César Capéran ou la Tradition – Louis Codet

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Voici un livre qui a 100 ans en 2018. C’est le dernier de l’auteur, Louis Codet, fauché par la Grande Guerre le 27 décembre 1914, à 38 ans. Une publication posthume chez Gallimard où il a paru en 1918. Je n’avais jamais entendu parler du bonhomme et j’aime bien les rééditions des livres oubliés !

Un court roman (ou une longue nouvelle) de moins de 100 pages, agrémenté d’illustrations. L’histoire d’un jeune Gascon, César Capéran,  monté à Paris. Pour y faire quoi ? C’est bien la question qu’on se pose car le bonhomme est plutôt du genre contemplatif. « Moi, je ne discute jamais, mon ami. Je suis simplement un homme qui pense. » Un personnage romantique et nostalgique, préférant vivre dans le passé que dans le présent.  A Paris, il se fait un unique ami,  qui lui rendra visite dans le sud, il y retourne entre deux pauses parisiennes. A l’époque, c’est comme visiter un pays étranger et c’est succulent !

J’ai aimé me promener dans ce Paris d’autrefois et en Occitanie, loin du fracas de la guerre qui allait peut-être emporter ces personnages ensuite, on ne peut s’empêcher d’y songer… Il y a de la douceur de vivre.

« La Seine, un peu à notre gauche, telle qu’une longue écharpe de soie de Chine, se déroulait sous les agrafes de ses ponts ; les pégases d’or étincelaient aux angles du Pont Alexandre-III ; les serres du Cours-la-Reine faisaient briller leurs grandes jupes de verre, près des sombres Champs-Elysées. »

Il y a de l’élégance, de la poésie, de l’humour et un charme désuet dans la plume de Louis Codet.   C’est une chouette idée de l’avoir réédité. Un bel hommage à la mémoire de l’auteur. Un témoignage du temps. Je ne peux que vous conseiller d’y jeter un oeil ! Vous le trouverez dans la collection de poche « La Petite Vermillon ».

Merci aux éditions de la Table Ronde.

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Le blog a 9 ans !

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Le blog a 9 ans !

Encore une année passée tellement vite !
Une année très positive avec beaucoup de belles découvertes
et de rencontres littéraires qui font briller les yeux.

Je vous en dirai plus dans mon billet de fin d’année, mais je peux déjà dire que les blogs littéraires ne sont pas démodés, bien au contraire ! ♥

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Sirènes – Joseph Knox


« Tu as surgi de nulle part un beau jour, avec un coquard. Je ne sais rien de toi. »

Traduit par Jean Esch

A Manchester, Aidain Waits, jeune inspecteur accroc aux amphétamines, à l’alcool et excès en tous genres, vit dangereusement sur le fil du rasoir, jusqu’au jour où il subtilise de la cocaïne et la remplace par un paquet de talc. Pas de chance, c’est la fois de trop ! Pour se racheter, ses supérieurs hiérarchiques lui demandent d’infiltrer la Franchise, le plus gros réseau criminel du trafic de drogues de Manchester. A sa tête, le caïd Zain Carver, qui n’a rien à envier aux mafiosi italiens. La deuxième mission de Waits sera de ramener Isabelle, fille d’un politique important. Waits tombe amoureux de Catherine, l’une des « sirènes » de Carver, à savoir les filles qui n’ont pas d’autres missions que de collecter l’argent de la drogue dans les clubs et les bars. « Tu as surgi de nulle part un beau jour, avec un coquard. Je ne sais rien de toi. » C’est quelque chose qui n’était pas prévu. Un mystérieux texto et un autre événement non prévisible vont faire dérailler la mission de Waits, accumuler les morts, et l’embarquer dans les méandres les plus sombres de l’underground malsain.

Joseph Knox plante le décor à Manchester, l’une des villes les plus défavorisées d’Angleterre, dont il restitue à merveille l’ambiance angoissante de la vie underground illicite. Drogues frelatées, hématomes, alcools, prostituées, bars louches, seringues, morts par overdose, humidité qui vous transperce, dealers taillés au scalpel, mais aussi femmes tout en mystères, rien ne manque pour vous servir un roman noir expresso, tendance café glacé.

Rubik’s, Sycamore Way, le Burnside, on enboîte le pas à Aidan Waits à travers la ville dont il fait quasiment un personnage aussi noir que Carver, le boss de la drogue.

Le personnage de Joseph Knox a tout de l’anti-héros. Un personnage cabossé qu’on a déjà croisé chez d’autres auteurs de polars. Je pense en particulier aux romans noirs de l’auteur nord-irlandais Sam Millar, dont le détective Karl Kane pourrait être un lointain cousin plus mature.

Si j’ai aimé l’ambiance, je me suis souvent perdue en route, à force de croiser tant de personnages furtivement, de rentrer et sortir des bars et des clubs. J’ai fini par perdre l’intrigue de ce roman du bitume, âpre comme le whisky, dont on ressort avec la gueule de bois. L’appel des sirènes n’a pas tout à fait fonctionné !

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La seule histoire – Julian Barnes

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Traduit par Jean-Pierre Aoustin

Le narrateur part du postulat qu’« un premier amour détermine une vie pour toujours (…). », que « la plupart d’entre nous n’ont qu’une histoire à raconter » et qui en vaille la peine.   Il propose de raconter la sienne. Une narration qui commence par un « je » pour se terminer par un « il », comme pour mettre de la distance avec cette histoire.

