Elmet – Fiona Mozley

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Traduit par Laetitia Devaux

« Elmet est le dernier royaume celtique indépendant d’Angleterre. A l’origine, il s’étirait jusqu’au val d’York… Au XVIIe siècle, cette étroite vallée (…) était encore une « mauvaise terre », un sanctuaire pour ceux qui souhaitent échapper à la loi. » Quelques mots du poète anglais Ted Hughes en préambule du roman qui porte cet étrange nom qui claque et brille.

Fiona Mozley va vous mener du côté de la fange, de ceux qui vivent en marge de la société. Pas dans un bidonville ou un quartier pauvre, mais à la lisière d’une forêt, au bord d’une voie de chemin de fer. C’est là que John Smythe a décidé de constuire sa maison, avec sa fille Cathy et son fils Daniel. C’est Au début on ne sait rien d’eux. C’est Daniel qui va nous raconter l’histoire, alors qu’il marche, qu’il cherche quelqu’un. On comprendra plus tard. John est un « géant barbu ». Avec lui et Cathy, ils ont vécu de la forêt, éloignés des fermes et du village. On croit être seuls dans une forêt mais « les fantômes de l’ancienne forêt se manifestaient encore lorsque le vent soufflait. Le sol regorgeait d’histoires brisées qui tombaient en cascade, pourrissaient puis se retransformaient dans les sous-bois de façon à mieux ressurgir dans nos vies. On racontait que des hommes verts avec des visages en feuille d’arbre et des membres en bois noueux scrutaient depuis les fourrés. »

John a jusque là vécu de combats, de la force de ses poings. C’est à la mort de sa mère et parce que sa fille est persécutée par les garçons de son école qu’il décide d’aller vivre dans le Yorkshire rural, sur une terre appartenant à la mère des enfants. Cette dernière a claqué la porte du domicile pour ne jamais revenir, pour le peu qu’elle y a été. La décision de John va faire basculer leur vie. Ils vont vivre avec les misérables. Peter, un gars qui vivaient comme manoeuvre pour des entreprises en bâtiment avant qu’elles fassent faillite. Il se met alors à son compte et arrive à s’en sortir jusqu’au jour où un accident lui fait perdre l’usage de ses jambes. Certains clients sont récalcitrants pour payer leur dette et il demande à John de l’aider. Ce n’est que le début. Quand Price, gros propriétaire explique à John qu’il a bâti sa maison sur un terrai qui ne lui appartient pas. Price c’est le big boss des propriétaires. C’est lui qui contrôle tout. Il propose un deal à John, qui refuse de se servir de ses poings pour récupérer des impayés pour le compte de Price. Peter ne peut pas aider John et lui conseille de faire appelle à Ewart Royce, un ancien mineur. Sur les plans de Peter, Cathy et Daniel se font embaucher au black pour le compte d’un certain Coxwain, dont la spécialité est d’embaucher sans les déclarer des journaliers en difficulté de réinsertion pour peine de prison.

« Je paie pour une terre. Pour avoir le droit de vivre dessus. Ça paraît peut-être évident, mais c’était pas comme ça quand mon propriétaire c’était la municipalité. A l’époque, on considérait aussi que mon argent servait aussi à entretenir la maison. Alors que maintenant, la baraque pourrait s’écrouler demain, Jim Corvine viendrait toujours chercher son loyer. » « Tous les propriétaires du coin boivent et chassent ensemble au manoir. Ils font tous des affaires ensemble. Ils investissent ensemble. Ils bouffent tous au même ratelier. »

John tente une rébellion avec l’aide de ceux qui se font exploiter pour le compte de Price. Mais celui-ci n’a pas dit son dernier mot. Un drame supplémentaire va faire basculer l’histoire dans une noirceur absolue.

Un conte gothique et social, qui fait également une place majeure à la nature. J’ai trouvé dans cette histoire un peu de l’âme de Steinbeck, alliée au lyrisme de Ted Hughes.

Un roman qui fait la part belle au droit des femmes mais aussi des hommes à disposer de leur corps et de leur vie comme ils l’entendent. Un roman contre l’exploitation humaine et la loi du plus riche.

La fin est un coup d’éclat qui vous laisse étourdi.

Daniel trouvera-t-il ce qu’il cherche ? L’auteure vous passe la plume…

C’est magnifiquement écrit, c’est une histoire noire mais il en émane une étincelante beauté. Finalement, je retrouve dans ce roman ce qui avait porté mon enthousiasme pour Né d’aucune femme de Franck Bouysse.

Un coup de coeur. Lisez-le !

Je remplis par la même occasion le 1er challenge de lIrish Readathon : « Lire un livre avec une couverture verte », irlandais ou pas. Fiona Mozlay est anglaise.

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Irish Readathon 2020

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Je ne sais pas trop comment ça m’est arrivé. Je pars en Irlande dans quelques semaines pour une escapade littéraire. Je surfais au gré des vagues cybernétiques irlandaises quand je suis tombée sur : IRISH READATHON 2020. Je vous le fais court sur ce qui s’est passé ensuite, d’un clic à un autre : Leanne Rose, Aoife, Elaine, trois booktubueuses irlandaises organisent depuis l’an dernier un readathon consacré à la littérature irlandaise (vous trouverez leur chaîne en fin de chronique). J’ai une bonne grosse PAL irlandaise, je suis dans le mood irlandais vu mon départ prochain : yaaasss ! je plonge la tête la première dans l’histoire !

Le principe : entre le 1er et le 31 mars 2020 , lire au moins un livre irlandais. Pas compliqué !
Les organisatrices ont ajouté quelques défis sympathiques pour corser ce readathon, pour ceux que ça tente et c’est ce qui rend le challenge intéressant !

– Lire un livre de moins de 150 pages ;
– Lire un livre avec une couverture verte ;
– Lire un auteur irlandais primé ;
– Lire un livre LGBTQ (l’auteur revendiqué comme tel ou/et des personnages)
– Lire un livre irlandais publié entre 2018 et 2020.

