Le monde infernal de Branwell Brontë – Daphné du Maurier

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Traduit par Jane Fillion

Qui était vraiment Branwell Brontë ? Si nous connaissons beaucoup de choses sur ses trois célèbres soeurs, nous ne savons finalement pas grand chose sur l’unique fils du révérend Patrick Brontë. La postérité nous a renvoyé l’image d’un homme orgueilleux, vaniteux, imbu de lui-même, alcoolique, drogué, fou et celui d’un raté. Pas vraiment de quoi avoir envie de le connaître davantage, a priori. Pourtant, la première à s’intéresser au jeune homme est Elizabeth Gaskell, qui a donné le « virus » à Daphné du Maurier.

La célèbre Anglaise livre ici un documentaire dense, riche en références que l’on trouve en annexe du récit.
Etant atteinte de brontemania depuis mes plus jeunes années, ayant dévoré également une bonne partie des romans de Daphné du Maurier, voir le nom des Brontë associé au sien n’a fait qu’aiguiser ma curiosité ! Quant à Branwell à proprement parler, j’avoue que j’en gardais l’image négative véhiculée par la postérité, mais aussi le portrait un peu agacé qu’en fait Charlotte dans ses lettres, d’un frère qu’elle a pourtant toujours aimé, mais qu’elle ne comprenait pas. Je vous invite d’ailleurs à lire l’excellent ouvrage, Lettres choisies de la famille Brontë par Constance Lacroix, chroniqué ici même en mai 2017, qui est très instructif pour qui s’intéresse à cette famille devenue mythique.

Mais qu’est-ce que donc que cette histoire de « monde infernal » ? En fait, Charlotte, Emily, Anne et Branwell, enfants, puis adolescents écrivaient en secret sur les personnes de leur entourage, qu’ils transforment en personnages d’un univers fantasmagorique d’un pays imaginaire nommé Angria, qui se situerait en Afrique. Sachant qu’ils commettent quelque chose de répréhensible, ils appellent leur création « Le monde infernal ». Ils s’y projettent eux-mêmes. Le petit personnage que vous voyez sur la couverture, c’est Sneaky, un petit de soldat de bois que Branwell reçu en cadeau de la part de son père.  Sneaky, ce compagnon d’enfance à qui il va insuffler la vie et qui reposera sur sa tombe, à sa mort en 1848, à l’âge de 31 ans. Sneaky et les autres petits soldats de bois que Branwell va offrir à ses soeurs vont enflammer leur imagination. Les chroniques d’Angria voient le jour. Un bon moyen de s’évader de l’univers confiné dans lequel vit la fratrie. En particulier Branwell, qui, contrairement à ses soeurs, ne sera pas envoyé en pensionnat, en raison de sa santé délicate (tout laisse à penser qu’il souffre de crise d’épilepsie) .
Branwell est complexé et insuffle en Sneaky tout ce qu’il aurait aimé être : « En réalité, ce personnage n’est autre que l’incarnation du héros idéal que Branwell rêvait d’être. Un Branwell qui ne pêcherait pas par sa petite taille; ne porterait pas de lunettes ; ne serait pas instruit à la maison ; ne griffonnerait pas, de la main gauche, poèmes et récits mais serait un homme de plus de six pieds de haut, brun et beau, formentant des révolutions et assommant ses rivaux d’un revers de sa puissante main droite. »

Malgré ce physique qu’il n’aime pas, à cette époque, Branwell est un jeune homme plein d’ambition et d’espérance. Tout cela va s’amplifier quand il rencontre l’oeuvre d’un jeune sculpteur, Joseph Bentley Leyland, devenu célèbre à 23 ans.
« Puisque Joseph Leyland était célèbre à 23 ans, pourquoi Branwell ne le serait-il pas aussi ? »
Les deux jeunes hommes deviennent amis. « Branwell rentra à Haworth bouillonnant de projets d’avenir. Il ne parlait plus que de Leyland, d’art et de Londres. » Branwell décide de poser sa candidature à la Royal Academy mais ce fut un projet non réalisé dont on ignore la raison, « J’ignore si ce fut sa conduite ou le manque d’argent qui empêcha Branwell d’entrer à la Royal Academy. Peut-être de l’un et de l’autre », déclara Ellen Nussey à Elizabeth Gaskell.
Bref, ça commence mal ! C’est pas grave, Branwell décide de poser sa candidature comme rédacteur au Blackwood’s Magazine. Sauf qu’on ne veut pas de lui comme collaborateur ! Il se laisse embarquer par la Franc Maçonnerie, écrit des poèmes qu’il veut soumettre à l’avis du plus grand poète anglais de l’époque : Wordsworth, qui vit non loin de là, dans la région des lacs. Celui-ci ne prend même pas la peine de lui répondre. Wordsworth apparaît ici comme un vieux poète bourru : quand Charlotte lui envoie quasi-anonymement un extrait de ses histoires d’Angria en les transposant dans le Yorkshire, il répondit qu‘ »il n’avait pu discerner si l’auteur était un clerc de notaire ou une modiste grande dévoreuse de roman » ! 🙂

Branwell décide alors de partir à Bradford pour gagner sa vie comme portraitiste. Cela fonctionne pendant un an puis nouvel échec (les tableaux qu’il a réalisé sont au presbytère et à la National Galery de Londres).
Il tente alors d’être précepteur et échoue une nouvelle fois. Il s’engage dans la compagnie des chemins de fer de Leeds, histoire au moins de gagner sa vie et de s’assurer une certaine sécurité matérielle. « Le fait est qu’il fut engagé (…). A la fin du mois de septembre 1840, Branwell devint préposé au guichet de Sowerby Bridge ». Sans doute aurait-il réussi s’il n’avait pas été quelqu’un d’influençable, mais ce fut bien dommage qu’il ait un chef de gare alcoolique qui l’entraîna dans son vice alcoolisé ! Muté à Liverpool, il rencontre les Irlandais qui ont une grosse partie de la population de la ville. « Oui, il était le frère de ces innombrables Irlandais, des hommes certes doués, pourtant des ratés, qui dans leur pays natal se contentait de rêver leur vie sans arriver à rien, et qui, transplantés, se perdent corps et âmes ». Ses frères de sang (la grand-mère maternelle des enfants Brontë était irlandaise et catholique) ne l’aident pas à trouver le chemin de la réussite…
Il finit par se faire renvoyer de la compagnie des chemins de fer car il manque de l’argent dans la caisse.

Je ne vais pas vous raconter toutes les mésaventures de Branwell, qui au-delà de sa malchance, s’enferme tout seul dans une vie infernale en faisant les mauvais choix. Le Branwell que décrit Daphné du Maurier m’a fait mal au coeur. On découvre un être hypersensible, mal dans sa peau, traumatisé par la mort de sa soeur Maria, qui hantera ses nuits tel un fantôme, lui provoquant d’horribles cauchemars. C’est quelqu’un qui perd la foi, en les autres et en dieu à partir du moment où il voit sa tante (qui lui a servi de mère) mourir après d’atroces souffrances.

Branwell Brontë est un être accablé par l’échec, les dettes, la réussite de ses soeurs. Il souffre aussi du regard que son père et Charlotte portent sur lui : un regard plein de déception, quand Emily et Anne sont beaucoup plus discrètes sur ce qu’elles pensent de ce frère qui leur mène une vie infernale quand il est ivre et a pris du laudanum.
Sans doute, Branwell était-il schizophrène, une maladie dont la consommation toujours plus importante d’alcool et de laudanum « ne pouvait que multiplier d’alarmante façon les visions terrifiantes ou paradisiaques qui [le] hantaient ». Cette maladie n’était pas connue comme telle à l’époque.