Paul Casey raconte sa seule histoire qui a débuté il y a plus de cinquante ans, dans la banlieue sud de Londres, que l’on surnommait alors « le Village ». Jeune homme de dix-neuf ans, il sympathise pendant les cours de tennis où l’a inscrit sa mère avec une « Caroline » qui se prénomme Susan. Une femme mariée de quarante-huit ans, deux enfants. Il prend rapidement l’habitude de la ramener chez elle en voiture. Ils deviennent amants. Ils décident de fuir ensemble. Paul Casey vivra aux crochets de Susan en attendant de devenir avocat. Il aime par dessus tout lui tapoter ses « dents de lapin » ! (sic!) Un jour Susan décide de faire un tour chez elle afin de voir si tout est en ordre, car elle est propriétaire pour moitié de la maison. Elle est surprise par son mari qu’elle pensait absent. La saisissant par les cheveux, il l’envoie valser dans une porte : c’en est la fin des dents de lapin ! Susan portera un appareil dentaire, entrera dans une profonde dépression pour une raison obscure, accrochera ses jours aux bouteilles d’alcool. Nous suivons la dégringolade de cette femme et de la vie de dingue qu’elle fait mener à son jeune amant. Celui-ci devra se résoudre à l’évidence.

Une histoire d’amour ? Eh bien je ne m’attendais pas à ce qu’elle prenne cette forme, à savoir un long soliloque introspectif. Je m’attendais à quelque chose de tout de même plus réjouissant ! C’est affreusement triste, mais pas comme les grands romans d’amour de la littérature classique. Ici c’est plutôt le vide qui sidère, à cause de cette narration contemplative qui finit tout simplement par faire oublier…. qu’il s’agit d’une histoire d’amour !

Vous l’aurez compris : je me suis beaucoup ennuyée. Ces deux tourtereaux là, on a furieusement envie de les chatouiller parce qu’ils déprimeraient un régiment d’éléphants ! Oui, je ne fais pas trop dans la dentelle mais pour ma deuxième lecture de l’auteur (la première,  Outre-Manche, m’avait déjà fait sombrer !) c’est encore un échec. Je me suis pourtant lancée sans a priori.
Par ailleurs, je ne suis par ailleurs, pas d’accord avec son postulat : il y a tellement de choses qui déterminent une vie pour toujours, que cela me paraît réducteur. En outre, une vie est-elle déterminée pour toujours ? Ce n’est pas non plus ma conception des choses ! Mister Barnes, on n’est pas les meilleurs copains du monde et j’en suis désolée, parce que j’aime beaucoup la littérature anglaise !

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Rituels – Ellison Cooper

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Traduit par Cindy Colin Kapen

Deux agents de police se rendent dans une maison délabrée qui détonne dans ce quartier sud-est de Washington DC : de mauvaises odeurs ont été signalées. La même maison d’où un drôle d’appel au secours d’une jeune femme avait été reçu par le centre d’appel quelques jours auparavant, depuis une ligne de téléphone non attribuée. La porte de la maison est ouverte et ça fait boum ! Pendant ce temps, l’agent spécial du FBI, tout juste nommée agent spéciale en chef, Sayer Altair, neuroscientifique spécialiste des tueurs en série, s’apprête à sonder le cerveau de Dugald Tarlington, via l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle. Elle est persuadée que les cerveaux des tueurs en série ont une « anatomie » bien spécifique. Avertie de ce qui s’est passé dans la maison abandonnée, elle est diligentée sur le terrain avec une équipe. L’ouverture d’une trappe découverte dans la maison et ça fait boum ! Au risque de sa vie, Sayer parvient à sauver une captive. Rapidement, elle est sur la piste d’un tueur en série qui a pour rituel d’enfermer des femmes très jeunes dans une cage, avec un animal tout en leur faisant inhaler des drogues hallucinogènes leur ouvrant une porte de ténèbres. Les pistes la mènent au refuge Le Sanctuaire, un établissement qui accueille des orphelins d’origine étrangère : on lui signale la disparition d’une gamine. En charge de l’enquête, Sayer devra confronter ses théories neuroscientifiques sur les tueurs en série avec la réalité des faits qui se font jour au fur et à mesure. C’est d’autant plus important que la fille du sénateur Van Hurst a été tuée dans cette affaire.

Pression à son comble, arrestation d’un coupable parfait, mais qui ne semble là que pour faire rebondir le récit et tenir le lecteur en haleine : celui-ci va de surprise en surprise, jusqu’à la révélation finale.

Ellison Cooper a su construire un personnage principal attachant. Sayer est une femme dont le passé est entouré de cadavres. Noire, orpheline, élevée par sa grand-mère qui a tout de Calamity Jane, elle a perdu son compagnon tué dans l’exercice de ses fonctions. Fragilisée, elle a dédié sa vie au FBI où elle compte sur le travail d’équipe de spécialistes pour mener la chasse aux psychopathes, quitte à mettre de côté son aversion pour un collègue prétentieux qui l’attend au virage.

Profileur, spécialiste de la scène de crime, médecin légiste sont à ses côtés pour résoudre l’énigme, quitte à remettre peut-être en cause sa théorie de spécialiste en neurosciences.

Ce livre remplit sa mission de thriller : c’est bel et bien un page turner. Ellison Cooper tient en haleine le lecteur par une série de rebondissements, mais malheureusement au détriment de la profondeur du récit.

