Paul Auster à Paris, 13 janvier 2018

Début décembre, j’ai appris que Paul Auster venait à Paris pour la promotion de son nouveau roman, 4 3 2 1, après un silence de sept ans. J’ai d’abord vu un « événement » sur Facebook à la librairie Mille Pages de Vincennes mais c’était un jour où je n’étais pas disponible. Mais miracle, quelques jours plus tard, j’apprends que le théâtre du Rond-Point organise une interview de l’auteur menée par François Busnel, qui connaît bien son oeuvre. Rencontre payante mais bon, c’était ça où rien et je me disais que ça allait être plutôt « chaud » en librairie pour écouter l’écrivain, sans réservation, compte tenu des foules qu’il déplace au regard de sa notoriété. Un autre événement était organisé dans une FNAC parisienne mais sur invitation (ce qui veut tout dire). Les rencontres en librairie se sont vite avérées de simples dédicaces : intérêt moindre en ce qui me concerne car j’aime toujours écouter un auteur parler de son nouveau roman. Donc voilà, je réserve deux places au théâtre du Rond Point et hier on fonce, impatients comme des enfants. On se programme une heure d’avance pour être bien placés et c’était bien vu !

Paul Auster, je n’en n’avais jamais entendu parler jusqu’à mes études de lettres à la fin des années 90. Je ne peux que remercier un enseignant de littérature générale et comparée d’avoir eu l’idée de nous faire lire, ce qu’on appelle aujourd’hui « La trilogie new-yorkaise », en particulier, La Cité de verre qui m’avait alors emballée. C’était il y a longtemps maintenant, mais ce livre et cet auteur ont effacé tout le reste du programme du module dans mon souvenir. Je me rappelle que le prof nous avait alors enjoint de connaître Paul Auster cinéaste, avec Smoke. Que je n’ai toujours pas vu. J’ai lu, avant la création du blog, quelques autres romans : L’invention de la solitude et Brooklyn Follies. Autant dire presque rien, mais le peu m’a convaincue depuis longtemps. Mais vous savez comment c’est quand on lit beaucoup…
Et puis ce fut un long silence de l’écrivain. Sept ans c’est énorme. Je ne sais pas pourquoi ce silence, mais on peut dire qu’il s’est bien rattrapé puisque, avec 4 3 2 1, il nous offre une brique de plus de 1000 pages qui pèse pas loin d’1,5 kilo.  🙂 Encore pas lu mais j’ai bien l’intention de le faire et depuis hier je suis encore plus motivée !

Voici les quelques propos recueillis hier (que j’espère pas trop déformés !), suite aux questions posées par François Busnel.  Aucun besoin d’un interprète puisque Paul Auster est parfaitement francophone et francophile, à tel point qu’on oublie qu’il est américain…

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Le roman repose sur le principe vertigineux suivant :  Qu’est-ce qu’on aurait fait si, qu’est-ce qui serait arrivé si… ?
Paul Auster a imaginé 4 fois la vie de son personnage principal, Archibald Ferguson.
Paul Auster n’a pas voulu écrire sa vie de ce personnage de la naissance à la mort racontée quatre fois. Il évoque les vingt premières années (l’enfance, l’adolescence et la jeunesse) parce que c’est à ce moment-là qu’on se façonne et qu’on fait des choix qui feront ce qu’on est.

François Busnel lui fait remarquer que Ferguson 1 ressemble étrangement à son auteur, il est né en 1947, comme lui, habite Brooklyn, il est journaliste d’abord pour le canard de son université. On voit ce qui le mène à l’écriture.
Paul Auster explique que chaque roman contient une part d’autobiographie, qu’on le veuille ou non, car on est coincé par ses propres expériences. On ne peut pas parler de ce que l’on ne connaît pas. Son roman se passe à New York parce qu’il y vit. Il ne pourrait pas écrire des romans qui se passent en Russie. Pour construire ses personnages, on doit puiser en soi les expériences vécues, explorer ses émotions, quitte à les imaginer poussée à l’extrême. Paul Auster évoque la colère, par exemple, qui, si elle est poussée à l’extrême peut, dans certains cas pousser au meurtre. Ferguson partage sa chronologie et sa géographie avec son créateur car ce sont des périodes que celui-ci connaît bien.
Ferguson 1 est le seul des personnages à s’intéresser à la politique. Mais être écrivain l’empêche de devenir activiste,  car écrire lui prend toute son énergie, son être tout entier est accaparé.

Evidemment, on en vient à parler un peu politique, en particulier de la situation actuelle des Etats-Unis, avec Trump au pouvoir. Pour Paul Auster, 25% des Américains sont des gens dérangés. Et ce n’est pas nouveau . Il évoque aussi l’erreur monumentale des Américains quand ils se sont engagés dans la guerre du Vietnam .
Il explique que la lutte actuelle contre le terrorisme depuis le 11 septembre 2001 n’est pas une guerre mais une action policière et qu’il ne faut pas se tromper de terme.

Dans son livre, à travers Ferguson 4 est évoquée la question raciale, qui est encore taboue aux Etats-Unis.

Quand on lui demande : « Qu’est-ce que la littérature », il répond que personne jusqu’à présent n’a donné de vraie réponse à cette question. Et ça, c’est bien vrai !

