Vernon Subutex (tome1) – Virginie Despentes

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Vernon Subutex c’est le désespoir assis sur un banc. Le poème de Prévert m’est venu à l’esprit en terminant ce premier volume.
C’est le premier roman que je lis de la désormais célèbre Virginie Despentes. Je l’ai acheté au lendemain des élections présidentielles, suite à une interview qu’elle livrait à la presse sur sa colère. Une colère dans laquelle je me suis reconnue.

Vernon Subutex était disquaire au Revolver dans les années 80. La boutique n’a pas résisté. Aujourd’hui, après avoir squatté, vécu en tirant le diable par la queue, de petites magouilles en pensant pouvoir s’en tirer, il est SDF dans les rues inhospitalières de Paris. Il s’est fait expulsé de son logement. Son pote Alex Bleach, une idole de la chanson française, vient de claquer d’une overdose. Vernon a en sa possession une auto-interview de l’intéressé qui vaut une blinde. Sauf qu’il ne le sait pas. Alex Bleach est synonyme de rock libertaire, hors normes, hors conformisme. Un paradoxe à lui tout seul .
Via les réseaux sociaux, une truie en mal de taf qui sévit sous le pseudo de Lady Bazooka, alias La Hyène, va tenter de mettre le grappin du Vernon.
De son côté, Vernon va se connecter sur Facebook pour jouer sur son réseau pour tenter de se sortir de la merde.
L’occasion pour nous, lecteurs, de croiser une foule de personnages hauts en couleur. Du bourgeois frustré au facho, de la beurette voilée étudiante en droit, à la star de porno, en passant par le trans brésilien et j’en passe car je ne les ai pas tous retenus. Une chose est sûre : je les ai tous détestés. Mais j’ai beaucoup ri jaune. Virginie Despentes dégaine et tire. C’est pas un roman pour mauviettes ou amateur de bluettes et autres romances ou roman à la sauce feel good ! Les personnages sont ancrés dans la réalité de la France d’aujourd’hui. Un sacré portrait de la démission. Du repli sur soi et de la connerie voire de la haine ordinaires. Les accrocs à Facebook qui se shoote au nombre de « like », ceux font commerce dans la manipulation professionnelle. Oui madame ! Ils en prennent pour leur grade et j’ai beaucoup ri à certains passages.

« Elle s’est reconvertie dans les réseaux sociaux. Ca fait un moment qu’elle vit de ça. Ca a commencé sans qu’elle le décide. Elle a croisé un vieil ami, Tarek, qui mangeait seule dans une pizzeria à Abesses, elle s’est assise pour prendre un café avec lui. Elle l’avait connu journaliste pour un mensuel porno (…).
En comprenant que La Hyène ne faisait pas grand chose de ses journées – elle était entre deux jobs -, il lui avait proposer de la dépanner pour un film dont il s’occupait, il cherchait quelqu’un pour Internet. Il y avait du cash à se faire. Il fallait inonder la toile de critiques positives, en se faisant passer pour des spectateurs spontanément séduits. (…)
A elle seule, en quatre jours, elle débarque comme une armée. Elle a notoirement épaisi son cahier de fausses identités, et sans se vanter, sa connerie est virale. Elle te pourrit la Toile en quarante-huit heures : sur la place de Paris, à sa connaissance, personne n’a son efficacité. Ensuite, ça roule tout seul – les journalistes regardent Twitter et les commentaires, et se sentent obligés de tenir compte des conneries qui s’y trouvent. (…)
Lancer un lynchage médiatique est plus facile que faire décoller un buzz positif – elle prétend qu’elle sait faire les deux, mais l’époque plébiscite la brutalité. Celui qui défonce est celui qu’on écoute (…). »

Un roman du bitume qui ne mâcbe pas ses mots. Virginie Despentes écrit cash et trash. Sa plume s’attache le langage contemporain, populaire et vivant, sans accroc ni fausse note. Elle n’hésite pas à virer porno quand ça lui chante. Ses personnages ne sont pas des héros mais des êtres blessés, ce qui ne les empêche pas d’être peu sympathiques ou de purs connards. C’est dans l’air du temps. Je me suis un peu attaché à Vernon, mais pour être franche, contrairement à d’autres lecteurs, il m’a aussi agacée.

Un roman loin de la bien pensance, de ces gens qui se croient investis de la Vérité et du savoir quoi faire et quoi penser, de ce qui est bien et de ce qui ne l’est pas.
Loin aussi du nombrilisme de la littérature de boudoir.

Un roman dense ou l’aspect polar de la traque pour récupérer l’auto-interview du rocker mort s’efface devant ce tableau peu glorieux de la société française, où chacun de nous se reconnaîtra sans doute par instants. C’est du lourd, ça fait grincer, mais ça fait du bien !

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Eliza et ses monstres – Francesca Zappia

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Traduit par Fabienne Vidallet

Eliza est une lycéenne très introvertie, elle n’a pas d’amis, ni au lycée ni ailleurs. Elle est la fille « bizarre », celle qu’on ne remarque pas si ce n’est par ce défaut de ne parler à personne, qui peut passer pour du dédain.  Elle est celle que l’on prend pour la pauvre fille. Elle est persuadée que ses deux petits frères la déteste et finalement, son meilleur ami est Davy, un énorme chien des Pyrénées qui lui sert régulièrement d’oreiller. Bref, sa vie ressemble à la lose la plus totale.
Sauf que.
Eliza est une star du web. Elle est la créatrice d’une bande dessinée aux millions de fans : La mer infernale, dont elle poste régulièrement des planches, avidement attendues par ses lecteurs. Tout le monde ignore qui elle est puisqu’en ligne, elle publie sous le pseudonyme de LadyConstellation. Grâce à sa bande dessinée, et surtout grâce à ses fans qui lui ont demandé des produits dérivés, elle a déjà beaucoup d’argent qu’elle a mis sur un compte à part dont même ses parents ignorent l’existence. Ceux-ci sont au courant que leur fille poste une BD en ligne qui a du succès mais ils ignorent tout de l’ampleur du phénomène.
Un jour, au lycée, elle rencontre un nouvel élève, Wallace. Il la surprend en train gribouiller un carnet où il reconnaît les personnages de La mer infernale, dont il est sans doute le plus grand fan sur le forum. Très content de trouver quelqu’un qui connaît cette BD au lycée, Wallace se rapproche d’Eliza. Celle-ci ne lui dit pas la vérité, seulement qu’elle écrit une fanfiction de La mer infernale. Une idylle se noue entre les deux adolescents qui se ressemblent par leur caractère (Wallace communique le plus souvent par écrit et n’aime pas parler) et leur passion. Les parents d’Eliza apprennent avec joie qu’enfin leur fille a un petit ami : elle va enfin sortir de sa chambre et de sa coquille…
Les parents, source d’une catastrophe monumentale, du pire cauchemar qu’Eliza aurait pu imaginer…

Une autre de mes trouvailles sur Salon du livre, je trouvais le sujet intéressant de cette ado star 2.0 dont personne ne soupçonne l’identité.