  • Lire un livre paru entre 2018 et 2020 : Je ne vais pas avoir trop le choix pour les livres que je possède parus entre 2018 et 2020 car je n’en ai qu’un seul non lu : D’os et de lumière de Mike McCormack (éditions Grasset, traduit par Nicolas Richard, 2019). J’ai aussi Becoming Belle de Nuala O’Connor (2018, éditions Piatkus, non traduit en français : je lis trop lentement en VO pour que ce soit intéressant dans le cadre d’un readathon, mais cette auteure m’intrigue pas mal, elle a reçu des prix, elle est recomandée par Sebastian Barry !)

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Il y a toute une palanquée de livres parus entre ces dates chroniqués sur ce blog. Si le readathon vous tente, il suffit de cliquer pour avoir un avis, qui n’est que le mien. Dont des coups de coeur (le dernier Donal Ryan, Lisa Harding, Edna O’Brien, Bernard MacLaverty, Michèle Forbes…). Pour 2020, en France, on est en retard : aucun roman irlandais paru en janvier, février, mars…. à ma connaissance. Que se passe-t-il ?

  • Lire un livre de moins de 150 pages : il y en a pas mal mais je les ai tous lus. Par exemple : Le goût de Dublin, 123 pages, éditions Mercure de France, traduit par Jean-Pierre Krémer ; Sept hivers à Dublin d’Elizabeth Bowen 91 pages, Petit Bibliothèque Payot, traduit par Béatrice Vierne ; Ailleurs en ce pays de Colum McCann, 142 pages, éditions 10/18. J’ai choisi de relire Le goût de Dublin, ce sera vraiment parfait !912UFSk7nBL

* Lire un livre avec une couverture verte : alors, là aussi, j’ai lu tous mes livres irlandais à couverture verte. Donc, le hasard fait bien les choses car je suis en train de dévorer un roman à la couverture toute verte et feuillue, dont l’histoire qui se passe dans une forêt du Yorkshire : Elmet de Fiona Mozley, éditions Joëlle Losfed, traduit par Laetitia Devaux. L’auteure est britannique.

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* Lire un livre LGBTQ : j’ai depuis très longtemps des romans de Colm Tóibín non lus. En particulier Histoire de la nuit (éditions 10/18, traduit par Anna Gibson), qui évoque l’homosexualité et dont l’auteur est lui-même homosexuel. Outre Oscar Wilde, j’aurais pu choisir Emma Donoghue (pour son roman « Long courrier) ou John Boyne, pour les livres traduits. Les booktubeuses irlandaises en évoquent d’autres aussi, que je ne connais pas : Kate O’Brien, par exemple. J’ai entendu aussi évoquer Bram Stocker, mais c’est à mon avis à prendre avec des pincettes, même si Joseph O’Connor le suggère aussi dans une interview sur Shadowplay / Le bal des ombres . Moi, dans ma lecture, je suis totalement passé à côté de cet aspect.

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* Lire un auteur irlandais primé : alors là, il y en a tant que c’est Byzance, tant l’Irlande est terre de talents ! Mon choix s’est porté sur La mer de John Banville que j’ai depuis trop longtemps (éditions 10/18, traduit par Michèle Albaret-Maatsch).téléchargement

Si je suis forte, je remplirai les 5 défis ! A suivre…

→ Mel Coccinelle du compte Insta du même nom, grande fan de littérature irlandaise, participe à ce trip littéraire irlandais.
→ Pauline, de la chaîne « Dancing Lawn » s’est aussi lancée :
https://youtu.be/_QXLCqxAygs

Si cet Irish Readathon vous tente, n’hésitez pas à me le faire savoir : je suis juste curieuse de vos choix et avis.

Voici les choix et autres préconisations des organisatrices :
Leanne Rose de la chaîne du même nom (elle est librairie, si j’ai bien compris)
https://youtu.be/YFfk8tAmiZI
Aoife (qui se proononce « eefa » de la chaine « Fred Weasley Died Laughing » 🙂
https://youtu.be/sJcxAHR8EYM
Elaine :
https://youtu.be/rteLAI4SWGk

Thank you for that good idea !

Vous remarquerez que ma vignette ne suit pas vraiment les 5 challenges ni mes choix de lectures pour le readathon. Mais ce sont tous des livres irlandais. 🙂

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La parole de Fergus – Siobhan Dowd

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Traduit par Cécile Dutheil de la Rochère

Drumleash, une petit bourgade en Irlande du Nord, près de la frontière, où vit Fergus McCann, avec ses deux soeurs et ses parents. Il a un frère aîné, aussi, Joe. Celui-ci est enfermé dans la sinistre prison de Maze  à Belfast. Nous sommes au début des années 80. Bobby Sands vient de mourir de grève de la faim. Fergus a 18 ans et il reste à distance autant que faire se peut de la lutte des « Provos » (comprendre les membres de l’Armée Républicaine irlandaise Provisoire). Il passe ses examens qui doivent lui donner accès à l’université. Son rêve est de devenir médecin et surtout de fuir loin de l’Irlande du Nord. Pourtant quelques événements vont venir bouleverser sa vie et mettre son univers en question. Près du poste frontière, dans un coin en travaux, il découvre un cadavre dans la tourbe.« Une petite main. Avec un bracelet ». Tout est possible. Joe décide, dans sa prison, de faire grève de la faim. Une jolie Dublinoise vient faire tourner le coeur de notre Fergus, qui lui-même se trouve embrigadé dans la lutte armée, malgré lui.

Dans un premier temps, l’histoire a une allure de thriller : qui est le cadavre dans la tourbe ? Qu’est-ce qui lui est arrivé. Des spécialistes sont déplacés sur les lieux. Dont Felicity, accompagnée de son ado de fille, Cora. Fergus va découvrir l’histoire fascinante de ce qu’on appelle les « Gens de la Tourbe », ces cadavres parfaitement conservés. L’occasion d’une plongée dans le passé de ce coin d’Irlande.