« Manies » d’écrivain : il ne peut écrire que dans un lieu fermé, pas dans un café ou un lieu public car sinon il est distrait par ce qui se passe autour de lui. Oui, ça je comprends aussi tout à fait ! 🙂
Il n’écrit pas à l’ordinateur car les touches sont trop souples. Il préfère la machine à écrire qui permet de se muscler les doigts mais il écrit à l’ancienne, c’est-à-dire avec un stylo !

On trouve dans son livre des passages sur un Paris disparu, notamment celui du Quartier Latin, avec Ferguson 4 et son amie qui ne peuvent pas s’empêcher d’acheter des livres, partout ! Eh, les blogueurs et autres grands lecteurs, vous n’êtes pas les seuls à avoir cette manie ! 😉 Ouf, on déculpabilise !

La vie est une question de choix, de route,  mais il ne faut rien regretter si on n’a pas pris les bons chemins. Souvent, c’est l’amour au détriment du reste qui prend le pas.

On a eu plusieurs petits extraits lus en anglais par Paul Auster et en français par François Busnel. L’ouvrage est traduit par Gérard Meudal.

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Lecture en duo

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On aurait pu l’écouter parler encore des heures. Une heure trente d’entretien qui est passée à une allure folle. Ici c’est juste un minuscule résumé.
Une chose rigolote fut de reconnaître Siri Hustvedt (dont j’ai adoré Tout ce que j’aimais, lu il y a des années !) qui allait s’asseoir dans le public.  C’était sympa ce sourire de connivence (enfin, c’est moi qui m’imagine ça car elle a dû croiser mon regard mais aussi celui de tous les autres au même moment !).

Seul regret : la foule compacte qui attendait pour se faire dédicacer le roman m’a découragée. Je voulais prendre le roman en version papier, mais si je veux le lire, un aspect pratique s’impose : comment se traîner un roman de plus d’un kilo dans les transports sans se démonter l’épaule ? Comment lire un livre de plus d’un kilo sans se faire un accident de lit ? J’ai décidé finalement de le lire en ebook et de me le procurer en version papier sans doute ensuite.

En attendant, je suis plongée dans un sacré bon bouquin irlandais, qui sera suivi par la lecture du dernier roman de mon chouchou Sebastian Barry… Et il faut aussi que je vous parle de Sam Millar. Moi être lectrice débordée d’enthousiasme, ce qui m’amène à être débordée tout court ! Mais j’assume mes choix. 😉

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Dans les angles morts – Elizabeth Brundage

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Traduit par Cécile Arnaud

23 février 1979 : un soir de tempête, George Clare rentre chez lui après son travail et trouve sa femme assassinée, une hache plantée dans la tête. Franny, leur fillette de trois ans, est seule dans sa chambre. Il se rend chez ses plus proches voisins pour appeler à l’aide. Le sherif Lawton est chargé de l’affaire. George est soupçonné. Le meurtre fait grand bruit dans cette petite ville, Chosen, Etat de New York.
Flash back une année auparavant : Catherine et George achètent aux enchères la vieille ferme des Hale, à bon prix. Il faut dire que cette maison a un sinistre passé : les anciens propriétaires, des agriculteurs qui ont transformé cette ferme en laiterie, étaient endettés jusqu’au cou, menacés de saisie, et se sont suicidés, laissant leur trois fils orphelins. Les fermes alentours sont rachetées par des citadins fortunés en mal de campagne. Le couple de Catherine et George n’est pas riche mais il pense avoir fait une bonne affaire. Jeunes mariés, de quoi bien commencer une vie de famille, à la campagne… George donne des cours d’histoire de l’art à l’université et travaille sur sa thèse sur le peintre George Inness. Catherine est femme au foyer. Elle a fait des études, mais l’arrivée de Franny a bouleversé ses projets de vie. Son éducation catholique et la pression de sa mère ont fait le reste : une femme dévouée à son foyer, soumise à son mari.
Pourtant, dès le début, la « vie à la ferme » ne va pas se passer comme elle l’imaginait. Le tableau rupestre va s’écailler. Tout d’abord il y a cette maison qui l’oppresse. Elle a l’impression d’être surveillée par quelqu’un.  « La maison paraissait triste, songea-t-elle. Meurtrie ». « A un endroit, Catherine eut la sensation que quelqu’un se tenait juste à côté d’elle dans une petite poche d’air froid. » Cette ferme est un mystère : elle date des années 1790 sans que personne ne connaisse la date exacte de sa construction. Les champs alentours ont été témoins de la guerre de Sécession, on peut encore en trouver des traces en fouillant le sol, les boutons d’uniforme des soldats…
Et puis il y a George, son mari. Un coureur de jupons. Un type autoritaire. Un menteur. Le genre frustré dans sa carrière. Quelqu’un qui ne supporte pas la contrariété, que ce soit dans sa vie professionnelle ou personnelle. Le roi du mensonge par omission.
Le seul rayon de soleil de Catherine sont les petits jeunes qui viennent l’aider à retaper la ferme. George a oublié de lui dire que ce sont les enfants dans fermiers qui se sont suicidés (et les gamins n’ont rien dit de peur qu’on leur interdise de revenir)… Bref, ce n’est pas le Paradis sur terre pour Catherine.
Et puis il y a toutes ces choses étranges qui se passent (je ne vais pas vous les spoiler ! 🙂 ) .