Daphné du Maurier montre comment il a en partie inspiré et sans doute contribué aux Hauts de Hurlevent. C’est juste incroyable ! Le début du roman, dans sa toute première version, aurait été écrit conjointement par Emily et Branwell. En tout état de cause, c’est Branwell qui a inspiré l’idée des deux familles de l’histoire. Plus tard, il a affirmé avoir écrit lui-même une partie du roman.

Ce jeune homme succombera un désespoir : « William Brown le découvrit à mi-chemin de la petite pente qui menait de l’église au presbytère. Il était à bout de forces et incapable d’accomplir seul les quelques pas qui le séparaient de sa demeure (…) Branwell ne devait plus quitter le presbytère. Il mourut deux jours plus tard. »
« Sur le permis d’inhumer, la mort de Branwell est attribué à une bronchite chronique et au marasme (cachexie). »

Je me suis régalée avec ce livre documentaire qui se lit comme un roman.  Il date de 1960 et plaira à tous les fans des Brontë.  Je n’ai qu’une envie : retourner à Haworth et chercher Branwell ! On peut remercier Daphné du Maurier de réhabiliter sa mémoire avec ce magnifique roman biographique.

C’était un ouvrage épuisé et c’est une chouette idée de l’avoir rééditée dans la très belle collection « Petit Quai Voltaire », vendu avec un marque-page assorti !

Mille mercis aux éditions de La Table Ronde pour cette chouette lecture.

 

 

 

 

 

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Réveille la fille géniale qui est en toi ! Anne Kalicky

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Graphisme : Aurélie Buridans

Présentation éditeur : « Un carnet d’activités pour s’occuper en s’amusant : des tutos cuisine, d’écriture, des pages dessins, des idées de jeux/quizz. Mais aussi des tests, des moments bilan pour réfléchir sur son année et faire le bilan de ses envies. Une manière légère et intelligente de révéler sa personnalité et de voir la vie du bon côté ! « 

Vous l’aurez compris, je ne vais pas vous parler roman ! J’innove avec une première chronique sur un phénomène tendance rayon ados (et adulte), le carnet d’activités.

Celui-ci a pour objectif d’aider l’adolescente à rester zen et à positiver pour être mieux dans sa peau.

Le carnet se divise en 5 chapitres avec 5 objectifs :
– Objectif bilan personnel ;
– Objectif vacances et farniente ;
– Objectif home sweet home ;
– Objectif bien dans ta team ;
– Objectif retour au collège.

Tous ces objectifs sont l’occasion de bilans, de jeux, de « DIY » (comprendre Do it yourself, de recettes de cuisine ou de beauté. Il y a une initiation au yoga et autres techniques de relaxation ; il y a des quizz, des idées de lecture, des invitations à écrire. Créativité est le maître mot pour se sentir mieux et sur chaque page on trouvera aussi « la minute Feel Good » qui aide à positiver.

 

J’ai beaucoup aimé le graphisme, avec les couleurs toutes douces que j’ai trouvé vraiment sympas. J’ai apprécié la richesse et la variété du contenu de ce carnet.

Cependant, je me suis interrogée aussi sur le pourquoi d’un carnet réservé aux filles, aux adolescentes. Pourquoi ne pas avoir proposé un carnet qui aurait pu s’adresser aux garçons aussi ? C’est la question qui m’est passé par l’esprit. Ce carnet est calqué sur la tendance des blogueuses déco/beauté/cuisine. Néanmoins, pourquoi garder un carnet « genré » (très moche le mot !) ? Les garçons ne sont pas attirés par les carnets d’activités ?
J’ai un peu tiqué quand j’ai vu, en thème d’inspiration pour s’initier à l’écriture romanesque « Ma romance » !

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On aurait pu inviter l’adolescente à écrire autre chose qu’une romance, ne croyez-vous pas ? Un roman d’aventures, par exemple, car ça fait moins cliché. Heureusement, un peu plus loin, l’invitation à écrire est celle d’un polar. Ouf !
Côté littérature, on trouve aussi des conseils de Pile à Lire à mettre dans sa valise, des PAL par genre littéraire.
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Le carnet est réputé accessible à partir de 12 ans. Autant vous dire que le choix dans ces PAL est beaucoup plus large, puisqu’on trouve, par exemple Le Seigneur des anneaux ; Madame Bovary, La Servante écarlate. On trouve aussi Twilight (Twilight est devenu un classique qui permet d’élargir sa culture littéraire ? Je suis sceptique !), Dracula, Misery… Bref, l’ado en mal d’inspiration littéraire y trouvera quelques idées en fonction de son niveau de lecture ou de son inspiration du moment.

Mis à part ces quelques remarques, ce carnet est très sympa pour les activités manuelles tendance : art-thérapie ; bracelet porte-bonheur en macramé; tricot, tote bag, bullet journal.

Maintenant, il n’y a plus qu’à avoir le retour des adolescentes qui auront testé ce carnet d’activités afin de savoir si elles auront réussi à réveiller la fille géniale qui sommeille en elles. 🙂

En librairie le 13 juin.

Merci à Flammarion Jeunesse.

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Une fille facile – Louise O’Neill

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Traduit par Nathalie Guillaume

 

Emma a 18 ans et vit en Irlande dans la petite ville de Ballinatoom. L’histoire commence un jour de canicule ! Emma vit chez ses parents avec son frère aîné, Bryan. Comme toutes les ados, elle traîne toujours avec sa bande de copines, où elle parle fringues, make up et garçons.  Emma est la fille populaire de son lycée, elle a un physique parfait et elle est brillante élève. Seulement, on sait bien que la perfection, ça agace. Emma est consciente des regards qu’elle suscite à son passage et elle en joue.

Un jour, elle participe à une soirée entre copains et copines, comme elle a l’habitude de le faire. Sauf qu’elle ignore que c’est la soirée qui va faire basculer sa vie de l’autre côté du miroir, du côté de l’enfer et du sadisme, de la cruauté gratuite qui s’ajoute à la cruauté de l’acte qu’elle a subi, à savoir non pas un viol, mais plusieurs, lors de cette même soirée. De la part d’inconnus ? Non, pas du tout. De la part de ceux qu’elle fréquente depuis l’enfance, des ados de son âge. Les réseaux sociaux, le machisme, la recherche de l’audience médiatique et la connerie humaine font le reste.

Un roman sur le viol. Ce n’est certes pas le premier. C’est un sujet délicat à aborder. L’écueil a éviter est celui du roman qui est perçu comme faisant dans le sensationnel, dans l’émotion pure.
Louise O’Neill, je vous le dis tout de suite, évite tout à fait cet écueil et vous plonge dans l’enfer de la tête d’Emma et du comportement incompréhensible de son entourage, de ses bourreaux et de la société.
La fin m’a fait hurler mais Louise O’Neill explique pourquoi elle a décidé de finir son histoire ainsi. La faire se terminer autrement lui aurait paru pas très crédible.