Parallèlement, Fergus va vouloir venir en aider à Joe, lui sauver la vie, le ramener vers le monde des vivants, le sortir de l’endoctrinement et du jusqu’auboutisme qui ne peut que le mener à une mort certaine. Il y a, à Drumleash, un autre ado, Michael, qui dit avoir des liens directs avec les gens de pouvoir de l’IRA Provisoire. Michael dit  à Fergus qu’il connaît quelqu’un qui peut demander à Joe de cesser sa grève de la faim. Mais qu’il faut que Fergus collabore en devenant passeur. Il doit récupérer des enveloppes, les déposer à des endroits précis, sans poser de questions ni sur ce qu’elles contiennent, ni sur leur destinataire. Le petit jeu dure un certain temps mais rien ne change : Joe continue de se laisser mourir. Personne n’a l’air d’intervenir pour changer quoi que ce soit. Fergus est de plus en plus réticent et veut arrêter. Pas si simple quand on se retrouve pris dans un chantage…

Fergus s’est lié d’amitié avec un soldat gallois, Owain, qui s’est embrigadé dans l’armée faute d’avoir le choix entre ça ou la mine ! Et puis, il y a Cora, la belle Dublinoise, l’ado qui a mal vécu le divorce de ses parents et le départ de son père vers les Etats-Unis.

Siobhan Dowd nous réserve quelques surprises dans cette histoire. Sa plume n’est pas dénuée d’humour, ses personnages sont attachants. Un roman riche et très documenté  sur les Troubles et les grévistes de la faim, le rôle du père Paul, l’aumônier de la prison de Maze.
Siobhan Dowd pose des questions pertinentes : jusqu’où peut-on aller pour une cause ? Est-ce trahir cette cause que de choisir à la place de ceux qui sont prêts à se supprimer pour arriver à leurs fins ? Le poids de la culpabilité.
« Nous causons plus de mal en péchant par omission que par par action. »
Il est question d’amitié et d’amour, de sincérité et de trahison.

Seul bémol : j’ai trouvé dommage que, finalement, l’histoire de la jeune fille retrouvée dans la tourbe soit laissée de côté pendant une bonne partie du roman, qui se focalise surtout sur le conflit nord-irlandais. Nous n’avons que de très (trop) brefs aperçus de la vie menée par Mel (le nom donné par Fergus à cette Bog People, qui lui « parle » à Fergus dans ses rêves. Les Bog People ne sont qu’un prétexte. La couverture de l’édition française est aussi trompeuse puisque l’histoire est avant tout le conflit nord-irlandais des années 80 vécu par un adolescent.
Par ailleurs, l’idylle entre Cora et Fergus paraît un peu plaquée là, pas très approfondie non plus. Le divorce des parents de celle-ci et les conséquences appris un peu à « l’arrache » à la toute fin. On va dire que ce n’était pas le but de l’auteure que de nous raconter une histoire d’amour. Cora n’est d’ailleurs pas un personnage très travaillé.

Néanmoins, c’est un beau roman dont la densité et la documentation font que ce n’est pas un récit uniquement pour les adolescents. La fin n’est ni tout rose, ni tout noir, donc réaliste.

 

 

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Un amour à Waterloo – François Bott

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Un amour à Waterloo est un recueil de six nouvelles dont une novella qui donne son titre au livre. François Bott brosse le portrait de personnages romantiques, dignes de la littérature du XIXe siècle, autour de la figure centrale de Napoléon. Le « grand Napoléon », frêle jeune homme auteur d’un traité sur le suicide avant de devenir celui qui conquit l’Europe et sema la mort. Et puis, il y eut les « petits » Napoléon qui durent vivre avec l’héritage familial encombrant de leur oncle : le médiocre Napoléon III que tout le monde connaît mais aussi la « tête brûlée » que François Bott met sur le devant de la scène dans sa deuxième nouvelle, un prince oublié, une cynique, turbulente et assassine créature en mal de reconnaissance : le prince Pierre Bonaparte. « J’étais un personnage de roman », dit-il, « le prince le plus litteraire ».

En filigrane, on devine comment chaque personnage se réécrit à l’aune de son passé, de son histoire personnelle et dans l’ombre de grands personnages historiques. Marianne, dont la grand-mère est corse, ne supporte pas que René traite Napoléon Bonaparte d’Al Capone corse. René cherche à comprendre « l’engouement voire la dévotion que suscite chez les meilleurs esprits ce tyran, ce despote ». Dans le « Motel Napoléon », nommé ainsi par une Big Mama américaine « pour faire plaisir aux Français », John Carter, prof de philo rescapé d’Ohama Beach où il a « ramp(é) sur le sable dans une rumeur de fin du monde », a relégué depuis la philo aux oubliettes et est devenu le pianiste de jazz le plus taciturne de Brooklyn. Adieu La vie en rose, elle n’est pas rose, la vie ! « Fragile man, était le contraire des gens qu’il admirait ».

Pour Georges Duval, qui vous demande « Aimez-vous la Normandie en hiver ? », le suicide n’est pas quelque chose de romantique, surtout depuis que Roberte s’est defenestrée et qu’en anti-heros, il a pris la fuite. Depuis, c’est comme si l’horloge du temps l’avait pris au piège du drame.

François Bott explore la solitude, la mélancolie, l’amour, l’Histoire et la littérature pour faire jaillir le romantisme de l’ordinaire. Il parvient à saisir la contingence des choses avec finesse et humour.

Un livre très agréable.

Merci aux Éditions de La Table Ronde

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Retour sur des flops

Petit tour d’horizon de mes flops littéraires de ce mois de janvier : sur 5 livres, 3 déceptions. Sur un temps aussi court, ça m’est rarement jamais arrivé.

Je commence par l’Irlande. Grr ! Que cela m’agace de tomber sur un vrai mauvais livre, c’est-à-dire un vrai manque de qualité !  Parce que oui, il y a des livres qui ne valent pas davantage qu’un carton de chaussures. C’est le cas pour Une rivière dans les arbres de Jacqueline O’Mahony.