Cette historie a l’avantage de porter à la connaissance du lecteur l’existence d’une anomalie génétique rarissime bien réelle, même si on doute que la personne atteinte puisse y survivre jusqu’à l’âge adulte. Le dénouement a quelque chose d’abracadabrant qui détruit la vraisemblance de l’histoire et laisse le lecteur entre rire et perplexité.

Ce livre ne renouvelle pas le genre du thriller américain, il est juste distrayant mais sera vite oublié. C’est le premier opus des aventures de Sayer Altair, mais je ne suis pas certaine d’être au rendez-vous second tome. Un livre qui m’a fait sortir de ma zone de confort car je ne suis plus une grande lectrice de thriller, je préfère les romans noirs ! De la joie d’être jurée littéraire ! 🙂 

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Les heures rouges – Leni Zumas

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Traduit par Anne Rabinovitch

L’histoire de quatre femmes qui vivent dans le même village de Newville, près de Salem dans l’Oregon. Le 15 janvier, la loi UPUM qui stipule que « chaque enfant a besoin d’un père et d’une mère » doit être votée. Nous sommes le soir d’Halloween. Roberta est professeure et à ses heures perdues, rédige une biographie qui lui tient à cœur, celle de l’exploratrice polaire Eivør Mínervudottír. En attendant, célibataire en mal d’enfant, elle tente de trouver un remède à sa stérilité. Nous la rencontrons la première fois, les pieds dans l’étrier du gynécologue en train de lui examiner l’intimité avant de lui prescrire un traitement ! Pendant ce temps, Mattie, presque 16 ans, décide, par curiosité, de se laisser déshabiller par Ephraïm. Susan s’occupe de son mari qui enseigne dans le même établissement que Ro et de ses deux enfants infernaux. Dans sa maison en retrait du village, dans les bois, Gin Percival prend soin de ses remèdes à base de plantes. Elle vit en paria, les gens du village la considère comme dérangée, mais les femmes désespérées viennent souvent la consulter en secret. Souvent, elle part observer la fille à la sortie du lycée, en cachette, elle aussi ! Un jour des cachalots s’échouent sur la plage. L’un d’eux explose, comme pour se venger des hommes…

Dans ce roman polyphonique, Leni Zumas peint le portrait croisé de ce choeur de femmes qu’elle désigne par le nom qui les détermine aux yeux des autres dans la société – la biographe, la fille, l’épouse, la guérisseuse. Différentes les unes des autres, tant par leur âge que par leur statut, la loi sur l’identité risque de bouleverser leur vie, d’une manière ou d’une autre. Chacune d’entre elle va devoir s’engager pour rester maîtresse de sa vie, de son choix de vie. Elles vont faire fi des tabous et des préjugés et puiser au fond d’elle-même les ressources nécessaires pour s’affranchir des conditions qu’une société étriquée voudrait leur assigner, déchirer leurs chaînes pour devenir ou rester des femmes libres.

Une histoire pleine d’humour et d’ironie sur un sujet très sérieux, à savoir le droit des femmes à disposer d’elles-mêmes. Leni Zumas ne s’encombre pas de tabous, bien au contraire. Les esprits chagrins pourraient bien être choqués par sa plume libre mais j’ai adoré ce roman aux personnages attachants, parfois hauts en couleur, avec un gros faible pour Gin, la guérisseuse écolo au cœur d’or, dont le caractère un peu bourru cache un passé meurtri.

Un roman féministe porteur d’espoir, à la fois distrayant et sérieux, des personnages fouillés créés par une plume originale. La recette d’un roman intelligent dont on se rappellera sans doute longtemps après l’avoir refermé. Je ne peux que vous en conseiller la lecture et j’ai été ravie de le découvrir en qualité de jurée littéraire.

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Le temps de la sorcière – Árni Þórarinsson

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Traduit par Eric Boury

A la fin de l’été, j’ai ressorti de ma bibliothèque la deuxième aventure du journaliste Einar qui y dormait depuis plusieurs années . Ce livre a été publié en Islande en 2005 et a paru en France en 2008. J’ai découvert les aventures d’Einar, avec Le septième fils  et Le dresseur d’insectes. Une série que je lis donc dans le désordre : cela n’empêche pas de comprendre les intrigues de chaque livre. J’ai lu aussi Le crime – Histoire d’amour (qui ne fait pas partie de cette série) mais j’étais passée à côté.

Einar, correspondant au Journal du soir, est envoyé s’aérer les neurones dans le nord de l’Islande. Il s’ennuie ferme d’autant qu’il ne picole plus. La disparition d’un ado lui fait reprendre le chemin de l’enquête journalistique. C’est toujours mieux que de s’occuper d’une perruche ! On retrouve le cadavre d’un gamin dans l’enceinte de récupération et de traitement de métaux de Krossanes, près d’Akureyri. Skarphedinn, 19 ans, fréquentait le lycée de la capitale du nord . Le trafic de drogue est en plein développement, via la filière danoise, entre autres. Einar part faire ses interrogatoires, notamment au lycée où il apprend que le jeune homme était membre du club de théâtre de son établissement et avait plusieurs cercles d’amis distincts et très différents les uns des autres. Ce qui élargi le spectre des motifs du décès. Un soir de fête, Skarphedinn a brandi le Heaume de terreur. (Mais bien peu savait ce qu’il entendait par là…). Il s’est arraché un poil pubien, puis un cil et l’a mis dans un récipient avec le poil et les a fait brûler. « Ensuite il a mis la cendre dans le creux de sa main, puis est allé dans le salon le verser dans le verre d’une fille ». Vous voyez le genre ? 🙂

