Trajectoire – Richard Russo

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Traduit par Jean Esch

De Richard Russo, vous connaissez certainement A malin, malin et demi (Grand Prix de littérature américaine 2017), Les sortilèges du Cap Cod ou encore Le déclin de l’empire Whiting (Prix Pulitzer 2002), des romans qu’on ne présente plus !
Trajectoire, son dernier livre, est un recueil de quatre nouvelles (moi je dirai plutôt « novellas »  : la novella genre littéraire peu connu en France, est, pour résumer, un texte en prose trop court pour être un roman et trop long pour être considéré comme une nouvelle ; genre très populaire en Irlande, mais bon, Richard Russo est américain ! 🙂 ).

Dans « Cavalier », « Voix », « Intervention », « Milton et Marcus » Richard Russo brosse le portrait de gens en proie à leurs émotions,  au doute et à la contingence des choses. Ils se trouvent dans des situations où, submergés par leurs pensées, dépassés par leurs émotions, ils s’y embourbent, s’y entortillent quitte à prendre parfois la mauvaise trajectoire.

« Cavalier » et « Voix » nous immerge dans le milieu universitaire, qui n’est pas sans rappeler l’univers de David Lodge J mais avec un humour plus subtil.
Dans « Cavalier », Janet, professeure dont le fils est autiste (du moins, si ce n’est pas clairement exprimé, cela est fortement suggéré), doit faire face à un étudiant plagiaire la veille de Thanksgiving. L’occasion, malgré elle,  de se replonger dans sa vie d’étudiante qui devait rendre sa dissertation à son directeur de recherche, encaisser ce qu’il avait à lui dire.

Dans « Voix », Nate, professeur de littérature, est en voyage organisé à la Biennale de Venise, avec son frère. Deux frères ennemis qui ont du mal à communiquer, surtout quand les joies de la technologie moderne du smartphone s’en mêle : Nate s’emmêle vite les pinceaux ! Cela donne des situations cocasses à souhait, de quoi plonger Nate dans des pensées sans fin, comme cela avait été le cas avec l’une des étudiantes, incapable de communiquer, atteinte du syndrome d’Asperger.

La maladie est en effet un point commun de ces nouvelles.

Dans « Intervention », un agent immobilier peine à vendre depuis la crise. Il habite une maison au garage trop petit et à la porte qui coince. C’est un peu bête ! 🙂 Devant à tout prix arriver à vendre la maison d’une femme reine de l’entassement compulsif, il se remémore les disputes entre son père cancereux, et son oncle.

« Dans « Milton et Marcus », un romancier est plein de méfiance à l’égard de producteurs de cinéma, qui lui demandent de revoir son scénario. Mais vendre le scénario lui permettrait de payer l’assurance santé de sa femme, malade d’un cancer. Sauf que le chemin est pavé de gens peu scrupuleux…

Ma nouvelle préférée est « Voix », où j’ai adoré me promener avec ce personnage perdu, dans les culs-de-sac de Venise.

Richard Russo donne vie à des personnage touchants, dans un univers qui ne leur fait pas de cadeaux, même si eux-mêmes, se mettent aussi  des bâtons dans les roues. Pourtant l’auteur, s’il les dépeint parfois dans des situations cocasses, ne porte aucun jugement, ne cherche pas une « morale » à l’histoire de ses créatures de papier. Il s’efface derrière ses personnages pour mettre en scène avec tact et délicatesse, la fragilité humaine. C’est vraiment ce qui m’a touchée dans ces textes.

Mille mercis aux éditions de La Table Ronde.

NB : j’ai eu le grand plaisir de rencontrer Richard Russo en conférence au Festival America de Vincennes la semaine dernière, j’y reviens dans la prochaine chronique pour vous raconter un peu ce qu’il a dit. Et puis j’ai un exemplaire dédicacé, maintenant, nananère ! 😉

snoopy

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Tu t’appelais Maria Schneider – Vanessa Schneider

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Maria Schneider est très jeune et perdue quand elle se retrouve presque par hasard sous les projecteurs du cinéma. Enfant mal aimée par sa mère qui la fiche dehors à l’âge de 15 ans, elle a peu de contact avec son père, Daniel Gélin, acteur connu, homme marié qui n’a pu la reconnaître et ne vient pas la voir. Elle trouve refuge chez son oncle et sa tante (les parents de l’auteure) : son oncle, qui fréquente les milieux gauchistes les plus radicaux en étant étudiant, deviendra haut fonctionnaire au ministère des finances sans pour autant renoncer à ses idées pendant des années ; sa tante, après avoir été libraire chez Maspero et fréquentant la bande des Cahiers du Cinéma, finira par arrêter de travailler pour élever ses enfants. La famille de Vanessa Schneider part vivre en HLM dans le quartier de la « dalle » du 13e arrondissement de Paris. Maria vit dans l’ambiance bohème de ce couple avant d’aller sonner chez son père. Le coup de sonnette qui va faire basculer sa vie. Un père très fier de la beauté de Maria, il l’entraîne partout avec lui dans les nuits parisiennes où elle rencontre le monde du cinéma, Delon et les autres. Elle finit par être choisie par Bertolucci pour jouer dans Le dernier tango à Paris, dont d’autres ont refusé les rôles. Maria a 19 ans. Brando 50 ans. Elle hésite. Son agent a un argument irréfutable : « Un premier rôle face à Marlon Brando, ça ne se refuse pas. ». Une scène impensable se produit, sous l’impulsion de Bertolucci. La vie de Maria va sombrer.

Tout au long de ce livre, j’ai eu l’impression d’assister à un règlement de compte personnel de l’auteure à l’égard de Bertolucci mais aussi de la famille de Maria, en particulier celle de ses parents. Car l’auteure évoque beaucoup l’environnement familial , ses parents à elle aussi, de ceux de Maria, qui ne « tiennent pas la route ». Le point déclencheur du malheur de Maria a été tout d’abord un mauvais départ dans la vie. Ensuite elle a eu la malchance de tomber sur un metteur en scène peu scrupuleux, par l’intermédiaire de son père.

Il est aussi beaucoup question de l’ambiance libertaire de l’époque.