Emma fait partie de la digital native, cette génération née avec Internet et smartphone. L’auteure montre des ados qui passent leur temps à se liker sur Facebook, à poster des commentaires, à faire des photos, des vidéos. Lors de la tragique soirée, des photos vont être prises et postées sans vergogne sur les réseaux sociaux, avec tag. Une page dédiée spécialement à Emma va être créée, déversoir de haine, d’insultes, de propos calomnieux. On va la harceler, lui envoyer des textos et mails en ravales pour l’insulter en permanence. Elle devient la menteuse, la pétasse, la traînée, la pute, la salope qui l’a bien cherché, la fille qui porte des robes tellement courtes qu’on voit sa culotte… Et comme si ça ne suffisait pas, une célèbre émission de TV irlandaise s’empare de son cas. Un groupe de soutien se crée aussi sur les réseaux. Elle devient La Fille de Ballinatoom. Désincarnée d’elle-même, Emma voudrait juste qu’on lui fiche la paix.
« Je me réveille en pleine nuit. Je me rappelle. Je suis la chair rose. Je suis les jambes écartées. Toutes les photos, les photos et les photos. J’ouvre mon ordinateur. Je lis les articles du Jezebel, xoJane, le Journal, le Guardian et le New Statesman. Puis je fais défiler l’écran jusqu’aux commentaires.
Elle est allée dans cette chambre.
Elle a trop bu.
Elle a pris des drogues.
Personne d’autres ne sait ce qui s’est passé dans cette pièce à part ceux qui s’y trouvaient.
Elle a dit à la police qu’elle faisait juste semblant de dormir.
Elle est allée à une autre soirée chez Dylan Walsh un mois après ce qui s’est produit. Est-ce qu’elle aurait fait ça si on l’avait vraiment violée ? »

Emma porte plainte. Cependant on l’informe qu’en « vertu de la loi irlandaise, [elle] n’a pas droit à la représentation légale séparée. (…) Le directeur des poursuites pénales amènera les accusés en justices et les poursuivra au nom de l’Etat irlandais. Pas au nom d’Emma ». Et sachez que « le taux de condamnation est terriblement bas » en Irlande. Il y a bien un centre d’aide aux victimes de viol, mais on ne lui en dira pas trop.

« Je suis remplie de cette honte, et elle m’accable, m’enchaîne les pieds », explique Emma. Ce poids de la culpabilité comme une violence inversée : elle n’est coupable de rien (si ce n’est d’avoir bu et pris de la drogue, comme ses amis), mais tout le monde va lui faire sentir qu’elle était habillée trop provocant, comme si elle une femme n’avait pas le droit de disposer de son corps. Eh oui ! Qui n’a jamais entendu sa dans sa vie de femme : t’es habillée trop truc ou trop machin, fais attention, tu risques des ennuis… C’est tellement ancré dans la tête de tout le monde que beaucoup de femmes se culpabilisent même d’être trop belles !

Louise O’Neill emploie parfois un vocabulaire cru, à la hauteur de la violence et du traumatisme subis par Emma. La force de l’auteure est de vraiment arriver à vous plonger dans l’état d’esprit d’Emma, dans sa souffrance et ses contradictions qui font qu’elle va finir par faire le mauvais choix, sous la pression de la société qui ne rend pas justice aux femmes. J’ai eu envie de claquer ses parents, en plus de tous les autres ! Savoir qu’il y a en gros 1% de condamnation qui aboutissent en Irlande parce que les plaintes restent très faibles me fait m’insurger ! Allez les Irlandaises, vous venez de voter pour le droit à l’avortement, le droit des femmes à disposer d’elle-même, eh bien la prochaine étape sera de tenir la dragée haute à tous ceux qui abusent de vous. La culture du macho, ça suffit ! Et la France peut vous emboîter le pas car on n’a rien à vous envier.

« On nous a toujours répété que celui qui conduit, c’est celui qui ne boit pas. L’alcool au volant, c’est dangereux. L’alcool au volant tue des gens, gâche des vies.
Il y a d’autres manières de gâcher des vies. On ne nous a jamais mis en garde contre celles-là. »

A l’heure du #metoo, voici un roman catalogué un peu trop vite young adult qui est à mettre entre toutes les mains.
« Notre société ne semble peut-être pas soutenir les violences sexuelles, mais vous n’avez pas besoin de creuser beaucoup sous la surface pour apercevoir combien nous banalisons le viol et les agressions sexuelles. Celles-ci (qui vont des attouchements sexuels au viol) sont tellement courantes que nous les considérons presque comme inévitables pour les femmes. Nous assommons nos filles de précautions pour éviter de se faire violer, comme s’il s’agissait d’une triste fatalité, comme si c’était un combat perdu d’avance » explique Louise O’Neill. En discutant avec des femmes, seulement 1 sur 20 a signalé les agressions dont elle  été victime à la police de peur de ne pas être crues. Comme dit Louise O’Neill « Je n’ai pas de réponse à ça » mais « je ne veux plus vivre dans un monde comme celui-ci ».

« Nous devons parler sans relâche jusqu’à ce que toutes les Emma du monde se sentent soutenues et comprises. Jusqu’à ce qu’elles aient la certitude qu’on les croient », conclut l’auteure dans la post-face de son livre. Je ne peux qu’être d’accord.

Je vous conseille donc fortement ce roman irlandais qui restera ancré dans votre mémoire pendant un moment, je pense. C’est le deuxième de l’auteure, est un best seller en Irlande où il obtenu plusieurs prix. Ce roman a été récemment adapté au théâtre.
Quant à Louise O’Neill, elle est née en 1985 dans le comté de Cork.

Merci aux éditions Stéphane Marsan de faire connaître Louise O’Neill en France !

 

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Carnets • Montparnasse 1971-1980 – Shirley Goldfarb

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Traduit par Frédéric Faure et Hélène Cohen
Textes choisis par Gregory Masurovsky
Edition illustrée et complétée par Jean-Marc Masurovsky

 

Shirley Goldfarb est une artiste peintre américaine, née en 1925 à Altoona en Pensylvanie. Elle a fait des études d’art dramatique et de théologie juive à New york,  travailla à la Art Student League, se maria à Gregory Masurovsky et déménagea à Paris en 1954, où elle vécut jusqu’à la fin de ses jours dans le quartier de Montparnasse. Quand elle n’était pas dans son minuscule atelier à peindre, elle affectionnait particulièrement de fréquenter les terrasses du Flore, de chez Lipp, de La Coupole où tout le gratin du Paris bohème de l’époque se retrouvait.
Shriley Goldfarb appartient à la seconde génération d’artistes expressionnistes américains. En traînant aux terrasses des cafés de Saint-Germain-des-Près, elle observe et consigne dans des carnets ses remarques et états d’âme, souvent avec humour, parfois avec amertume. Elle écrit aussi sur la maladie qui la ronge, son combat de tous les jours.

Voir le Paris Bohème des années 70-80 à travers les yeux d’une Américaine m’intéressait. J’avoue, je ne connais absolument pas l’oeuvre de Shirley Goldfarb. J’ai effectué un voyage dans la Ville Lumière intellectuelle de l’époque, mais aussi le milieu de la mode. En effet l’artiste a côtoyé Roland Barthes, Michel Butor, Sartre, Aragon, Giacometti, Man Ray, Yves Klein, mais aussi Yves Saint Laurent, Karl Larfeld…

Le paradoxe de tout cela c’est qu’elle est la laissée-pour-compte, à cette époque, du monde de l’art. Elle s’incruste dans les soirées mondaines avec son mari, l’artiste Gregory Marukovsky. Elle se moque aussi de ces mondains qui l’ignorent et consigne les réflexions qu’ils lui inspirent dans son carnet, qu’elle illustre parfois de dessins.