Francesca Zappia aborde avec intelligence l’addiction à internet d’une  génération d’adolescents qui a toujours connu ça et n’imagine pas s’en passer. Elle montre également les dérives du système et aborde le conflit de génération. Les parents d’Eliza ont connu une vie sans tout ça, ignore presque tout de la vie des forums en ligne, des réseaux sociaux, de toute la vie numérique, de ses bons côtés mais aussi de ses travers. Ils sont tellement fière de leur fille qu’ils commettent l’irréparable sans en avoir conscience, sans mesurer la portée de leur geste (il vous faudra lire le roman pour connaître leur bévue sinon ce serait un big spoiler !).
Cependant, ce sera aussi ce qui va faire mûrir l’adolescente, la faire s’interroger sur sa communauté numérique, sur son addiction, sur elle-même et sur son art. Pour en venir à l’essentiel : la vie mérite d’être vécue et on ne peut créer que si l’on a du désir et pas en fonction de ce que veulent les autres. Avec l’aide d’une psychologue, elle va pouvoir prendre de la distance, de la confiance en elle, se recentrer, loin des trolls, des médisants et des fans envahissants.

« J’ai rencontré des artistes qui en souffert [des cauchemars] – ils ne se sentaient plus à la hauteur de leurs propres oeuvres, ils ressentaient de la culpabilité devant leur travail inachevé, de l’anxiété face aux attentes de leurs fans. C’est normal mais ça ne veut pas dire que c’est sain. Eliza, ta valeur en tant que personne en dépend pas de l’art que tu crées, ni de ce que les gens en pensent. »

« Penses-tu que les gens qui ont le plus de mérite sont ceux qui ne produisent qu’un travail excellent ? »

« La valeur d’une personne n’est pas fondée sur quelque chose de tangible. »
(avis à ceux qui pensent que leur valeur est liée à leur nombre de « like » … et bim !)

« L’humeur de ta fanbase ne devrait pas dicter ta valeur intrinsèque. »

« Les fans aimeront toujours. Tes détracteurs, eux, trouveront toujours quelque chose à te reprocher. »

Francesca Zappia a également le tact d’échapper à la bluette mièvre d’adolescents pour raconter avec sensibilité et vérité la naissance du sentiment amoureux et sa fragilité.

Un livre agréable à lire, même si j’ai trouvé un petit peu longue la phase dépressive de l’héroïne. L’objet livre est sympathiquement illustré par la BD d’Eliza (dessinée par Francesca Zappia elle-même).

C’est le premier livre que je lis sur un tel sujet mais qui parlera à tous ceux qui fréquentent le 2.0, jeunes ou moins jeunes.

 

 

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Book Haul

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Allez, ça doit faire 3 mois je crois que je ne vous ai pas fait un petit Book Haul des familles ! 🙂 J’ai lu presque tous mes livres du précedent post sur le sujet, mais Shore de Sarah Taylor m’est tombé des mains. Je suis hyper déçue par ce roman qui avait l’air si alléchant par son aspect nature sauvage, gens qui vivent au bout d’un petit monde oublié. Mais il y a trop de personnages, ou plutôt le roman est construit d’un façon décousue, ce qui fait qu’on s’y perd entre qui est qui, sur différentes époques. Bref, quand on commence à s’en fiche et à s’ennuyer, il vaut mieux arrêter et prendre un autre livre : la vie est trop courte pour perdre son temps. Il me reste à lire A la croisée des mondes de Philipp Pullman mais pour l’instant je ne suis pas trop dans le mood. J’attends donc un moment plus propice.

Entre temps, j’ai eu mille tentations et j’ai cédé à quelques-unes.
La découverte de l’écrivain d’origine franco-irlandaise B. A. Paris au Salon du livre m’a donnée très envie de découvrir ses thrillers. Je me suis donc procurée Derrière les portes , qui est son premier roman :
« Jack et Grace ont tout pour eux. Le charme, l’amour, l’aisance financière, une superbe demeure. Lui, avocat brillant, elle, maîtresse de maison idéale. Le bonheur. Du moins, en apparence. Pourquoi ne voit-on jamais Grace sans son mari ? Nous avons tous dans notre entourage un couple comme celui qu’ils forment, le genre d’union qui fait rêver. Et pourtant, parfois, un mariage parfait cache une mensonge parfait. Et vous, connaissez-vous vraiment vos amis ? »

Et puis la météo pourrie de cet hiver m’a fait acheter Une pluie sans fin de Michael Farris Smith, dont j’ai lu le deuxième roman en septembre, Nulle part sur la terre, qui n’était pas parfait à mes yeux, mais que j’avais aimé pour son côté road trip.
« Après des années de catastrophes naturelles successives, une frontière a été tracée entre le nord et le sud des États-Unis. Le sud, de la Louisiane à la Floride, est devenu un véritable no man’s land. La région a été évacuée et n’est plus qu’une zone de non-droit ravagée par les tempêtes incessantes. Cohen est l’un des rares qui a choisi de rester. C’est un homme hanté par le décès de sa femme et de leur enfant à naître. Son errance solitaire prend fin lorsqu’il trouve une colonie de survivants menée par un prêcheur fanatique qui retient prisonnier des femmes et des enfants. Cohen va les libérer et entamer avec eux un dangereux périple vers le nord. »

L’époque de fous dans laquelle on vit m’a donné envie de relire ce classique de la SF qu’est Farenheit 451 de l’immense Ray Bradbury. : « 451 degrés Farenheit représentent la température à laquelle un livre s’enflamme et se consume. Dans une société future où la lecture, source de questionnement et de réflexion, est considérée comme un acte antisocial, un corps spécial de pompiers est chargé de brûler tous les livres dont la détention est interdite pour le bien collectif. Le pompier Montag se met pourtant à rêver d’un monde différent, qui ne bannirait pas la littérature et l’imaginaire au profit d’un bonheur immédiatement consommable. Il devient dès lors un dangereux criminel, impitoyablement pourchassé par une société qui désavoue son passé. » C’est un livre qui a été écrit en 1953.

Qui me suit depuis longtemps connaît mon affection pour la littérature islandaise. Je suis tombée sur Tourner la page, d’Au∂ur Jónsdóttir : « Eyja, 23 ans, est une jeune fille merveilleuse mais qui fait toujours les mauvais choix. Comme celui de quitter Reykjavik et d’épouser un ivrogne de l’âge de ses parents, qui empoisonne son quotidien. Parce qu’elle pense qu’elle mérite mieux que ça, sa grand-mère, déterminée à la bousculer, lui offre un nouveau départ : 100 000 couronnes dans une enveloppe si elle quitte son mari et accepte de partir en Suède avec Runa, son audacieuse cousine des fjords. Il est grand temps pour Eyja de prendre soin d’elle, d’oublier, de reprendre l’écriture de son roman entamé depuis des années. Et peut-être enfin de tourner la page. » Un roman qui m’accompagnera dans mon road trip islandais (si tout va bien) au cas où je n’arriverai pas à le lire avant mon départ. Ben oui, j’ai cassé ma tirelire pour découvrir ce pays dont je rêve depuis longtemps, à travers les romans et les polars. Je rêve déjà de mes randos et de ce que je vais manger dans les endroits reculés (glurps !).