La fin du livre fait allusion au mouvement actuel « Me too », où les femmes victimes d’abus dénoncent leurs bourreaux en les clouant au pilori médiatique, via internet. On peut voir dans ce livre une mise au pilori de Bertolucci.

Si j’ai beaucoup apprécié la plume de Vanessa Schneider et la restitution de l’ambiance des années 70-80, j’avoue que j’ai trouvé ce livre un peu maladroit, sans doute parce qu’il est trop personnel. Je ne savais pas qui était Maria Schneider et je ne connaissais que le titre du film Dernier Tango à Paris, que je n’ai jamais vu. Il est certain que je n’ai pas du tout envie de le visionner après cette lecture !

L’auteur rend sans conteste un bel hommage à sa cousine mais j’aurais sans doute préféré quelque chose de plus approfondi sur la femme objet au cinéma. La vision des choses d’autres actrices. Le contexte familial personnel m’a un peu dérangée avec l’effet « grand déballage » et règlement de compte qu’il produit.

Vanessa Schneider est grand reporter au Monde.

Et maintenant j’attends avec impatience la sélection du jury d’octobre pour le Grand Prix des Lectrices Elle, à savoir :

– catégorie roman : La vraie vie, d’Adeline Dieudonné (qui vient d’obtenir le Prix Fnac).
– catégorie policier : Rivière tremblante d’Andrée Michaud (Québec !) qui sera présente au Festival America de Vincennes le week-end prochain, c’est très chouette !
– catégorie documentaire : Ici les femmes ne rêvent pas de Rana Ahmad

Quant à la sélection du jury de novembre, ça me stresse d’une force… 😉

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Un gentleman à Moscou – Amor Towles

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Traduit par Nathalie Cunnington

Le comte Alexandre Illitch Rostov dit « Sasha » est condamné par le tribunal bolchevique le 21 juin 1922 à vivre en résidence surveillée dans l’hôtel de luxe Metropol à Moscou, pour avoir écrit un poème pamphlétaire en 1913. Loin de s’en offusquer, le comte qui vit déjà dans une suite de l’hôtel, accepte sa condition. Il ne vivra plus dans une suite mais dans une mansarde. Une petite fille habillée en jaune, Nina, attire son attention. Ils vont devenir amis et elle va lui faire découvrir les lieux cachés de l’hôtel, dont elle a un passe. Les années passent. La petite fille a depuis longtemps quitté l’hôtel mais revient un jour pour demander à Sasha de garder sa petite fille, Sofia car elle doit aller à la recherche du père de la fillette, déportée au Goulag. Mais Sasha ne la reverra jamais et va se retrouver en père de substitution pour Sofia, qu’il va élever comme si elle était sa fille, en vase clos dans l’hôtel. Le comte ne se révolte toujours pas de son sort. L’histoire se déroule des années 20 aux années 50, le monde change, ses amis, à son instar, vieillissent mais ce comte semble indifférent à tout. Contre vents et marées, il est aimable, poli, drôle, philosophe. Rien ne semble le contrarier.

En revanche, la lectrice que je suis a été contrariée par ce roman ! On traverse trente ans d’histoire russe de très loin, avec un personnage complètement hors du temps, que rien n’atteint ou si peu. Pendant trente ans, on reste prisonnier avec lui dans cet hôtel et au bout de plus de 500 pages, on voudrait bien en sortir parce que l’on ne comprend pas l’intérêt de l’histoire écrite par l’Américain Amor Towles… Ce n’est pas vraiment une histoire, finalement, mais une suite de scènes qui changent sans cesse, avec foule de personnages qui rentrent et sortent comme bon leur semble jusqu’à nous agacer au plus haut point ! Amor Twoles veut peut-être imiter le foisonnement du roman russe, mais j’avoue qu’un bon vieux Tolstoï m’aurait davantage plu.

Le personnage est un peu trop sympathique pour être crédible, Nina parle à neuf ans comme un adulte, c’est tout à fait étrange pour une histoire qui n’a pas la forme d’un conte.

L’écriture est fort agréable, l’objet livre est absolument magnifique, la mise en pages et la typographie soignées, mais pour moi tout cela ne suffit pas à en faire un bon roman. Il manque de la profondeur tant dans le sujet, le traitement de l’Histoire, et les personnages. La fin n’a pas été vraiment une surprise et comme le reste, elle est un peu « abracadabrante », comme si l’auteur ne savait plus quoi faire de son personnage prisonnier d’un hôtel.

Je me suis fort ennuyée, malheureusement. Je n’ai pas ressenti le « vibrant hommage à l’âme et à la culture russes » annoncée sur la quatrième de couverture.

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La disparition d’Adèle Bedeau – Graeme Macrae Burnet

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Traduit par Julie Sibony

Nous sommes en Alsace, à Saint-Louis, une ville de 20 000 habitants. Tous les midis et tous les soirs, Manfred Baumann, 36 ans, prend ses repas au restaurant de la Cloche, avec tous les jours le même repas, les mêmes personnes comme entourage, les mêmes gestes, toujours. La seule « nouveauté » depuis cinq ou six mois, c’est la serveuse, Adèle. Une jeune femme à la jupe courte, la poitrine forte, au fessier imposant, au caractère maussade. Maussade, à l’image de cette ville terne. Manfred l’observe tous les jours depuis sa table, toujours la même. Manfred est célibataire, responsable de la banque de la ville, mais vit dans un deux-pièces tristoune. De temps en temps, il se rend Chez Simone, une sorte de maison close qui ne dit pas son nom, située hors de Saint-Louis. C’est bien pratique pour l’anonymat ! Un jour, Adèle ne se présente pas à son travail. Au bout de deux jours sans nouvelles, l’inspecteur Gorski est mis sur l’affaire de cette étrange disparition, dans cette ville où il ne s’est rien passé depuis des années. La précédente affaire remonte à plus de vingt ans. A cette époque, Gorski faisait ses débuts dans la police. L’étrange meurtre d’une jeune femme. Un SDF avait été inculpé du meurtre. Affaire close. C’est du moins ce qu’imagine tout le monde.