Vous avez votre filtre d’amour à la sauce islandaise. C’est du moins une des possibilités. Mais Árni Þórarinsson explore le sens de cette expression. Vous allez rencontrer un professeur qui va vous expliquer que « le Heaume de terreur n’est pas nécessairement un symbole magique. Il peut simplement renvoyer, comme son nom l’indique, à un heaume, un casque ou un masque qui suscite un sentiment de peur, voire de terreur chez autrui. (…) Mais on peut généralement affirmer que le Heaume de terreur est formé par quatre traits qui se croisent en leur milieu et se terminent à chacune de leurs extrêmités par trois petites branches, de façon à ce que trois d’entre elles soient orientées vers le haut, trois vers le bas, trois vers la droite et trois vers la gauche. » Ne vous en croyez pas si bien sorti, car « brandir le Heaume de terreur au-dessus des autres » « a été conservée par la langue islandaise au fil des siècles » et « signifie tout simplement que celui qui la prend à son compte se considère comme au-dessus des autres ».
Je ne vais pas tout vous dévoiler, mais c’était très intriguant de découvrir un pendant du folklore islandais assez inattendu. On a même droit à une citation à un manuel de magie du 17e siècle. Les sorts islandais sont légions, sachez-le ! 🙂 Je ne parle même pas de Loftur le sorcier !

Quant à l’intrigue, je vous laisse la découvrir, mais elle est un prétexte à scruter la société islandaise – comme le fait Arnaldur Inðridason -, ici avec beaucoup d’humour. Hypocondrie, surmédicalisation, trouble de la personnalité. « Existe-t-il un seul individu normal aujourd’hui ? » s’interroge Einar « Par exemple, j’ai lu un article dans une revue médicale britannique, traitant d’un trouble de la personnalité qui définirait parfaitement notre société. Ce trouble, appelé Narcissic Personality Discorder (…) se manifeste par une adoration immodérée de soi-même qui débouche sur une absence totale de sens moral et de conscience ».
Ce livre date de 2005, bien avant l’apparition des smartphone à selfies…

Bref, je me suis beaucoup amusée en lisant cet opus des aventures d’Einar.
Je me suis procurée L’ange du matin et L’ombre des chats en me promettant revenir un peu plus souvent goûter les romans d’Árni Þórarinsson.  Treize Jours vient de sortir, ça tombe bien aussi !

A moins que vous viviez sur Mars, je pense que vous savez aussi que Fils de la poussière, d’Arnaldur Inðridason vient de sortir. Je ne l’ai volontairement pas encore acheté pour ne pas laisser en plan mes lectures pour le Grand Prix des Lectrices Elle, mais il fait partie de mes incontournables.

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Septembre et octobre : la littérature en 3D

Je m’étais dit que je ferais un résumé de Festival America, comme tous les deux ans. Et puis, je ne sais pas ce qui s’est passé, mais j’ai enchaîné les rencontres littéraires. Donc je fais une chronique fleuve ! 🙂

Le 12 septembre, par une chaude soirée limite caniculaire, je suis allée à la Maison de la Poésie voir pour la première fois, l’un des plus grands écrivains islandais contemporains, à mon sens : Jón Kalman Stefánsson. Il est venu en compagnie de son traducteur, qui servait aussi d’interprète, Eric Boury, interviewé par la journaliste Nathalie Crohm.
J’ai découvert un écrivain plein d’humour et de malice. Il a parlé d’Asta, son dernier roman traduit en français (dont je vous reparlerai car il est depuis quelques jours en lice pour le Grand Prix des Lectrices Elle, et c’est parfait car j’avais de tout façon l’intention de le lire), mais aussi de sa conception de la littérature et du réalisme. 41679981_2287496844625830_6003911822183235584_o« On a appris à l’école que le réalisme est le reflet de la vie telle qu’elle est, mais c’est tout le contraire. Ecrire chronologiquement ce n’est pas la vie. Seules les machines écrivent ainsi. » Il écrit comme on ferait une symphonie et passe beaucoup de temps à la réécriture. Pour Asta, il s’y est repris à trois fois au bout de 100 pages car ça ne fonctionnait pas. Il en sait plus sur les personnages qu’il veut bien nous en dire car ils viennent de lui. « L’écrivain est comme un dieu raté n’a pas la main sur ses personnages. » Il se dit qu’ils vont sûrement lui régler son compte quand il sera de « l’autre côté » (pas de la cloison, mais dans l’au-delà). ! 🙂 Il voit bien Donald Trump réincarné en hérisson, d’ailleurs, quand il sera de l »‘autre côté ». Voilà un très bref résumé, car il a parlé une heure. Une très chouette soirée dans une salle pleine à craquer. Désolée pour ma photo de très mauvaise qualité, je n’avais pas ma « boîte à coucou » avec moi. 🙂

Le 19 septembre, c’est au Centre culturel irlandais que je suis allée voir John Banville nous parler de comment ça fait quand on41962034_2300013933374121_3749319858848792576_o est deux dans sa tête, avec Benjamin Black (je plaisante). J’ai lu tous les romans noirs de Benjamin Black et j’adore l’humour du bonhomme, capable de dire de choses très drôles avec le plus grand sérieux du monde. Il était interviewé par Cliona Ní’Riordain, professeur à l’université de la Sorbonne Nouvelle. Cette rencontre a eu lieu dans le cadre du Festival Noire Emeraude, organisé par le Centre. Rater John Banville, sommité de la littérature irlandaise contemporaine, aurait été une énormité, pour moi ! En tout cas, contente de retrouver les petites chaises rouges du CCI… J’espère bien voir Conor O’Callaghan invité un de ces jours.