Le hasard m’a mis entre les mains Amelia de Kimerbely McCreight, dont j’ai souvent vu la couverture dans la presse et sur internet mais sans vraiment y faire attention. La quatrième de couverture a retenu mon attention :
« A New York, Kate élève seule sa fille de quinze ans, Amelia. Très proches, elles n’ont pas de secrets l’une pour l’autre. Jusqu’à ce matin d’octobre, où elle reçoit un appel du lycée qui lui demande de venir de toute urgence. Elle ne reverra plus jamais Amelia : celle-ci a sauté du toit de l’établissement. Rongée par le chagrin, Kate plonge dans le désespoir et incompréhension. Pourquoi une adolescente en apparence épanouie s’est-elle donné la mort ? Mais un jour, Kate reçoit un message anonyme qui remet tout en question : « Amelia n’a pas sauté. » Obsédée par cette révélation, elle s’immisce dans la vie privée de sa fille et découvre, à travers les réseaux sociaux, les mails et les SMS d’Amelia, une réalité terrible, un véritable monde parallèle qu’elle n’aurait jamais pu imaginer. » J’ai un peu hésité en me disant que je n’allais peut-être rien découvrir de nouveau. Mais bon, à voir. Ca m’intéresse.

J’en ai déjà parlé et le livre est précommandé en ebook dans ma liseuse, à ne pas manquer : l’Irlandaise et féministe Louise O’Neill, traduite pour la première fois en France, pour son roman Une fille facile à paraître en mai aux éditions Stéphan Marsan.Une-fille-facile« 

« « Emma a dix-huit ans, c’est la plus jolie fille du lycée. En plus d’être belle, elle est pleine d’espoir en l’avenir. Cette nuit-là, il y a une fête, et tous les regards sont braqués sur elle.
Le lendemain matin, ses parents la retrouvent inanimée devant la maison. Elle ne se souvient de rien. Tous les autres sont au courant. Les photographies prises au cours de la soirée circulent sur les réseaux sociaux, dévoilant en détail ce qu’Emma a subi. Les réactions haineuses ne se font pas attendre ; les gens refusent parfois de voir ce qu’ils ont sous les yeux. La vie d’Emma est brisée ? Certains diront qu’elle l’a bien cherché. »
« Un roman essentiel, à mettre entre toutes les mains. » The Guardian
« Un livre foudroyant, éclairant et incontournable sur la culture du viol.» Elle
« Courageux et incroyablement bien mené. » Irish Times
« Aussi fascinant qu’essentiel. » New York Times

Voilà pour mes achats personnels, en plus de tout ce que j’ai déjà chroniqué et qui s’est incrusté entre le précédent Book Haul et celui-ci . 🙂

Côté service presse, je suis bien gâtée ! Ca me promet une fin de printemps bien occupée et un début d’été studieux ! 🙂 🙂

Le Serpent à Plumes m’a présenté quelques nouveautés de leur catalogue. J’ai choisir de découvrir une auteure sénégalaise : Aminata Sow Fall, avec L’empire des mensonges. De la littérature francophone qu’on connaît peu voire pas en France. C’est l’occasion de la découvrir. J’ai commencé. J’avoue que j’ai un peu du mal. Mais il faut dire que toutes les conditions de lecture n’étaient pas réunies : dans le RER surbondé par ces temps de grève massive des cheminots, c’est pas top ! Je l’ai posé pour le reprendre un peu plus tard. J’espère que l’éditeur comprendra. En tout cas, une chose est sûre : c’est très bien écrit !

Du côté des éditions de la Table Ronde, je suis aux anges ! Je viens de recevoir Croquis d’une vie de bohème de Lesley Blanch, qui épousa Romain Gary en 1945. Elle fut illustratrice, décoratrice de théâtre, chroniqueuse et voyageuse indépendante. Je pense que je vais me régaler. L’objet livre est magnifique et en plus il y a un sublime marque page. Je ne suis pas déçue d’avoir choisi ce livre qui va me permettre de découvrir quelqu’un dont j’ignore tout. Par contre, depuis que j’ai découvert Roman Gary en Lituanie il y a quelques années qui est vraiment l’icône littéraire du pays, je suis attirée par ce qui touche de près ou de loin à sa vie (et j’ai adoré le film qui a été tiré de La promesse de l’aube, même si le personnage de sa mère a été un peu déformé mais n’est pas pour autant faux).

Ce magnifique ouvrage sort en librairie le 19 avril.

Un peu plus tard, en mai, toujours aux éditions de la Table Ronde, j’ai choisi de découvrir un Daphné du Maurier dont je n’avais jamais entendu parler : Le monde infernal de Branwell Brontë , dans la belle collection « Petit Quai Voltaire » (à paraître le 24 mai) 🙂 🙂 🙂 . Je vais donc poursuivre ma découverte de cette famille Brontë qui reste ancrée dans ma mémoire depuis que je peux visualiser l’endroit où elle a vécu et aussi depuis que j’ai lu les Lettres choisies l’an dernier, collection « Quai Voltaire ». Mais ici à travers une fiction et pas de n’importe qui !

J’ai voulu découvrir aussi Carnets Montparnasse 1971-1980 de Shirley Goldfarb qui sort le 24 mai également.

Dans le registre Littérature jeunesse, j’ai choisi chez Flammarion Jeunesse un carnet d’activité, qui apparemment est bien plus qu’un cahier de vacances : Réveille la fille géniale qui est en toi ! d’Anne Kalichy (auteure et éditrice) et Aurélie Buridans (graphiste). C’est un carnet de conseils et d’activités dans la tendance des blogs beauté, cuisine, déco, avec des tutos cuisine, écriture, jeux, quiz, tests etc. A partir de 12 ans. Je devrais tenir le choc !

Je remercie vivement ces éditeurs pour leur confiance. Je suis hyper heureuse !

En ce moment, je termine Eliza et ses monstres de Francesca Zappia (litté ado/YA) et Vernon Subutex, (tome 1) de Virginie Despentes que j’aime beaucoup pour sa causticité, son style sans détour et son franc parler. Et sa vérité. Humour noir a gogo.

Et puis c’est tout. 🙂

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Deuils – Eduardo Halfon

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Traduit par David Fauquemberg

Je vous emmène en voyage, en compagnie d’Eduardo Halfon, écrivain né au Guatemala en 1971.  Il est un auteur tout à faire connu en Amérique du Sud où il a été nommé parmi les quarante meilleurs jeunes écrivains latino-américains au Hay Festival de Bogotá. Il a déjà été publié plusieurs fois en France, mais j’avoue que je ne le connaissais même pas de nom. Une belle occasion de découvrir une littérature d’ailleurs, une fois de plus !