Elizabeth Brundage, dont c’est ici le premier roman traduit en français, signe un brillant thriller psychologique et littéraire. Elle prend son temps, dans une prose qui s’attache aux moindres détails de l’intrigue.  Une écriture très cinématographique également, une description minutieuse des paysages. Vous êtes rapidement envouté par l’ambiance. La culpabilité règne en maître. Les secrets aussi, révélés au compte goutte, renversant peut-être votre premier jugement pour le faire revenir et ainsi de suite : vous perdrez un peu la boule ! On se demande si on verra George un jour sous les verrous, même plus de vingt ans après le meurtre. La fin est inattendue. Mais on peut tuer avec des mots…
Portrait d’un mariage (raté), d’un psychopathe (en pleine forme) et des cicatrices indélébiles sur une communauté tout entière.

Il y a aussi du William Blake et un bon clin d’oeil à Rosemary’s Baby, le roman culte d’Ira Levin, mais aussi (plus discret) à Herman Melville, enfant d’Albany.

On frôle le surnaturel et l’imagination, à la part belle, fait le reste. Frissons garantis. Si vous venez de racheter une vieille ferme, ce thriller littéraire n’est peut-être pas pour vous parce que vous allez devenir paranoïaque au moindre bruit. 😉 .
Et n’oubliez jamais : ce sont les maisons qui choisissent leur propriétaire et non l’inverse ! Les maisons ont une âme et Elisabeth Brundage sait parfaitement nous le faire sentir.

Un roman riche, à l’histoire dense mais prenante, qui m’a complètement envoûtée.

Un grand merci aux éditions de la Table Ronde pour cette découverte.
Le roman sort demain 11 janvier.

 

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Trouvailles en librairie # rentrée littéraire d’hiver /1

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Rien ne vaut une bonne petite descente en librairie pour se faire des trouvailles. C’est ce que j’ai fait hier, la rentrée littéraire d’hiver ayant été lancée jeudi. Je ne regrette pas ma « descente » : )

2 trouvailles majeures pour moi :
Un premier roman irlandais : celui de Sara Baume, une jeune femme d’une trentaine d’année avec Dans la baie fauve (aux Editions Noir sur blanc ; traduit par France Camus-Pichon).
Un roman qui a déjà été shortlisté pour plusieurs prix littéraires lors de sa sortie en VO et que cette fabuleuse rentrée littéraire d’hiver (que je préfère souvent à celle d’automne pour les romans étrangers) nous offre en cadeau ! Joseph O’Connor dit de ce livre : « Merveilleux. C’est le premier roman le plus impressionnant que j’aie lu depuis des années » . Comment ne pas craquer, je vous le demande ? ! 🙂
L’histoire d’un cinquantenaire, cabossé par la vie, qui croise sur sa route un chien borgne qui deviendra son compagnon de misère. « Servi par une langue étincelante et une intrigue menée tambour battant, Dans la baie fauve est un roman poignant sur l’alliance de deux êtres abîmés. » nous dit la 4e dé couverture.

Un autre roman qui se passe en Irlande, et plus précisément un polar, mais écrit par… un Espagnol : La dernière nuit à Tremore Beach, de Mikel Santiago (édition en poche pour cette rentrée littéraire, chez Babel Noir ; traduit par Delphine Valentin) . Ca se passe dans le Donegal, mon 2e comté irlandais favori. L’histoire d’un compositeur qui trouver refuge dans une maison isolée sur la plage après un divorce compliqué. Un jour de tempête il est frappé par un éclair, commence à faire des cauchemars sanglants. On nous dit que l’auteur est le Stephen King espagnol : affaire à suivre, et je suis très intriguée de voir mon Irlande peinte par un auteur espagnol.

Ensuite, un roman américain, Shore, de Sara Taylor (traduit par Patrick Dusoulier, éd. 10/18) qui se passe sur un archipel au large de la Virginie, oublié des Américains et du reste du monde. Des femmes s’y adonnent à la magie noire… Un archipel perdu c’est pour moi ! Et l’occasion de découvrir une auteure que je n’ai jamais lu. Une autre nouveauté poche pour cette rentrée littéraire (sorti en grand format l’an dernier).

Enfin, un roman qui n’est pas une nouveauté mais d’un auteur dont je n’entends dire que du bien, voire des éloges. Je suis curieuse. Je veux parler de Philip Pullman, avec le premier tome des Royaumes du Nord, « A la croisée des mondes » (traduit par Jean Esch). Affaire à suivre. 🙂

 Et pour finir, La neige noire de Paul Lynch vient de sortir au Livre de Poche. Plus aucune excuse pour ne pas lire ses 2 romans en attendant le 3e !26167141_959891914159825_7204194280520700324_n J’ai adoré les deux avec une préférence pour La neige noire. Les chroniques sont sur le blog.

Edit du 8/01 : autre trouvaille ce soir, le roman autobiographique de Sorj Chalandon, Mon traître, adapté en BD  par Pierre Alary (éd. Rue de Sèvres). La chronique du roman est sur le blog. Voici le résumé bref de l’histoire de éditeur de la BD : « Antoine, luthier parisien se prend d’amour pour l’Irlande. Fasciné par sa culture, ses paysages et par la chaleur des gens, le jeune français rencontre Jim et Cathy qui deviendront des amis précieux. Tous font partie du mouvement républicain irlandais, et mènent des actions pour le compte de l’IRA . Un soir à Belfast, il fait la connaissance du charismatique Tyrone Meehan, responsable de l’IRA, vétéran de tous les combats contre la puissance britannique. Antoine ne tarde pas à embrasser la cause de ce peuple »

indexSortie le 10 janvier !

