Smile – Roddy Doyle

9196DwV+GnL

Traduit par Christophe Mercier

 

Victor Forde, cinquante-quatre ans est fraîchement divorcé de Rachel, une célébrité irlandaise. Pour se reconstruire, Victor est retourné vivre dans le quartier dublinois de son enfance. Il a pris l’habitude de  réfugier dans un pub, pour tenter d’achever le roman qu’il écrit depuis des années : L’Irlande. Un conte d’horreur. Un jour, un certain Ed Fitzpatrick déboule dans le pub et affirme le connaître. Tout de suite, Victor déteste cet homme qui prétend avoir été élève avec lui chez les Frères chrétiens. Pourtant Victor n’en a aucun souvenir. Ce type va devenir collant et inquisiteur dans la vie personnelle de Victor. Il connaît tout de lui. Ed Fitzpatrick va le suivre comme un ombre, ne plus lui lâcher les baskets. Dès que Victor pénètre dans le pub, il y aura aussi ce type. Cette confrontation va obliger Victor à replonger dans son enfance et son adolescence, à se remémorer sa scolarité chez les Frères chrétiens.
Comme Victor, nous, lecteurs, nous allons nous interroger sur l’identité de ce Fitzpatrick, qui a tout l’air d’être un imposteur.
Victor nous entraîne dans l’Irlande des années 70-80. Nous nous retrouvons élève chez les Frères chrétiens. Une scolarité entre garçons chez des pince-sans-rire où pourtant les gamins affublent tous les adultes d’un surnom. Il y a Patch, Tom Jones et bien d’autres. Les gamins affabulent des idées fantaisistes sur ces religieux : ce peut-être des zombies, ce sont sûrement des zombies… ! Ils sont déjà morts ! 🙂 « Nous étions tous d’accord. Les professeurs laïques n’étaient pas des zombies.
Ce son justes des connards. »

Victor se fait charrier par ses copains car un des frères en a après son sourire qu’il trouve craquant… Grâce à son sourire, Victor peut inverser le court des choses pour la classe… Mais aussi se faire traiter de « pédé » et se faire rouer de coups.

On va rencontrer les parents de Victor, et aussi Rachel.

Au début, on sourit. Mais ca ne dure pas. J’ai lu tous les romans de Roddy Doyle traduits en français et trois de ses romans pour la jeunesse (que vous trouverez les chroniques sur le blog). J’ai le souvenir assez fort de La femme qui se cognait contre les portes, qui traite, vous l’aurez deviné, des femmes battues, mais avec pas mal d’humour, pour faire ressortir une réalité pas franchement glorieuse. Ca finisssait bien, avec plaies et bosses, mais bien.
Smile est le roman le plus grave que j’ai lu de l’auteur, qui n’y va pas pas par quatre chemins. Une écriture franche, sans fioriture, qui dit une face noire d’une certaine Irlande, longtemps cachée sous le tapis, si je puis dire, longtemps taboue. Le hasard a voulu que je lise ce roman au moment où le pape François se rendait en Irlande pour demander pardon aux Irlandais, au nom de l’Eglise catholique… Je ne vais pas m’étendre sur le discours du pape qui m’a choquée de plusieurs points de vue, pendant que les victimes, elles, ne peuvent pas se contenter de belles paroles creuses mais voudraient des actes concrets.
Les abus de l’Eglise catholique sont toujours un sujet brûlant en Irlande.  Le livre de Roddy Doyle est à mettre entre toutes les mains.

La fin est traitée d’une manière peu commune. On  comprend alors pourquoi Fitzpatrick suit Victor comme son ombre.

Une histoire racontée avec tact,  pudeur et sans pathos, qui pourtant vous fait l’effet d’une balle de hurling reçue en plein visage.

Un roman bouleversant.  A lire absolument !

snoopy

Publié dans Littérature irlandaise, Rentrée littéraire | Tagué , , | 8 commentaires

Rentrée littéraire 2018 (suite)

…hormis la rentrée spécifiquement irlandaise que je vous ai déjà présentée – je m’arrache d’ailleurs du dernier Roddy Doyle que je suis en train de dévorer pour écrire cette chronique. 🙂

Cette année, ce sont 567 livres qui sont attendus : 381 livres francophones et 186 de littérature étrangère. Encore un chiffre qui donne le vertige ! Chaque année, j’espère que les meilleurs survivront et ne connaîtront pas le pilon. Encore faut-il arriver à trouver les pépites dans la masse. Ce sont souvent les mêmes qu’on va voir défiler sur les réseaux, les blogs et qui seront en vitrine des librairies ou grandes surfaces culturelles. Mais comme je ne suis pas dans le secret des dieux, eh bien ma sélection sera sans doute celle des livres que vous avez déjà dû voir défiler. Sélection qui s’étayera dans les mois à venir, bien sûr, et certainement davantage que les autres années, car en qualité de jurée littéraire pour le Grand Prix des lectrices Elle, je sais qu’une partie de la rentrée littéraire va me tomber dans les mains par ce biais.  Je suis très contente de pouvoir découvrir ainsi, contrainte de mon plein gré, certains livres vers lesquels je ne serais pas allée de moi-même mais que je vais aimer pour certains d’entre eux (j’espère !). Trêve de bla-bla, voici mes repérages :

Manuel de survie à l’usage des jeunes filles, premier roman de Mick Kitson, qui est gallois mais vit en Ecosse, pour ce roman qui se déroule dans les Highlands. Vous connaissez ma passion pour l’Ecosse et sa littérature contemporaine … 🙂

editions-metailie.com-manuel-de-survie-a-lusage-des-jeunes-filles-manuel-de-survie-a-lusage-des-jeunes-filles-hd-filet-300x460

Traduit par Céline Schwaller
A paraître le 30 août aux éditions Métailié

Présentation éditeur : « « Que font deux gamines en plein hiver dans une des plus sauvages forêts des Highlands, à des kilomètres de la première ville ?
Sal a préparé leur fuite pendant plus d’un an, acheté une boussole, un couteau de chasse et une trousse de premiers secours sur Amazon, étudié le Guide de survie des forces spéciales et fait des recherches sur YouTube. Elle sait construire un abri et allumer un feu, chasser à la carabine. Elle est capable de tout pour protéger Peppa, sa petite sœur.Dans le silence et la beauté absolue des Highlands, Sal raconte, elle parle de leur mère désarmée devant la vie, de Robert le salaud, de la tendresse de la sorcière attirée par l’odeur du feu de bois, mais surtout de son amour extraordinaire pour cette sœur rigolote qui aime les gros mots et faire la course avec les lapins. (…) »

Trajectoire, recueil de nouvelles de l’Américain Richard Russo, que l’on ne présente plus. Je ne l’ai encore jamais lu et je me disais que l’aborder par ce recueil de nouvelles pouvait être sympathique (et j’aime bien les nouvelles !) . Richard Russo sera aussi au Festival América de Vincennes, en septembre prochain.

 

Traduit par Jean Esch
A paraître le 13 septembre aux éditions de La Table Ronde

Présentation éditeur : « Quatre histoires brèves mais puissantes et surprenantes, dont les héros, confrontés à des obstacles à première vue franchissables, s’empêtrent dans de véritables crises existentielles…« 

Ásta, de l’Islandais Jón Kalman Stefánsson, à la plume encorcelante.