Deuils est le récit d’une quête familiale et d’une recherche de vérité :
« Il s’appelait Salomón. Il est mort à l’âge de cinq ans, noyé dans le lac d’Amatitlán. C’est ce qu’on me racontait, enfant, au Guatemala. Que le frère aîné de mon père, le premier-né de mes grands-parents, celui qui aurait dû être mon oncle Salomón, était mort noyé dans le lac d’Amatitlán, accidentellement, quand il avait mon âge, et qu’on n’avait jamais retrouvé son corps. »

Le narrateur cherche à percer le mystère de cet oncle qu’il n’a pas connu. C’est un fantôme qui hante le récit d’une présence évanescente, poétique et presque mystique. Dans sa quête, le narrateur entraîne le lecteur à travers plusieurs pays : le Gualemala, mais aussi les Etats-Unis, l’Allemagne, la Pologne…

« Je savais que mon grand-père avait quitté Beyrouth en 1919, à l’âge de seize ans, avec sa mère et ses frères, par les airs. Je savais qu’il avait d’abord volé jusqu’en Corse, où sa mère était morte et où on l’avait enterrée ; puis de là, en France, où tous les frères avaient ensuite appareillé depuis Le Havre à bord d’un vapeur baptisé SS Espagne, à destination de l’Amérique ; New York, où un fonctionnaire de l’immigration tire-au-flanc, ou peut-être fantasque, avait décidé de couper en deux notre nom de famille, et où mon grand-père avait travaillé pendant plusieurs années, à Brooklyn, dans une usine de bicyclettes ; Haïti, où vivait l’un de ses cousins ; le Pérou, où vivait un autre de ses cousins ; et le Mexique, où un autre cousin encore était le fournisseur en armes de Pancho Villa. Je savais qu’à son arrivée au Guatemala il avait survolé les arcades du Portal del Comercio – à une époque où un tramway tiré par des chevaux ou des mules passait encore devant le Portal del Comercio – avant d’y ouvrir un magasin de tissus d’importation(…). »

Deuils, c’est aussi l’histoire d’un exil familial et de tabous, transgressés malgré tout.

« Mon grand-père ne retourna jamais dans sa ville natale. Il ne voulut jamais y retourner. Et il refusa toujours qu’un membre de la famille s’y rende. Il ne faut pas aller en Pologne, disait-il. Les Polonais, disait-il, nous ont trahis. Je voyageais donc en Pologne, contre sa volonté (…). »

« Le petit frère de mon grand-père, pouvait-on lire sur ce document, alors âgé d’à peine vingt ans, était mort de faim », dans le ghetto de Lödz, le 14 juin 1944.

Ecrire pour savoir qui on est. C’est finalement ce que l’on ressent à cette lecture. Des choses tragiques mais écrites avec force et beauté.
De la joie aussi, et de l’humour.
On croise une foule de personnages hauts en couleur.

« Une dame courtaude et grassouillette regardait la télévision derrière le comptoir. Elle l’éteignit brusquement et se leva.

Bonjour, me dit-elle dans un demi-sourire pleine de tristesse et d’or. (…)
Je remarquai sur le pin brut du comptoir une assiette de plastique rouge contenant ce qui ressemblait à des cacahouètes grillées, mais en plus rond et plus sombre, un peu comme des grains de café brûlés, et je demandai à la dame ce que c’était. Des fourmis, répondit-elle, nos fameux zompos de Mayo. Bien grillées, ajouta-t-elle, avec du sel et du citron. »
Mmmmh ! Miam miam ! 🙂 Je vous laisse découvrir seul la fin de ce passage qui vaut le détour !

Eduardo Halfon vous berce, dans ce roman court, de sa plume poétique et concise. Ses mots vous enveloppent d’un voile de douceur, pour vous conter une histoire tantôt violente, tantôt magique, entre rêve et réalité.

Je classe ce livre parmi mes coups de coeur 2018 !

Monastère sort au Livre de Poche le 11 avril : il pourrait bien rejoindre ma PAL !

Merci aux éditions de la Table Ronde pour cette belle découverte !

 

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L’étoile russe – Anne-Marie Revol

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Il y a une date qui se répète comme un mantra dans ce roman : 12 avril. Une date qui ne vous dit probablement rien, mais que vous ne pourrez plus jamais oublier une fois que vous aurez lu ce livre.

Le 12 avril 1961 est la date du premier vol spatial habité de l’histoire de l’Humanité. Un « vol de 108 minutes dont 90 minutes en orbite au-dessus de la  terre ». Et un vol russe, en pleine guerre froide. Le secret défense fut gardé pendant 30 ans avant d’être levé par le directeur du Centre scientifique fédéral de documentation cosmique, Anastase Jiglov, à l’occasion de l’anniversaire du vol.

Le 12 avril 1961, c’est un certain Youri Gagarine qui part tutoyer les étoiles à bord de sa fusée Vostok. Youri Gagarine, un nom qui ne dira sans doute rien aux plus jeunes et peut-être même aux plus si jeunes. Un nom tombé dans les oubliettes de l’Histoire.

Anne-Marie Revol propose un portrait en kaléidoscope de ce héros par son exploit, mais qui n’en demeure pas moins un homme. Elle laisse la parole à dix personnages à chaque date anniversaire. Un voyage spatio-temporel qui vous fera voyager des Etats-Unis, à l’URSS, en passant par la France.  Un roman à l’image des poupées russes qui s’emboitent pour donner à voir un portrait complet de Youri Gagarine, entre réalité et fantasme.

L’émotion, empreinte de colère d’un grand-père soviétique émigré aux Etats-Unis, qui assiste à la vente aux enchères du Vostok en 2011, lui qui a connu la guerre des étoiles alors que son petit-fils est scotché à une guerre des étoiles électronique sur sa Game Boy.

« La personne qui achètera cette capsule aura du mal à la caser dans son salon entre une télé et un buffet. J’espère qu’elle aura la délicatesse d’en faire don au Pavillon du Cosmos à Moscou. Ca fait trop longtemps qu’elle est entre des mains étrangères. D’Ailleurs, je me demande bien quand elle a pu quitter le territoire soviétique. Elle a dû être vendue au marché noir ou piquée par des crapules au début de la Perestroïka. Le bordel qu’a foutu Gorbatchev en prenant le pouvoir était surréaliste ! »

La surprise d’Anna Akimovna Takhtarova une paysanne qui voit tomber un homme du ciel, à quelques pas de sa isba. Ne sachant pas trop si c’est du lard ou du Martien…

« Je suis folle. Je ne sais plus quoi dire. Quoi faire. Ni quoi penser. (….)
Pour sortir, j’ai boutonné ma blouse et roulé mes bas. Jusqu’au dessous de mes genoux. (…) On avait des patates à planter.
C’est là que c’est arrivée… ou, pour être plus précise, qu’il est arrivé… »
(Je n’en dit pas plus, je ne vais pas vous spoiler cette histoire savoureuse et drôle !)