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Deux remords de Claude Monet – Michel Bernard

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Illustration couverture  : Aline Zalko

Trois prénoms ponctuent ce roman : Frédéric, Camille et Claude.
Frédéric Bazille, le jeune peintre mort la veille de ses 29 ans pendant la guerre contre la Prusse, en 1870, par un hiver glacial. Un hiver de guerre. Réfugié à Londres, Claude Monet apprend la mort de son jeune ami, celui qui lui achetait ses tableaux pour l’aider. Camille, modèle puis première épouse de Claude,

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La femme à la robe verte

figure inspirante de nombreux tableaux, avant que la mort ne l’emporte à son tour.

Claude, le peintre que l’on côtoie ici comme un ami qu’on connaîtrait depuis toujours, veuf puis remarié à Alice. Le peintre de Giverny, célèbre dans le monde entier, riche, ami de Clemenceau qui enverra dare-dare se faire opérer de la cataracte son « vieux hérisson » têtu comme une bourrique, avant qu’il ne soit trop tard. Monet, marqué à jamais par la guerre qui donnera son oeuvre à la France « pas pour les quelques millions d’individus qui portaient le nom de Français aujourd’hui, mais pour le million et demi de jeunes hommes qui n’étaient pas revenus des tranchées, pour ceux qui étaient morts à sa place en 1870, et tous ceux-là, les millions d’hommes et de femmes qui avaient aimé, souffert, travaillé et rêvé sur ce morceau de terre, dans cette partie du monde, pour en faire sous le ciel changeant une des plus belles oeuvres hmaines, le plus beau des jardins ».

Deux guerres et la Commune de Paris. Les temps sont durs et on oublie souvent, en regardant les tableaux de Monet dans les musées, que derrière la douceur et la luminosité de ses peintures, se cache un contexte personnel, historique et social qui n’a pas toujours été facile. La mort est omniprésente dans la vie de Monet, avec le décès de Frédéric Bazille, de Camille, mais aussi de son fils, Jean. Des mondes qui s’effondrent pour mieux renaître sous le pinceau du génie artistique. De belles amitiés (Renoir, Pissaro, Sisley, Clemenceau et tant d’autres) l’empêcheront sans doute de sombrer.

La prose de Michel Bernard possède la souplesse du pinceau de l’artiste, procède par touches successives entre ombre et lumière. Une jolie balade dans la vie du peintre, à la fois instructive, plaisante, délicate et émouvante.
Quel ne fut pas mon bonheur de lire ce passage :
« Comme un vieux cognac, le nom des choses aimées lui coulait dans les veines.
Tout ici, entre la forêt de Fontainebleau et celle de Sénart, lui paraissait bon à peindre. (…) La ville moderne jetait dehors, avec les eaux sales, l’âme de ses habitants. Monet avait retrouvé la sienne dans le parc de Rottembourg, paysage neuf et immédiatement familier déjà intime. »
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« Quand il eu terminé, au début du mois de décembre 1876, Monet, raccompagné par la voiture de Mme Hoschedé à la gare de Montgeron, y pris le train jusqu’au terminus d’Orsay. »
Regarder par la fenêtre, scruter le paysage, voir le train du matin entrer dans la gare de Montgeron, se dire qu’on pourrait, en se penchant, voir Monet et Hoschédé sur le quai… Un beau moment magique ! Etre un peu nostalgique aussi et fière que ces paysages aient inspiré deux peintres mondialement connus. Si je sais bien évidemment que Caillebotte a été inspiré par le val d’Yerres, j’ignorais totalement que Monet y avait séjourné. Il y a peint trois tableaux, à la demande d’Ernest Hoschédé, alors propriétaire du château de Montgeron (disparu depuis). Ces tableaux sont… au musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg ! Un autre tableau est parti dans une collection aux Etats-Unis.

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Coin de jardin à Montgeron (1876)

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Entrer une légende (1876)

Un joli roman qui vous émeut et vous ravit.
Le livre au sort demain 4 janvier au format poche, collection « La Petite Vermillon » aux Editions de La Table Ronde.

 

Un grand merci aux Editions de La Table Ronde.

 

 

 

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Bonne année 2018 et petit bilan…

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Les douze coups de minuit ont sonné et nous sommes (déjà !) en 2018 !

Je vous la souhaite joyeuse, sereine et pleine de belles découvertes littéraires !!  🙂

L’occasion aussi de faire un petit bilan blogo-littéraire de mon année 2017 .

Cette année, j’ai écrit 62 chroniques (comme l’an dernier !), lu 60 livres (59 en 2016) et reçu une vingtaine de service presse (de bien belles surprises m’ont attendue dans ma BAL cette année, la dernière est un livre audio qui a fait le chemin depuis Belfast, avec une petite dédicace de Sam Millar ).
Je me suis offert le luxe de relire 2 livres : L’île des chasseurs d’oiseaux de Peter May qui m’a accompagné pendant mon périple sur Lewis ; et Cavalier, passe ton chemin ! de Michel Déon (à l’occasion de l’hommage qui a été rendu en octobre au Centre culturel irlandais, à l’écrivain « irlandais » qu’il était).