Il y a du Oscar Wilde et du Godot de Samuel Beckett chez Shriley Goldfarb. C’est aussi une féministe qui n’a rien à envier à celles d’aujourd’hui. J’ai été saisie par sa modernité et ce qu’elle dit en la matière, est encore (malheureusement) valable aujourd’hui. Elle n’y va pas de main morte. Elle s’exprime sans filtre, avec les mots qui lui viennent à l’esprit.
Je lui cède la place :

« Je me bats chaque jour pour marcher librement dans la rue comme un homme. »

« Il y a un dingue moustachu et libidineux – aussi laid que le péché ; il s’attaque mentalement à ma personne – me dévisageant lubriquement. »

« Par moments j’ai plaisir à vivre à Paris, pourtant la plupart du temps c’est ennuyeux et pesant. »

« Etre un observateur de la vie française, ça pue. »

« J’aime et je hais les Français, comme un bon Français le devrait, à part que je suis américaine. »

« Je vous jure que Paris est une scène de cirque. »

« Paris paraît en deuil cette nuit. Une certaine liberté dans les lieux publics, comme le Drugstore, semble disparaître pour toujours… Dieu, comme on se sent en insécurité. »

« Il est un petit peu plus d’une heure au Flore. Les snobs et les dandys habituels se reniflent le cul les uns les autres avec autant de  délectation que la veille. »

« Est-ce vraiment parce que je suis effacée et timide que j’adore observer et ne pas participer, ou bien est-ce parce que je ne supporterais pas la plupart des gens que je rencontre ? »

« La prétention des êtres superficiels, vulgaires, médiocres, essayant péniblement et échouant à impressionner. Ils ont tout appris dans les films, seulement ils imitent pauvrement ce qu’ils ont observé. Le monde va vers l’ordure fasciste. »

« Pauvreté mentale – quelle nouvelle et brillante manière de décrire certaines personnes que je connais. »

« La vanité est la force qui motive le plus le comportement des gens.
J’observe que son manque revient à l’autodestruction. Peu de gens peuvent s’offrir le luxe de ne pas être vaniteux. »

« Je ne devrais pas dialoguer avec la plupart des gens. Avec les génies, oui. Ils sont si peu, hélas ! »

« J’aimerais être assez célèbre pour avoir mon image sur un timbre-poste ! (…) »

« Un homme m’a demandé si j’étais un écrivain. Evidemment oui, puisque j’écris dans un cahier. »

Jusqu’au bout de sa vie qui lui a été trop tôt retiré par la maladie,  (« Le cancer est le nazi dans mon corps », écrit-elle), Shriley  Goldfarb a couché sur le papier de son cahier ses pensées,  qui sont aujourd’hui un formidable témoignage sur ce Paris disparu.
La lectrice que je suis a pris plaisir à s’asseoir avec elle aux terrasses des cafés et à voir le monde des lettres, des arts et de la mode défiler à travers les yeux de l’artiste à qui personne ne prêtait attention. Une belle revanche posthume puisque ses tableaux valent une fortune et que ses carnets ont été adaptés au théâtre en 1999 par Caroline Loeb, avec Judith Magre dans le rôle de Shriley.

Merci aux éditions de La Table Ronde pour cette belle découverte de la collection « Petit Quai Voltaire ».

 

 

 

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Je te protégerai – Peter May

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Traduit par Ariane Bataille

Niamh et Ruairidh propriétaires de Ranish Tweed sont en voyage d’affaires à Paris. Alors qu’ils sont entassés dans le RER (ô joie francilienne s’il en est!), Ruairidh reçoit un message sur son smartphone qui semble le troubler. C’est du moins l’impression de Niamh, sur la défensive depuis qu’elle a reçu un mail « de la part d’un ami » lui annonçant que Ruairidh la trompe. Leur couple bat de l’aile mais rien ne la prédisposait à tout ça. A l’hôtel, Ruairidh sort passer la soirée dehors. Un peu plus tard, une voiture piégée explose, Ruairidh est tué. La police est sur les dents, dans ce Paris qui vit à l’heure des attentats. Une enquête est rapidement diligentée et tout indique qu’il ne s’agit pas de terrorisme mais d’un règlement de compte. Niamh est ravagée par le chagrin, incapable de se projeter dans l’avenir et encore moins de penser à ce que deviendra Ranish Tweed, devenu le principal concurrent du Harris Tweed. Ranish leur a permis de rester sur Lewis et Harris dont ils sont originaires tous les deux et d’y créer des emplois. Obligée de rentrer à Lewis pour préparer les obsèques, Niamh se plonge dans son passé et embarque le lecteur pour un voyage  gaélique iodé, plein de pluie et de vent, de landes sauvages, de blackhouses et de mystères.

Peter May prend des petits bouts de laine, tricote des récits qu’il rassemble en un charmant patchwork de Tweed dont il enveloppe le lecteur, qui se prend en pleine face, à l’instar de l’enquêtrice française envoyée sur place,  la pluie et le vent  qui balaient la lande de Bavras d’Ouest en Est, sur ce territoire, où en arrivant en bateau, on aperçoit « les doigts de roches noires bordées de blanc tendus dans la mer d’étain, annonciateurs de l’île qui émerg[e] lentement du brouillard, un peu comme un monde mythique ».

Qui sera coupable du meurtre de Ruairidh ?  Un mari jaloux ? Un mafioso? Un enfant gâté du monde de la mode qui a des raisons d’en vouloir à Ruairidh ? Un ex-copain d’enfance pour qui la vie a mal tourné ? Les parents de Niamh qui ont toujours détesté Ruairidh (je garde le mystère du pourquoi) ?
Ce roman est du Agatha Christie saupoudré d’un peu de romance celte, le tout à la sauce de Lewis.

J’ai adoré l’ambiance sur Lewis magistralement décrite. La plume de Peter May vous fait vraiment voyager.
J’ai souri quand j’ai vu le nom du Crown Hotel de Stornoway que je pouvais totalement situer et visualiser puisqu’il était à deux pas d’où j’ai séjourné : « Il y a un bar au premier étage, dit-il, tandis qu’elle s’enregistrait à la réception. On y fait de la bonne bouffe. Et le restaurant a une jolie vue sur le port. La rue piétonne, en bas, traverse tout la ville. On l’appelle les Narrows. » Je me suis dit que le petit Hôtel allait avoir un succès fou auprès des touristes ! Et puis, il y a le fameux boudin de Stornoway qui n’a pas échappé à la plume de notre écrivain écossais.  On découvre l’existence d’une bibliothèque publique à Stornoway. Et puis le Harris Tweed ! On vous explique tout, dans le détail ! Encore mieux qu’un guide touristique ! Autant de clins d’oeil qui m’ont mis la « banane »…

(C) Mille et une lectures de Maeve

J’ai refait  mentalement le trajet jusqu’aux environs de Ness (un peu larguée quand même)  où se situe la maison Taigh’an Fiosaich de Ruairidh et Niamh, en haut d’une falaise. Avec ce paysage à la fois époustouflant, lugubre et unique : « Des falaises vertigineuses, des affleurements rocheux ponctués de petits bouts de plages inattendus, au sable d’or ou d’argent pur. »
Vous irez aussi vers l’Ouest où « des kilomètres de tourbière aride à perte de vue » sont un vrai choc pour cette flic parisienne envoyée sur place.
Il y a même mes midges « adorés » qui ne sont pas transformés en autre chose qu’en midges ! Merci à la traductrice 🙂
J’ai aimé la tranquillité de Lewis où il y a « un meurtre tous les cents ans contre sept cents par an en France » ! N’empêche que là Peter May y fait couler un peu de sang.

Venons-en à l’intrigue proprement dite. En fait, je suis un peu embêtée car je ne sais pas trop quoi en penser ! Il y a quelques surprises pas piqué des hannetons dans ce roman noir… Mais si ça se tient, j’ai quand même trouvé ça too much !