71z0IJRDCrL

Traduit par Eric Boury
A paraître le 30 août aux éditions Grasset

Présentation éditeur : « Reykjavik, au début des années 50. Sigvaldi et Helga décident de nommer leur deuxième fille Ásta, d’après une grande héroïne de la littérature islandaise. Un prénom signifiant – à une lettre près – amour en islandais qui ne peut que porter chance à leur fille… Des années plus tard, Sigvaldi tombe d’une échelle et se remémore toute son existence  : il n’a pas été un père à la hauteur, et la vie d’Ásta n’a pas tenu cette promesse de bonheur. »

Camarade Papa, de Gauz, l’auteur de Debout-Payé

91NkNrbir8L.jpg

Paru le 24 août aux éditions Le Nouvel Attila

Présentation éditeur : « Amsterdam, de nos jours. Un enfant immigré est élevé par des parents communistes, tendance Kim-il-Sung. Sa vision du monde en porte la marque. Son vocabulaire, aussi. Et comme Momo, le héros de La Vie devant soi, il ne mâche pas ses mots.
Un jour, ses parents l’envoient en Afrique retrouver sa grand-mère maternelle et ses racines. Il est en quelque sorte « en mission » : observer le monde post-colonial tout en restant fidèle, au milieu des torsions idéologiques, à l’enseignement révolutionnaire reçu dans son enfance. »

Balles perdues de l’Américaine Jennifer Clement. Ca parle du problème des armes aux Etats-Unis, de femmes d’un milieu défavorisé…

71b0ACT2pwL

Traduit par Patricia Reznikov
Paru le 22 août aux éditions Flammarion

Présentation éditeur : « Sur le parking d’un camp de caravanes, en plein coeur de la Floride, Pearl vit à l’avant d’une Mercury avec sa mère Margot qui dort sur le siège arrière. Elles se sont créé un quotidien à deux, fait de chansons d’amour, de porcelaine de Limoges, d’insecticide Raid et de lait en poudre. Outre ce lien fusionnel, l’adolescente peut aussi compter sur sa meilleure amie, Avril May, avec qui elle fume des cigarettes volées au bord d’une rivière pleine d’alligators, et sur les autres personnages excentriques des caravanes voisines. Mais cet équilibre fragile bascule à mesure que Pearl prend conscience du trafic d’armes qui s’organise autour d’elle (…) ».

Les enfants de coeur de Heather O’Neill . Un roman qui se passe à Montréal au début du XXe siècle puis dans les années 30, cela m’intrigue…

61jdsqYo3WL

Traduit par Dominique Fortier
Paru le 16 août aux édition du Seuil

Présentation éditeur : « Montréal, hiver 1914. Deux bébés sont abandonnés sur les marches d’un orphelinat. Élevés sous la férule des bonnes sœurs, ils ne tardent pas à révéler des dons exceptionnels. Pierrot est un pianiste prodige ; Rose sait comme personne illuminer le visage des enfants tristes avec ses pas de danse et ses pantomimes. Enrôlés dans une grande tournée destinée à récolter des fonds pour l’orphelinat, ils tombent bientôt amoureux, et se mettent à rêver ensemble d’un avenir lumineux sous le chapiteau du cirque le plus spectaculaire que le monde ait jamais connu. Mais l’adolescence les sépare. L’ombre de la Grande Dépression plane sur Montréal (…) ».

Zombies zarbis, tome 1 : « Panique au cimetière » de Marie Pavlenko et Carole Trébor. Ca m’a l’air bien déconnant… 🙂

9782081431157

A paraître le 5 septembre aux éditions Flammarion Jeunesse

Et voici ce que je vais lire suite à la sélection du jury de septembre pour le Grand Prix des Lectrices Elle et j’en suis ravie :

 

Un Gentleman à Moscou de l’Américain Amor Towles paru le 22 août aux éditions Fayard (traduit par  Nathalie Cunnington) :
Présentation éditeur : « Au début des années 1920, le comte Alexandre Illitch Rostov, aristocrate impénitent, est condamné par un tribunal bolchévique à vivre en résidence surveillée dans le luxueux hôtel Metropol de Moscou, où le comte a ses habitudes, à quelques encablures du Kremlin. Acceptant joyeusement son sort, le comte Rostov hante les couloirs, salons feutrés, restaurants et salles de réception de l’hôtel, et noue des liens avec le personnel de sa prison dorée – officiant bientôt comme serveur au prestigieux restaurant Boyarski –, des diplomates étrangers de passage – dont le comte sait obtenir les confidences à force de charme, d’esprit, et de vodka –, une belle actrice inaccessible – ou presque ­–, et côtoie les nouveaux maîtres de la Russie. Mais, plus que toute autre, c’est sa rencontre avec Nina, une fillette de neuf ans, qui bouleverse le cours de sa vie bien réglée au Metropol.(…) »

La Disparition d’Adèle Bedeau, de l’Ecossais Graeme Mcrae Burnet (traduit par Julie Sibonie), à paraître le 30 août aux éditions Sonatine :

Présentation éditeur : « Manfred Baumann est un solitaire. Timide, inadapté, secret, il passe ses soirées à boire seul, en observant Adèle Bedeau, la jolie serveuse du bar de cette petite ville alsacienne très ordinaire.
Georges Gorski est un policier qui se confond avec la grisaille de la ville. S’il a eu de l’ambition, celle-ci s’est envolée il y a bien longtemps. Peut-être le jour où il a échoué à résoudre une de ses toutes premières enquêtes criminelles, qui depuis ne cesse de l’obséder.
Lorsque Adèle disparaît, Baumann devient le principal suspect de Gorski. Un étrange jeu se met alors en place entre les deux hommes. (…) »

Tu t’appelais Maria Schneider de Vanessa Schneider, paru le 16 août aux éditions Grasset.
Présentation éditeur : « « Tu étais libre et sauvage. D’une beauté à couper le souffle. Tu n’étais plus une enfant, pas encore une adulte quand tu enflammas la pellicule du Dernier Tango à Paris, un huis clos de sexe et de violence avec Marlon Brando.
Tu étais ma cousine. J’étais une petite fille et tu étais célèbre. Tu avais eu plusieurs vies déjà et de premières fêlures. Tu avais quitté ta mère à quinze ans pour venir vivre chez mes parents. Ce Tango marquait le début d’une grande carrière, voulais-tu croire. Il fut le linceul de tes rêves. Tu n’étais préparée à rien, ni à la gloire, ni au scandale. Tu as continué à tourner, mais la douleur s’est installée. »(…) »

Affaire à suivre…

Et dire qu’il me reste quelques bouquins de la rentrée littéraire 2017 encore non lus… 🙂 Trop de tentations et pas assez de temps, même si j’en ai lu des stocks au gré de mes envies et découvertes après-coup …

 

 

 

Publié dans Rentrée littéraire | Tagué , | 10 commentaires

Manderley for Ever – Tatiana de Rosnay

81gR4cpBYoL

Parfois il se passe de choses étranges dans la vie des lecteurs : tu regardes en replay une émission que tu ne regardes jamais (en l’occurrence Télématin) et tu te cales juste sur les reportages littéraires de l’été d’Anne-Marie Revol sur les Best seller. Comme ça, parce que tu es intriguée. Et bim !, sans savoir pourquoi, tu te retrouves avec un pavé de plus de 500 pages dans les mains ! Toi qui ne lis pas tant que ça de best seller, encore qu’en y réfléchissant, il y en a quand même pas mal dans ta bibliothèque… Bref, l’un des reportages évoquait Manderley for ever de Tatiana de Rosnay, avec l’interview de l’auteure. J’ai vite été convaincue, d’autant que Tatiana de Rosnay disait que ce livre a été un tournant dans sa vie d’écrivain.
Manderley for ever est un roman-biographie sur Daphné du Maurier, auteure trop trop célèbre Rebecca et L’Auberge de la Jamaïque lu dévoré quand étais ado. Et puis, j’ai lu il y a quelques semaines Le monde infernal de Branwell Brontë de Daphné du Maurier, justement, réédité par les éditions de La Table Ronde, biographie sur le frère maudit de la famille.