Globalement mon année a été ponctuée par des romans de qualité, j’ai eu peu de grosses déceptions (dans ce registre-là, plutôt des romans qu’on oublie dès qu’on les a terminés ; mais tout de même un Stephen King qui m’est tombé des mains : Carnets noirs. Le seul livre que je n’ai pas terminé.

En 2017 j’ai lu 11 romans irlandais et chroniqué tout autant  (je crois).
Je me suis procuré une trentaine de livres (achat neuf ou d’occasion, ebooks, trouvailles de boîte à livres) ; on m’en a offret 2 – eh oui, quand on est blogueur littéraire, l’entourage n’ose plus vous offrir des livres ; ceux qui bouquinent viennent plutôt vous demander conseil …).
J’ai déposé une dizaine de livres en bon état à la boîte à livres près de chez moi, qui sont partis comme des petits pains. J’étais contente d’avoir pu faire plaisir à quelqu’un !

J’ai assisté à 4 rencontres littéraires dont un festival, et je suis allée à deux salons et un lancement de roman.
J’ai vraiment passé du bon temps, en particulier au festival franco-irlandais organisé pour la première fois à Paris. C’était juste magique tous ces écrivains juste là devant nous, en petit comité pendant presque deux jours. Allez, je parie qu’en 2018, on verra paraître les traductions de Mike McCormak et Rob Doyle. Je fais un voeu pieu ! ! 🙂 🙂 J’attends aussi le prochain Dermot Bolger et le prochain Paul Lynch de pied ferme !

Allez un peu de chiffres. Un petit schéma de l’évolution de la fréquentation du blog :

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Autant de chroniques que l’an dernier mais une fréquentation en hausse ! Vous avez compulsé 6 901 fois les chroniques (contre 4 376 l’an dernier), vous avez été 3 435 « visiteurs » (contre 1 885 l’an dernier).

Une chose qui m’amuse : les « pays du blog ». En jaune, les pays qui ont atterri chez moi cette année :

Pays du blog


Je me demande toujours bêtement comment c’est possible de voir quelqu’un en Australie atterrir sur mon blog !

Puisse 2018 nous apporter, à vous et à moi, autant, sinon plus, de joie littéraire que l’année achevée ! Elle va bien commencer avec la sortie le 11 janvier du dernier Sebastian Barry : Des Jours sans fin (éditions Joëlle Losfeld) Des-jours-sans-fin et Dans les angles morts de l’Américaine Elizabeth Brundage (éditions de la Table Ronde) que je suis en train de dévorer.41wDdPK0cnL Un roman dense, une histoire de vieille ferme qui abrite bien des histoires, dans un coin paumé. Pour l’instant, j’adore. La suite, bientôt !

Et si cela ne vous suffit pas, John Banville sort sa Guitare Bleue chez Robert Laffont :

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Autre trouvaille : Laura McVeigh a grandi en Irlande du Nord. 51dohRY5cmL._SX332_BO1,204,203,200_Elle vit actuellement à Londres et s’intéresse aux droits de l’homme. Une histoire de fuite d’Afghanistan aux mains des talibans. Ca sort le 8 février. Je veux le lire !

Autre événement : Paul Auster,  le génie de la Trilogie new-yorkaise, dont La cité de verre, sort un nouveau roman, 4 3 2 1 et sera de passage à Paris en janvier. 61XTIFC5M8LJe file le voir, interviewé par François Busnel.

Slainte ! Merci à tous ceux qui ont illuminé mon année littéraire, d’une manière ou d’une autre !
Et à bientôt pour de nouvelles chroniques ! La prochaine fois je vous parlerai de Claude Monet, 51Lj+tlwQiL._SY346_avec la sortie au format poche de Deux remords de Claude Monet  de Michel Bernard : une lecture qui me fut magique. Je vous expliquerai…

 

 

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La nostalgie heureuse – Amélie Nothomb

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Ma dernière chronique 2017, avec un best seller, mais de qualité !

Natsukashii est le mot japonais pour désigner une nostalgie mais sans la tristesse incarnée en ce mot, c’est-à-dire la nostalgie heureuse, plus précisément : « l’instant où le beau souvenir revient à la mémoire et l’emplit de douceur ». La nostalgie triste n’est pas une notion japonaise.

Nous suivons les pas d’Amélie de retour au Japon, à la demande d’une chaîne de télévision : l’occasion de sauter le pas et de retourner sur les traces de son enfance et d’une partie de sa vie de jeune adulte. On note le mot « roman » sous le titre. Amélie précise dès l’incipit : « Tout ce qu’on aime devient une fiction. La première des miennes fut le Japon. A l’âge de cinq ans, quand on m’en arracha, je commençai à me le raconter. Très vite, les lacunes de mon récit me génèrent. Que pouvais-je dire du pays que j’avais cru connaître et qui, au fil des années, s’éloignait de mon corps et de ma tête ? »  » Ce que l’on a vécu laisse dans la poitrine une musique : celle qu’on s’efforce d’entendre à travers le récit. »

Amélie va confronter sa fiction, les images d’Epinal, à la réalité du Japon. Avec émotion mais surtout humour et autodérision. Natsukashii incarné. Elle nous fait rencontrer les deux personnages qui ont marqué sa vie  : Nishio, sa nounou adorée, et Rini son fiancé délaissé. Bien évidemment, ce serait mal connaître Amélie Nothomb que d’imaginer que son récit se résumerait à cela.