En tout cas, j’ai adoré le personnage de Seonag qui m’a beaucoup fait rire. Je ne sais pas si c’était voulu. 🙂

Donc voilà, j’ai adoré retourner me faire une séance d’iode et d’embruns sur Lewis mais pour l’intrigue en elle-même, je trouve qu’elle n’est pas aussi prenante que pour la précédente trilogie  (L’île des chasseurs d’oiseaux ; L’homme de Lewis ; Le braconnier du lac perdu).

Mais à lire quand même, Peter May c’est toujours sympa. 🙂

 

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Amelia – Kimberly McCreight

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Traduit par Elodie Leplat

Amelia vit à Brooklyn avec sa mère, Kate, avocate. Elle fréquente un lycée huppé, au-dessus des moyens Kate qui l’élève seule. Amelia est en seconde, c’est une élève sérieuse et intelligente, une grande lectrice qui se fiche royalement du comment elle est sapée du moment qu’elle a un bon livre dans les mains. Son écrivain favori est Virginia Woolf, dont elle a lu plusieurs fois les livres. Sa meilleure amie est tout son contraire mais elles s’adorent : Sylvia aime est une fashion victime qui se désespère de voir sa meilleure amie sapée comme un sac ; elle aime les garçons et c’est son obsession première, alors qu’ Amelia s’en fiche complètement. Elle entretient une amitié virtuelle avec un garçon qu’elle n’a jamais vu, un certain Ben, qui habite à l’autre bout des Etats-Unis. Amelia est l’oreiller sur lequel pleure Sylvia à chaque fois qu’elle se fait larguer, c’est-à-dire tout le temps. Rien ne semble pouvoir séparer les deux amies.
Un jour, Amelia est sollicitée pour intégrer un « club » de filles du lycée. Un club qui n’a rien d’inoffensif club de jeunes filles en fleurs, c’est plutôt le genre ramassis de pétasses qui n’ont qu’une obsession : déglinguer ceux qui ne sont pas comme eux, se mêler de la culotte des autres, ce genre de choses. Un club secret et interdit dont pourtant la direction du lycée connaît l’existence. Tous les membres doivent rester anonymes. Sans trop savoir pourquoi, Amelia accepte d’intégrer ce club qui ressemble davantage à un gang de filles. Elle dit oui alors qu’elle voudrait dire non, sans doute par peur d’être rejetée et qu’on lui pourrisse la vie. Elle n’en parle pas à Sylvia mais elle a l’impression de la trahir, car elle non plus n’aime pas les clubs de pétasses malfaisantes.
Et puis c’est le drame. Kate reçoit un appel de la CPE du lycée lui demandant de venir immédiatement au lycée pour quelque chose de grave qu’aurait commis Amelia. Kate lâche son boulot en pleine réunion, reste coincée dans le métro new-yorkais et arrive en retard devant un lycée entourée par la police. Amelia est tombée du toit de son établissement. Les autorités concluent rapidement à un suicide. Ravagée par le chagrin, incapable de comprendre le geste de sa fille, Kate s’enferme chez elle, incapable d’aller travailler bien évidemment. Quelques semaines plus tard elle reçoit un SMS anonyme : « Amelia n’a pas sauté ». Kate décide de découvrir la vérité.

Un thriller que j’ai vu sur quelques blogs mais qui n’avait pas trop attiré mon attention. Le hasard de le trouver sous mes yeux en librairie m’a fait m’y intéresser de plus près. La quatrième de couverture était attrayante. J’avais une envie de thriller et c’était l’occasion de découvrir un nouvel auteur.
Grand bien m’en a pris ! C’est un bon petit pavé de plus de 500 pages mais que j’ai dévoré en moins d’une semaine. Kimberly McCreigh aborde plusieurs thématiques  qui font de ce thriller un livre étoffé et intéressant  : la monoparentalité, le harcèlement dans toutes ses dimensions, les gangs de filles friquées, les réseaux sociaux et le web 2.0, l’amitié, la trahison, l’homosexualité, le droit à la différence, la jalousie, le bizutage, le poids de la culpabilité, le système des lycées huppés américains et leur personnel toujours sur la sellette à cause du poids des associations de parents qui font la loi par l’argent ; la quête d’identité; la manipulation.

Un thriller qui vous tient en haleine par une construction polyphonique où les liens se tissent au fur et à mesure entre le passé et le présent. Amelia raconte à la première personne sa vie d’ado et de lycéenne au quotidien jusqu’à sa mort ; on a ses posts sur les réseaux sociaux de plus en plus énigmatiques ; ses échanges SMS avec ses amis, Ben et Sylvia. On a l’histoire de Kate, présent et passé. On a cet étrange blog de ragots qui s’exprime avec des propos orduriers.

Amelia n’a jamais connu son père, Kate lui a toujours raconté que c’était l’homme d’un soir. Amelia qui est de plus en plus envahie par l’envie de connaître son identité et ne croit plus trop à ce que lui raconte sa mère. Kate qui est certaine de l’identité du père d’Amelia.
Et puis il y a Dylan dont Amelia tombe amoureuse. Au grand damne de la meneuse du club secret  des Magpies qui devient jalouse à mourir.

J’ai été assez amusée de voir que la CPE de ce bahut friqué américain ressemblait plus à une secrétaire de proviseur qu’à une conseillère principale d’éducation. Elle ressemblait à un larbin au garde-à-vous de peur de perdre sa place. Même chose pour la prof de français qui est un drôle de personnage plutôt ambigu, prête à tout pour s’acheter la paix sociale avec les élèves. Quant au proviseur, c’est un vrai lâche.
Kimberly McCreigh n’y va pas de main morte avec les différents représentants du lycée huppé américain. Ca ne fait pas envie du tout !

Ce roman est un coup de poing contre le harcèlement, notamment le cyber-harcèlement dont sont victimes nombre d’adolescents.  Ou comment un groupe formé en meute anéantit l’individualité  pour faire partie d’un groupe, quitte à commettre le pire. La vitesse des réseaux sociaux et d’internet font le reste. J’ai eu envie de distribuer des claques à ces filles décérébrées et violentes dans ce thriller. La fin de l’histoire et le poids de la culpabilité qui les rongera pour toujours est la meilleure leçon qu’on pouvait leur donner.
J’ai beaucoup aimé aussi les références à Viginia Woolf tout au long du récit.

Le dénouement est un coup de théâtre. Je devrais même dire qu’il y a plusieurs coups de théâtre ! Pour une fois je ne m’étais doutée de rien. Ce qui explique aussi que ce fut pour moi une lecture réussie pour un thriller !

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Nouveautés d’Irlande et d’Ecosse

Je vous ai déjà parlé en mars de la trouvaille faite au salon du livre cette année, au détour d’un catalogue, sur le stand de Bragelone, qui abritait aussi la toute nouvelle maison d’édition de Stéphane Marsan (cofondateur de Bragelone) : la parution à venir (à ce moment-là), et pour la première fois en français, de l’auteure irlandaise Louise O’Neill, avec Une fille facile, le 16 mai. Je l’avais annoncé sur la page FB du blog dès le 19 mars, tant j’étais enthousiaste (et sur Instagram) et j’avais enrichi le site Babelio de ce livre qui, bien évidemment n’y figurait pas (puisque personne n’était au courant, sauf les quelques personnes passées sur le stand et ayant lu la petite brochure à disposition).