Quelques jours plus tard, je suis allée pour la troisième fois au Festival America qui se déroule tous les deux ans à Vincennes. Il y a deux ans, ma visite avait été marquée par la présence de Colum McCann. Cette fois-ci, c’est Richard Russo et Andrée A. Michaud ! Je m’étais mijoté un programme et je l’ai entièrement suivi pour l’unique journée où je pouvais être présente, le samedi 22 septembre. J’arrive à temps pour rencontrer Andrée A. Michaud, en dédicace pendant une heure ce jour-là. Son roman, Rivière tremblante, nous avait été envoyé la veille par ELLE (car il est en lice pour le Grand Prix des Lectrices aussi, catégorie « roman policier« ) et j’en avais lu quelques pages, déjà assez convaincue.  Ma toute première lecture québécoise. Quelques mots échangés et une dédicace en poche, je suis partie tranquillement à la recherche du prochain lieu de conférence de mon programme littéraire, où il y avait Richard Russo sur le thème « Le roman, miroir de la société », en compagnie de Yannick Lahens et d’un auteur québécois (dont je ne me souviens pas du nom, j’ai honte!). J’étais en pleine lecture de son recueil de nouvelles de Richard Russo, Trajectoire.

Me voici donc en train d’écouter le trio d’auteur nous parler de leur conception de la littérature et entre Haïti, les Etats-Unis et le Québec, on a bien voyagé ! Un vrai plaisir d’écouter tant Yannick Lahens que j’ai découverte lors de ma précédente participation au Grand Prix des Lectrices Elle et Richard Russo récemment.

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Je n’ai pas pris beaucoup de photos, je me suis plutôt concentrée sur mes notes.  Pour Yannick Lahens, le roman est là pour montrer les rouages d’un système. Elle explique aussi parfois les paradoxes, où dans un de  ses romans polyphoniques, le personnage qui a été le plus sympathique aux lecteurs est celui d’un tueur à gages. Le rythme de son écriture est celui de Haïti, de Port-au-Prince. L’art est quelque chose de très important pour les jeunes de Port-au-Prince, pour se sauver des déroutes, explique-t-elle.  Souvent les gens ne voient que la violence comme réponse à Haïti, mais c’est parce que la société haïtienne est violente : il n’y a pas d’hôpital pour envoyer un enfant malade, par exemple. Les Haïtiens sont finalement extrêmement patients.
Richard Russo explique aussi que ses romans sont plutôt tournés vers ceux qu’on oublie. Il explique également que la réalité n’est pas comme un arbre dont on voit le reflet dans un miroir. Au contraire, si l’on prend une photo, on prend de la distance avec la réalité. Il explique être étonné d’être considéré comme un écrivain réaliste. Il a besoin de distance avec la réalité, raison pour laquelle il ne peut pas habiter dans une ville pour la décrire.
Ce qui motive par ailleurs ses romans, c’est l’amour d’un lieu. Raison pour laquelle ils se passent souvent au même endroit.
Yannick Lahens explique qu’à Haïti, la question de la justice est centrale. Port-au-Prince est une ville de contrastes. Donc il y a beaucoup de personnages, comme il y a beaucoup de corruption. Les artistes haïtiens ont créé un hashtag qui a fait bouger les choses. Dans ses romans, elle essaie de montrer le chaudron des conflits humains.
Pour Richard Russo, l’un des raisons pour lesquels il continue à parler de la même ville, c’est pour les liens qui se développent entre les personnages, car ils font tous partie de la même famille élargie. Au début, il avait du mal à mettre de l’humour dans ses livres car il craignait de ne pas être pris au sérieux. Puis il s’est aperçu  qu’au contraire, qu’il fallait faire rire ses lecteurs.
Yannick Lahens aimerait avoir de la distance par rapport à ses personnages, mais en Haïti ce n’est pas possible pour un écrivain.
Richard Russo raconte que lorsqu’il est en train d’écrire, il devient quelqu’un d’autre. Il aime que la personne que son entourage appelle familièrement « Rick » disparaisse pour que l’écrivain Richard Russo prenne le dessus. Il endosse son rôle d’écrivain pour ses personnages, mais cette personne doit aussi rester invisible.
Les notes que j’ai prises sur l’écrivain québécois présent sont trop parcellaires pour en tirer quelque chose, mais il a parlé du Printemps d’érable de 2012.
J’ai filé de nouveau sous au salon du livre pour me faire dédicacer Trajectoire, où il y avait déjà une bonne file d’attente.

La suite du programme a été d’assister à une rencontre « café des libraires », sur le thème « Chez les humbles » pour voir Michael Farris Smith, dont j’ai lu l’an dernier Nulle part sur la terre. J’ai eu plaisir à discuter avec d’autres lectrices.

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Pour M. F. Smith, son univers littéraire se situe très loin des traders, mais du côté de oubliés, des gens désespérés qui commettent des actes désespérés. Ses personnages parlent peu car ils sont assommés par la vie.