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Ce qui était attendu, selon la 4e de couverture : « Irlande, 1919. Le pays est sous tension, tiraillé entre les colons britanniques et les indépendantistes. Bravant le risque d’être découverts par les Black and Tans, des factions armées chargés d’éliminter les résistants, Hannah O’Donovan et sa famille cachent dans leur ferme un petit groupe de rebelles. Hannah fait alors la connaissance de leur chef, O’Riada, un jeune homme sombre et courageux, sans se douter des lourdes conséquences qu’aura cette rencontre. Londres, 2019. Ellen, qui a quitté l’Irlande pour l’Angleterre il y a plusieurs années, est dans une impasse : endeuillée, elle voit son mariage vaciller et sa carrière s’enliser. Lorsqu’elle apprend que la ferme qui appartenait à ses ancêtres est mise en vente, elle revient dans le pays de son enfance et plonge dans le passé familial. Pourquoi sa famille a-t-elle toujours refusé de parler de sa mystérieuse arrière-grand-tante, Hannah O’Donovan ? »

J’ai lu plus de la moitié de l’histoire mais me suis gravement lassée du remplissage de pages pur et dur, de détails inutiles, voire vulgaires, de clichés à la mords-moi-le-noeud (si je puis dire ! 😉 ).
Ellen a accouché d’un enfant mort né. Pour se remettre, (OMG !) elle saute sur l’agent immobilier chargé de lui faire visiter la maison de son ancêtre. Mais si c’était que ça ! Nan, il faut que Jacqueline O’Mahony nous fasse partager l’intimité corporelle de John, l’agent immobilier en question. Et quelle intimité ! Acrochez-vous à vos sièges ! « Pour un homme aussi grand, John avait un petit pénis. Cela ne la surprit pas. Son membre penchait d’un côté, il se courbait comme une banane et cela, en revanche, l’étonna. » Sans déconner ? Sans blague ? On est sérieux, là ? Bonjour le cliché ! Et puis, à quoi sert ce genre de détails dans une histoire ?  Je continue : « Au sortir de la douche, elle se sécha et s’apprêta à se maquiller. Son visage était gonflé. Franchement, si elle n’enlevait pas correctement le maquillage de la veille, c’était une perte de temps d’en remettre le matin – sa peau ne le supporterait pas. » Ma pauvre Lucette Ellen, tu en as bien des soucis dans ta vie de femme ! « Un jour, on lui avait dit qu’il était impossible d’aimer trop, mais qu’il était possible d’aimer mal ! » Ah bon ! P***, merde alors !
Du côté de l’arrière-grande-tante, ce n’est guère plus glorieux. Bref, ce n’est pas de la vraie bonne littérature irlandaise, c’est un Harlequin déguisé, sur fond historique que j’ai bien oublié parce que le reste me parasitait la lecture. Rien de bien approfondi, ni de qualité d’écriture, beaucoup de poncifs, de clichés. C’est ce qui fait pour moi un vrai mauvais roman. Economisez donc 21,90€ et lisez plutôt Sebastian Barry, Joseph O’Connor, Dermot Bolger, Edna O’Brien, Donal Ryan, Paul Lynch, Lisa McInerney, Michèle Forbes etc.

Deuxième flop. Mais cette fois, c’est juste moi.  🙂 J’aime beaucoup Anne Enright. Sa qualité d’écriture est indéniable. J’avais acheté, il y a un petit temps déjà, La valse oubliée.
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4e de couverture : « Avec la verve et l’insolence qu’on lui connaît, Anne Enright, l’auteur de Retrouvailles (Booker Prizc 2007), raconte la passion extraconjugale du point de vue d’une jeune Dublinoise à la recherche de repères. Ecrire tout, faire le bilan d’une double crise, celle de la prospérité matérielle de l’Irlande et celle de l’amour, lui permet de s’approcher de sa vérité et de ses véritables ambitions. Anne Enright fait tomber les masques et déjoue les conventions pour décortiquer les mécanismes d’une passion irlandaise en temps de crise. En invitant à une immersion totale dans la psyché d’une femme d’aujourd’hui, ce roman éclaire et captive à la fois. »
C’était prometteur. Le début de l’histoire, teintée d’humour. Gina raconte comment elle a rencontré Sean. Le jeu de lumières sur sa silhouette. L’effet que cela a eu sur elle à cet instant-là. Puis elle a oublié cet homme un certain temps, épousé Connor et tout le tralala.  Finalement, elle tombe dans les bras de Sean dont elle devient la maîtresse. L’histoire est racontée avec un recul ironique des années plus tard. Cependant, je me suis perdue dans les draps de Sean et Gina. Je me suis lassée, ne voyant pas où Anne Enright voulait mener le lecteur. J’ai trouvé qu’il y avait des longueurs. Dommage pour moi !

Enfin, une déception islandaise. J’adore Jón Kalman Stefánsson et donc j’ai été tentée de découvrir la plume de Gunnar Gunnarsson avec Le berger de l’Avent,  car Jón recommandait ce livre.

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4e de couverture : « Comme chaque année début décembre, Benedikt se met en chemin avec ses deux fidèles compagnons, son chien Leó et son bélier Roc, avant que l’hiver ne s’abatte pour de bon sur les terres d’Islande. Ce qui compte avant tout pour ces trois arpenteurs au coeur simple, ce sont les moutons égarés qu’il faut ramener au bercail. Ils avancent, toujours plus loin, de refuge en abri de fortune, dans ce royaume de neige où la terre et le ciel se confondent, avec pour seuls guides quelques rochers et les étoiles. En égaux ils partagent la couche et les vivres. Mais cette année, le blizzard furieux les prend en embuscade… »
Encore une fois une jolie prose pour une pastorale enneigée. Mais si j’ai vraiment bien accroché à Entre ciel et terre et La tristesse des anges, de JKS là, j’ai trouvé le personnage un peu stupide de s’acharner ainsi et de se mettre en danger. Je ne me l’explique pas vraiment car il ne l’est pas plus que ceux de La tristesse des anges.  « La tempête et le blizzard, en hurlant, s’attaquaient aux toits gelés. On aurait dit une armée de monstres jaillis du plus noir de la nuit. (…) Quand le blizzard s’abattit sur Benedikt et ses compagnons, ce fut si brutal, si soudain que cela ressemblait à une embuscade. »
Comme je ne suis pas totalement bornée, je laisse une chance de mon convaincre à ce berger et le livre étant très court, je lui donne rendez-vous une prochaine fois.

