller

Certains cherchent à fuir l’actualité en lisant des romans sur des sujets légers. Cela se comprend. Finalement, moi c’est plutôt le contraire. Après D’os et de lumière de Mike McCormack qui évoque, entre autres, une épidémie, j’ai choisi Les buveurs de lumière de l’Ecossaise Jenni Fagan, dont l’oeuvre dormait sur mes étagères depuis un an, puisque j’ai acheté le livre à Livre Paris. La situation actuellement a fait qu’il m’est tombé dans les mains parce que finalement, je ne parviens pas à m’évader totalement. Un roman apocalyptique, c’est maintenant ou jamais, non ? Hier soir, nous en avons repris pour 4 semaines de confinement, après un mois passé chez nous.

Et voilà un sacré livre apocalyptique qui change de l’ordinaire et fait suffisamment peur puisqu’il se déroule dans un futur tout proche : l’histoire commencer en novembre 2020 par – 6 degrés et se termine le 19 mars 2021 par -56 degrés.

Une fable gothique à fibre écologique sur le réchauffement global et l’une des conséquences de la fonte de la calotte glaciaire :  l’hiver le plus rigoureux jamais enregistré sur la planète. C’est dans ce contexte que nous faisons la connaissance de Dylan, géant orphelin ayant vécu toute sa vie dans un cinéma de Soho, avec sa mère Vivienne et sa grand-mère Gunn qui en étaient propriétaires. Il les emmène avec lui direction le nord de l’Ecosse à Clachan Fells… l’une dans un Tupperware et l’autre dans une boîte Carte d’Or ! C’est à Clachan Fells, dans une communauté qui vit en caravane, où sa mère s’était rendue avant de mourir, queDylan fait la connaissance de Stella, une gamine de 12 ans, gothique née dans un corps de garçon. Il fait aussi la connaissance de la mère de celle-ci, Constance, dont il tombera amoureux, malgré la différence d’âge et le fait que cette femme pourrait être sa mère. Constance, « cireuse de lune », comme la surnomme Dylan, vit des rebuts des autres, des vieux meubles et autres trouvailles qu’elle retape et rafistole pour les revendre. Et puis il y a ces mystérieux buveurs de lumière. Je ne révèle rien.

Outre l’ambiance de fin du monde, de milliers de gens qui meurent de froid, de la panique des gouvernants, etc., c’est aussi un roman sur le droit à la différence, les secrets de famille, la recherche de ses origines, le déni des gouvernants devant l’ampleur du désastre alors que « l’Antarctique est notre canari, en quelques sorte, il va montrer au reste du onde ce qui va se passer ». Malgré l’iceberg surnommé Boo, qui dérive dangereusement vers les côtes écossaises. Pourtant les humains s’accrochent à l’espoir d’un lendemain meilleur. « Il se sent vaseux et fatigué. Dès qu’ils seront tirés d’affaire, il ira dans une ville, juste pour se promener ; il ira dans un pub digne de ce nom et se fera faire de nouveaux tatouages – un pèlerin buveur de lumière, une enfant-loup, une cireuse de lune, un iceberg et un projecteur d’époque qui brille dans le noir. »

J’ai adoré ce roman, son univers décalé, ses personnages hors normes, libres et très attachants, le fond écologique. L’écriture est dense, fouillée. Cette histoire rappelle que l’Homme se croit invincible mais est en réalité très fragile.

J’ai lu ce livre au format poche aux Editions du Point : il a d’ailleurs reçu le Prix du Meilleur roman des lecteurs de Points 2019.

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Heimaey – Ian Manook

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En ces temps de crise sanitaire et de confinement obligatoire, je voulais lire quelque chose qui me fasse voyager et en même temps qui se lise facilement. Eh oui, pas si évident de rester concentrer et de lire comme si tout allait bien dans le meilleur des mondes ! J’ai choisi dans la PAL ce polar de Ian Manook, auteur que je n’avais encore jamais lu. Un bon gros pavé de presque 600 pages au format poche, de quoi se plonger dans un autre horizon, une autre culture : l’Islande.