Daphné est d’un milieu très bourgeois, tendance grande bourgeoisie. Elle a vécu au milieu de gouvernantes et servantes etc. Son grand-père paternel (Georges du Maurier, surnommé « Kiki ») était français, artiste-écrivain fantasque et connu. Son père, Gerald est un acteur archi connu. Daphné, née en 1907, vit à Londres, avec ses parents. Et ses deux soeurs.
Très tôt elle se sent garçon dans un corps de fille. Une dualité qui la hantera toute sa vie, l’amenant à une bisexualité, même si elle se marie à Frederick Browning, anoblit par la reine. Elle devient donc une lady mais s’en contrefiche. Elle est d’une timidité maladive, parler en public ce n’est pas pour elle. Daphné déteste les réceptions, mais elle est obligée de suivre son militaire de mari à l’étranger, en Egypte, notamment, avant que n’éclate la Seconde Guerre mondiale. Son mari monte les échelons gradés, a de plus en plus de responsabilités qui l’oblige à s’absenter longuement. Avec lui, Daphné aura trois enfants : deux filles et un garçon.
Daphné était la préférée de son père qui entretenait avec sa fille une relation particulière. Il était très possessif et elle a dû se battre mentalement pour s’arracher à son emprise, se révolter même si ça ne l’empêcher pas de l’aimer. Garçon dans un corps de fille, fille à son papa contre son gré, elle rêve de mettre au monde un garçon. Une fois ce voeu réalisé, son fils sera à son tour son préféré. J’ignorais tout de cet aspect de l’écrivain. Tout cela, sa dualité, sa part d’ombre vont être source d’inspiration.

L’écrivain est passionnée par les vieilles demeures. Si elle aime ses proches, elle aime encore plus ses maisons, en particulier Menabilly dont elle ne sera jamais propriétaire mais locataire. Elle va retaper cette vieille baraque magnifique, même si pour céder à son caprice, sa famille doit vivre sans chauffage ni eau courante pendant le terrible hiver 1954.  La mémoire des murs est quelque chose qui la passionne et c’est là qu’elle laisse « infuser »  (idée d’un roman). Daphné a aussi un langage codé, dont on retrouve les termes, dont le sens est expliqué en annexe du livre. C’est parfois imagé et parlant, parfois complètement déroutant…

Elle développe une passion pour la France, à cause de son grand-père Kiki qui l’intrigue jusqu’à l’obsession. Source d’inspiration, lui aussi !

Daphné est en effet une obsessionnelle. Quand elle a une idée en tête, elle fait tout pour y arriver. Son autre obsession grandissante : écrire. Elle est incapable de s’occuper de tout ce qui est logistique et matériel (à part faire retaper les vieilles maisons). Elle a du caractère et sait ce qu’elle veut. Elle devient célèbre très tôt et l’on suit tout sa carrière littéraire. Il y a un personnage épouvantable qui apparaît parfois dans ce roman : c’est sa traductrice en France : la toute puissante Mme Butler qui publiait sous son nom de jeune fille, Denise Van Moppès, capable de convaincre l’éditeur (Albin Michel) de retirer des nouvelles d’un recueil  parce qu’elle les trouve « peu crédibles » ou « ennuyeuses », ce qui ne l’empêche pas de se planter complètement en matière de traduction, parfois ! Rebecca a longtemps été tronqué à cause de cette charmante madame ! Grande fut ma surprise quand j’ai constaté que Rebecca a été retraduit il y a peu de temps, en 2015, par Anouk Neuhoff ! La vilaine madame est décédée en 1968 et c’est un autre traducteur qui a pris le relais pour les derniers livres de Daphné du Maurier : Maurice-André Endèbe. Pas trop sympa avec elle non plus. Cet aspect « traduction » m’a bien amusée ! Je me suis demandé si tous les autres livres sont toujours avec la version de « l’affreuse »… Je ne manquerai pas de vérifier en librairie. 🙂

Mis à part sa traductrice française, Daphné aura à souffrir toute sa vie d’être considérée par certains critiques comme un auteur de romans à l’eau de rose, de la romance etc., alors que c’est tout le contraire ! Ce qu’elle écrit n’est pas franchement rose, mais bien noir, gothique et d’un suspense infernal. Moi qui déteste les romances bluettes depuis toujours, je n’aurais pas dévoré ses deux romans les plus connus vers 12-13 ans. C’est le suspense, le côté alambiqué de ses personnages qui me tenait en haleine. On lui reprochait d’être populaire, vendeuse de best seller comme si c’était synonyme de mauvais écrivain. Ce qui est faux, bien sûr : il y a de tout parmi les auteurs et les romans  » best seller », comme pour les autres qui n’ont pas cette chance.

J’ai dévoré le roman en une semaine à peine : j’ai beaucoup aimé. C’est un roman fouillé, Tatiana s’est vraiment documentée, elle est partie sur les traces de cette écrivain qui est sa préférée, si j’ai bien compris. L’édition du Livre de Poche est agrémentée de photos.
J’ai peut-être un peu moins accrochée pour la période à partir de 1969.

Une invitation à approfondir la connaissance de son oeuvre et un bel hommage à l’écrivain.
Il y aurait encore beaucoup de choses à dire mais je vous laisse découvrir…

Publié dans Littérature française | Tagué , , , | 5 commentaires

Monsieur Viannet – Véronique Le Goaziou

31S1-w7BbyL

 

Toc ! Toc! Toc !
Qu’est-ce que c’est ?
C’est la rentrée littéraire !
Rentrez donc et faites comme chez vous !

C’est Monsieur Viannet , le dernier roman de Véronique Le Goaziou qui inaugure l’événement sur le blog !

Le pitch : « Monsieur Viannet a cinquante ans. Il vit avec sa femme dans un minuscule appartement glacial, du côté de Bastille, où les courants d’air ne chassent plus l’odeur du tabac. Monsieur Viannet a autrefois été bel homme. Monsieur Viannet a autrefois été sportif. Monsieur Viannet a fait l’armée. Monsieur Viannet a des enfants qu’ils ne voit plus. Monsieur Viannet, surtout, a été acquitté après avoir été accusé du meurtre de son père. (…) Monsieur Viannet appartient à ce qu’il est convenu d’appeler le quart-monde ».