Après avoir minutieusement planté de le décor et les personnages, Graeme Macrae Burnet fouille le passé des personnages. Graeme Macrae Burnet ? Ah, j’oubliais ! : cet auteur écossais n’est que le traducteur du livre d’un certain Raymond Brunet qu’il nous présente en préface, dont le présent ouvrage aurait été un flop éditorial en 1982, avant d’être adopté par Chabrol en 1989. Il serait alors devenu un livre culte auprès des étudiants de l’époque. Raymond Brunet est mort : suicide. Macrae Burnet éclaircit tout de suite les choses pour ceux qui auraient l’imagination débordante, à propos du roman de Raymond Brunet : « Le restaurant de la Cloche et la ville de Saint-Louis sont exactement tels que décrits dans le livre (…) et certains personnages s’inspirent à l’évidence de personnes réelles. Les événements de l’intrigue, néanmoins, sont entièrement imaginées. (…) Dans la préface de son récit autobiographique Pedigree, Georges Simenon écrivait : « tout est vrai sans que rien ne soit exact ». Une formule qui convient parfaitement à La disparition d’Adèle Bedeau. »

Une préface qui a toute son importance. Georges Simenon, c’est bien l’ombre qui plane sur ce roman policier. C’est à lui que j’ai pensé quand j’ai rencontré les personnages, Des personnages qui ne sortent pas de l’ordinaire, des quidams que l’on peut croiser tous les jours. Des gens qui ne brillent pas au quotidien. Des gens qui s’ennuient.

Il y a une ambiance désuète mais c’est exactement ce qui fait le charme de ce roman policier. Un inspecteur médiocre, qui est entré dans la police en lisant des livres : « Il dépensait l’argent qu’il gagnait en romans policiers et en livres sur la criminologie et la psychologie. Il dévorait Simenon (…). » Rentrer dans la police était un moyen d’échapper à sa condition. De forcer le destin, comme on dit. La logique des choses aurait voulu qu’il reprenne la boutique de prêteur sur gages de ses parents. Le moyen de fuir Saint-Louis, bref de voir du pays, au moins jusqu’à Strasbourg ou Paris… Seulement, le réel est moins sûr que la fiction… Il s’était imaginé des choses…

L’imagination est comme une échappatoire pour les habitants de cette ville où il ne se passe rien et où tout le monde s’observe en chien de fusil. La moindre dérogation aux habitudes et tout le monde « se fait un film ». Manfred, en particulier, qui n’est pas en reste avec l’inspecteur qui l’oblige à se plonger dans le passé.  Le regard déjà suspicieux des autres à son encontre va se renforcer. C’est bien connu : les gens n’aime pas les solitaires. Sa propension à se raconter des histoires le mènent au bord de la paranoïa, à dérailler. La fin de l’histoire est tragique et d’une ironie mordante.

Je me suis régalée avec ce roman policier, écrit par un Ecossais. Graeme Macrae Burnet joue avec le lecteur, dès le début, par la mise en abyme induite par la préface. Elle scelle un pacte de lecture où, finalement, le mystère dépasse l’intrigue de l’histoire et nous touche dans notre réalité de lecteur. Cela m’a beaucoup amusée. Un hommage original à Simenon et Chabrol.

Une histoire qui vous tient en haleine, deux personnages qui ne sont pas aussi lisses qu’on l’imagine, mais humains, avec un jardin secret plutôt compliqué. L’auteur prend le temps de planter le décor, où chaque détail compte, avant de plonger le lecteur dans le passé et l’histoire personnelle de Manfred et Gorski. Jusqu’à la faille qui a fait basculer leur vie. La fin est un choc.

Graeme Macrae Burnet est un conteur d’histoires virtuose.

C’est un autre coup de coeur de la rentrée littéraire, d’un auteur dont on entendra sûrement encore parler et qui mérite d’être davantage connu. Un autre de ses romans sort en poche chez 10/18 en octobre, une histoire glaçante qui se passe dans les highlands d’Ecosse au XIXe siècle : L’accusé du Ross-Shire . Je vais me jeter dessus !

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Zombies zarbis : tome 1 « Panique au cimetière » – Marie Pavlenko et Carole Trébor

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Illustré par Marc Lizano

En ce 31 octobre, à Noirsant, petit village du nord de la France, tout est calme. Les habitants, âgés et fatigués sont partis se coucher, se fichant « comme de leur première culotte d’Halloween ». Tout est calme ? Vraiment ? Approchons-nous du vieux cimetière, au pied de l’église romane du village…  « Un observateur un peu attentif aurait remarqué la brume qui montait lentement du sol. Une brume compacte et humide. Ce même observateur aurait noté à quel point, dans la nuit noire, les maisons avaient l’air de se tasser les unes contre les autres, effrayées. »
Il suffit de jeter son oeil (sans oublier de le récupérer ensuite !) au-dessus du muret du vieux cimetière abandonné pour s’apercevoir que les pierres tombales se mettent à trembler. C’est l’heure du réveil pour Pavel, Marcel, Léocale, Hildegarde, Victorine, Ingonde, Clodomir, Gerbert et Gontran… Chacun y va à qui mieux mieux, de son os qui pendouille, de son reste de chair putréfiée, de son asticot de narine, de son oeil fugueur, d’entrailles visqueuses (miam !)…  L’agitation est à son comble ce soir : il y a des monstres à l’entrée du cimetière ! Des monstres prêts à faire table rase du passé : adieu vieille église et vieux cimetière, place à la promotion immobilière, au supermarché…

« Je viens d’avoir la confirmation que nous devons partir, poursuivit Victorine. Les villageois veulent construire un supermarché, c’est-à-dire un immense hangar où ils achètent. Nous sommes fichus.
– Ils achètent quoi ? demanda Hildegarde.
– Des choses. Je ne sais pas, moi, des clefs, des tapis, des casseroles. Des objets neufs.
Hildegarde ferma les yeux.
– Ici ?
– Oui. A moi aussi, l’idée paraît absurde, mais leur monde nous échappe. »

Léo, la petite zombie est très inquiète : sa mère est enterrée au cimetière et il est hors de question d’aller vivre ailleurs. Son oeil fugueur fugue encore plus que d’habitude ! « Les morts n’ont pas de glandes lacrymales, certes, mais Léo était une petite fille très sensible. Une larme se fraya un chemin entre ses cils et coula le long de sa joue. » Elle croise sur sa route Romain, un gamin du village parti fêter Halloween avec ses copains. Il lui trouve un chouette déguisement. Mais l’oeil baladeur de Léo fait des siennes. Le début de toute une histoire entre Romain et les petits zombies, qui retroussent leurs manches pour sauver leur cimetière, leur patrimoine !