Jacques Soulniz part en voyage avec son ado de fille, Rebecca, dans l’espoir de se rapprocher d’elle. La mère de la gamine s’est suicidée il y a des années, Becky a fugué etc. Les voilà partis pour un tour de l’Islande en bonne et due forme. Mais tout dérape rapidement. Becky s’avère une gamine très effrontée qui fait les 400 coups. Elle s’entiche d’un jeune garçon qui travaille au Blue Lagon. S’enticher, c’est pas vraiment le mot, d’ailleurs. Le jeune homme se dit que c’est une bien belle aubaine de voir une fille si peu farouche. Pendant ce temps, Soulniz voir rouge. Soulniz s’inquiète, tant pour sa fille  dont il découvre la personnalité finalement, que par les mystérieux mots déposés sur le pare-brise de leur voiture de location, que du macareux morts retrouvé dans le lit de Becky. Une personne s’acharne visiblement à leur pourrir le séjour. Un homme mort est « repêché » d’une solfatare. Kornélius, policier de son état mène l’enquête. Il croisera la route de Soulniz, qui lui-même cherche à savoir qui s’amuse à ces farces de mauvais goût. Soulniz connaît déjà l’Islande où il est venu pour un séjour mémorable quarante ans auparavant. On découvre peu à peu ce qui est survenu alors, sur l’île d’Heimaey lors de l’éruption de l’Eldefell.

J’ai eu du mal à m’attacher aux personnages, qui à mon goût, manquent de profondeur. Un flic un peu ripou, une ado révoltée qui disparaît, une histoire d’amour et de jalousie. Des lituaniens trafiquants de drogue. Plusieurs fils dans cette histoire qui finit par être assez entortillée et un peu fouillis. Je ne peux pas dire que le livre m’a déplu, mais j’y ai trouvé malgré tout des longueurs, des digressions inutiles (commande éditeur ?). Le volume aurait pu être réduit à la moitié du nombre de pages. On finit par y perdre le suspense.

Ensuite, si vous ne connaissez pas l’Islande, vous y ferez tous les spots touristiques. J’ai revécu mon voyage grâce à ce livre. Il y est aussi question du folklore islandais, un peu. Nécropant et runes magiques.

Globalement, le polar m’a laissée indifférente. On est bien loin du roman noir social d’Arnaldur Indridason ou d’Arni Thorarinsson. Le genre de livre aussitôt lu, aussitôt oublié. Je préfère finalement les auteurs islandais qui écrivent sur l’Islande.

 

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Gaspard de Paris , « L’attaque des automates » – Paul Thiès

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Illustré par Benjamin Strickler

Une petite lecture distrayante pour les bambins en cette période difficile : la deuxième aventure de Gaspard de Paris. Je ne connaissais pas cette nouvelle série, mais la bonne nouvelle c’est qu’ont peu lire ce livre sans même avoir lu le premier volume.

Gaspard Saint Georges, 13 ans, est orphelin. Il vit à Montmartre chez le père Socrate qui l’a recueilli. Ses meilleurs amis sont une gargouille, une princesse et un autre orphelin qui travaille dans une boulangerie. Le père Socrate est antiquaire.
« Le soir, je lis beaucoup car je rêve de devenir un jour un GRAND écrivain, comme Monsieur Jules Verne ou Monsieur Victor Hugo. » explique Gaspard. « Le père Socrate m’encourage et me conseille. Il m’achète même des livres d’occasion, avec des reliures rouges et des pages jaunies.
Mais en fin de journée….
Je me balade sur les toits et je nettoie les cheminées des beaux quartiers.
Eh oui, je suis un petit ramoneur, avec un bonnet noir et une longue brosse de métal, qu’on appelle hérisson. » Il s’agit de son deuxième métier puisque tout le jour, il travaille dans la maisonnette du père Socrate à vendre un peu de tout.

On vadrouille dans les rues du Montmartre de la fin du XIXe siècle avec ce roman jeunesse tendance « steampunk » où le fantastique est au rendez-vous. De mauvais garçons vous attendent dans les ruelles, mais aussi des automates inventés dans un professeur diabolique. Le père Socrate disparaît. Gaspard et ses amis partent à sa recherche… Il est question en toile de fond, d’amitié, mais aussi du travail des enfants, de mythologie grecque, de gaz soporfique, d’inventions mécaniques géniales, de physique, de jeux d’apprentis sorciers.
Ce roman est aussi un bel hommage à Jules Verne (j’ai y beaucoup pensé et découvert après avoir refermé le livre que ce livre était dédié au célèbre écrivain et aux machines de Nantes ) mais aussi à Victor Hugo.  🙂

Enfin, j’aime beaucoup l’objet livre, tant par sa couverture que par la mise en pages qui a le souci du détail et des illustrations.

 

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Merci à Flammarion Jeunesse.
A partir de 8 ans, collection « Poche Père Castor », prochainement en librairie.

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