Voici un petit extrait de la quatrième de couverture. Vous l’aurez compris, on n’est pas dans le registre feel good mais dans celui du réalisme social.  Véronique Le Goaziou est sociologue et chercheuse. Par l’entremise de la narratrice, elle nous immisce dans l’intimité du couple Viannet. Cette narratrice est « cadre dans un cabinet d’études qui réalise des sondages et des enquêtes sur des faits de société ». Elle a « été contactée par une association nationale de réinsertion sociale. Spécialisée dans l’hébergement de personnes en grande difficulté, cette association souhait[e] mener un travail sur ce [que sont] devenus ses anciens résidents ». Cependant, la narratrice, avant d’envoyer des enquêteurs sur le terrain, décide de « réaliser [elle-même] quelques entretiens ». histoire de se « faire une idée du public » et « tester les questions » . Monsieur Viannet est d’accord.

Accompagné de la narratrice, le lecteur pénètre dans le minuscule appartement de Monsieur Viannet, qui, en décapsulant bière sur bière, télé en permanence allumée, va dévoiler sa réalité. L’homme y vit avec sa femme, de père algérien. Les disputes du couple rythment le récit, qui font écho aux bouteilles de bière qu’ingurgite Monsieur Viannet. Y ajouter la fumée des cigarettes que le couple grille comme des  petits pains et vous sentez l’ambiance.
Monsieur Viannet dévoile sa vie, passée et présente. Il a tué son père (mais on comprend pourquoi au fil du récit), il a été trimbalé toute son enfance de foyer d’accueil en foyer d’accueil ; les foyers de réinsertion, à l’âge adulte, ont pris le relais quand il est sorti de prison, puis les hôtels. Sa femme a fait de la prison à 15 ans. Monsieur Viannet va vous dévoiler les conditions des centres d’hébergement, de réinsertion, etc., censé aider les gens en grande difficulté ; celle de la prison ; ses enfants placés en famille d’accueil, eux aussi ; l’endettement et son cercle vicieux. L’absurdité de la société finalement.
Une vie brisée avant même d’avoir commencé ou presque. Dès le début, à l’instar de la narratrice, vous êtes mal à l’aise.

Un roman entre questions et silences, où pourtant l’essentiel se devine en creux et vous renvoie comme un miroir toute l’absurdité du monde contemporain, de la société, pour votre plus grande horreur. Parce que Monsieur Viannet n’a rien de différent de vous, si ce n’est que sa vie a mal commencé et que les institutions et infrastructures mises en place pour aider à sortir la tête de l’eau ne sont finalement que des rouleaux compresseurs supplémentaires, à leur insu. Monsieur Viannet est vraiment un homme seul. Tout seul. « Il est complètement parti. Entre l’éveil et le sommeil. Des brumes dans le cerveau. » Monsieur Viannet est un mort vivant (d’ailleurs, il ne sort plus de chez lui), dans un logement qui est comme une nouvelle prison, à ciel ouvert. Monsieur Viannet est le marginal que vous pourriez être, vous aussi, notamment si votre vie avait mal débuté, mais pas que.

Véronique Le Goaziou ne porte pas de jugement.  Elle donne à voir avec pudeur. Un récit dialogué aux phrases courtes. La vérité n’en est que plus criante.

  Un roman à la trempe « beckettienne ».

Soyez assis quand vous lirez la fin…

Je remercie les éditions de La Table Ronde de m’avoir permis de lire ce roman en avant-première !

snoopy
Dans toutes les bonnes librairies à partir de demain, jeudi 16 août.

Voir aussi l’avis de  :  L’atelier de Ramettes

 

Publié dans Littérature française, Rentrée littéraire | Tagué , , , | 3 commentaires

Excursion – Steinar Bragi

38065537_2191332137575635_6128874715999109120_n

Traduit par Patrick Guelpa

Les vacances islandaises sont propices à vider sa PAL islandaise, qui, j’avoue, a nettement diminué ! Pendant mon road trip, j’avais embarqué deux romans : le « Arnaldur » de la précédente chronique et celui-ci. Sait-on jamais, si j’avais dû rester coincée quelque part à cause du mauvais temps… Ca bien failli être le cas dans ce joli fjord perdu de la région des Fjords de l’Ouest, où se niche une jolie « ville » :  Patreksfjöður (nous, Français, on dirait « village »). Une tempête de vent qui déclenché l’alerte jaune sur l’échelle islandaise nous faisait hésiter pour notre excursion du lendemain. En Islande, ce n’est pas tant la pluie que l’on craint, mais le vent, car il n’y a pratiquement pas d’arbres. Le lendemain, le temps était bizarre : 18 degrés à 9h du matin alors que la vieille, on atteignait avec beaucoup de mal les 9 degrés ! Ca soufflait, mais après une nouvelle consultation de la météo et avis pris auprès des locaux, on a décidé de partir quand même en excursion, quitte à revenir sur nos pas si ça se gâtait trop l’après-midi.

Bref tout ça pour dire que j’avais sorti de la valise le deuxième bouquin embarqué, d’un auteur islandais que je n’avais jusqu’à présent jamais lu : Excursion de Steinar Bragi, écrit en 2011 et publié en France en 2013. Un titre qui tombait pile poil pour un road trip. Finalement, il a fait le voyage du retour en France sans que je l’aie ouvert. Il m’a donc accompagnée cette semaine, un moyen de prolonger le voyage et d’en apprendre peut-être encore davantage sur l’île de glace…

Le pitch : deux couples d’Islandais décident de partir  en 4×4 dans les hautes terres, histoire de s’aérer les neurones. Cela dit, ils sont bizarres dès le début car ils embarquent avec eux de la came et de l’alcool. Pas franchement le genre de personnes avec qui je ferais un bivouac, je l’ai senti tout de suite ! 😉 Rapidement, les voilà en train d’errer dans leur bolide, à travers le sandur du nord du Vatnajõkull (c’est le plus grand glacier d’Islande, situé au sud-est de l’île ; et le sandur c’est une « vaste plaine situé au pied d’un massif montagneux et formée d’alluvions glaciaires », je reprends les notes du traducteur). Le brouillard tombe, la visibilité devient rapidement proche de zéro. Jusqu’au moment où c’est l’accident. Ils heurtent une maison qui n’aurait pas dû se trouver là. Déjà, je l’ai trouvé bizarre leur accident, mais bon… Le véhicule a besoin d’être réparé, ils ont de légères blessures. La maison est habitée par un couple de vieux bizarres qui leur offrent l’hospitalité mais ont la fâcheuse tendance à disparaître.

Ce livre se veut un thriller fantastique avec des éléments empruntés aux légendes islandaises. C’est ce qui m’avait attirée. Malheureusement je suis gravement restée au bord du sandur, loin de cette maison et des personnages de cette histoire. J’avoue : je n’ai rien compris ! Le récit change de narrateur au fil des chapitres : d’habitude, cela ne me pose aucun problème. Mais là j’ai été rapidement larguée. Monologues intérieurs qui digressent trop, entre flore islandaise et thématique libidineuse, le tout peut-être saupoudré de références à de vieilles légendes islandaises mais qui finalement disparaissent complètement derrière ce fatras.