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Le roman m’attend bien gentiment dans ma liseuse, pour un prix tout modique, 9,90€. Aucune raison de se priver. De toute façon, j’en n’avais pas l’intention ! 🙂
Un certain blog s’approprie les « trouvailles » irlandaises, sans citer ses sources, surtout quand elles viennent de moi. J’ai mis deux fois un commentaire qui a été systématiquement retiré. Je vide mon sac parce que ce n’est pas la première fois que cela arrive. J’ai eu droit à la même chose pour le premier roman de Laura McVeigh, Sous les étoiles silencieuses, annoncé sur la page FB du blog dès le 29 décembre, ajouté par moi-même sur Babelio. Depuis, j’ai lu et chroniqué le roman, que j’ai beaucoup aimé. Laura McVeigh (qui écrit parfaitement le français) m’a même remercié pour mes deux chroniques où apparaît son livre.
Je passe sur ma découverte le 5 janvier du premier roman de Sara Baume chez un petit éditeur lors d’une virée à la FNAC et annoncé sur la page FB du blog, dès le lendemain, avec aussi une photo du format poche de La neige noire de Paul Lynch.
Bref, ne pas citer ses sources par omission s’apparente à du plagiat. On peut me dire que le plagiat serait de pomper les auteurs sans les citer et que les livres à paraître peuvent être trouvés sur les sites éditeurs. Certes. Mais quand un livre n’est pas visible sur le web ou la blogo et que vous êtes le premier à en parler, il y a comme un problème tout de même – et puis je suis aussi l’auteur de ce blog, entre autres. Il y a tout de même de drôles coïncidences, surtout quand cela se répète. 🤔Je ne parle même pas de la censure qui consiste à retirer un commentaire qui n’a rien d’offensant mais rappelle juste la source de tout ça. Ca parle de soi!😁 Si on est tranquille avec soi-même, on ne le retire pas. Le reste est malhonnêteté. Bon, il se trouve que j’ai éjecté cette personne de mes contacts FB après m’être pris dans la face il y a un an un : »Tu commence à me gaver » où je n’ai pas compris le pourquoi du comment. J’aime pas les gens violents. Je lui ai demandé de retirer mes chroniques de sa page FB (parce qu’il faut être cohérent, si je « commence à la gaver », eh bien, elle va jusqu’au bout et elle retire mes chroniques qui alimentent sa page; ce qu’elle a refusé et ce qui a déclenché une logorrhrée haineuse et délirante où elle me reproche d’ailleurs de l’avoir virée de mes contacts). J’aime pas les gens fourbes et j’ai l’habitude de dire ce que je pense. C’est comme les sales mots qu’on balance à la gueule des gens comme s’ils étaient des chiens et de s’étonner ensuite qu’ils vous jettent. Désolée, je ne reste pas pote avec les gens insultants, les faux amis. Et c’est trop facile de choper le boulot des autres et de se l’approprier par « omission ». A moindre frais et moindre effort. Ca me fait vomir. Je suis allée 2 jours au salon du livre, j’ai arpenté les stands, posé des questions etc.

Revenons à nos chers bouquins :
Autre sortie majeure en ce mois de mai, le dernier livre de Colum McCann, qui n’est ni un roman, ni un recueil de nouvelles, mais une sorte de guide, Lettres à un jeune auteur Parution prévue le 19 mai 😎

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Sorties en poche chez 10/18 de Génération de Paula McGrath, que j’avais lu et chroniqué en grand format fin décembre 2016 et de Assez de bleu dans le ciel de Maggie O’Farrell (chroniqué en mai 2017)

 

(voir la page FB du blog respectivement du 1er mai et du 31 mars)

Côté Ecosse, je suis plongée avec délectation sur le dernier Peter May qui se déroule sur l’ïle de Lewis, dont j’ai complètement oublié de parler alors que je l’attendais depuis de longs mois, Je te protégerai , sorti le 2 mai.

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J’en ai lu un peu plus de la moitié. Je ne sais pas encore trop quoi en penser.

La prochaine fois, je vous parle d’un thriller américain qui m’a pas mal plu !

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Ces écrivains français qui s’intéressent à l’Irlande

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Je vous parle souvent de littérature irlandaise, écrite par des Irlandais. Mais force est de constater que l’île d’Emeraude est un souffle d’inspiration puissant pour la littérature française. C’est en rangeant un peu mes chères bibliothèques (toujours en vrac, quoi que je fasse !) que je suis tombée sur un roman « irlandais », écrit par un Français, puis un autre etc. Et j’ai poussé l’investigation un peu plus loin. Voici jusqu’où cela  m’a menée…
(J’avoue que je n’ai pas encore eu le temps de tous les lire, mais que c’est fait pour une bonne majorité et souvent depuis des années.)

Sorj Chalandon, dont j’ai lu tous les romans (autobiographiques) qui ont trait à l’Irlande, Mon traître et Retour à Killybegs.
J’espère il remettra ça en nous écrivant une pure fiction, même si je sais qu’il a dit un jour qu’il n’écrirait plus jamais sur l’Irlande. Mais il paraît qu’il ne faut jamais dire « jamais »… 🙂

 

 

 

Bien évidemment, il y a Michel Déon, avec Cavalier, passe ton chemin ! qui sont des « pages irlandaises », de sa rencontre avec des personnages réels et hauts en couleur ; et le plus connu Taxi mauve dont on ne manquera pas de vous parler en Irlande : il fait partie du patrimoine, quasiment ! La première fois que j’ai lu Cavalier, j’ai été un peu dépitée. Je ne comprenais pas trop où Michel Déon voulait en venir. Ces pages portent un parfois un regard sans concession sur l’Irlande contemporaine. C’était avant la crise de 2008. J’ai relu ce livre en octobre dernier, soit onze ans après ma première lecture ; mon propre regard a changé et je comprends mieux…
Le Taxi mauve que j’ai lu lui aussi au moins trois fois, si ma mémoire est bonne !

 

 

Hervé Jaouen vous injecte La cocaïne des tourbières, que j’ai beaucoup aimé ! C’est plein d’humour et de tendresse. Ce n’est pas de la fiction, mais bien du vécu, des carnets. Tous ces récits sont rassemblés en un volume mais ils existent encore séparement. Très sympa pour prolonger un voyage en Irlande. Je me rappelle avoir lu La cocaïne dans un avion qui me ramenait dans l’Hexagone.

 

 

Hervé Jaouen a écrit plusieurs romans « irlandais ». J’ai beaucoup aimé aussi. Connemara Queen et L’adieu au Connemara.

 

Benoîte Groult, dont j’ai lu La touche étoile, qui est une histoire d’amour, une liaison passionnée avec un Irlandais un peu fou, et une réflexion sur la vieillesse. Quand on en sait un peu plus sur l’auteure, féministe convaincue, on devine la part autobiographique qui se dissimule derrière la fiction. Journal d’Irlande vient de paraître.

 

 

Au détour de pérégrinations en librairie et autres bouquinneries, je suis tombée par hasard sur un polar de Gérard Coquet, Connemara Black, toujours dans ma PAL ! Une histoire d’ancien membre de l’IRA, de filles de la baie de Galway…

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Je ne vous présente plus Dominique Le Meur, Français et enseignant à l’université de Limerick, qui a écrit plusieurs romans très documentés sur l’Irlande contemporaine,  dont je partage le regard. J’ai lu et chroniqué Irlande, Nuit celtique, qui se passe après la crise de 2008 et vous file la chair de poule… Il a écrit d’autres romans aussi.

 


En librairie j’ai découvert une série policière écrite par Pierre-Olivier Lombarteix, qui met en scène une universitaire spécialiste des civilisations anciennes, Deirdre McNeill. J’ai Le trèfle noir dans ma PAL…

 

Encore dans le rayon polar, Nicolas Lebel a publié un roman « irlandais » lui aussi, qui nous mène sur les traces du conflit en Irlande du Nord. Il est également dans ma PAL et vient de sortir au format poche : De cauchemar et de feu.