 

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Dans la vallée – Hannah Kent


Traduit par Karine Guerre

Nous sommes dans une vallée du Kerry, pas très loin de Killarney et Tralee en 1825. Soudain, Martin s’écroule à la croisée des chemins. Raide mort. C’est la stupéfaction pour Nora, sa femme. Le couple avait déjà perdu leur fille quelques temps plus tôt, Johanna. Celle-ci était mère d’un petit Micheal. Un enfant plein de vie. Mais quand Martin ramène son petit-fils, l’enfant n’est plus que l’ombre de lui-même : squelettique, pâle, muet et incapable de se servir de ses jambes. Les grands-parents avaient mis ça sur le compte de la famine qui commence à montrer signes dans l’Ouest irlandais. A présent Nora se retrouve seule au monde en charge du petit garçon. Afin de l’aider à la ferme, elle se rend à Killarney pour l’embauche à la criée. Elle embauche Mary Clifford, une gamine de 14 ans qui cherche à sauver sa famille de la faim en vendant sa force de travail. Elle est loin de savoir ce qui l’attend. Même si elle remarque rapidement l’enfant singulier qu’est Micheal. Nora lui demande de l’aider à s’occuper de lui. L’enfant les empêche de dormir, passe son temps à hurler. Nora fait venir le medecin de Killarney mais celui-ci est incapable de trouver de quoi souffre Micheal. Elle va voir le prêtre qui ne l’aide pas non plus. Accablée tant par le décès de son mari, de sa fille que par l’état de Micheal, Nora décide d’aller voir Nance. Nance vit un peu en dehors du village, c’est une vieille femme qui habite une chaumine délabrée. Seule, avec une chèvre. Les gens s’en méfient car elle a le don de pouvoir communiquer ave les Fairies. Mais elle connaît aussi des remèdes pour soigner ou se défaire des sortilèges, aider ceux enlevés par les Fairies à revenir parmi les humains. Elle explique à Nora que l’enfant qu’elle pense être Micheal est en fait un changeling, un enfant de fée laissé à la place de Micheal, qu’elles ont enlevé. Nora, femme désespérée, est rapidement persuadée que Nance est dans le vrai, que c’est la seule explication possible. Micheal devient rapidement une créature dont il faut se débarrasser pour ramener le véritable petit-fils de Nora et Martin.

Le talent d’Hannah Kent est d’arriver à persuader le lecteur que Nance est dans le vrai. On se surprend à encourager celle-ci à essayer les remèdes les plus dangereux pour retrouver Micheal et faire disparaître l’enfant de fée, laid et infernal. Depuis qu’il est là, les vaches ne donnent plus de lait, le lait ne parvient pas à se transformer en beurre quand on le baratte…

Et puis tout le monde sait bien que « les fées n’aiment (…) ni le feu, ni le fer, ni le sel », que ça porte chance  de « tourner trois fois d’Est en Ouest autour de sa maison avec un tison refroidi. De jeter une braise dans un champ de pommes de terre à la Saint-Jean », entre autres ! 😉😁

Le roman fait plus de 500 pages. Nous sommes immergés dans les croyances, superstitions et le folklore de la campagne irlandaise du début du 19e siècle. Des commérages de village. De la haine du clergé vis-à-vis de ces croyances (ben oui, ça leur fait de l’ombre !). J’ai aimé l’ambiance, l’incroyable magie de ce livre qui raconte l’histoire d’une tragédie. Ce qui est encore plus incroyable, c’est que l’histoire est tirée d’un fait divers réel. Comme il en existe beaucoup dans l’Irlande de cette époque (et pas qu’en Irlande). Micheal sera la victime de la superstition, de l’ignorance. Le crétinisme est encore quelque chose de méconnu ou de tabou. On cache les handicapés à cette époque. La douleur de Nora, l’espoir fou de retrouver l’unique être humain de sa famille, la font s’engage dans une aventure dangereuse. Elle finit par ne voir « rien d’humain dans le petit garçon, dans ces os regorgeant de sortilèges sous cette peau aigre et couverte de rougeurs ». A aucun moment on ne trouve les 3 personnages feminins, Nance, Mary et Nora mauvais. La plus lucide de l’histoire, Mary, se rend un peu compte que Nora et Nance risquent purement et simplement de tuer Micheal. Au bout de 400 pages environ, se produit un événement. Retour dans le monde des humains, du rationnel, de la police et de la justice. Un procès. Le lecteur prend alors de la distance avec les 3 personnages et prend le parti des juges, trouvant Nora folle et Nance illuminée. Mais on ne leur en veut pas. La justice fait son travail. On frissonne pour elles. Elles risquent la pendaison pour meurtre. On a peur à cause de la haine que les villageois vouent à Nance. La jalousie, la peur espèrent aussi avoir le dernier mot.

Malgré quelques longueurs et une traduction à mon goût un peu bancale (agacée de voir « le fé » à longueur de pages alors que les fées sont assexuées), j’ai trouvé l’histoire rondement menée et très renseignée sur le folklore irlandais et les superstitions. Il faut absolument lire les notes de l’auteur à la fin de l’ouvrage. J’avais légèrement peur de lire une fadaise. Ce n’est absolument pas le cas ! Hannah Kent est australienne mais elle écrit une histoire aussi envoûtante qu’un bon écrivain irlandais. Stupéfiant.

 

 

 

 

 

 

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Johannesburg – Fiona Melrose

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Traduit par Cécile Arnaud

6 décembre 2013, Johannesburg se réveille avec l’annonce du décès de « Tata Mandela ». Gin prend sa douche. Artiste vivant à New York depuis une vingtaine d’années, elle est revenue dans sa ville natale avec l’idée d’organiser une fête pour les quatre-vingts ans de sa mère, Neve Brandt. September, SDF bossu, se réveille sur ses cartons aplatis et trempés par la pluie. Mercy, employée de maison, s’affaire dans la cuisine de Mme Brandt, tout en écoutant la nouvelle à la radio. Dans la maison voisine de celle des Brandt, Duduzile s’apprête à réveiller ses patrons avant d’aller voir son frère, September. Au Diamond, Peter, juriste pour une société minière, est déjà au bureau, sans pour autant avoir quitté des yeux de l’écran de télévision.