Amateurs de chairs putréfiées, d’os moisis, de sourires édentés, vous allez être servis, rire et grimacer de dégoût ! Mais pour autant, le modèle de littérature « gore » sert de trame pour aborder, de manière habile, des histoires de lutte et de résistance ; la préservation du patrimoine contre la folie dévastatrice de la promotion immobilière ; le recyclage contre le tout-jetable ; la solidarité entre générations ; l’amitié, le travail des enfants, la lutte des femmes à travers l’Histoire.  Un sort jeté nous laisse plein d’interrogations et d’inquiétude sur la survie de ces fragiles zombies, bien sympathiques ! On n’a pas du tout envie qu’il leur arrive malheur !
Affaire à suivre dans le tome à paraître en novembre. J’attends donc le « ouagon » suivant avec une certaine impatience…

Une histoire qui donne le sourire, des rebondissements qui vous tiennent en haleine. On se demande où Marie Pavlenko et Carole Trébor vont chercher toutes ces idées loufoques pour nous surprendre ! Je me suis bien amusée, alors j’imagine que les enfants aussi…

Un coup de coeur pour le premier volume de cette nouvelle série.

A partir de 9 ans et jusqu’à 99 ans et même après…

En librairie dès aujourd’hui !

Merci à Flammarion Jeunesse.

snoopy

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Smile – Roddy Doyle

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Traduit par Christophe Mercier

 

Victor Forde, cinquante-quatre ans est fraîchement divorcé de Rachel, une célébrité irlandaise. Pour se reconstruire, Victor est retourné vivre dans le quartier dublinois de son enfance. Il a pris l’habitude de  réfugier dans un pub, pour tenter d’achever le roman qu’il écrit depuis des années : L’Irlande. Un conte d’horreur. Un jour, un certain Ed Fitzpatrick déboule dans le pub et affirme le connaître. Tout de suite, Victor déteste cet homme qui prétend avoir été élève avec lui chez les Frères chrétiens. Pourtant Victor n’en a aucun souvenir. Ce type va devenir collant et inquisiteur dans la vie personnelle de Victor. Il connaît tout de lui. Ed Fitzpatrick va le suivre comme un ombre, ne plus lui lâcher les baskets. Dès que Victor pénètre dans le pub, il y aura aussi ce type. Cette confrontation va obliger Victor à replonger dans son enfance et son adolescence, à se remémorer sa scolarité chez les Frères chrétiens.
Comme Victor, nous, lecteurs, nous allons nous interroger sur l’identité de ce Fitzpatrick, qui a tout l’air d’être un imposteur.
Victor nous entraîne dans l’Irlande des années 70-80. Nous nous retrouvons élève chez les Frères chrétiens. Une scolarité entre garçons chez des pince-sans-rire où pourtant les gamins affublent tous les adultes d’un surnom. Il y a Patch, Tom Jones et bien d’autres. Les gamins affabulent des idées fantaisistes sur ces religieux : ce peut-être des zombies, ce sont sûrement des zombies… ! Ils sont déjà morts ! 🙂 « Nous étions tous d’accord. Les professeurs laïques n’étaient pas des zombies.
Ce son justes des connards. »

Victor se fait charrier par ses copains car un des frères en a après son sourire qu’il trouve craquant… Grâce à son sourire, Victor peut inverser le court des choses pour la classe… Mais aussi se faire traiter de « pédé » et se faire rouer de coups.

On va rencontrer les parents de Victor, et aussi Rachel.

Au début, on sourit. Mais ca ne dure pas. J’ai lu tous les romans de Roddy Doyle traduits en français et trois de ses romans pour la jeunesse (que vous trouverez les chroniques sur le blog). J’ai le souvenir assez fort de La femme qui se cognait contre les portes, qui traite, vous l’aurez deviné, des femmes battues, mais avec pas mal d’humour, pour faire ressortir une réalité pas franchement glorieuse. Ca finisssait bien, avec plaies et bosses, mais bien.
Smile est le roman le plus grave que j’ai lu de l’auteur, qui n’y va pas pas par quatre chemins. Une écriture franche, sans fioriture, qui dit une face noire d’une certaine Irlande, longtemps cachée sous le tapis, si je puis dire, longtemps taboue. Le hasard a voulu que je lise ce roman au moment où le pape François se rendait en Irlande pour demander pardon aux Irlandais, au nom de l’Eglise catholique… Je ne vais pas m’étendre sur le discours du pape qui m’a choquée de plusieurs points de vue, pendant que les victimes, elles, ne peuvent pas se contenter de belles paroles creuses mais voudraient des actes concrets.
Les abus de l’Eglise catholique sont toujours un sujet brûlant en Irlande.  Le livre de Roddy Doyle est à mettre entre toutes les mains.

La fin est traitée d’une manière peu commune. On  comprend alors pourquoi Fitzpatrick suit Victor comme son ombre.

Une histoire racontée avec tact,  pudeur et sans pathos, qui pourtant vous fait l’effet d’une balle de hurling reçue en plein visage.