C’est surtout un formidable voyage, à travers Kobé, Kyoto, Tokyo et… Fukushima. Une confrontation de cultures, des réflexions aussi : un guide de voyage avec du vécu. Un livre à lire si vous prévoyez de partir au Japon. Je pense que je l’aurais fait s’il avait été publié en 2010, année où je devais partir visiter ce pays mais où un putain de volcan nous a mis une panique incroyable, m’a laissée clouée au sol avec mes yeux pour pleurer. L’année d’après malheureusement, ce fut Fukushima. Je ne sais pas s’il existe une malédiction japonaise…

« – Je ne savais pas que Kyoto était une ville moderne. Je pensais que tout y était ancien.
Nous autres Européens ne savons pas que des villes comme Assise (pour ne citer qu’elle) sont des exceptions mondiales : le temps s’y est bel et bien arrêté. C’est cela qui est un miracle. Le temps ne s’est arrêté ni à Bombay, ni à Xian, ni à Kyoto. »
« On ne sait pas combien Kyoto est humide. A cause de cela, l’été y est aussi pénible que l’hiver. (…) Aux visiteurs, je recommande l’automne ou le printemps. »

« Sauf en été, Tokyo a le meilleur climat du monde : splendide et sec. »
« Tokyo c’est d’abord un rythme : celui d’une explosion parfaitement maîtrisée. Quand on y revient après une longue absence, on doit s’isoler quelques secondes en une sorte d’apesanteur pour réatterrir dans le tempo. Dès que les pieds sentent la pulsation, on y est. »
« A Harajuku, chacun est un spectacle. Comparés aux Tokyoïtes, les excentriques du reste de la planète sont de petits joueurs. »
🙂
J’ai adoré l’expérience du bar à oxygène !! Je vous la laisse découvrir tout seul.  »

« Quand j’ai l’impression que je pourrais avoir une demi-minute de retard, je me sens si mal que je préfèrerais mourir. Je ne sais pas d’où me vient cette conviction que mon retard serait un crime inexpiable. Lorsque d’autres se permettent d’être en retard, cela m’agace, et pourtant je ne trouve pas qu’ils méritent la cour martiale. Seul mon retard est passible de mort. »
« L’unique explication que j’ai trouvée à ma pathologie est mon appartenance à l’espèce aviaire : les oiseaux n’ont jamais de retard dans leurs migrations, leurs pontes. Il leur arrive en revanche d’avoir de l’avance. »

Grâce à ce livre, j’ai découvert que je dois être un peu japonaise, car, comme son auteure, j’aime la fiabilité, les gens qui ont cette qualité en particulier. J’ai compris pourquoi je déteste les retours à Paris :
« Paris est une armoire mal rangée dont je reçois le contenu sur la tête quand j’ai l’audace d’en ouvrir la porte. En moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, les problèmes parisiens triomphent de l’enthousiasme. » : c’est exactement ca !

Le livre existe au format poche (éditions Livre de Poche) mais la couverture orange est tout à fait affreuse.

Un petit livre à glisser dans ses bagages pour se rendre dans l’archipel nipponne !
13 heures de vol, vous aurez le temps d’assimiler. 🙂

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Marie et Bronia – Natacha Henry

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Un des romans que j’ai rapporté du Salon de Montreuil consacré à la littérature jeunesse. Je trouvais ça chouette l’idée d’un roman consacré à celle qui deviendra Marie Curie et à sa soeur Bronia. La couverture était en plus sympathique, je n’ai jamais lu l’auteure : l’occasion de partir à l’aventure…

On plonge en 1860 dans la Pologne qui n’existe plus en tant que telle, occupée par les Russes, les Prussiens, entre autres. A Varsovie, les Russes interdisent aux femmes de faire des études, il est interdit de parler polonais, il faut parler russe. Bronislawa et Wladyslaw sont enseignants, dans cette Pologne occupée. Ils auront 5 enfants, dont Bronia (1865) et Marie (1867). En 1871, Bronislawa contracte la tuberculose, maladie qui fait des ravages partout en Europe à cette époque. Wladyslaw se trouve en difficulté financière mais refuse d’envoyer ses enfants travailler : ils doivent étudier, même s’il doit se saigner aux quatre veines. Il a l’idée de louer les chambres de son appartement à des étudiants. Sans se douter que l’hygiène de ses pensionnaires pauvres, couverts de puces, apporterait le typhus dans le foyer. Tour à tour la famille perd sa fille aînée et la mère des enfants. Bronia contracte le typhus mais survit.
Voilà pour le contexte de départ. Les années passent. Bronia et Marie vont suivre des cours à l’université clandestine (dite « université volante ») car elles ont décidé de s’instruire, encouragées par leur père, même s’il tremble qu’elles se fassent prendre : la loi russe interdisait aux filles de suivre des études supérieures. La solution serait de partir à l’étranger, en France, à la Sorbonne, suivre des cours. Mais cela coûte cher. Marie propose alors un pacte à Bronia : elle trouvera un emploi de gouvernante et donnera la moitié de son salaire à sa soeur pour qu’elle puisse payer ses études à Paris. Puis, une fois ses études achevées, Bronia rendra la pareille à Marie. Après hésitation, Bronia finit par accepter. Une nouvelle vie et la suite, on la connaît dans les grandes lignes.