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Thomas Lejeune vient de sortir son troisième roman irlandais (Sans toi on continuera) ! C’est ce qu’on appelle être envoûté par l’Irlande ! J’ai le tout premier, Renversant rang vert sang, qui m’attend encore dans ma pile, gentiment transmis par l’auteur.

 

Pierre Joannon, qui est reconnu comme le plus grand spécialiste de l’Irlande en France, a écrit plusieurs livres sur l’Irlande, dont deux biographies, celle de Michaël Collins que j’ai chroniquée et une autre sur W. B. Yeats, Un poète dans la tourmente.

 

 

L’Irlande est également source d’inspiration en littérature jeunesse, avec une saga mythologico-folkorique, Le souffle de la pierre d’Irlande d’Eric Simard. C’est devenu un classique ou presque. On la trouve en plusieurs éditions, en grand format ou en poche.

 

J’ai chroniqué ici même une autre série jeunesse, écrite par Béatrice Nicomède, qui se passe au temps de la Grande Famine L’anneau de Claddagh. Très bien documentée, c’était le point positif.

 

Je ne vous citerai pas deux romans français que j’ai lus, tendance romance mièvre, avec de l’Irlande en carton pâte dedans et autres clichés débiles, cela ne vaut pas la peine d’en parler, vous retrouverez celui où un beau prénom irlandais est estropié sans vergogne…

Mince, je crois que j’ai encore fait un billet fleuve ! C’est dire si l’Irlande inspire !

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Derrière les portes – B. A. Paris

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Traduit par Luc Rigoureau

J’ai assisté à une table ronde à Livre Paris entre Peter May, B. A. Paris et Stuart Neville sur le thème du polar anglo-saxon. Autant j’ai déjà lu les livres de Peter May et Stuart Neville, autant je n’avais jamais entendu parler de B. A. Paris. Ses propos m’ont intéressée, alors j’ai acheté son premier thriller, paru en V. O. en 2016 (Behind closed doors) puis en France en 2017 chez Hugo Thriller. Voir la pastille annonçant qu’il faisait partie de la pré-sélection Prix des lecteurs du Livre de Poche cette année renforcé ma motivation.

Si vous croyez un prince charmant, sachez que ce livre n’est pas pour vous ! B. A. Paris prend une trame de romance pour la retourner comme un gant.
Grace a la trentaine, un  bon job pour lequel elle a un peu trimé avant d’arriver à un poste vraiment intéressant, qui la fait beaucoup voyager. Elle est célibataire. Elle ne se sent pas très proche de ses parents qui le lui rendent bien. Sa mère a eu un enfant à 46 ans, Millie, trisomique, sur laquelle Grace reporte tout son amour, jusqu’à servir de maman de substitution pour palier aux manquements de sa mère, dépressive. Si Grace a trouvé un emploi, c’est pour subvenir aux besoins de Millie, lui trouver la meilleure structure qui soit pour lui permettre de progresser. Trouver ce job est aussi un moyen pour Grace de se réserver une bouffée d’oxygène. Cependant, ses parents envisageant de partir vivre en Nouvelle Zélande, elle s’inquiète de savoir ce que va devenir Millie, une fois l’école terminée.

En général, quand Grace annonce aux hommes qu’elle a la charge d’une petite soeur trisomique, ils prennent la fuite. Pourtant, quand elle rencontre Jack, avocat connu et spécialiste des procès sur les femmes battues, il ne part pas. Il a tout du gendre idéal : beau, bien élevé, argenté, prévenant, bref, ultra bright ! Très vite, Jack lui trace des plans sur la comète : la maison de rêve, tout ce qu’elle veut la chérie et même le mariage, là tout de suite ou presque. Comme il a un poste important, il préfère avoir une femme à la maison plutôt qu’une femme aussi crevée que lui quand il rentre. Donc il ne faut plus que Grace travaille. Je sais pas, mais normalement, vous vous posez pas mal de questions sur ce mec qui vous la présente comme ça et si vite alors que vous ne le connaissez finalement presque pas… Au contraire, voici ce que Grace se dit :

« Quand je suis revenue d’Amérique du Sud, j’ai donné ma démission et mis ma maison en vente. J’avais méticuleusement réfléchi et j’étais arrivée à la conclusion que j’agissais comme il faut en obéissant à Jack. J’aspirais à l’épouser, et la perspective d’habiter une belle maison à la campagne au printemps suivant et, peut-être, d’attendre notre premier bébé, me remplissait d’allégresse. J’avais travaillé comme une dingue pendant treize ans, me demandant parfois si je pourrais lever le pied un jour. Comme, par ailleurs, je savais que, une fois chez moi, je ne serais plus en mesure de voyager autant ou d’enchaîner les longues journées qui m’incombaient parfois, j’avais nourri des angoisses quant à la nature du poste où je finirais. Tout à cou, mes inquiétudes s’envolaient et, tandis que je choisissais les cartons d’invitation à envoyer aux amis et à la famille, j’avais l’impression d’être la fille la plus chanceuse du monde. »

Autant dire qu’à moins que Grace change radicalement d’attitude et de point de vue, je me suis dit qu’on ne serait pas copine !
Je suis un peu obligée de vous spoiler l’histoire pour vous parler de ce thriller, mais sachez que le gars vire Mr Hide dès la nuit de noces où il disparaît pour ne ressurgir de je ne sais où le lendemain matin.
Et si je vous dis que c’est un affreux psychopathe doublé d’un misogyne patenté, vous ne serez pas surpris non plus.
J’ai cru jusqu’au bout des 345 pages du livre que j’aurais droit à un coup de théâtre qui m’inviterait à tout envisager d’une autre façon. Malheureusement, ce ne fut pas le cas.

Grace est bêtasse du début à la fin. Jack est bien évidemment détestable. Notre affection de lecteur se reporte sur Millie qui est la plus intelligente, malgré son handicap. J’en dis trop ou presque mais il n’y a pas vraiment de surprise pour un thriller. Tout est caricatural. B. A. Paris tire son épingle du jeu grâce au rôle qu’elle donne à Millie.

Je suis énormément déçue par ce thriller dont j’attendais beaucoup. C’est du déjà-luJ’aurais aimé que la part belle soit donnée à la femme qui subit le calvaire de la maltraitance conjugale, une femme un peu plus courageuse et pas cette femme soumise, du début à la fin. Bien évidemment, c’est une bonne idée de donner à Millie le beau rôle, mais les deux auraient, cela aurait été plus fort.
Bien sûr, toutes les personnes de l’entourage assez restreint de Grace ne se doutent de rien du calvaire qu’elle subit, sauf une personne, à qui, pourtant, elle ne fait pas confiance. Au début, on pense à ce genre de personne intrusive qui veut tout savoir sur votre vie privée et intime. Mais pourtant, cette femme est bien plus fine psychologue de Grace.
Pour connaître une femme qui a été maltraitée, avant de décider que cela devait cesser définitivement, il est parfaitement crédible d’avoir en face de soi un couple qui paraît complètement heureux, sans que personne ne se doute de rien, d’avoir un homme le plus sympa du monde alors qu’en vérité c’est un horrible connard violent. Dans la fiction, j’aime voir des histoires où les femmes ont le beau rôle, pas celui de la soumission. Parce que dans la réalité, ça existe. Si Grace se soumet en partie pour protéger Millie, elle se rend pourtant compte rapidement que ce n’est pas la solution, mais ses piètres plans tombent tous à l’eau. En tant que lecteur, on s’en doute aussi.
L’emprise psychologique aurait dû être traitée avec davantage de finesse. Grace sait très bien que Jack n’accédera jamais à ce qu’elle demande mais à chaque fois, elle tombe dans le panneau.