Un roman bouleversant.  A lire absolument !

snoopy

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Rentrée littéraire 2018 (suite)

…hormis la rentrée spécifiquement irlandaise que je vous ai déjà présentée – je m’arrache d’ailleurs du dernier Roddy Doyle que je suis en train de dévorer pour écrire cette chronique. 🙂

Cette année, ce sont 567 livres qui sont attendus : 381 livres francophones et 186 de littérature étrangère. Encore un chiffre qui donne le vertige ! Chaque année, j’espère que les meilleurs survivront et ne connaîtront pas le pilon. Encore faut-il arriver à trouver les pépites dans la masse. Ce sont souvent les mêmes qu’on va voir défiler sur les réseaux, les blogs et qui seront en vitrine des librairies ou grandes surfaces culturelles. Mais comme je ne suis pas dans le secret des dieux, eh bien ma sélection sera sans doute celle des livres que vous avez déjà dû voir défiler. Sélection qui s’étayera dans les mois à venir, bien sûr, et certainement davantage que les autres années, car en qualité de jurée littéraire pour le Grand Prix des lectrices Elle, je sais qu’une partie de la rentrée littéraire va me tomber dans les mains par ce biais.  Je suis très contente de pouvoir découvrir ainsi, contrainte de mon plein gré, certains livres vers lesquels je ne serais pas allée de moi-même mais que je vais aimer pour certains d’entre eux (j’espère !). Trêve de bla-bla, voici mes repérages :

Manuel de survie à l’usage des jeunes filles, premier roman de Mick Kitson, qui est gallois mais vit en Ecosse, pour ce roman qui se déroule dans les Highlands. Vous connaissez ma passion pour l’Ecosse et sa littérature contemporaine … 🙂

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Traduit par Céline Schwaller
A paraître le 30 août aux éditions Métailié

Présentation éditeur : « « Que font deux gamines en plein hiver dans une des plus sauvages forêts des Highlands, à des kilomètres de la première ville ?
Sal a préparé leur fuite pendant plus d’un an, acheté une boussole, un couteau de chasse et une trousse de premiers secours sur Amazon, étudié le Guide de survie des forces spéciales et fait des recherches sur YouTube. Elle sait construire un abri et allumer un feu, chasser à la carabine. Elle est capable de tout pour protéger Peppa, sa petite sœur.Dans le silence et la beauté absolue des Highlands, Sal raconte, elle parle de leur mère désarmée devant la vie, de Robert le salaud, de la tendresse de la sorcière attirée par l’odeur du feu de bois, mais surtout de son amour extraordinaire pour cette sœur rigolote qui aime les gros mots et faire la course avec les lapins. (…) »

Trajectoire, recueil de nouvelles de l’Américain Richard Russo, que l’on ne présente plus. Je ne l’ai encore jamais lu et je me disais que l’aborder par ce recueil de nouvelles pouvait être sympathique (et j’aime bien les nouvelles !) . Richard Russo sera aussi au Festival América de Vincennes, en septembre prochain.

 

Traduit par Jean Esch
A paraître le 13 septembre aux éditions de La Table Ronde

Présentation éditeur : « Quatre histoires brèves mais puissantes et surprenantes, dont les héros, confrontés à des obstacles à première vue franchissables, s’empêtrent dans de véritables crises existentielles…« 

Ásta, de l’Islandais Jón Kalman Stefánsson, à la plume encorcelante.

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Traduit par Eric Boury
A paraître le 30 août aux éditions Grasset

Présentation éditeur : « Reykjavik, au début des années 50. Sigvaldi et Helga décident de nommer leur deuxième fille Ásta, d’après une grande héroïne de la littérature islandaise. Un prénom signifiant – à une lettre près – amour en islandais qui ne peut que porter chance à leur fille… Des années plus tard, Sigvaldi tombe d’une échelle et se remémore toute son existence  : il n’a pas été un père à la hauteur, et la vie d’Ásta n’a pas tenu cette promesse de bonheur. »

Camarade Papa, de Gauz, l’auteur de Debout-Payé

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Paru le 24 août aux éditions Le Nouvel Attila

Présentation éditeur : « Amsterdam, de nos jours. Un enfant immigré est élevé par des parents communistes, tendance Kim-il-Sung. Sa vision du monde en porte la marque. Son vocabulaire, aussi. Et comme Momo, le héros de La Vie devant soi, il ne mâche pas ses mots.
Un jour, ses parents l’envoient en Afrique retrouver sa grand-mère maternelle et ses racines. Il est en quelque sorte « en mission » : observer le monde post-colonial tout en restant fidèle, au milieu des torsions idéologiques, à l’enseignement révolutionnaire reçu dans son enfance. »

Balles perdues de l’Américaine Jennifer Clement. Ca parle du problème des armes aux Etats-Unis, de femmes d’un milieu défavorisé…

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Traduit par Patricia Reznikov
Paru le 22 août aux éditions Flammarion

Présentation éditeur : « Sur le parking d’un camp de caravanes, en plein coeur de la Floride, Pearl vit à l’avant d’une Mercury avec sa mère Margot qui dort sur le siège arrière. Elles se sont créé un quotidien à deux, fait de chansons d’amour, de porcelaine de Limoges, d’insecticide Raid et de lait en poudre. Outre ce lien fusionnel, l’adolescente peut aussi compter sur sa meilleure amie, Avril May, avec qui elle fume des cigarettes volées au bord d’une rivière pleine d’alligators, et sur les autres personnages excentriques des caravanes voisines. Mais cet équilibre fragile bascule à mesure que Pearl prend conscience du trafic d’armes qui s’organise autour d’elle (…) ».

Les enfants de coeur de Heather O’Neill . Un roman qui se passe à Montréal au début du XXe siècle puis dans les années 30, cela m’intrigue…

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Traduit par Dominique Fortier
Paru le 16 août aux édition du Seuil

Présentation éditeur : « Montréal, hiver 1914. Deux bébés sont abandonnés sur les marches d’un orphelinat. Élevés sous la férule des bonnes sœurs, ils ne tardent pas à révéler des dons exceptionnels. Pierrot est un pianiste prodige ; Rose sait comme personne illuminer le visage des enfants tristes avec ses pas de danse et ses pantomimes. Enrôlés dans une grande tournée destinée à récolter des fonds pour l’orphelinat, ils tombent bientôt amoureux, et se mettent à rêver ensemble d’un avenir lumineux sous le chapiteau du cirque le plus spectaculaire que le monde ait jamais connu. Mais l’adolescence les sépare. L’ombre de la Grande Dépression plane sur Montréal (…) ».