Le Québec faisant partie des invités à l’honneur cette année, je suis allée écouter « Etre écrivain au Québec », avec la présence d’Andrée A. Michaud, mais aussi de Guillaume Morissette, qui a la particularité d’avoir fait le choix d’écrire en anglais et de se faire traduire ensuite (j’avoue que ça m’a laissée perplexe). Il y avait aussi Daniel Grenier et Nicolas Dickners.

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On apprend, entre autres, que les libraires indépendants au Québec font une partie de leur chiffre avec les collectivités.
Andrée A. Michaud explique qu’elle a fait le choix de parler des enfants disparus dans Rivière tremblante car c’est quelque chose qui l’a toujours troublée et que c’est la pire des choses qui puissent arriver à des parents que de ne pas savoir ce qu’est devenu leur enfant.
Guillaume Morissette voudrait que les écrivains québécois s’ouvrent un peu plus sur le reste du Canada et ne pas se focaliser sur le Québec.
Compte rendu très spartiate car je commençais à fatiguer ! En tout cas je suis ressortie en voulant lire L’année la plus longue  de Daniel Grenier qui parle de faille spatio-temporelle. 51qgc7Tdo5L
Résumé éditeur : « Thomas Langlois, né comme son aïeul Aimé Bolduc un 29 février, ne fête son anniversaire qu’une fois tous les quatre ans. A la grande joie de son père, cette particularité fait de lui un « leaper », être original dont l’organisme vieillit quatre fois plus lentement que le commun dés mortels. A l’instar d’Aimé, Thomas traversera-t-il les âges et les époques aussi aisément que les paysages ? En suivant les vies de ces deux personnages d’exception, de Chattanooga à Montréal, L’année la plus longue traverse près de trois siècles de l’histoire de l’Amérique. » J’ai voulu l’acheter mais la foule était juste trop compacte à 15h pour oser arriver à approcher un étalage de libraire sans se faire marcher dessus.

En tout cas, beaucoup de bonne humeur et d’humour dans cette rencontre. J’ai beaucoup apprécié. Les quatre écrivains québécois présents ont su suscité la curiosité.

Ma dernière conférence a été source d’oxygène sylvestre, sur  la thématique « Promenons-nous dans les bois », avec Andrée A. Michaud, Jean Egland et Richard Powers. De la nécessité de vivre près des arbres, de les protéger est ce qui réunit ces écrivains. Une dimension écologique, une prise de conscience nécessaire. J’ai acheté Dans la forêt de Jean Egland, qui, je pense, va beaucoup me plaire !

 

Encore un bien chouette Festival America encore cette année, encore différent de tous les autres. Je suis repartie avec deux dédicaces.
Seul bémol : la marge que s’octroie la FNAC, mais aussi Carrefour sur le prix de vente des billets : 2€ ! Sandaleux. J’en ai discuté avec un organisateur pendant que je faisais la queue pour obtenir mon pass et c’est le truc qui fâche tous les ans. Une chose est sûre : mieux vaut acheter son pass carrément sur place car 1) c’est moins cher ; 2) avoir déjà un billet ne vous dispense pas de récupérer le pass, donc vous devrez faire la queue aux guichets d’achat des billets comme si vous n’aviez rien payé.

Le  6 octobre c’était « Islande, une passion française » à l’Opéra Bastille, dans le cadre du Monde Festival en compagnie d’Arni Thorarinsson, dEric Boury, d’Audur Ava Olafsdóttir et de Matthias Malzieux. Sympathique moment, une fois encore, mais photos interdites ! Je ne sais pas pourquoi, mais la rencontre était filmée, donc peut-être sera-t-elle diffusée.
Je ne connaissais rien de la maladie orpheline de Matthias Malzieux qui finalement l’a conduit en Islande une fois qu’il allait mieux, pour un challenge de faire un road trip là-bas sur un skate board à moteur (évidemment, ça ne s’est pas franchement passé comme il l’imaginait !). De son amour pour ce pays et de son rêve de pouvoir mettre un jour une aurore boréale dans un tube à essai.  L’envie du coup de lire Un vampire en pyjama qui a eu le prix Elle catégorie documentaire il y a quelques années.  Je le veux en version poche avec le « carnet de board » ! Un plaisir d’écouter Arni Thorarinsson parler de son pays, d’être content que les touristes y viennent et de ne pas être inquiet de la hausse du tourisme dans l’île, du statut de la poésie là-bas etc. Pour Audur Ava, l’Islande est comme un monastère à cause du silence qui y règne. Elle parle de son pays comme d’un corps à explorer dans ses romans. Une auteure parfaitement francophone qui a connu d’abord la notoriété en France puis, par ricochet, en Islande. Eric Boury, traducteur d’Arni Thorarinsson a évoqué ce qu’il l’a amené à vivre plusieurs années en Islande : convaincu que c’était le seul moyen d’arriver à parler vraiment cette langue où tout se décline, sauf les adverbes, après l’avoir étudiée à l’université de Caen. Bon, si j’ai bien compris, en gros le gaélique à côté, c’est facile… 🙂

Voici le clip « islandais » du périple à en skate board à moteur de Matthias Malzieux

Changement d’univers avec une rencontre pas comme les autres le 16 octobre dans les locaux de L’Ecole des Loisirs pour écouter Rana Ahmad, dont j’ai longuement parlé du livre sur le blog, Ici, les femmes ne rêvent pas. publié aux éditions du Globe et en lice pour le Grand Prix des Lectrices, catégorie « Documentaire« . 44222668_2350101548365359_6563241990052380672_oJ’avais lu le livre. Je voulais absolument y aller, je savais que l’auteure serait présente à Paris car on avait eu une info en qualité de jurée, mais sans plus d’informations sur les modalités, le lieu etc. Ben j’y suis allée, invitée par l’éditrice, que je remercie vivement pour son attention. Une salle pleine à craquer pour écouter cette jeune femme de 32 ans parler de sa vie en Arabie saoudite, de son évasion, de son apostasie, de son combat et de ses rêves. On en ressort tourneboulé, même si on a lu le livre avant. On espère que ce livre ira loin.