Une interprète qui fut aussi la femme d’une nuit parmi d’autres du cosmonaute ; une journaliste du nom de Marina Balleroy – ma curiosité a été piquée mais je n’ai rien trouvé sur internet ! 🙂 – qui écrit un article sur l’enfance de Gagarine pour France Observateur au même moment où son arrogant voisin américain nommé John Carter-Hill décide de lui rejouer la guerre des étoiles dans la cour de la Villa de l’Adour.
« Marina s’assoupit sur son lit en essayant de lire Paris est une fête. »

Les extraits du journal intime de Valia, la veuve de Youri Gagarine vient rappeler qu’on peut être un héros mais se tuer bêtement :

« Mourir à trente-quatre ans, dans un banal accident d’avion, quand on a bravé les entraînements, Kamanine et l’atmosphère terrestre, ça n’a pas de sens ! Si seulement tu n’avais pas été aussi pauvre, aussi simple, aussi entier, aussi beau, aussi petit, aussi déterminé. Si seulement je t’avais encouragé à redevenir fondeur.
Le monde entier porte ton deuil. Le deuil d’une idole. D’une icône. D’un demi-dieu. Qui connaît le Youri véritable ? Celui qui n’a jamais su faire cuire un oeuf à la coque, l’adepte des batailles de boules de neige en ordre rangé, le leader de la cage d’escalier capable de faire courir tous les hommes de notre immeuble par -10°? l’amateur de blagues potaches, de saké chaud et des complaintes de Vyssotski. »

Ainsi naissent les étoiles

En tout cas, le voyage spatial tiré du carnet de bord de Youri Gagarine a été un beau moment d’émotion et l’occasion de se rendre compte du courage qu’il a fallu à cet homme pour se lancer dans cette aventure au-delà de la manipulation médiatique  des dirigeants du Parti pour en faire le héros idéal.

Un roman où l’on sent un travail de journaliste pointer derrière ce portrait croisé, à la fois drôle, émouvant, érudit mais jamais ennuyeux ! La plume dynamique d’Anne-Marie Revol vous emporte loin. Un chouette moment de lecture ! 🙂

 

 

 

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Un assassin de première classe – Robin Stevens

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Traduit par Faustina Fiore

Un assassin de première classe est le troisième volume des aventures de Daisy et Hazel, deux adolescentes de treize ans qui ont décidé de monter un club de détectives. Elles vivent dans les années trente, sont différentes tant par leur caractère que par leur origine (Daisy est l’Anglaise « typique », blondinette au teint porcelaine ; Hazel est une britannique chinoise, de Hong-Kong, plus cartésienne que sa copine et qui prend le temps de réfléchir avant de se lancer dans le feu de l’action quand Daisy n’hésite pas à foncer tête baissée).
Les deux jeunes filles se sont connues au pensionnat anglais de Deepdean où elles ont déjà résolu deux énigmes. Daisy et Hazel sont Sherlock et Watson en jupons !
Comme dans les deux volumes précédents (Un coupable presque parfait et De l’arsenic pour le goûter), c’est le compte rendu écrit par Hazel que nous avons entre les mains.

Nous avons laissé nos détectives en avril 1935, après un meurtre, dans le manoir victorien des parents de Daisy, pendant les vacances de Pâques. Cette fois, nous sommes en été, en juillet 1935. Afin qu’elles prennent de vraies vacances, Mr Wong, le père d’Hazel décide d’emmener les jeunes filles en voyage, afin qu’elles se reposent. Et pas n’importe quel voyage : voir du pays à travers le célèbre train de l’Orient-Express. Ca tombe bien parce que Daisy a lu un certain roman d’Agatha Christie… De quoi enflammer son imagination.
« En Yougoslavie. Où il n’y a pas de policiers dans le train ! Tu as vu les policiers italiens qui sont montés quand nous avons franchi la frontière ? Eh bien, ils font la même chose dans presque tous les pays, sauf en Yougoslavie. Je ne pense pas que la police soit très efficace ici. Bref, c’est ainsi, et il suffit d’avoir lu Le crime de l’Orient-Express pour le savoir. »

Cela dit, le père d’Hazel veille au grain : il est hors de question que des enfants se prennent pour des adultes et mettent en danger leur vie. Il les a prévenues : pas de bêtises ! Sauf que les personnages qui montent à bord de ce train sont hauts en couleurs : une aristocrate russe et son petit-fils ; un écrivain raté ; un inventeur de pilules amaigrissantes et sa femme qui cherche à entrer en contact avec une défunte ; une médium ; un magicien…
Et puis, un cri. L’épouse de l’homme aux pilules est retrouvée égorgée dans sa cabine fermée à clé. Un collier qui disparaît. De faux papiers…
C’est reparti pour un tour : le club de détectives se remet au boulot, tout en devant veiller à ne pas se faire chiper par Mr Wong. Pour communiquer, le morse c’est top !

On le devine dès le titre, cette histoire est un hommage au fameux roman d’Agatha Christie (mais aussi un clin d’oeil au Mystère de la chambre jaune, de Gaston Leroux) ! C’est peut-être bien le problème de l’histoire, finalement, d’avoir été calquée sur celle de la reine du crime de manière flagrante et non dissimulée. Autant je me suis laissée emportée par les histoires des deux précédents volumes, autant j’ai eu plus de mal avec celui-ci, parce que sans cesse j’avais en tête l’autre roman ! L’effet suspense a eu du mal à se déclencher dans mon esprit. Mais bon, je suis une adulte. Peut-être que l’impression ne sera pas la même sur un ado qui ne connaît pas les romans policiers d’Agatha Christie et que cela l’incitera à vouloir en savoir davantage et à découvrir son oeuvre.

Pour le reste, les héroïnes sont toujours aussi attachantes, c’est admirablement bien écrit. L’histoire se déroule sur fond d’antisémitisme prenant de l’ampleur, de pogrome,  en ces années trente. Cela aurait peut-être mérité d’être creusé, sans pour autant plomber l’ambiance du roman, mais pour une prise de conscience…

Ensuite j’adore l’objet livre, avec sa mise en pages et sa typographie soignées, qui rappellent les années 30, les couvertures aux couleurs qui claquent.

Si vous n’avez pas lu les deux précédents volumes, vous pouvez lire celle-ci de manière autonome ; et si vous avez lu les autres tomes, vous trouverez des allusions sympathiques.

J’attends donc la suite, car il y a une suite… 🙂

Merci à Flammarion Jeunesse !