Zombies zarbis, tome 1 : « Panique au cimetière » de Marie Pavlenko et Carole Trébor. Ca m’a l’air bien déconnant… 🙂

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A paraître le 5 septembre aux éditions Flammarion Jeunesse

Et voici ce que je vais lire suite à la sélection du jury de septembre pour le Grand Prix des Lectrices Elle et j’en suis ravie :

 

Un Gentleman à Moscou de l’Américain Amor Towles paru le 22 août aux éditions Fayard (traduit par  Nathalie Cunnington) :
Présentation éditeur : « Au début des années 1920, le comte Alexandre Illitch Rostov, aristocrate impénitent, est condamné par un tribunal bolchévique à vivre en résidence surveillée dans le luxueux hôtel Metropol de Moscou, où le comte a ses habitudes, à quelques encablures du Kremlin. Acceptant joyeusement son sort, le comte Rostov hante les couloirs, salons feutrés, restaurants et salles de réception de l’hôtel, et noue des liens avec le personnel de sa prison dorée – officiant bientôt comme serveur au prestigieux restaurant Boyarski –, des diplomates étrangers de passage – dont le comte sait obtenir les confidences à force de charme, d’esprit, et de vodka –, une belle actrice inaccessible – ou presque ­–, et côtoie les nouveaux maîtres de la Russie. Mais, plus que toute autre, c’est sa rencontre avec Nina, une fillette de neuf ans, qui bouleverse le cours de sa vie bien réglée au Metropol.(…) »

La Disparition d’Adèle Bedeau, de l’Ecossais Graeme Mcrae Burnet (traduit par Julie Sibonie), à paraître le 30 août aux éditions Sonatine :

Présentation éditeur : « Manfred Baumann est un solitaire. Timide, inadapté, secret, il passe ses soirées à boire seul, en observant Adèle Bedeau, la jolie serveuse du bar de cette petite ville alsacienne très ordinaire.
Georges Gorski est un policier qui se confond avec la grisaille de la ville. S’il a eu de l’ambition, celle-ci s’est envolée il y a bien longtemps. Peut-être le jour où il a échoué à résoudre une de ses toutes premières enquêtes criminelles, qui depuis ne cesse de l’obséder.
Lorsque Adèle disparaît, Baumann devient le principal suspect de Gorski. Un étrange jeu se met alors en place entre les deux hommes. (…) »

Tu t’appelais Maria Schneider de Vanessa Schneider, paru le 16 août aux éditions Grasset.
Présentation éditeur : « « Tu étais libre et sauvage. D’une beauté à couper le souffle. Tu n’étais plus une enfant, pas encore une adulte quand tu enflammas la pellicule du Dernier Tango à Paris, un huis clos de sexe et de violence avec Marlon Brando.
Tu étais ma cousine. J’étais une petite fille et tu étais célèbre. Tu avais eu plusieurs vies déjà et de premières fêlures. Tu avais quitté ta mère à quinze ans pour venir vivre chez mes parents. Ce Tango marquait le début d’une grande carrière, voulais-tu croire. Il fut le linceul de tes rêves. Tu n’étais préparée à rien, ni à la gloire, ni au scandale. Tu as continué à tourner, mais la douleur s’est installée. »(…) »

Affaire à suivre…

Et dire qu’il me reste quelques bouquins de la rentrée littéraire 2017 encore non lus… 🙂 Trop de tentations et pas assez de temps, même si j’en ai lu des stocks au gré de mes envies et découvertes après-coup …

 

 

 

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Manderley for Ever – Tatiana de Rosnay

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Parfois il se passe de choses étranges dans la vie des lecteurs : tu regardes en replay une émission que tu ne regardes jamais (en l’occurrence Télématin) et tu te cales juste sur les reportages littéraires de l’été d’Anne-Marie Revol sur les Best seller. Comme ça, parce que tu es intriguée. Et bim !, sans savoir pourquoi, tu te retrouves avec un pavé de plus de 500 pages dans les mains ! Toi qui ne lis pas tant que ça de best seller, encore qu’en y réfléchissant, il y en a quand même pas mal dans ta bibliothèque… Bref, l’un des reportages évoquait Manderley for ever de Tatiana de Rosnay, avec l’interview de l’auteure. J’ai vite été convaincue, d’autant que Tatiana de Rosnay disait que ce livre a été un tournant dans sa vie d’écrivain.
Manderley for ever est un roman-biographie sur Daphné du Maurier, auteure trop trop célèbre Rebecca et L’Auberge de la Jamaïque lu dévoré quand étais ado. Et puis, j’ai lu il y a quelques semaines Le monde infernal de Branwell Brontë de Daphné du Maurier, justement, réédité par les éditions de La Table Ronde, biographie sur le frère maudit de la famille.

Daphné est d’un milieu très bourgeois, tendance grande bourgeoisie. Elle a vécu au milieu de gouvernantes et servantes etc. Son grand-père paternel (Georges du Maurier, surnommé « Kiki ») était français, artiste-écrivain fantasque et connu. Son père, Gerald est un acteur archi connu. Daphné, née en 1907, vit à Londres, avec ses parents. Et ses deux soeurs.
Très tôt elle se sent garçon dans un corps de fille. Une dualité qui la hantera toute sa vie, l’amenant à une bisexualité, même si elle se marie à Frederick Browning, anoblit par la reine. Elle devient donc une lady mais s’en contrefiche. Elle est d’une timidité maladive, parler en public ce n’est pas pour elle. Daphné déteste les réceptions, mais elle est obligée de suivre son militaire de mari à l’étranger, en Egypte, notamment, avant que n’éclate la Seconde Guerre mondiale. Son mari monte les échelons gradés, a de plus en plus de responsabilités qui l’oblige à s’absenter longuement. Avec lui, Daphné aura trois enfants : deux filles et un garçon.
Daphné était la préférée de son père qui entretenait avec sa fille une relation particulière. Il était très possessif et elle a dû se battre mentalement pour s’arracher à son emprise, se révolter même si ça ne l’empêcher pas de l’aimer. Garçon dans un corps de fille, fille à son papa contre son gré, elle rêve de mettre au monde un garçon. Une fois ce voeu réalisé, son fils sera à son tour son préféré. J’ignorais tout de cet aspect de l’écrivain. Tout cela, sa dualité, sa part d’ombre vont être source d’inspiration.