Ca m’a rapidement saoulée et je m’en fichais finalement complètement de savoir si le couple avait quelque chose à voir avec des personnes cachées, s’ils étaient des trölls ou des alfes (oui, des alfes et pas des elfes qui est une déformation ; tout comme en Islande, il n’y a pas des trolls mais des trölls (ça se prononce à peu près « treuk » et ça n’a rien à voir avec les trolls norvégiens). Bref, ce n’était sans doute même pas ça l’intrigue. Car on finit par se demander où est passée l’intrigue… C’est fâcheux pour un thriller !

Excursion ratée pour moi, donc ! Ce livre m’a agacée par son fouillis qui gâche tout. De plus, je n’aime pas dire du mal de la littérature islandaise.  Pas glop, quoi !

 

Publié dans Littérature islandaise | Tagué , , , | Laisser un commentaire

Dans l’ombre – Arnaldur Indriðason

41ARibCu27L

Traduit par Eric Boury

Eté 1941, à Reykjavik, un homme est retrouvé mort d’une balle dans la tête dans un appartement. Sur son front, une croix gammée sanglante.

Flovent, de la police criminelle de Reykjavik est chargé de l’enquête sur le meurtre de cet homme d’une trentaine d’années. Une chose qui n’est pas aisée car les meurtres sont plutôt rares en Islande. Il va donc être épaulé par la police militaire d’occupation, en la personne de Thorson. Thorson a été envoyé sur l’enquête parce qu’il est volontaire et bilingue anglais-islandais. Il est ce qu’on appelle un « Islandais de l’Ouest » : autrement dit ses parents islandais ont migré sur le nouveau continent. Thorson vit au Canada mais le fait qu’il soit bilingue est bien pratique pour les troupes d’occupation : ça permet d’être plus « près » des autochtones, de mieux communiquer…

Le récit commence par le débarquement d’un représentant de commerce dans le port de Reykjavik : Eyvindur. L’homme est dépité car il n’arrive pas à vendre sa camelote et qui plus est, son couple, avec Vera, bat de l’aile. Il se dit qu’il n’a pas les talents de « cette ordure de Felix », un camarde d’enfance, qui sait vendre tout et n’importe quoi à n’importe qui. En arrivant chez lui, les affaires de Vera ont disparu, avec leur propriétaire qui est introuvable. Flovent rentre en scène dès le deuxième chapitre avec la découverte d’un cadavre dans l’appartement de Felix. C’est la propriétaire venue réclamer son loyer qui l’a découvert…

Vous l’aurez compris, Dans l’ombre ne met pas en scène Erlendur, l’inspecteur que j’adore, mais je le savais. C’est peut-être ce qui me retenait pour me jeter dès sa sortie sur le premier volume de ce qui est en fait une trilogie. J’avais été déçue par Opération Napoléon, donc je le boudais un peu ! 🙂 La sortie en poche de Dans l’ombre et mon départ pour l’Islande a néanmoins fini par me convaincre que je ne risquais rien à essayer, ce serait quand même un bon compagnon de voyage !

L’écrivain nous plonge dans la période dite de « situation » (ástandið) qui « désigne la période où l’Islande était occupée par les troupes britanniques puis américaines (entre 1940 et 1945). Le mot renvoie également aux liaisons entre les soldats et les femmes islandaises » (note du traducteur).
Il y a des histoires de coeur, de la trahison, de la manipulation, du contre espionnage, des rebondissements, et une dimensions sociale et historique.

Un docteur influencé par son frère sur la doctrine nazie de la race pure. « Hans Lunden s’intéressait aux sagas des Islandais qui mettaient en scène la combativité, le courage et de grandes prouesses. (…) Selon lui, si les ancêtres des Islandais avaient vécu aujourd’hui, ils auraient été des surhommes doublés de génies militaires et il rêvait de les ressusciter. Il menait des études anthropologiques sur la race nordique dans un institut fondé par Himmler à Berlin (…). Il était persuadé que, quand la guerre se propagerait, les Allemands occuperaient l’Islande. Il serait possible d’engager des recherches en génétique et en anthropologie sur les Islandais et leur lien avec l’héritage ancestral germanique et les prouesses des Vikings ».  Des théories totalement délirantes et effrayantes. Ce dont Rudolf, s’apercevra trop tard : « Rudolf avait découvert au cours de son étude que les théories de Hans et des autres nazis concernant l’Islande se fondaient sur un malentendu. (…) Le sang des Islandais avait toujours été mêlé, et ce, depuis l’époque où l’île avait été colonisée ». Le problème est que les deux frères ont été auparavant totalement d’accord et pensant que l’Allemagne nazie allait envahir l’Islande, Rudolf a proposé ses services à la croix gammée. Avec la complicité d’un directeur d’école, il sélectionnait quelques élèves et procédait à des questionnaires avec l’aide d’une infirmière scolaire. Leur but était de prolonger les théories de Lombroso sur le rapport entre apparence physique et tendances criminelles. Bref, ce genre de conneries ! (J’en dit presque trop mais tout de même pas tout 🙂 ).

Il y a de la manipulation mentale à gogo. Et les femmes ne sont pas en reste. Arnaldur n’y va pas de main morte avec les femmes qu’il met en scène. En particulier Vera, un coeur d’artichaut reine de la manigance qui ferait tout pour ne pas passer le reste de sa vie à plumer des eiders (oui, ces canards dont les plumes font d’excellents édredons !) ou cuire des kleinur (beignets islandais), traire les vaches, vivre comme une paysanne et une esclave domestique. (l’avenir n’était pas glorieux pour les femmes, certes !) Les soldats, qu’ils soient britanniques ou américains, c’est bien pratique pour tenter de s’offrir un avenir meilleur. Bien plus qu’un représentant de commerce désargenté… J’ai trouvé que le personnage était assez caricatural, un peu trop. Elle n’est vraiment pas sympathique et ça ne sert pas sa cause.

Il faut dire que la pauvreté n’épargne pas l’Islande. Le quartier des Polarnir, à la lisière de Reykjavik, c’est là qu’a vécu Eyvindur enfant. Un quartier né pendant la Première Guerre mondiale, destiné aux familles en difficulté : des hébergements d’urgence qui avaient perduré, où des personnes y vivaient dans des conditions misérables, où bagarres, disputes dues à des consommations excessives d’alcool y éclataient régulièrement…

Alors, qui a tué cet homme dans l’appartement ? Ces femmes et hommes de l’ombre, dans cette Islande de la « situation », vont donner du fil à retordre à Flovent et Thorson.

J’avoue que l’on retrouve du grand Arnaldur Indriðason  !
Un polar bien documenté, comme toujours dans les livres Arnaldur Indriðason, mais aussi bien construit, qui vous plonge dans l’ambiance de l’Islande des années 40. Une bonne dose de suspense jusqu’à la dernière page, qui laisse présager une suite… Il me reste donc à découvrir les deux autres volumes de la trilogie.