J’ai aimé plonger dans l’ambiance du Paris de cette époque, et fréquenter les étudiants polonais. Mais j’avoue que ce roman ado m’a déçue ! On aperçoit les difficultés de Bronia et Marie dans leur combat pour étudier (même à Paris où faire des études de médecine quand on est une femme n’est pas admis par la majorité des hommes) mais je ne sais pas, je m’attendais à en savoir davantage aussi.
Ce roman souffre d’une surdose de romance qui m’a assez agacée. Ou c’est la mièvrerie qui m’a agacée. L’ambiance mièvre est peut-être ce qui gâche tout ici, et dès le début :
« De retour de l’appartement, Bronislawa s’installait au piano pour jouer du Chopin, tandis que Wladyslaw, confortablement assis dans un fauteuil aux accoudoirs ornés de napperons, lisait le journal. Ainsi va la douceur des gens qui s’aiment. » Mouais, il ne manque plus que les violons !
« D’une voix à peine audible, elle murmura : « Je vous aime. »
– Maman ! s’écria Marie.
Mais c’était fini. Leur maman était morte. » Là il manque presque les tambours !

Tout le reste du livre est davantage consacré aux amours de Bronia et Marie. On sait bien évidemment que la rencontre avec un certain Pierre Curie fut déterminante pour Marie, mais j’aurais aimé en savoir davantage sur leurs recherches pour découvrir le radium, sur l’avancée que cela a apporté. C’est évoqué à la toute fin du livre. Quelques lignes seulement pour évoquer l’avancée scientifique qui a tout révolutionné. Et rien sur le fait que cette découverte a aussi coûté la vie à Marie Curie, puisqu’à l’époque, on ne connaissait pas l’effet nocif de la radioactivité.

J’ai souri de voir Pierre Curie en physicien timide et dans la Lune, capable de se prendre un réverbère à force d’être ailleurs que là où il est physiquement. Un vrai professeur Tournesol. En deux lignes, l’auteur nous apprend qu’il est mort accidentellement en glissant sous un fiacre en 1906…

C’est bien dommage aussi de mettre en postface uniquement que Marie Curie fut double fois Prix Nobel (et la première femme Prix Nobel aussi est expédié en quelques lignes).

Le côté positif est tout de même qu’on arrive à apprendre des choses que l’on ignorait, mais à compléter avec des biographies pour adulte, qui expurgeront le côté un peu « cul-cul-la-praline » que j’ai trouvé ici. Les personnages sont attachants mais  reste à savoir si nos ados vont les prendre au sérieux, à cause du ton général de ce roman.

 

 

 

 

 

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Au revoir là-haut – Pierre Lemaître

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Joyeux Noël !!!

J’en profite pour vous parler ce beau roman, prix Goncourt 2013 dont tout a été dit ou presque. Je l’ai terminé il y a un bon mois et j’avoue qu’en général, ce n’est pas parce qu’il y a écrit « Prix Goncourt » que je me jette sur ces bouquins. Sauf que celui-ci toute ma famille m’en avait parlé, elle qui n’est pas spécialement habituée à lire les Goncourt non plus ! Ca m’intriguait, et, en outre, quand on est arrière petite fille de poilus qui ne sont pas sortis indemnes de la Grande Guerre, quelque part, c’était un hommage à leur rendre que de se replonger dans cette époque trouble. Un devoir de mémoire.

Un bon gros pavé de plus de 600 pages que j’ai dévoré littéralement. Vous avez lu des récits sur la Grande Guerre et ses atrocités, mais à mon humble avis, vous n’avez jamais lu le roman jubilatoire d’une vengeance de poilus. En effet le tour de force de ce roman qui allie la dénonciation des monstruosités de l’Histoire à un humour (noir) qui vous fait rire (certes parfois jaune, mais pas toujours).

Je ne vais pas écrire une chronique de cent lignes sur un roman dont tout à été dit : je peux juste vous le recommander pour la truculence de ses personnages, en particulier les deux héros, (des poilus, bien sûr), qui sont le jour et la nuit mais d’une amitié et d’une solidarité sans failles. Un ancien employé de banque trouillard (mais on le comprend !) et une gueule cassée, artiste excentrique, complètement dingue (au point où il en est, la gueule en moins justement, autant se lâcher !),  issu d’un milieu aisé mais étriqué qui voit d’un mauvais oeil son côté artiste et encore plus son homosexualité.