L’écrivain est passionnée par les vieilles demeures. Si elle aime ses proches, elle aime encore plus ses maisons, en particulier Menabilly dont elle ne sera jamais propriétaire mais locataire. Elle va retaper cette vieille baraque magnifique, même si pour céder à son caprice, sa famille doit vivre sans chauffage ni eau courante pendant le terrible hiver 1954.  La mémoire des murs est quelque chose qui la passionne et c’est là qu’elle laisse « infuser »  (idée d’un roman). Daphné a aussi un langage codé, dont on retrouve les termes, dont le sens est expliqué en annexe du livre. C’est parfois imagé et parlant, parfois complètement déroutant…

Elle développe une passion pour la France, à cause de son grand-père Kiki qui l’intrigue jusqu’à l’obsession. Source d’inspiration, lui aussi !

Daphné est en effet une obsessionnelle. Quand elle a une idée en tête, elle fait tout pour y arriver. Son autre obsession grandissante : écrire. Elle est incapable de s’occuper de tout ce qui est logistique et matériel (à part faire retaper les vieilles maisons). Elle a du caractère et sait ce qu’elle veut. Elle devient célèbre très tôt et l’on suit tout sa carrière littéraire. Il y a un personnage épouvantable qui apparaît parfois dans ce roman : c’est sa traductrice en France : la toute puissante Mme Butler qui publiait sous son nom de jeune fille, Denise Van Moppès, capable de convaincre l’éditeur (Albin Michel) de retirer des nouvelles d’un recueil  parce qu’elle les trouve « peu crédibles » ou « ennuyeuses », ce qui ne l’empêche pas de se planter complètement en matière de traduction, parfois ! Rebecca a longtemps été tronqué à cause de cette charmante madame ! Grande fut ma surprise quand j’ai constaté que Rebecca a été retraduit il y a peu de temps, en 2015, par Anouk Neuhoff ! La vilaine madame est décédée en 1968 et c’est un autre traducteur qui a pris le relais pour les derniers livres de Daphné du Maurier : Maurice-André Endèbe. Pas trop sympa avec elle non plus. Cet aspect « traduction » m’a bien amusée ! Je me suis demandé si tous les autres livres sont toujours avec la version de « l’affreuse »… Je ne manquerai pas de vérifier en librairie. 🙂

Mis à part sa traductrice française, Daphné aura à souffrir toute sa vie d’être considérée par certains critiques comme un auteur de romans à l’eau de rose, de la romance etc., alors que c’est tout le contraire ! Ce qu’elle écrit n’est pas franchement rose, mais bien noir, gothique et d’un suspense infernal. Moi qui déteste les romances bluettes depuis toujours, je n’aurais pas dévoré ses deux romans les plus connus vers 12-13 ans. C’est le suspense, le côté alambiqué de ses personnages qui me tenait en haleine. On lui reprochait d’être populaire, vendeuse de best seller comme si c’était synonyme de mauvais écrivain. Ce qui est faux, bien sûr : il y a de tout parmi les auteurs et les romans  » best seller », comme pour les autres qui n’ont pas cette chance.

J’ai dévoré le roman en une semaine à peine : j’ai beaucoup aimé. C’est un roman fouillé, Tatiana s’est vraiment documentée, elle est partie sur les traces de cette écrivain qui est sa préférée, si j’ai bien compris. L’édition du Livre de Poche est agrémentée de photos.
J’ai peut-être un peu moins accrochée pour la période à partir de 1969.

Une invitation à approfondir la connaissance de son oeuvre et un bel hommage à l’écrivain.
Il y aurait encore beaucoup de choses à dire mais je vous laisse découvrir…

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Monsieur Viannet – Véronique Le Goaziou

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Toc ! Toc! Toc !
Qu’est-ce que c’est ?
C’est la rentrée littéraire !
Rentrez donc et faites comme chez vous !

C’est Monsieur Viannet , le dernier roman de Véronique Le Goaziou qui inaugure l’événement sur le blog !

Le pitch : « Monsieur Viannet a cinquante ans. Il vit avec sa femme dans un minuscule appartement glacial, du côté de Bastille, où les courants d’air ne chassent plus l’odeur du tabac. Monsieur Viannet a autrefois été bel homme. Monsieur Viannet a autrefois été sportif. Monsieur Viannet a fait l’armée. Monsieur Viannet a des enfants qu’ils ne voit plus. Monsieur Viannet, surtout, a été acquitté après avoir été accusé du meurtre de son père. (…) Monsieur Viannet appartient à ce qu’il est convenu d’appeler le quart-monde ».

Voici un petit extrait de la quatrième de couverture. Vous l’aurez compris, on n’est pas dans le registre feel good mais dans celui du réalisme social.  Véronique Le Goaziou est sociologue et chercheuse. Par l’entremise de la narratrice, elle nous immisce dans l’intimité du couple Viannet. Cette narratrice est « cadre dans un cabinet d’études qui réalise des sondages et des enquêtes sur des faits de société ». Elle a « été contactée par une association nationale de réinsertion sociale. Spécialisée dans l’hébergement de personnes en grande difficulté, cette association souhait[e] mener un travail sur ce [que sont] devenus ses anciens résidents ». Cependant, la narratrice, avant d’envoyer des enquêteurs sur le terrain, décide de « réaliser [elle-même] quelques entretiens ». histoire de se « faire une idée du public » et « tester les questions » . Monsieur Viannet est d’accord.

Accompagné de la narratrice, le lecteur pénètre dans le minuscule appartement de Monsieur Viannet, qui, en décapsulant bière sur bière, télé en permanence allumée, va dévoiler sa réalité. L’homme y vit avec sa femme, de père algérien. Les disputes du couple rythment le récit, qui font écho aux bouteilles de bière qu’ingurgite Monsieur Viannet. Y ajouter la fumée des cigarettes que le couple grille comme des  petits pains et vous sentez l’ambiance.
Monsieur Viannet dévoile sa vie, passée et présente. Il a tué son père (mais on comprend pourquoi au fil du récit), il a été trimbalé toute son enfance de foyer d’accueil en foyer d’accueil ; les foyers de réinsertion, à l’âge adulte, ont pris le relais quand il est sorti de prison, puis les hôtels. Sa femme a fait de la prison à 15 ans. Monsieur Viannet va vous dévoiler les conditions des centres d’hébergement, de réinsertion, etc., censé aider les gens en grande difficulté ; celle de la prison ; ses enfants placés en famille d’accueil, eux aussi ; l’endettement et son cercle vicieux. L’absurdité de la société finalement.
Une vie brisée avant même d’avoir commencé ou presque. Dès le début, à l’instar de la narratrice, vous êtes mal à l’aise.