En tout cas, Erlendur revient pour la rentrée littéraire, avec Les fils de la poussière, et ça c’est une rudement bonne nouvelle aussi ! C’est le premier roman écrit par Arnaldur. ♥
Affaire à suivre !
NB : pourquoi les éditeurs ne respectent pas la lettre de l’alphabet islandais :ð (Ð pour la majuscule) (qui se prononce comme le « z » dans « the » et non [d] comme n’importe quel D.  ? Si j’arrive à le mettre sur un blog, on doit pouvoir le mettre sur un livre imprimé, non ? J’ignorais cette différence phonétique auparavant. Mais c’est aussi à que servent les voyages : apprendre quelques rudiments linguistiques (je dis bien rudiments car je ne parle toujours pas islandais à part « bonjour », « merci », « au revoir », et « salut tout le monde » : les mots magiques qui ne paraissent rien mais qui font souvent plaisir à vos interlocuteurs. C’est pas compliqué ! 🙂 Et j’ai été surprise de croiser des Islandais parlant français, pas des wagons mais sans doute plus que n’importe quel pays plus proche de nous.

Publié dans Littérature islandaise | Tagué , , | 5 commentaires

Le rouge vif de la rhubarbe – Auður Ava Ólafsdóttir

51ZDaUy2wEL

Traduit par Catherine Eyjólfsson

Ágústina est née dans une voiture. Sa mère, passionnée par les oiseaux migrateurs, est un pigeon voyageur. Chercheuse, elle a confié Ágústina aux bons soins de Nína. La jeune fille, contrairement à sa mère, ne peut pas se déplacer facilement, ni voyager : ses jambes ne sont pas assez solides pour la porter, il lui faut l’aide de béquilles. Pourtant, elle aime de réfugier dans le jardin de rhubarbe, un jardin perché « dont nul ne connaît l’origine et que personne ne se soucie de cultiver ». Son rêve est de gravir la montagne de 844 mètres au flanc duquel est blotti le village, « à un emplacement défiant l’entendement » (ce n’est pas ce qui manque en Islande !). Pendant ce temps, Nína mitonne de bons petits plats…

Une histoire bâtie sur des contrastes, entre la mobilité perpétuelle des parents d’Ágústina, chercheurs-voyageurs qui se soucient bien peu de leur fille et le handicap de celle-ci, chouchoutée par Nína, férue de cuisine. Boudin de moutons, confiture de rhubarbe, petits gâteaux et tant d’autres plats vous passeront sous les yeux…
« Pour huit kilos de rhubarbe, il fallait autant de sucre. Cette proportion pouvait toutefois varier d’une ménagère à l’autre. Sucre, cuisson, calibre et taille des morceaux, texture, couleur, tout dépendait de l’imagination, du caractère et du temps disponible de chacune ». « La saison du boudin succédait à celle des confitures de rhubarbe. De couleur rose, presque phosphorescent quand on le verse, le sang de mouton suscitait à chaque automne une attente fébrile. » « Nína prépare un stage de couture pour ce soir. Dans la cuisine, armée d’une cuiller en bois, elle mélange de la pâte dans un bol. En pantoufles, les bas roulés sur les chevilles, on entrevoir çà et là des veinules bleues sous sa jupe. Elle offrira des gâteaux avec le café (…) ».

Un roman d’apprentissage singulier, coloré, gustatif, et contemplatif, porté par une écriture poétique douce.
J’avais beaucoup aimé Rosa Candida, livre qui a fait connaître Auòur Ava Ólafsdóttir aux lecteurs francophones. Celui-ci est antérieur, le tout premier qu’elle a écrit, il me semble. J’ai préféré Rosa Candida, je n’ai peut-être pas saisi toute la portée cette histoire. Néanmoins j’ai apprécié la qualité de l’écriture et me suis attachée à cette adolescente rêveuse, lectrice, au caractère assez volontaire pour réaliser son rêve et à sa mère de substitution, grande cuisinière.

Une mélodie islandaise du bonheur.

 

Publié dans Littérature islandaise | Tagué , , | 2 commentaires

La tristesse des anges – Jón Kalman Stefánsson

36752696_1084237985058550_3624979877024759808_o

Traduit par Eric Boury

J’avais dévoré Entre ciel et terre qui nous embarquait à travers la Mer Glaciale, en Islande, avec comme compagnons de route un pêcheur poète, Bàrður et le gamin.  Les anges dorment dans ma bibliothèque depuis plusieurs années, j’attendais le bon moment pour les réveiller et renouer avec Jón Kalman Stefánsson (on n’était pas en froid du tout, cela dit ! 😉 ), écrivain islandais ô combien singulier et stupéfiant ! Je pense que ma chronique ne sera pas à la hauteur de tous les trésors cachés dans ce roman.

Tous ceux qui ont lu Entre ciel et terre savent ce qui est arrivé à Bàrður. On retrouve ici le gamin, recueilli depuis trois semaines par Helga. Débarque, un cavalier : c’est « Jens le Postier sur un cheval de glace, il veut voir Helga »,  » le gel l’a collé au cheval ». « Helga et le gamin ne doivent pas épargner leurs forces pour le détacher de sa monture, le gel  d’avril l’a figé instantanément, le cheval et l’homme se sont si parfaitement unis l’un à l’autre que Jens ne pouvait plus bouger ». Le gamin est vite intrigué par ce géant taiseux. Le gamin qui découvre la poésie et le désir. GeirÞrúður avec sa chevelure « aussi sombre que décembre », et surtout Ragnheiður aux dents blanches « telles des blocs de glace derrière le rouge de la chair », celle qui, « suçant une friandise avec lenteur », lui fait un de ces effets… : « Ainsi s’étaient écoulées mille années. L’Islande avait été colonisée. Ou peut-être deux mille. Jésus avait été crucifié, Napoléon avait envahi la Russie ». 🙂

Jens quant à lui se voit obligé de repartir, direction des dangereux fjords du Nord. Le gamin décide de l’accompagner. Le gamin bavard et le géant qui n’aime pas parler. Un couple atypique, qui finalement va s’épauler, se raconter jusque dans leurs failles intimes et leurs blessures secrètes, mais aussi se disputer, pour mieux se rabibocher, n’ayant d’autre choix que de se raccrocher l’un à l’autre car la tristesse des anges, personnage à part entière du roman va leur mener la vie dure !

La tristesse des anges, c’est la neige qui s’engouffre partout, avec l’aide de son inséparable ami le vent. La tristesse des anges façonne des mirages, fait naître des fantômes, redonne vie aux morts. C’est celle qui fait chanter les montagnes. C’est la nature à l’état brut et sauvage.
On trouvera des fermes sur le chemin, on trouvera des familles qui vous ouvriront leurs portes.

Un roman qui va vous rafraîchir. Un livre à la fois poétique, zen et tragique. Une écriture qui délie des lignes qui vous enveloppent pour vous happer, vous soustraire au réel.

Jón Kalman Stefánsson n’oublie pas cependant de vous fera sourire. « Par un temps comme celui-ci, on n’y voit rien du tout, cela je peux vous l’assurer, on ne voit pas plus le trou de son cul que celui de son voisin, le blanc est omniprésent et on ne distingue plus l’air de la terre (…) ».
Des scènes cocasses se lovent dans des situations périlleuses, les barbes ça gèle et pour en savoir plus, vous devrez lire le livre ! Je vous conseille de vous installer dans un coin bien calme, loin de la foule déchaînée et hurlante (vous voyez sûrement ce que je veux dire en ce moment) et la magie opère.