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Salon du Livre 2018

C’est par la grande porte que je suis allée à Livre Paris cette année, avec une accréditation professionnelle après m’être fait jetée comme blogueuse car les critères de Reed Expo sont faire du chiffre

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(et que faire du chiffre, sérieux, c’est pas mon obsession : je sais parfaitement ce que je devrais faire, il n’y a pas besoin de sortir de Saint-Cyr ! mais dans la même lignée, on peut aussi se prostituer… LOL !). Le blog n’est pas pour autant invisible ; il est lu plusieurs centaines de fois par semaine, mais comme je ne lis pas tout à fait la même chose que tout le monde….
Bref, l’an prochain, si mon employeur a les mêmes conventions eh bien je sais où j’irais voir directement (faut dire qu’on a eu aussi un problème de « com »et que j’ai découvert ça toute seule ; au regard du travail que je fais tous les jours, c’est parfaitement justifié d’avoir une accrédit. En tout état de cause, j’étais prête à renoncer car payer 10 à 12€ par jour pour un salon du livre, c’est beaucoup trop cher. Sachez que Reed Expo a tenté de refuser de payer les auteurs, ou alors selon des critères glauques. Obligé de faire machine arrière devant le boycott qui s’annonçait. Bref, je suis rentrée gratis tous les jours et les auteurs ont été payés. Comme quoi, il ne faut jamais rien lâcher et l’injustice ça me file de l’urticaire.
Ce qui me motivait, ce sont les auteurs présents, avant tout.
Donc, par un samedi sous les flocons, j’ai commencé par assister à une table ronde sur le thriller anglo-saxon en présence de l’écrivain nord-irlandais Stuart Neville, le plus français des Ecossais, Peter may et B.A. Paris, écrivaine d’origine franco-irlandaise, née en Angleterre et vivant en France.

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Mille et une lectures de Maeve (C)

Stuart Neville était ici sous le pseudonyme d’Haylen Beck car il vient d’écrire son premier livre « américain », Silver Water.

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Il a décidé d’utiliser ce pseudo quand ses histoires ne se déroulent pas à Belfast (vous trouverez d’ailleurs sur le blog Les fantômes de Belfast, son premier bouquin).
C’est avec plaisir que j’écoute parler Peter May, dont le prochain roman des Hébrides sortira en France en mai. Ici il évoque L’île au Rébus, son dernier livre de la série qui se passe en France. Il explique comment il travaille. Il est allé sur le terrain pour faire des recherches avant d’écrire.
J’ai aussi très envie de découvrir le thriller de B. A. Paris (deux sont actuellement traduits en français, dont le dernier, Défaillances).413L9btYtDL

Je n’ai pas réussi à retrouver le stand et l’éditeur sur le salon, qui était physiquement pas très bien organisé. Son premier livre est disponible au format poche, ce que j’ignorais quand j’étais au salon.91yNo1C5UlL.jpg

Stuart Neville explique que c’est son boulot de taper dans nos pires angoisses. Lui-même est père d’un jeune enfant, ce qui lui permet de savoir ce qu’est la peur constante de perdre un gosse.

B.A. Paris dit qu’elle n’a pas décidé d’utiliser ses initiales pour dissimuler son identité mais parce que son prénom est un peu long et qu’elle n’aime pas trop « Bernadette ». 🙂
Sur la différence entre polar, thriller et roman noir, chacun essaie de catégoriser le genre selon ses critères propres :
Pour B. A. Paris, un thriller est un page turner.
Pour Peter May et Stuart Neville, il n’y a pas nécessairement de crime, c’est dans le psychologique, la menace ressentie. Dans un polar, il y a un crime et une enquête. Pour Peter May, le polar c’est comme celui des années 20-30 (Conan Doyle, Agatha Christie !) : un cadavre, des indices et la résolution.
Quant au roman noir, c’est plutôt un genre remis à la mode par les Américains depuis James Ellroy, avec une dimension sociologique.

Pour Stuart Neville, les motivations des personnages de thrillers sont au nombre de trois : la cupidité, le besoin et le vice absolu. Pour lui, le mal ne se nomme pas lui-même. Les êtres humains ont cette capacité à toujours se trouver des excuses. Il explique que la suggestion de la violence est plus efficace à la violence elle-même, avec des descriptions sordides. On donne au lecteur la possibilité de mettre en marche son imagination.

Pour Peter May, il est important que le héros soit humain, avec ses qualités et ses défauts.
B.A. Paris explique qu’aucun de nous ne sait ce qui se cache derrière notre part d’ombre et c’est ce qu’elle essaie explorer. Tout le monde a l’air bien gentil en apparence, mais ce n’est pas forcément la réalité.

Voici pour les quelques notes prises sur mes genoux ! 🙂

Aller au salon du livre, ce fut aussi l’occasion de rencontrer (enfin !) Anne-Marie Revol, et de m’acheter son troisième livre, L’étoile russe, que je suis en train de dévorer. Quel plaisir de rencontre !! 👍

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Assister à un échange entre Amélie Nothomb et Delphine de Vigan sur « Nos démons » (décidément !). C’était agréable de savoir qu’elles s’apprécient

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Mille et une lectures de Maeve (C)

Et puis, je ne pouvais par rater Sorj Chalandon et Pierre Alary qui évoquent la façon dont a été réalisé la BD Mon traître, au regard de l’oeuvre de Sorj, aux côtés de Fabrice Humbert (et d’un autre dessinateur dont j’ai oublié le nom, pardon !) . C’était plein de bonne humeur et de sens de l’humour !

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Mille et une lectures de Maeve (C)

Lundi, je suis retournée au salon, pour assister à la table ronde « Polar et guerre, un passé noir », avec l’Irlandais Dov Lynch, Eric Todenne et Romain Slocombe. Je n’avais juste pas prévu qu’il y aurait des hordes d’ados ce jour-là. Donc, debout au fond, avec tous les adultes qui souhaitaient assister à la conférence dans cette scène polar trop petite, ne fut pas une réussite. Néanmoins, quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre que Dov Lynch est diplomate, a travaillé pour les Nations-Unies, vit en France. Et d’entendre qu’il parlait complètement français et sans accent. 🙂 Pour le reste, j’ai un peu eu du mal à tout retenir car trop mal installée.

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Finalement, ma surprise du lundi m’attendait dans un autre registre : au stand des éditions Stéphane Marsan, avec une trouvaille irlandaise dans son catalogue « jeune adulte » et pas des moindres : enfin une parution de l’auteure Louise O’Neill que j’ai repérée dans la presse irlandaise et qui me paraissait intéressante. J’en avais parlé sur la page Facebook du blog il y a des mois, me demandant quand est-ce qu’un éditeur français sera prêt pour une parution en français Ce sera pour le 16 mai, avec Une fille facile ! J’ai hâte !

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Et puis j’ai déambulé dans les allées, en terrain plus connu aussi…

Mon butin se résume à trois romans, dont une très belle édition de La baleine de Dublin de Ray Bradbury (éditions Denoël, collection « Empreinte » ! Trop trop contente de cette acquisition ! Et un roman jeunesse/young adult, Eliza et ses monstres de Francesca Zappia, qui m’a fait de l’oeil par son sujet et ses dessins à l’intérieur (édition Robert Laffont, collection R), qui devrait plaire à des poulettes que je connais…

Une belle « cuvée 2018 », où je serais bien allée aussi le dimanche mais ça ne rentrait pas dans mon emploi du temps déjà bien plein. Mais quand on me donne une accréditation, c’est pas pour y aller une demi-journée… Tant pis pour Reed Expo qui se fait une bien moche image de marque auprès de ceux qui font le salon : auteurs et lecteurs (sans parler des éditeurs). J’ai passé de très bons moments mais pas grâce à cette machine à fric !