24 heures à Johannesburg, le jour de la mort de Mandela, c’est exactement ce que vous allez vivre, du point de vue de plusieurs personnages, des Blancs et des Noirs, des riches et des pauvres, dans cette ville où « la mort [est] toujours si proche, (…), la menace gratuite atten[d] derrière chaque porte en se léchant les babines » . Au fil des pages, l’ambiance va devenir suffocante, l’orage menaçant, jusqu’au coup de tonnerre qui percera les nuages.

Fiona Melrose préface son livre avec une citation de Mrs Daloway de Virginia Woolf. Rien d’innocent, puisque toute la construction de Johannesburg est similaire au roman de l’auteure britannique. De l’action sur une journée, dans une ville précise, en passant par le procédé du flux de conscience. Vous vivrez cette journée particulière à Johannesburg de plusieurs points de vue, à travers la conscience de plusieurs personnages.

Une belle manière de dénoncer tout en essayant de comprendre la souffrance morale et psychique de chacun, présente et passée. Une façon aussi de laisser le lecteur juge. N’empêche, vous finirez le roman dans un drôle d’état ! 🙂 J’ai dû laisser passer une bonne journée avant d’arriver à me replonger dans un autre livre.

L’auteure, à l’instar de Virginia Woolf questionne l’alterité. Mais aussi l’injustice persistante en Afrique du Sud. La peur. Cette peur qui paralyse, empêche d’avancer et de se comprendre. Des grands portails télécommandés qui dissimulent des maisons cossues, des vitres, le bruit de la rue, font qu’on peut difficile entendre l’autre. Johannesburg, ville fractionnée en multitude d’espaces où chacun vit comme dans une bulle.

Il est aussi question de la misère qui côtoie la richesse, de l’hypocrisie. L’Afrique post-apartheid n’est pas encore un paradis pour tout le monde !
Neve Brandt incarne l’Afrique du Sud blanche du passé. Pour elle, un chien semble avoir plus d’importance qu’un humain, de toute façon. Elle va bientôt mourir. Juno, la chienne, semble bien plus intelligente que sa maîtresse.
September vous fend le coeur : il est l’exact opposé de cette femme : le Noir victime, par le passé, de l’autoritarisme et du racisme blanc.
Entre les deux, il y a Gin et Peter, personnages imparfaits mais tourmentés, plein de remords et de questionnement :
« L’abîme s’ouvrit. Infini, ancien et noir. Que s’était-il passé ? Pourquoi tout était-il tellement difforme ? Les agapanthes autour de son cou, son visage fracassé, sa terrible bosse enflée. Il était allé au Diamond, et Peter l’avait vu (…). Il avait ramené Juno à la maison, l’avait tenue calée au creux de son bras, puis il était parti au Diamond. Elle l’avait laissé partir. »
Fiona Melrose esquisse également (mais peut-être trop brièvement) les relations entre les différentes ethnies noires du pays, pas toujours si limpides : Zoulous, Sothos, Xhosas, et immigrés zimbabwéens : « Joséphine ne faisait pas pareil que les autres. Peut-être parce qu’elle buvait. Elle prétendait que durant la semaine, quand ses employeurs étaient au travail, elle passait l’après-midi avec une bouteille de vin. Elle préparait leur dîner puis se retirait dans sa chambre pour regarder la télévision avant leur retour (…). Mercy avait du mal à y croire, et si c’était vrai, il n’y avait pas de quoi se vanter. Elle attribuait ce manque de fibre morale au fait que Joséphine était zimbabwéenne. Ces Kalangas étaient tous les mêmes. Aucune autre femme ne se comportait de cette façon. » Le destin de September est à cet égard édifiant.

L’événement majeur de la journée n’est pas le même pour tout le monde : la fête d’anniversaire pour les uns, l’hommage à Mandela pour les autres. Cependant, le roman est porteur d’espoir.
« Gin se sentit asphyxiée, étranglée par cette beauté, les bougies, les chants, les arbres en surpomb d’où tombaient des restes de pluie à chaque rafale de vent. Les présentateurs télé, déconcertés et graves, et les générateurs des camions régie ronronnaient en fond sonore sous la musique.
C’est ça, la sensation d’être chez soi.
Gin savait que depuis des année, elle était cette astronautes envoyée dans l’espace, qui voyageait à travers l’obscurité infinie, seulement guidée par les étoiles, et qui cherchait encore et toujours à rentrer chez elle. »

Johannesburg, violente, bigarrée, difforme, injuste et en effervescence permanente m’a engloutie de la première la dernière ligne. J’en suis ressortie à la fois secouée et éblouie. La plume de Fiona Melrose, ciselée et complexe, vous embarque dans un sacré voyage. J’ai adoré !

Merci aux éditions de La Table Ronde.

« 

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2019 dans le rétroviseur

2019, ce fut :

◇ être jurée du Grand Prix des Lectrices ELLE pour la 2e fois et voir, pour la 2e fois 2 de mes coups de coeur primés : Le chant des revenants de Jesmyn Ward et d’aucune femme de Franck Bouysse ; voir son nom et un extrait de sa chronique dans le magazine, sa bouille sur la photo de groupe lors de la remise des prix ; rencontrer les autres jurées, se marrer ; se retrouver assise autour d’une table avec les lauréats ;😅

◇ une fantastique échappée belle à Deauville pour le festival « Lire & Musique » consacré à l’Irlande cette année, en présence de Roddy Doyle, Dermot Bolger, Michèle Forbes, Lisa Harding, Conor O’callaghan, Lisa McInerney (mais aussi le 2e jour Paul Lynch et Robert McLiam Wilson) et halluciner de voir tant d’écrivains irlandais de talent présents que du nombre de bouquins irlandais réunis – je ne suis pas prête d’oublier cette journée ;😍

◇ aller écouter Robert McLiam Wilson à la Maison de la Poésie interviewer quelqu’un dont j’ai déjà oublié le nom ;😊

◇ aller plusieurs fois au Centre culturel irlandais écouter Paul Lynch, Donal Ryan et Emilie Pine ;