Jón Kalman Stefánsson parle de la vie et de la mort, d’amour perdu, d’amour des livres, de jolies choses tristes et belles. Il me reste une interrogation à la fin de l’histoire…

De la vraie belle littérature !

Je compte bien lire la suite, Le coeur de l’homme, qui clôt cette trilogie qui se passe au début du 19e siècle. Et puis tous les autres de l’auteur : D’ailleurs les poissons n’ont pas de pieds , A mesure de l’univers (tous disponibles au format poche, chez Folio) et Ásta (qui sort pour la rentrée littéraire).

 

 

 

Publié dans Littérature islandaise | Tagué , , , | 2 commentaires

Jón l’Islandais – Bruno d’Halluin

51HnyPLT9mL

Aujourd’hui, je vous entraîne de nouveau vers l’Islande. A la fin du 15e siècle. Ca vous branche ? Alors suivez-moi, d’autant qu’il fait tellement chaud qu’un peu de fraîcheur ne peut pas faire de mal ! 🙂

Jón est un enfant islandais de sept ans. Un jour il est enlevé par des Anglais qui l’emmènent à Bristol pour en faire un domestique, chose apparemment assez courante au 15e siècle, paraît-il ! Jón se fait la promesse de retrouver sa mère, une Islandaise du Groeland.
Le temps passe, Jón est souvent envoyé par ses maîtres faire des commissions sur le port. A force, il finit par lier connaissance et devient l’ami d’un Gallois qui lui apprend le métier de tanneur. Jón multiplie les connaissances, rencontre des Irlandais, des Ecossais des Hébrides (!) et un autre jeune Islandais, de quelques années son aîné, lui aussi-kidnappé par les Anglais. Ce nouvel ami rêve de revoir son île natale. L’occasion fait le larron, voilà tout ce petit monde qui s’évade sur un rafiot, direction l’Islande. Mais un rafiot qui prend l’eau… N’empêche, l’équipage échoue au sud de l’île de glace de de feu. Jón découvre sa terre natale dont il ne se souvient pas en traversant le pays du sud vers les fjords de l’Ouest. Il s’établit pour un temps à Skard, dans le Breidafjord, puis se rend sur les îles qu’abrite ce fjord : Flatey et les Bjarneyjar. Jón s’émerveille de la puissance et de la beauté de la nature; il est surpris de ce que mangent les Islandais ; il s’intéresse au folklore et à l’histoire, il apprend le métier de pêcheur, faute de pouvoir devenir fermier. Il cherche sa mère, se renseigne et fini par devoir reprendre la route, direction les Açores via le Portugal ! Vous parlez d’un périple !

Nous sommes à la fin du 15e siècle… ça ne vous rappelle rien ? Vous savez, il y a un type qui est censé avoir découvert l’Amérique même si dans sa tête c’était les Indes… Oui, c’est bien de Christophe Colomb dont il est question, à la même époque que celle de Jón !
Bruno d’Halluin en profite pour faire le parallèle entre le Génois et les voyages des Vikings… 5 siècles avant Christophe Colomb. Ainsi, les Vikings venus de Scandinavie, sous la houlette de Erik Le Rouge ont débarqué au Groenland vers l’an 1000 et s’y sont installés pendant 5 siècles, après avoir colonisé l’Islande. Ils s’appelaient les Groenlandais, d’où a été tiré la saga du même nom et celle d’Erik Le Rouge. Ils ont bien essayé également de s’installer au-delà du Groenland, dans ce qu’ils appelaient le Vinland et le Markland (aujourd’hui c’est sans doute le Labrador et Terre-Neuve (et aussi Helluland qui est la Terre de Baffin), mais se sont heurtés aux indigènes, à savoir les Amérindiens. Donc ils n’ont pas pu y rester. En revanche, au Groenland, ils ont cohabité à peu près pacifiquement avec les Inuits. Cinq siècles plus tard, Jón apprendra de la bouche de sa mère la fascination de son père pour ce peuple qui du temps de Jón étaient appelés « Skrælings » (terme péjoratif, néanmoins).
Et puis, on ne sait pas vraiment pourquoi, les Vikings du Groenland ont disparu. La Scandinavie avaient d’autres problèmes pour s’occuper d’eux, les puissances européennes aussi. Bref, à l’instar de l’Islande, cette île à la marge du monde, on les a relégué aux oubliettes. On pense que les conditions de vie étaient devenues trop difficiles (il y a eu un mini âge glaciaire au 15e siècle). Mais peut-être ont-ils été également affaibli par les épidémies (la peste frappe deux fois l’Islande au 15e siècle). Mais la cause réelle scientifiquement prouvée reste non élucidée.
Bruno d’Halluin rend un formidable hommage à ces Islandais du Goenland. A ce titre, la fin du roman est émouvante !

Ce roman est aussi l’occasion pour l’auteur de nous montrer la suprématie des grands propriétaires fermiers sur les pêcheurs. Il n’y avait pas de villages en Islande, mais des fermes dont les riches propriétaires faisaient la loi. Etre pêcheur était un travail de pauvre.

On tâte aussi la rudesse de la vie dans les îles du Breidafjord : une vie encore plus difficile que pour les Islandais de la « Grande Terre ». Pas d’arbres ou si peu en Islande. Donc, le bois flotté était le bienvenu pour construire barques ou autres bricoles. Les Islandais récupéraient ce qu’ils pouvaient des épaves qui s’échouaient (comme dans les îles Blasket en Irlande, d’ailleurs). Pas de moutons, pas de laine, pas de métier tisser dans les îles. Les gens sont habillés comme des gueux, avec des loques !Mais là, Jón a une sublime idée qui fera enrager le fermier du coin…

Enfin, Bruno d’Halluin vous immergera brièvement dans le folklore islandais, le petit peuple qui se cache derrière les magnifiques paysages de l’île.

Si vous aimez vous évader en lecture et apprendre au passage une foule de choses, ce roman est pour vous ! Je me suis régalée !
Un roman dense, avec beaucoup de personnages et de peuplades mais qui se lit très facilement. On est happé par l’histoire, très bien écrite, et documentée. Ca m’a passionné !

Bruno d’Halluin est français, écrivain-voyageur. Dans la vie, il est informaticien et prend souvent des congés sabbatiques pour voyager, par les mers à bord de son bateau, si j’ai bien compris. Ce livre a été publié en 2010 aux éditions Gaïa. Comme vous le voyez sur la couverture, il a été primé. Il était dans ma PAL depuis 2012 : on ne soupçonne jamais les trésors non lus qu’on a dans sa bibliothèque !

Publié dans Littérature française | Tagué , , , , , , , , | 6 commentaires

Rentrée littéraire irlandaise automne 2018

Certains ont déjà la chance de pouvoir plier les bagages direction le repos et préparent les livres qui les accompagneront. Pourtant, je peux vous dire que la rentrée littéraire d’automne pointe déjà son nez dans les boîtes aux lettres des blogueurs et dans les catalogues des éditeurs.
L’occasion fait le larron, voici mes trouvailles irlandaises et il y en aura certainement d’autres, mais je me contente de ce qui me paraît intéressant et que j’ai l’intention de lire, ce blog n’étant pas un catalogue ! 🙂 J’ajouterai mes trouvailles au fur et à mesure, si d’autres se présentent, dignes d’intérêt.