La prochaine fois, je vous parle d’Un assassin de première classe de Robin Stevens, le tome 3 de la série so british chez Flammarion Jeunesse. Je suis un peu en retard dans mes SP, mais aller au salon ou lire, il faut choisir ! :p

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Une sacrée salade – Jacques Laurent

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Couverture : Stéphane Trapier

Les éditions de La Table Ronde donnent « carte noire » à Jérôme Leroy pour la réédition de « romans noirs qui méritent de retrouver audience auprès des amateurs du genre et prouver aux autres qu’il s’agit d’une littérature à part entière ».

N’y connaissant pas grand chose en roman noir à la française, j’ai choisi Une sacrée salade, de Jacques Laurent, initialement publié en 1954. Une histoire d’avortement en 1954 m’a clairement attirée. Rappelez-vous qu’à cette époque, cet acte était pénalement répréhensible, et que, quelques années auparavant, Vichy envoyait les avorteuses à l’échafaud.
Lire ce roman noir était un bon moyen de me replonger dans la mentalité et l’ambiance de l’époque et de me mettre dans la peau de la jeune femme de vingt-deux ans, qui se retrouve dans le bureau d’un flic pour se faire cuisiner.

Forbin, inspecteur principal adjoint au Quai des Orfèvres interroge donc Claude-Andrée-Pénélope Racan, dite Peny. Une jeune femme de bonne famille, originaire de Besançon, venue faire ses études de droit à Paris, mais bien vite abandonnées pour se laisser emporter par le tourbillon de la vie.

En guise d’interrogatoire, on assiste à un huis-clos entre un inspecteur intrigué et une jeune femme perdue mais agacée par ce type. Le lecteur sait déjà que Peny a avorté. L’intrigue tient dans le fait de savoir si elle va l’avouer. Le dialogue entre Forbin et la jeune femme s’apparente à une joute, un duel, à qui mènera l’autre en bateau et pendant combien de temps.
Forbin est effectivement un drôle de flic qui arrive à inviter son interrogée à déjeuner (ça m’a beaucoup amusée !). Peny l’intrigue, le désarçonne, l’impatiente. Elle lui dévoile sans vraiment de pudeur, toute sa vie sexuelle et sentimentale, une croqueuse d’hommes qui dit ne pas savoir de qui elle est enceinte. Une belle raconteuse d’histoires aussi, c’est à un moment ce dont on la soupçonne.

« Et pour vous consolez, vous êtes devenue sa maîtresse ? » l’interroge Forbin
« – Je suis devenue sa maîtresse, comme vous dites, parce que ça me chantait. »

« La colère allongeait les lèvres de Peny, comme son sourire. Mais son menton saillait. Elle tira sur sa jupe, posa son sac par terre.
– Ce que le mot maîtresse devient laid quand il est prononcé ici. Je suppose que tout ce que la police touche devient sale, hein ?
– C’est plutôt les histoires que l’on nous demande d’aller voir qui sont sales.
– Il n’y a rien de sale dans mes histoires, à moi, que des choses tristes, d’autres gaies, d’autres qui ont tourné d’une drôle de façon. Je me suis débrouillée au milieu de tout ça. »

Peny est cette jeunesse qu’on ne comprend pas. Une jeunesse dans la France étriquée des années 50, qui revendique sa liberté et ne souhaite pas qu’on lui donne de leçon. C’est l’époque de La fureur de vivre,  et de l’iconique James Dean de l’autre côté de l’Atlantique…

A sa manière, Une sacrée salade est un roman « existentialiste », comme le dit Jérôme Leroy dans sa préface.

La fin est un coup de théâtre et je vous devrez lire le roman pour savoir qui sort vainqueur !

J’ai aimé le style pour son côté suranné qui a tout son charme, mais aussi l’humour (noir !) dont il est pourvu ! Maintenant, je vais adorer le mot « pneumatique » !

Chouette idée que de rééditer des romans noirs tombés en désuétude pour les donner à (re)découvrir.
Viennent de paraître dans la même « optique »et toujours dans collection de poche
« La Petite Vermillon »  :
Il ne faut pas déclencher les puissances nocturnes et bestiales, Kââ ;
Recluses, Séverine Chevalier
Le sang dans la tête, Gérard Guégan

En tout cas, merci aux éditions de La Table Ronde, je suis contente de ma pioche !

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Sous les étoiles silencieuses – Laura McVeigh

https://www.bookwitty.com/product/sous-les-etoiles-silencieuses/97822651166720000000?tap_a=22016-47646a&tap_s=234664-725dfb

Traduit par Julie Sibony

Ce n’est pas en Irlande que je vous embarque cette fois-ci, mais en Afghanistan, entre les années 1960 et 1990 et vous ajouterez un séjour sans fin dans le Transsibérien.

L’histoire commence dans les années 90, Afsana, jeune Afghane de 15 ans, est dans le Transsibérien, direction Moscou. Elle a quitté Kaboul, sa ville natale quand elle avait cinq ans. Elle a quitté sa maison bleue, son paradis sur terre où elle vivait heureuse avec ses parents, ses frères et sa soeur si belle. L’Afghanistan est alors sous la houlette soviétique, ses parents soutiennent le pouvoir en place. Et puis l’Union soviétique quitte l’Afghanistan. Les moudjahidines font leur loi, vite supplantés par d’autres jeunes gens en colère : les talibans. Les choses dégénèrent gravement, comme vous le savez tous.
Le roman comporte plusieurs parties mais on peut le diviser en deux : celle où Afsana raconte son enfance heureuse dans la maison bleue. Et puis le périple pour sauver sa peau.
A Kaboul, les rues résonnent des cris et rires des enfants, les cerfs-volants décorent le ciel. La capitale est surnommée le Paris de l’Afghanistan, avec ses boutiques de mode et ses cafés. Les femmes aiment s’habiller. La mère d’Afsana est institutrice. Ses frères Jawad et Omar sont des enfants comme tous les autres. C’est la mère d’Afsana qui raconte à sa fille comment était Kaboul avant. Et puis la guerre civile. Il faut fuir vers les montagnes, dans le village des grands-parents, loin de Kaboul, vivre dans des maisons troglodytiques. La famille refait sa vie là-bas. Elle ne pense pas vraiment être rattrapée par le tumulte de la guerre.