◇ aller à « Livre Paris » parce que j’ai maintenant un pass permanent mais ne pas m’en souvenir comme d’une cuvée mémorable ;

◇ partir en road trip visiter le grand ouest canadien et embarquer Nancy Huston dans ma valise, découvrir la plume de Joseph Boyden et Richard Wagamese ; avoir évidemment un immense coup de coeur pour les Rocheuses canadiennes (mais pleurer devant la forêt en train de mourir d’un insecte ravageur dans la chaîne de montagnes plus à l’Ouest), kiffer Vancouver la mégapole cool et verte du bout du monde et flasher encore davantage sur Victoria et l’île de Vancouver où je veux absolument retourner ;

◇ mettre 3 guenilles dans un sac et partir solo revoir Londres et le grand sud irlandais qui me manquait tant : la très belle Cork en habit de fête, Cobh et Kinsale, être toujours accueillie avec le sourire ou une blague et c’est vraiment ça l’Irlande ; 😊

◇ avoir lu 58 livres dont 3 BD/romans graphiques – c’est beaucoup moins que certains mais c’est pas une course et tout dépend du nombre de pages et de la difficulté ; 😅

◇ lire 12 livres irlandais, fiction et non fiction ; 5 nordiques (3 Islandais, 1 Norvégien, 1 Suédois)

◇ écrire 57 chroniques ;

◇ plusieurs livres coups de coeur et un livre coup de gueule (Conversation entre amis de Sally Rooney, à qui je decerne le Prix de la Daube de l’année) ;

◇ 91 abonnés au blog (dont des abonnements mails que vous ne voyez pas) = 28 personnes se sont abonnées au blog soit davantage que l’an dernier) : qui a dit que les blogs littéraires étaient has been ?

◇ 8600 visites (un peu moins que l’an dernier mais davantage de commentaires : merci à vous ;

◇ suivre la mode Instagram mais s’agacer parfois du too much marketing et de ses dérives : ras le bol de voir toujours les mêmes bouquins en photos, on n’est pas dupes et de la professionnalisation de certains non plus ; mais c’est sympa pour échanger sur les livres moins visibles (même si je ne ferai pas une chronique sur IG : tapoter sur un smartphone, non merci et IG reste très éphémère contrairement à une chronique sur un blog) ; rester libre, mon credo ;

Quelques projets déjà en vue pour 2020, alors vive 2020 !

Faites ce qu’il vous plait, les autres sont déjà pris !

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Miss Islande – Auður Ava Ólafsdóttir

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Traduit par Eric Boury

1963 en Islande. Hekla porte le nom d’un volcan. Elle a 21 ans. Elle sait ce qu’elle veut faire de sa vie : écrivain. Elle est en route pour Reykjavík depuis sa terre natale, celle de la Saga des Gens du Val-au-Saumon. Dans l’autocar, elle déchiffre Ulysse de Joyce, avec dans l’idée de chercher la librairie anglophone de Reykjavík. Elle trouve un emploi de serveuse dans un hôtel-restaurant, afin de subvenir à ses besoins et trouver un logement, qu’elle partage avec un jeune homme homosexuel : David Jón John Stefansson Johnsson. Elle se rend à la bibliothèque et sympathise avec le bibliothécaire, Starkadur, qui est aussi poète. Celui-ci fréquente le Mokka, le café qui sert de QG aux poètes. Hekla le trouve bien sympathique, elle est attirée par lui car il fréquente un milieu littéraire. Elle déménage et ils s’installent ensemble dans une mansarde, plus près du fameux café. Hekla a également beaucoup d’affection pour Jón John qui fut aussi sa « première fois », quand ils étaient adolescents. Jón John est très tourmenté et vit très mal son homosexualité. Il se fuit en s’embarquant sur des navires avant de revenir, il est se bat, il boit, il est roué de coups. Les gens assimilent homosexualité avec pédophilie ! Hekla est le rayon de soleil du jeune homme. Derrière elle Hekla a laissé sa meilleure amie, Ísey. Celle-ci est déjà mère d’une enfant, malgré son jeune âge et bientôt enceinte du second à son grand désespoir. Elle admire la liberté d’Hekla et lui confie son désarroi d’avoir un avenir tout tracé : femme au foyer, rien d’autre. Comme toutes les femmes d’Islande. Pourtant elle aussi écrit, en cachette. La banalité du quotidien se transforme sous sa plume. L’écriture est son échappatoire. Hekla n’a pourtant pas la vie tout à fait rose : au restaurant, les clients masculins ont la main baladeuse et l’un d’eux la harcèle d’une drôle de façon : il veut qu’elle participe au concours de Miss Islande, ce qu’elle refuse catégoriquement. Pendant son temps libre, elle écrit avec, mais en cachette de Starkadur. Le jeune homme s’avère être un poète raté, qui ne voit pas autre chose dans une femme que quelqu’un qui peut lui servir de bonne. Une femme ne peut pas être poète, voyons ! Hekla encaisse un certain temps…

Hekla, Ísey et Jón John sont trois personnages très attachants ; j’ai eu beaucoup plus de mal avec Starkadur, assez imbu de sa petite personne, un peu jaloux quand il découvre que son amoureuse est douée pour l’écriture. Ce n’est pas le type foncièrement méchant mais il est agaçant. A l’instar de ce que pensent les autres hommes du pays, les femmes ne sont pas censés écrire. A ce titre, la fin du roman est un sacré pied de nez ! Ísey est le double de Hekla, ou plutôt ce qu’elle serait si elle n’était pas partie.

Auður Ava Ólafsdóttir évoque la condition des femmes dans l’Islande des années 60, un pays encore très isolé et conservateur. Elle peint deux personnages eux-mêmes isolés, qui débordent du cadre de vie qu’on voudrait leur assigner. Deux êtres humains libres et qui feront tout pour vivre comme ils l’entendent. Même s’il faut utiliser des subterfuges…

Hekla est libre comme un volcan : elle fait ce qu’elle veut. Il y a d’ailleurs beaucoup de volcans dans cette histoire (il y a certes beaucoup de volcans en Islande) et on assiste à la naissance de ceux des îles Vestmann, qui modifient le paysage… Il y a aussi des aigles (je ne sais pas trop quoi en faire, j’avoue), de la bouffe (j’adore !), des noms de rue, du vent, de la pluie, du soleil, des montagnes, de la neige, du verglas et des poètes !