Etirer les journées car 24 heures commencent à être un peu limite pour tout cumuler. Ce n’est pas très nouveau, mais ça se confirme. 🙂 Maintenant, je retourne vers ma bonne pile de livres à lire pour ELLE, qui me fait jubiler comme si j’étais une enfant de 4 ans devant une montagne de friandises ! Mine de rien, il y a du boulot avec les 7 livres pour mon jury et les 3 pour la « relecture » des livres sélectionnés par le jury de novembre. 🙂

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La vraie vie – Adeline Dieudonné

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Pour une fois, je vous parle d’un roman dont tout le monde parle et qu’on voit partout, partout.

Adeline Dieudonné nous plonge dans une maison d’un lotissement moche, d’une famille aussi grise que le lotissement. Dans cette maison, une pièce est réservée aux trophées de chasse collectionnés par le père de famille, « La chambre des cadavres », comme l’appelle la jeune narratrice, dont on ne saura jamais le nom. L’explosion d’un siphon à crème (Chantilly) emporte mortellement le visage du marchand de glace, sous ses yeux et ceux de son petit frère. C’est la vie de la gamine et sa vision du monde qui basculent. Son objectif sera de trouver une solution pour remonter le temps, effacer cette tragédie pour que son petit frère redevienne l’enfant d’avant le drame.

Un conte noir et cruel. J’ai beaucoup apprécié la plume originale d’Adeline Dieudonné, qui intrigue vraiment le lecteur. On se laisse entraîner par son style percutant, parfois drôle mais surtout très noir et rouge sang. Au début j’ai apprécié les traits d’humour, cette gamine qui grandit et décrit son univers à la fois avec poésie et causticité. J’ai pensé d’abord à un roman sur la maltraitance conjugale, puis j’ai pensé qu’on partait sur un roman avec une part de science-fiction avec une histoire de machine à remonter le temps et ce professeur passionné de physique quantique. Puis on s’aperçoit qu’on laisse tout ça avec un goût de choses inachevées, de pistes lancées et abandonnées pour finir par un focus sur le père de famille : le monstre de l’histoire, la bête, l’ogre etc.

Si j’ai aimé la plume d’Adeline Dieudonné, sa manière d’inventer un univers à la fois loufoque et noir, j’ai trouvé que ce roman reposait trop sur une recherche de « sensationnel » et que les personnages étaient peu approfondis et n’évoluent pas, mis à part la narratrice, et son frère à la toute fin. Le père est l’archétype du monstre qui bat sa femme, a un boulot qui ne lui plaît pas, reste vautré devant la télé dès qu’il ne travaille pas, à côté de sa bouteille de whisky. La mère n’a aucune personnalité, sa propre fille lui attribue une parenté génétique avec l’amibe. Elle se laisse taper dessus, ne travaille pas, s’occupe des chèvres au fond de son jardin et cuisine des plats à son mari à la main leste. Tout la famille habite dans un lotissement moche et impersonnel. Ca fait beaucoup ! La vraie vie ?

La scène finale est complètement dingue et opère un retournement de situation dans l’exagération : [ATTENTION SPOILER, passez directement au dernier paragraphe si vous ne voulez pas connaître la fin !]le fils qui tue (et pas du premier coup) son père avec une arme de poing, pendant que celui-ci est en train d’égorger sa sœur. Le tout à grand renfort d’hémoglobine et de détails pour le moins sordides. Je ne suis pas un grande fan de détails « gore » et je pense qu’on peut décrire des scènes violentes avec davantage de subtilité, en faisant plutôt appel à l’imagination du lecteur.
« Mais il n’était pas mort. Gilles avait tiré dans son ventre. Son énorme masse s’est mise à se contorsionner comme un poisson sur le pont d’un bateau de pêche. Ses deux mains essayaient de retenir le sang qui s’échappaient. Il ressemblait à un animal. Plus que jamais, on était dans le grand ordre naturel, où chaque organisme lutte pour sa survie. Le corps de mon père se révoltait, refusait sa propre mort.
Gilles était trop adroit pour avoir raté un coup.Il savait exactement où il avait tiré. Il voulait une agonie à la hauteur de la vie de notre père. L’odeur du sang s’est répandue. Cette odeur tiède et nauséeuse. Les yeux de mon père roulaient dans leurs orbites, il ressemblait à ces masques d’Halloween au regard blanc. De ses lèvres coulaient un filet de bave sanguinolante. » La vraie vie ? Rien n’est moins sûr !