« Plus tard, après que nous étions gavées de fruits et de noix, je disais au revoir aux jumelles et rejoignais d’autres enfants au coin de la place pour jouer au buzul-bazi, un jeu d’osselets de moutons. Nos rires et nos cris résonnaient dans toute la vallée. L’après-midi, Javad et Omar et les autres garçons disputaient des parties de volley-ball sur un terrain de fortune dessiné à la craie. »

Pourtant. Les talibans arrivent au village. Les filles ne vont plus à l’école, les femmes doivent rester chez elles et se couvrir. Le terrorisme et l’endoctrinement se mettent en place, de manière insidieuse :

« Masha et Ara ne disaient rien mais semblaient un peu plus terrorisées chaque jour par ce qui les attendait, elles qui étaient en train de sortir de l’enfance et devenir des femmes dans un pays où être une femme était perçu comme un crime. »

« Najib avait été remplacé par un vieux monsieur austère du village voisin qui faisait la classe comme à la madrasa et avec des idées différentes, des idées appuyées par le nouveau régime. Les choses qu’apprenaient Javad commencent à changer. A la place de la géographie et des mathématiques, il rentrait à la maison en ne parlant que de sujets religieux, des nouvelles règles. Il se mettait à nous faire la leçon en soupirant, en disant que nous ne pourrions jamais comprendre car nous n’étions que des filles, et que désormais, il était de sa responsabilité de nous guider, de nous montrer la voie du bien. »

Javad se métamorphose, devient de plus en plus agressif, sous les yeux de ses parents qui n’osent pas trouver à y redire, médusés qu’ils sont.

Un autre drame inattendu survient : un tremblement de terre qui laissera Afsana seule au monde, contrainte de rejoindre un camp de réfugiés au Pakistan, de le fuir car c’est une jungle aussi dangereuse que celle des talibans. Un long périple l’attend. Et puis ce train mythique, le Transsibérien, où elle sympathise avec Napoléon, le contrôleur, enfant des goulags de Sibérie qui lui raconte son histoire.

Et puis Anna Karénine, Tolstoï. Afsana est une grande lectrice qui se passionne pour son héroïne, et ses amours compliquées. La lecture, sa bouffée d’oxygène, ce livre qu’elle dévore alors qu’elle est passagère clandestine dans ce train qui fait des allers-retours d’Est en Ouest. Un jour, elle posera ses valises pour refaire sa vie.

« J’ai écrit ce roman en hommage à tous ceux qui sont obligés de quitter leur maison et de redémarrer à zéro », explique Laura McVeigh, qui a grandi en Irlande du Nord, au coeur de la guerre civile qui l’a poussée à s’interroger sur le pourquoi les hommes se font la guerre. Prise d’une soif de vouloir comprendre le monde, qui n’a fait que croître au fil des années alors qu’elle travaillait avec des militants et des jeunes aux quatre coins de la planète, elle a pris conscience du « poids déterminant de l’accès à l’éducation ». Elle a également travaillé avec des exilés et des réfugiés et connaît l’Afghanistan. Un beau parcours qui suscite l’admiration.

Ce roman est également un bel hommage aux femmes, avec son héroïne forte et intelligente, qui ne se résigne pas, jamais. Une jeune femme qui, avec le recul, malgré l’immense amour qu’elle porte à ses parents, n’hésite pas à se montrer critique à leur égard : pourquoi ne l’ont-ils pas empêché Javad de devenir un monstre ?

Le livre se termine sur de l’espoir mais il a la force de nous rappeler que pour nous, les femmes, rien n’est jamais acquis.

Je connais mal l’histoire de l’Afghanistan – si ce n’est la partie tragique que nous connaissons tous par la force des choses-, ce roman m’a donné envie d’en savoir davantage. J’ai adoré me promener dans les montagnes, habiter dans une maison troglodytique, apprendre des mots inconnus, me frotter à leur sonorité intrigante, croiser des fillettes blondes aux yeux bleus.

Quand je vous dis que lire est un voyage, ce roman en est la preuve ! A découvrir.

Si vous le souhaitez, vous pouvez vous procurer le livre sans frais de port ICI

(Bookwitty est une plateforme qui réunit éditeurs, libraires, blogueurs, écrivains,  traducteurs et journalistes ; le concept vise à rendre visible les livres qui ne sont pas des best-sellers et à les rendre accessibles partout dans le monde. Je suis fraîchement embarquée dans cette aventure après une demande de partenariat de leur part, que j’ai acceptée pour le « fun » d’une nouvelle expérience.  🙂 )

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Mon traître – Pierre Alary

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Avoir été trahi est quelque chose d’abominable. Avoir été trahi pendant 25 ans c’est au-delà des mots. Alors, Pierre Alary a pris un vrai risque en adaptant en BD la terrible histoire d’amitié de Sorj Chalandon avec un membre de l’IRA, racontée dans un roman qui ose à peine dire son nom, Mon traître, chroniqué ici même. Le risque de trahir l’auteur du roman. Ayant lu le roman autobiographique et sa suite, Retour à Killybegs, il fallait que je me fasse mon avis sur cette BD, avec le risque d’être déçue. Je m’étais pris cette histoire de trahison comme une volée de bois vert en plein visage, me demandant comme une histoire aussi dingue pouvait être réelle. Comment peut-on trahir quelqu’un pendant 25 ans sans tomber fou ? Comment, du côté du trahi, peut-on survivre à ça ? Comment peut-on ensuite encore accorder sa confiance à quelqu’un ? Une histoire qui m’avait tordu les tripes, vraiment. J’avais admiré, surtout dans Retour à Killybegs, l’humanité incroyable de Sorj Chalandon, capable de se mettre à la place du traître et d’en sortir un roman sans esprit revanchard.

Je me suis donc plongée dans cette BD en marchant sur des oeufs…
Pourtant, j’ai rapidement renoué avec les émotions contenues dans les deux romans de Sorj Chalandon. La ferveur irlandaise, la fièvre de l’engagement militant, les amis français de ce luthier parisien qui ne comprennent pas ce qui lui arrive, de ne parler, de ne respirer que pour l’Irlande du Nord, la Guinness et les grévistes de la faim de Long Kesh. DSC02111

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Entre les dessins ocre, gris et rouges, qui rendent tellement bien l’ambiance, l’interrogatoire de Tyrone Meehan, par les membres de l’IRA, qui veulent lui faire cracher le morceau, après la révélation.

Tout est juste dans cette BD, les couleurs, les passages choisis du texte de Sorj Chalandon, la tête du traître qu’il a imaginé barbu ; l’allure romantique d’Antoine le luthier, avec ses cheveux souples. A l’image de l’Irlande. Sa découverte stupéfait d’une « autre » Irlande, à quelques kilomètres de Dublin, loin des moutons tranquilles et des images de cartes postales : des images de guerre, d’oppression et d’occupation qui le bouleversent.

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Une amitié forte et rare, une confiance absolue dans cette Irlande du Nord meurtrie…

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La terrible révélation dont la mise en scène retranscrit tout à fait l’émotion ressentie par celui qui est trahi, et de manière universelle, avec cette impression que le ciel vous tombe sur la tête. DSC02107.JPG

Les retrouvailles voulues avec le traître pour tenter d’avoir une réponse, que je vous laisse découvrir à la lecture du livre….

« Personne ne naît tout à fait salaud, petit Français. Mais on en tous un bien planqué dans notre ventre. »
« Le salaud, c’est parfois un gars formidable qui renonce. »

La bonne nouvelle c’est que Retour à Killybegs sera aussi mis en bande dessinée.

Bref, une pépite. 🙂

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