Sur la 4e de couverture, Cosmopolitan annonce : « Le thriller de l’année. » Rien n’est moins sûr !
Quelques mots sur l’auteure : « D’origine franco-irlandaise, B. A. Paris a été élevée en Angleterre avant de partir en France, où elle a notamment créé une école de formation aux langues étrangères et où elle vit aujourd’hui avec son mari et leurs cinq filles. »

Hugo Thriller annonce B. A. Paris comme la nouvelle star du thriller psychologique. J’avoue que Karine Giebel me convainc davantage. Un deuxième roman est publié cette année, Défaillances. Je suis un peu bornée, alors peut-être que je le lirai quand il sera paru en poche, sur le bord d’une plage.

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Croquis d’une vie de bohème – Lesley Blanch

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Traduit par Lucien d’Azay
Présentation et préface de Georgia de Chamberet

 

Qui est Lesley Blanch ? A vrai dire, avant d’ouvrir ce livre je ne le savais pas. Elle est pourtant l’auteure de onze livres traduits en français : des récits de voyages et un texte autobiographique. Lesley Blanch est une Anglaise qui a traversé le XXe siècle (elle est née en 1904) et le début du XXIe (elle est décédée en 2007 à l’âge de 103 ans à Roquebrune !). Selon sa filleule, Georgia de Chamberet, qui est à l’initiative de ce livre, elle fut « écrivain et voyageuse, romantique, pleine de verve, mais érudite », « (…) elle fut d’abord la femme dont tout le monde connaissait le nom avant de devenir une légende vivante, à la fois mystérieuse et délaissée »;  « autodidacte formée par ses voyages et ses lectures elle devint un paradoxe incarné : fascinée par des univers d’époques révolues en même temps que pionnière et avant-gardiste ». Le dossier de presse indiquait qu’elle a été mariée à Romain Gary, décoratrice de théâtre, rédactrice pour l’édition britannique de Vogue, illustratrice. Il ne m’en a pas fallu davantage pour avoir envie de me plonger dans cette lecture !

Quand j’ai reçu le livre, j’ai été épatée par la beauté de l’ouvrage. Un petit aperçu, mais tout petit, car il y a vraiment de jolies surprises à l’intérieur !

 

L’ouvrage est organisé par thématiques, « Scènes de l’enfance »; « Scènes du front intérieur (qui regroupe l’époque Vogue et une série d’articles) ; « Scènes d’un mariage » (la vie avec Romain Gary ; « Horizons lointains » ; « L’oeil oriental ».

Croquis d’une vie de bohème se lit comme un roman, bien qu’il soit composé de récits, de quelques articles, de dessins, de photos, de carnets de voyage qui vous emportent loin ! L’histoire d’une vie du commun, vous l’aurez compris. Une organisation thématique plutôt que purement chronologique qui permet de découvrir non seulement l’artiste Lesley Blanch, mais bien entendu Romain Gary, mais encore plus : tout un univers, un monde révolu. Qu’elle ne fut pas ma surprise de croiser à l’école pour filles de St Paul’s une tout jeune Irlandaise en larmes et déracinée : Molly Keane ! En vrac, je peux vous annoncer qu’on croise André Malraux, Marlène Dietrich, Carson McCullers, Georges Simenon (à New-York !). Ce Georges Simenon en prend pour son grade sous la plume de Lesley Blanch (j’avoue qu’il m’a dégoûtée!) :
« A un certain moment, nous voyions assez souvent Georges Simenon dont la série Maigret et d’autres romans assez sinistres à l’atmosphère pesante captivaient un vaste lectorat. »
« Simenon était irrésistible aux yeux des femmes, il les faisait tomber à volonté. Je le trouvais pourtant loin d’être séduisant ; il m’inspirait même une franche aversion. Je me rappelle qu’un jour, lors d’un déjeuner, ni lui ni sa femme ne jugeaient le plat principal satisfaisant. « Je ne comprends pas quel est son problème, s’est plainte Mme Simenon en parlant de la cuisinière. – Eh bien, moi, je sais, a-t-il répliqué. Je vais aller lui donner ce dont elle a besoin. Et de quitter aussitôt la table. » Croquignolet comme portrait ! Ca en fiche un coup dans l’aura de l’écrivain de polars… 🙂
Au contraire, elle trouve Carson McCullers a « une personnalité fascinante ». « C’était un des personnages des plus extraordinaires. Originaire de l’extrême sud des Etats-Unis, elle a écrit ses meilleures pages sur cette partie du monde américain. »
Et puis, bien évidemment, une bonne partie du livre est consacrée à Romain Gary (et il hante l’ouvrage, même après le divorce). Si je vous dis qu’on découvre un homme torturé, vous me direz que ce n’est pas un scoop. En tout cas, d’après Lesley Blanch, un homme difficile à vivre, voire par moments insupportable, et en mal de reconnaissance… Quelqu’un à part dans l’univers diplomatique, car, forcément, il ne rentrait pas dans le moule, beaucoup trop intelligent pour cela et trop sensible. Il se révoltait contre l’état du monde.
« Il ne parvenait pas à résister à la publicité. Accorder des interviews, se faire photographier ou bien participer à des émissions télévisées, cela l’enivrait. Il ne se lassait jamais de ce péché mignon, car c’en était devenu un. La qualité de son travail et sa stature personnelle n’avaient nullement besoin de ces artifices de bas étage. »

J’ai aimé le côté « périple littéraire » de ce livre. Mais vous pouvez également préparer votre sac à dos pour partir en Afghanistan dans des coins reculés, au Mexique à la rencontre des Indiens Chamulas, experts en « sortilèges secrets » et autres « breuvages à base de plantes maléfiques ». Sans parler d’une étrange « groupe d’indiens Zinacothèques » (et bien aller lire l’appel de notes !) . Si cela ne vous suffit pas, vous pourrez poursuivre en Perse, pour, entre autres, un petit aperçu culinaire où les sonorités de mots inconnus intriguent :
« Le riz, d’innombrables légumes, les fruits et le yaourt, ou mast, constituent la nourriture de base du pays. Dans de nombreux foyers, le plat principe, ou même le plat unique, était immanquablement du riz, mais un riz que l’on rendait appétissant grâce à une série de sauces complexes (khorech), aigres ou douces. Ces préparations subtiles mais audacieuses sont le secret et la gloire de la cuisine persane traditionnelle, et elles sont aussi contradictoires et compliquées que le peuple lui-même.  Quand je dégustais des délices telles que du riz au khoresh fesendjan, je m’interrogeais sur sa composition (…) ». D’autres pays sont aussi au rendez-vous, d’autant que Lesley Blanch voue un culte à la culture russe !

Il y a certainement encore beaucoup de choses à dire sur Croquis d’une vie de bohème, qui est, pour le moins que l’on puisse dire, un livre comme en n’en croise pas tous les jours dans sa vie de lecteur ! Il y a également toute une page d’Histoire au rendez-vous. En tout cas, si vous avez tendance à rapporter des objets ou vêtements de vos voyages (non made in China), avec Lesley Blanch, vous vous sentirez moins seul par rapport à cette étrange manie ! – car c’était aussi une sacrée collectionneuse.

Une lecture qui plaira à ceux qui veulent en savoir davantage sur Romain Gary, mais aussi à ceux qui aiment élargir leurs horizons par les voyages et les livres. !
J’ai beaucoup aimé.

Merci aux éditions de La Table Ronde.

 

 

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