Le 23 août Roddy Doyle revient – et ça fait du bien de le revoir!-, avec Smile  (traduit par Christophe Mercier) :

 

Présentation éditeur : « Victor Forde vient de se séparer de sa compagne, Rachel Carey, le grand amour de sa vie. Il retourne vivre dans le quartier dublinois de son enfance, près de la mer, où il s’installe dans un immeuble moderne abritant essentiellement des émigrés d’Europe de l’Est. Il se force à se rendre tous les soirs dans le même pub, comme «on irait à la salle de sport ou à la messe». Il y rencontre un certain Ed Fitzpatrick, qui lui assure être un ancien camarade de classe. Il ne se souvient pas de lui mais a une sensation désagréable en sa présence, sans réussir à s’expliquer pourquoi. Ils se croisent régulièrement au pub : Ed recherche une complicité, il revient sans cesse sur leur passé d’écoliers chez les frères chrétiens. 
Victor se bat avec sa mémoire et refuse de toute évidence des pans entiers de son passé. Ed Fitzpatrick, suspect, voire sinistre, agit sur lui comme un révélateur et l’oblige à affronter la réalité. »

Celles et ceux qui ont lu et apprécié (comme moi), le premier roman de Lisa McInerney l’an dernier seront ravis d’en lire la suite, avec Miracles du sang. (traduit par Catherine Richard-Mas) à partir du 6 septembre. Attention, humour qui déménage chez cette auteure !

Le 13 septembre, un nouvel auteur irlandais arrive en France, aux éditions Sabine Wespieser (éditrice de Nuala O’Faolain, Edna O’Brien, Claire Keggan, vous voyez, que du bon aussi !) Donc, bienvenue à Conor O’Callaghan avec Rien d’autre sur terre (traduit par Mona de Pracontal) !

41L6js0roDL
Je reprends la biographie éditeur pour vous présenter l’auteur :
« Conor O’Callaghan, né en 1968 à Newry, en Irlande du Nord, a grandi à Dundalk, une petite ville proche de la frontière. il partage aujourd’hui son temps entre Dublin et l’université de Sheffield, où il enseigne. Poète reconnu, il a publié en Irlande et aux États-Unis cinq recueils depuis 1993, et dirigé un important festival de poésie en Irlande. Nothing on Earth (Rien d’autre sur terre) est son premier roman, paru en anglais en 2016. »

Extrait de la présentation éditeur du roman : « Quand il ouvre à la gamine terrifiée par la disparition de son père, le prêtre et narrateur de ce troublant premier roman en sait déjà long sur elle. Le village entier se perd en conjectures sur cette famille pas comme les autres, revenue depuis peu en Irlande et installée dans le pavillon-témoin du lotissement en construction. 
Mais personne ne les connaît vraiment. Les bribes de confidences livrées par la petite fille, dans son anglais aux intonations bizarres, n’en révéleront pas beaucoup plus sur l’atmosphère inquiétante de la maison : les portes y claquent sans raison, l’électricité est subitement coupée, des objets se volatilisent, avant les habitants eux-mêmes… Tout cela sous une chaleur caniculaire, où le temps s’étire en d’insolites séances de bronzage, où des mots apparaissent, écrits sur la poussière des fenêtres, et où l’irrespirable air nocturne est empli de bruits étranges (…). »

Et puis, grosse surprise : j’ai lu plusieurs romans jeunesse de John Boyne et voici, je crois son premier roman en littérature blanche : Les fureurs invisibles du coeur  (traduit par Sophie Aslanides) paraît le 22 août aux éditions JC Lattès  :

CVT_Les-Fureurs-Invisibles-du-Coeur_1277

Présentation éditeur : « Cyril Avery n’est pas un vrai Avery et il ne le sera jamais – ou du moins, c’est ce que lui répètent ses parents adoptifs. Mais s’il n’est pas un vrai Avery, qui est-il ?
Né d’une fille-mère bannie de la communauté rurale irlandaise où elle a grandi, devenu fils adoptif d’un couple dublinois aisé et excentrique par l’entremise d’une nonne rédemptoriste bossue, Cyril dérive dans la vie, avec pour seul et précaire ancrage son indéfectible amitié pour le jeune Julian Woodbead, un garçon infiniment plus fascinant et dangereux.
Balloté par le destin et les coïncidences, Cyril passera toute sa vie à chercher qui il est et d’où il vient – et pendant près de trois quarts de siècle, il va se débattre dans la quête de son identité, de sa famille, de son pays et bien plus encore.
Dans cette œuvre sublime, John Boyne fait revivre l’histoire de l’Irlande des années 1940 à nos jours à travers les yeux de son héros. Les Fureurs invisibles du cœur est un roman qui nous fait rire et pleurer, et nous rappelle le pouvoir de rédemption de l’âme humaine. »

Trouvaille intéressante du mois d’août : Jo Spain, dont le premier polar traduit sera disponible en septembre ! J’ai hâte de lire cette nouvelle auteure irlandaise, qui sera d’ailleurs présente au premier festival du polar irlandais au Centre culturel Irlandais, à Paris. Youpi ! Pour plus d’infos, c’est ici.
Le visuel de l’édition française n’est pas encore disponible, donc je vous mets la VO :
51AEuigL01L._UY250_

Voilà de quoi contenter lecteurs et lectrices affamés de bons plans littéraires irlandais ! J’espère en voir au moins un dans ma PAL pour le Grand Prix ELLE ou avoir la joie d’en découvrir un autre par ce biais (fingers crossed !)

Et pour terminer un petit bilan perso de toutes mes lectures de nouveautés irlandaises depuis la précédente rentrée littéraire de l’automne 2017 dont vous trouverez les chroniques, évidemment :

Hérésies glorieuses, de Lisa McInerney ;
Des jours sans fin,  de mon chouchou Sebastian Barry ;
Killarney Blues, de Colin O’Sullivan ;
Dans la nuit fauve, de Sara Baume ;
Les étoiles silencieuses, de Laura McVeigh ;
Une fille facile, de Louise O’Neill
(J’ajoute la BD adapté de Mon traître, de Sorj Chalandon)
J’ai lu aussi , avec quelques mois de retard Au scalpel, de Sam Millar paru en avril 2017, soit juste avant la précédente rentrée littéraire d’automne.

Et ce ne fut que de l’excellente pioche ! J’ai donc hâte de replonger dans d’autres découvertes littéraires irlandaises, sachant qu’avec le Grand Prix, ça ne va pas être facile non plus et que mon challenge PAL Irlandaise est un flop absolu, puisque j’ai à peine commencé le recueil de nouvelles Les amants de Liam O’Flaherty qui est pourtant excellent.  Il faudrait me greffer deux yeux en plus, un cerveau et me rallonger les journées ! Mais j’ai bon espoir !

En ce moment je suis littérairement en Islande et je vous en reparle bientôt…

 

Publié dans Littérature irlandaise, Rentrée littéraire | Tagué , , , | Laisser un commentaire