Cette scène finale a été l’apothéose qui m’empêche d’aimer totalement ce roman même si la qualité de l’écriture est remarquable. Une histoire qui manque de profondeur au détriment du sensationnel. De humour noir, peut-être, mais je me suis lassée au fur et à mesure de ma lecture où je voyais tout grossir de manière caricaturale. J’attendais peut-être trop de ce roman. Mon avis est dissonant au regard des éloges que l’on voit partout, mais je sais néanmoins que je ne suis pas la seule à être passée à côté de ce livre.

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Rien d’autre sur terre – Conor O’Callaghan

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Traduit par Mona de Pracontal

Un lotissement poussiéreux, en cours de construction mais déjà mort avant d’avoir eu le temps de naitre. Une chaleur harassante qui fond le bitume et brûle la peau. Nous sommes dans le Far West américain. Nous sommes quelque part en Irlande. 🙂 (Ca commence fort !)  Une porte dont « le bois trembl[e] sous les coups » par « un mois d’août le plus chaud de mémoire humaine ». « De l’autre côté de la porte sur le seuil au milieu de nulle part, se [tient] une histoire que tout le monde connaissait déjà. » Le premier personnage de cette histoire est « une gamine d’une douzaine d’années. (…), essoufflée, la peau sur les os », « le ventre, le sternum, et la naissance des côtes à l’air. (…). « Les dents jaunes, les ongles noirs et trop longs. Sa peau (…) brûlée par le soleil (…). « De vrais mots (…)griffonnés sur sa peau par douzaine, en bleu, effilochés sur les bords, brouillés par la sueur et quasiment illisibles (…) ». Cette gamine paniquée, vient signaler la disparition de son père, au narrateur qu’elle ne connaît pas, mais qui habite non loin dans ce lotissement déglingué, dans un « banal pavillon des années 1970 en bordure de la départementale ». Elle sait à peine comment elle s’appelle, « Helen (…). Ils disent ça ». La narrateur l’interroge sur la disparition : « Il est là, derrière toi et la fois d’après il avait disparu. » Cette gamine parle un anglais « lyophilisé », « comme si chacune de ses phrases sortait de l’emballage sous vide où elle était restée des années durant et s’avérait presque trop bien conservée. » Une bien étrange apparition !

« Etrange », est l’un des qualificatifs qui vous poursuit pendant toute votre lecture. Le narrateur appelle le poste de police local pour signaler ce qui arrive. On ne sait pas grand chose de plus sur le narrateur, si ce n’est que c’est un homme d’église. Des indices nous indiquent les préludes d’un nouveau drame.
Le chapitre suivant plonge dans l’histoire de cette famille irlandaise vivant dans cette « zone en friche ». Une famille partie à l’étranger, (« au-delà », comme ils disent), puis revenue, logeant dans un pavillon-témoin. Paul et Helen, leur fille sans prénom, et la soeur jumelle d’Helen, Martina, qui les suit partout comme une sangsue. Une famille mystère dont personne ne sait grand chose mais dont tous les journaux ont parlé ensuite. Flood, le géant barbu en chemise à carreaux, entrepreneur qui loge la famille ; Marcus, son neveu, « jeuneot » aux cheveux peroxydés chargé du gardiennage de nuit, dans une caravane en haut du lotissement ; Slaterry, l’ancien propriétaire du terrain. Tout est étrange dans ce lotissement où la famille est la seule résidente, dans ce pavillon-témoin, même si Flood annonce qu’une famille des Midlands doit venir y habiter bientôt, « simple question de jours ». La nuit, on entend des bruits sourds et répétitifs,  sans être capable d’identifier leur provenance, des portes qui bougent. Peut-être les Polonais qui habitent pas loin. Les Polonais que Paul prétend avoir vus. Mais seulement lui. Des objets se volatilisent. Helen disparaît et c’est l’engrenage jusqu’à ce que la gamine vienne secouer la porte du narrateur.

Le livre que nous lisons est l’histoire écrite par cet homme d’église à la demande de son frère, lui demandant d’écrire sur ce qu’il a vu, après l’accusation dont il a été victime. « Accrochez-vous à une histoire assez longtemps et l’histoire ne vous lâchera plus. Elle est devenue comme un jardin privé où je retourne dans ma tête et m’assieds seul. J’y apporte des modifications de temps en temps : je taille ici, plante ailleurs. J’ai tellement retouché que je ne peux plus discerner avec certitude entre les fleurs qui étaient là et celles que j’ai introduites. J’ai pris l’ossature de la gamine et j’y ai planté des couleurs, des textures, des faits accessoires dont elle n’avait sûrement pas pu me faire part devant ma cheminée. »

Conor O’Callaghan est poète. Il est né en Irlande du Nord en 19698. Rien d’autre sur terre est son premier roman paru en VO en 2016.
Une plume à la forte puissance suggestive, dont le magnétisme inquiétant vous emporte. Un roman d’ambiance à la lisière du gothique (à moins qu’il n’y soit totalement, d’ailleurs!). Une atmosphère de Far West à la poussière caniculaire aussi, où une famille habitant un lotissement fantôme nourrit tous les fantasmes. J’ai adoré ! Parfaite lecture pour Halloween si vous voulez découvrir de la vraie belle littérature irlandaise à cette occasion !

« Une poussière orange, venue du chantier, recouvrait absolument tout : les fenêtres, les meubles, les bouteilles et les boites de conserve, leurs emballages et même les assiettes sales dans l’évier, les chaises longues à l’arrière, les enveloppes dans le hall. »

Un auteur ensorcelant à suivre, c’est certain !

snoopy

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