Un roman entre questions et silences, où pourtant l’essentiel se devine en creux et vous renvoie comme un miroir toute l’absurdité du monde contemporain, de la société, pour votre plus grande horreur. Parce que Monsieur Viannet n’a rien de différent de vous, si ce n’est que sa vie a mal commencé et que les institutions et infrastructures mises en place pour aider à sortir la tête de l’eau ne sont finalement que des rouleaux compresseurs supplémentaires, à leur insu. Monsieur Viannet est vraiment un homme seul. Tout seul. « Il est complètement parti. Entre l’éveil et le sommeil. Des brumes dans le cerveau. » Monsieur Viannet est un mort vivant (d’ailleurs, il ne sort plus de chez lui), dans un logement qui est comme une nouvelle prison, à ciel ouvert. Monsieur Viannet est le marginal que vous pourriez être, vous aussi, notamment si votre vie avait mal débuté, mais pas que.

Véronique Le Goaziou ne porte pas de jugement.  Elle donne à voir avec pudeur. Un récit dialogué aux phrases courtes. La vérité n’en est que plus criante.

  Un roman à la trempe « beckettienne ».

Soyez assis quand vous lirez la fin…

Je remercie les éditions de La Table Ronde de m’avoir permis de lire ce roman en avant-première !

snoopy
Dans toutes les bonnes librairies à partir de demain, jeudi 16 août.

Voir aussi l’avis de  :  L’atelier de Ramettes

 

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Excursion – Steinar Bragi

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Traduit par Patrick Guelpa

Les vacances islandaises sont propices à vider sa PAL islandaise, qui, j’avoue, a nettement diminué ! Pendant mon road trip, j’avais embarqué deux romans : le « Arnaldur » de la précédente chronique et celui-ci. Sait-on jamais, si j’avais dû rester coincée quelque part à cause du mauvais temps… Ca bien failli être le cas dans ce joli fjord perdu de la région des Fjords de l’Ouest, où se niche une jolie « ville » :  Patreksfjöður (nous, Français, on dirait « village »). Une tempête de vent qui déclenché l’alerte jaune sur l’échelle islandaise nous faisait hésiter pour notre excursion du lendemain. En Islande, ce n’est pas tant la pluie que l’on craint, mais le vent, car il n’y a pratiquement pas d’arbres. Le lendemain, le temps était bizarre : 18 degrés à 9h du matin alors que la vieille, on atteignait avec beaucoup de mal les 9 degrés ! Ca soufflait, mais après une nouvelle consultation de la météo et avis pris auprès des locaux, on a décidé de partir quand même en excursion, quitte à revenir sur nos pas si ça se gâtait trop l’après-midi.

Bref tout ça pour dire que j’avais sorti de la valise le deuxième bouquin embarqué, d’un auteur islandais que je n’avais jusqu’à présent jamais lu : Excursion de Steinar Bragi, écrit en 2011 et publié en France en 2013. Un titre qui tombait pile poil pour un road trip. Finalement, il a fait le voyage du retour en France sans que je l’aie ouvert. Il m’a donc accompagnée cette semaine, un moyen de prolonger le voyage et d’en apprendre peut-être encore davantage sur l’île de glace…

Le pitch : deux couples d’Islandais décident de partir  en 4×4 dans les hautes terres, histoire de s’aérer les neurones. Cela dit, ils sont bizarres dès le début car ils embarquent avec eux de la came et de l’alcool. Pas franchement le genre de personnes avec qui je ferais un bivouac, je l’ai senti tout de suite ! 😉 Rapidement, les voilà en train d’errer dans leur bolide, à travers le sandur du nord du Vatnajõkull (c’est le plus grand glacier d’Islande, situé au sud-est de l’île ; et le sandur c’est une « vaste plaine situé au pied d’un massif montagneux et formée d’alluvions glaciaires », je reprends les notes du traducteur). Le brouillard tombe, la visibilité devient rapidement proche de zéro. Jusqu’au moment où c’est l’accident. Ils heurtent une maison qui n’aurait pas dû se trouver là. Déjà, je l’ai trouvé bizarre leur accident, mais bon… Le véhicule a besoin d’être réparé, ils ont de légères blessures. La maison est habitée par un couple de vieux bizarres qui leur offrent l’hospitalité mais ont la fâcheuse tendance à disparaître.

Ce livre se veut un thriller fantastique avec des éléments empruntés aux légendes islandaises. C’est ce qui m’avait attirée. Malheureusement je suis gravement restée au bord du sandur, loin de cette maison et des personnages de cette histoire. J’avoue : je n’ai rien compris ! Le récit change de narrateur au fil des chapitres : d’habitude, cela ne me pose aucun problème. Mais là j’ai été rapidement larguée. Monologues intérieurs qui digressent trop, entre flore islandaise et thématique libidineuse, le tout peut-être saupoudré de références à de vieilles légendes islandaises mais qui finalement disparaissent complètement derrière ce fatras.

Ca m’a rapidement saoulée et je m’en fichais finalement complètement de savoir si le couple avait quelque chose à voir avec des personnes cachées, s’ils étaient des trölls ou des alfes (oui, des alfes et pas des elfes qui est une déformation ; tout comme en Islande, il n’y a pas des trolls mais des trölls (ça se prononce à peu près « treuk » et ça n’a rien à voir avec les trolls norvégiens). Bref, ce n’était sans doute même pas ça l’intrigue. Car on finit par se demander où est passée l’intrigue… C’est fâcheux pour un thriller !

Excursion ratée pour moi, donc ! Ce livre m’a agacée par son fouillis qui gâche tout. De plus, je n’aime pas dire du mal de la littérature islandaise.  Pas glop, quoi !

 

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