« Toi, tu mets des pantalons et tu traces la route, Hekla. » Parce que pour vivre libre, il faut parfois partir.

La plume de l’auteure est à la fois poétique, piquante et non dépourvue d’humour. « Les mots m’évitent, dès qu’ils me voient, ils prennent la fuite comme un banc de nuages noirs poussés par un vent propice », se plaint Starkadur !
« Ils ont dépecé cinq cents cachalots cet été. Ce n’est pas un hasard si, quand ça pue la merde, les Islandais disent que ça sent le pognon. »

Une histoire de liberté, d’isolement, de création littéraire. Un roman féministe, aussi, évidemment.
C’est le troisième roman que je lis d’Auður Ava Ólafsdóttir (après Rosa Candida et Le rouge vif de la rhubarbe). Je crois bien que Miss Islande a détrôné, dans mon panthéon de l’auteure, Rosa Candida !
Je termine très bien mon année littéraire avec ce roman qui est encore un coup de coeur. 🙂
(et ma énième lecture de la rentrée littéraire, je ne sais plus la numéro combien !)

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Les invisibles – Roy Jacobsen

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Traduit par Alain Gnaedig

En attendant les nouveautés de janvier, je pioche dans ma bibliothèque. Il y trônait ce roman norvégien, Les invisibles, depuis plusieurs mois, d’un auteur que je ne connaissais pas.
Un petit voyage au large des Lofoten, dans des îles minuscules me tentait bougrement ! Me voilà donc partie sur l’île de Barrøy, du nom de la famille qui en est propriétaire. Le chef de clan est Hans, qui vit là avec son père, le vieux Martin, sa femme Maria et ses filles Ingrid et Barbro. Un caillou aride d’un kilomètre à peine, où l’on cultive un carré de pommes de terre, on fait du foin quand c’est possible, on ramasse la tourbe, on trait quelques vaches mais on vit surtout de la pêche, celle que l’on ramène et que l’on vend ou bien celle de l’Usine, qui nous fait vivre.

La vie et le décor semblent immuables, entre blizzard, tempête, et …canicule ! Pas de date, quelques allusions vagues. La nature dicte sa loi et les hommes font avec. Sur Barrøy, on disparaît et réapparaît – parfois. On devient père et mère sans avoir eu d’enfants, on devient adulte alors qu’on n’est qu’un enfant. On oublie d’aller à l’école. Et puis on y retourne. On construit des rafiots et des pontons. On s’engueule, on se bat et on se réconcilie. On est hors du grand tumulte du monde, on est invisible.

Cependant, le lecteur observe, subjugué la vie de ce microcosme à la beauté magnétique du froid. On est une famille indéfectiblement liée, avec ses secrets à peine esquissés sur la page d’encre. On a parfois voulu partir mais Barrøy en a décidé autrement.

Roy Jacobsen peint avec une minutie incroyable la vie de ses personnages confronté à Dame Nature, elle aussi un personnage à part entière. J’ai eu du mal à m’immerger dans le roman pendant une trentaine de pages (peut-être parce que les conditions n’étaient pas réunies). Il faut dire que l’écrivain est assez avare en virgules, et préfère la description et le discours rapporté au dialogue au style direct (ce qui au demeurant ne me pose aucun problème). Puis j’ai plongé et j’ai dévoré les pages pour suivre cette saga familiale au confin du monde. J’ai même retardé la fin parce que justement je ne voulais pas quitter ces gens ! 299 pages, c’est bien court !

Quelques petites remarques : j’aurais bien voulu en savoir plus sur le père de Lars, le fils « illégitime » de Barbro, lui même demi-frère de Felix, fils adoptif d’Ingrid. Pourquoi les femmes disparaissent avant de réapparaître ou deviennent folles ? C’est passé sous silence par Roy Jacobsen mais il s’amuse un peu avec elles. Quant aux hommes, ils meurent de leur belle mort ou carrément bêtement.

J’ai eu des soucis avec la traduction, parfois : ça m’a fait sourire de trouver des pies huîtrières. Je ne connais que l’huitrier pie, c’est-à-dire l’huitrier avec un plumage de deux couleurs dont du blanc. Seuls les connaisseurs de l’échassier (qui ne mange pas d’huître !) trouveront étrange de le voir rebaptisé.  Quant à « ce bref moment où l’île est le plus grande, où l’on peut marcher sur du sable blanc » = ???? coquille !….  ; ou « la mer (…) noire et lisse comme de la colle sous un ciel sans étoiles »… j’ai beau eu lire et relire, je n’arrive pas à imaginer ce que c’est de la colle sous un ciel sans étoiles ! Il manque une virgule, non ? – même si j’ai bien compris que c’est la mer dont il est question, mais balancé comme ça, ce n’est pas clair !  Peu de virgules chez Roy Jacobsen, c’est vrai… Bref, j’ai fini par trouver qu’il manquait un travail de correcteur dans ce texte (ce qui relève de l’éditeur). Cela dit, ça n’a pas gâché mon plaisir, mais un peu agacée à la longue. J’ai lu le livre en version poche chez Folio, composition du 4 février 2019 n°d’imprimeur  234335. Edité chez Gallimard pour le grand format.

Malgré ces remarques qui ne feront pas plaisir à tout le monde, Les invisibles est un  magnifique roman pour ceux qui aiment l’air froid et iodé, les tempêtes, les coins sauvages, et les sagas familiales. La bonne nouvelle est  qu’il y a une suite, Mer blanche ! Je ne connais pas très bien la littérature norvégienne, mis à part Herbjørg Wassmo et dans un autre genre, Anne B. Radge. Mais Roy Jacobsen est une invitation à en poursuivre la découverte.

Les Invisibles, mon coup de coeur nordique de fin d’année.
Il y en aura peut-être d’autres, nous ne semmes que le 27 décembre ! 😉

 

 

 

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