Une histoire de vengeance folle et diaboliquement maline, vis-à-vis de gradés qui, la veille de l’Armistice, envoient au casse-pipe leurs troupes quitte à leur tirer dans le dos, car ils pensent à leur carrière. Les pires ennemis ne sont pas dans le rang ennemi, mais dans celui des gradés, ici, en l’occurrence un certain Pradelle (« de la tronche en cul », si vous voyez ce que je veux dire ! 😉 ).
Une histoire de vengeance familiale et personnelle aussi et c’est aux petits oignons.
Des histoires de trafics de cadavres et de cercueils (là, c’est du trash qui vous attend) : ben oui quoi, quitte à faire des économies, autant mettre des types 1,80 m dans des cercueils pour enfant ou presque, y’a qu’à les scier, où est le problème ? Ah oui, mais ils ont oublié que parfois, les familles demandes à voir leurs morts, c’est bête…
Du mépris pour les morts chez certains, des monuments aux morts pour la patrie reconnaissante… et nos deux poilus estropiés qui comptent pour du beurre et sont même rejetés par la société qui se méfie de ces rescapés du Front.
« Voilà comment ça finit, une guerre, mon pauvre Eugène, un immense dortoir de types épuisés qu’on n’est même pas foutu de renvoyer chez eux proprement. Personne pour vous dire un mot ou seulement vous serrer la main. Les journaux nous avaient promis des arcs de triomphes, on nous entasse dans des salles ouvertes aux quatre vents. »

Un roman tragique mais finalement sans pathos, cynique mais drôle, qui se lit avec amusement et grincement de dents ; des énigmes dignes d’un polar. On se le prend dans la gueule et on ne l’oublie pas. A mettre au pied de tous les sapins de fête sans hésitation !

 

 

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Tamara de Lempicka

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Virginie Greiner (scénario)
Daphné Collignon (dessin et couleur)
« L’icône des Années Folles », Dimitri Joannidès

Je n’achète pas beaucoup de BD, je préfère les emprunter. Sauf quand j’ai un coup de coeur immédiat sur le dessin. Ce fut le cas en flânant au rayon BD de la FNAC.  Donc voici ma dernière BD achetée depuis à peu près trois ans : autrement dit, un événement !

Un petit air Années Folles et Art Déco, non ? Forcément ! Tamara de Lempicka, ça ne vous dit peut-être rien d’emblée. Pourtant si je vous montre ceci…

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je suis presque certaine que vous connaissez !
Tamara de Lempicka est une artiste peintre, d’origine russo-polonaise, issue  d’un milieu aisé. Elle vécut à Saint-Pétersbourg puis s’exila à Paris lors de la Révolution russe, avec son mari et sa fille, où des cousins habitaient déjà. Elle fut élève de Lhôte, « star » de la Bohême parisienne, personnalité intrigante du bouillonnement artistique et intellectuel du Paris des Années Folles. Elle fut amie avec André Gide. Frustrée par sa vie maritale, elle se lança à corps perdu dans une recherche de liberté sans tabou ni complexe. Scandaleuse, excessive aussi, rien ne l’arrête. Elle croque ses modèles féminins, dans tous les sens du mot, avec malice et humour. Elle veut réussir, absolument. Elle veut devenir quelqu’un de reconnu. Elle y arrivera et devint une figure incontournable de la période Art Déco, s’imposant comme une icône de la Femme Libre, grâce à ce tableau, peut-être un peu passé aux oubliettes (en tout cas, moi, ça me disait vaguement quelque chose mais très vaguement !)

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Cette BD rend hommage à cette personnalité hors normes et anticonformiste (en ce moment, ça fait du bien !). J’ai aimé le graphisme à la fois sombre et vif, aux dominantes noir, gris, or et rose, qui plonge dans l’ambiance du Paris artistique des années 20.

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J’aurais aimé en savoir davantage et je suis un peu restée sur ma faim avec cette BD, mais c’est une invitation à partir par soi-même à la découverte de l’oeuvre de l’artiste.

J’ai vraiment un faible pour ce tableau :

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Il y a plusieurs de ses tableaux sur ce site ici et à la fin de la BD vous trouverez un dossier documentaire sur la vie et l’oeuvre de l’artiste ainsi qu’une bibliographie.

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Tortues à l’infini – John Green

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Traduit par Catherine Gibert

Mon blockbuster de l’année 2017. Tous les ans je m’en lis un ou deux histoires de me faire une idée, ou du moins essayer de comprendre ce qui fait le succès de certains auteurs. Je mets à part Amélie Nothomb parce qu’elle me « parle » et que j’aime bien ses bouquins depuis le début.

Donc voilà, j’ouvre mon troisième John Green, au titre énigmatique (il est identique en version originale).
Aza Holms, 16 ans, vit à Indianapolis. Elle vit avec sa mère, prof. Elle n’a plus de père mais il lui reste sa voiture, qu’elle prénomme Harold. Elle va au lycée, avec sa meilleure amie, l’intrépide Daisy. Toutes les deux sont fans de fanfiction et Daisy en écrit. Un jour Aza renoue contact avec un copain qu’elle a connu en colonie de vacances : Davis. Sa particularité : il est fils de milliardaire. Et comme si cela ne suffisait pas, son père est porté disparu. Une récompense d’un million de dollars est offerte à qui le retrouvera. Cela émoustille Daisy qui entraîne Aza, sa petite « holminette » à la recherche du bonhomme. En même temps, Aza tombe amoureuse de Davis. Daisy s’éprend de Mychal.
Davis vit seul avec son petit frère infernal dans la maison de son père disparu, où vit aussi un tuatara (un gros lézard préhistorique qui peut vivre des centaines d’années).

J’essaie de vous résumer en quelques lignes l’histoire car j’avoue que ce roman pour ado m’a laissé totalement perplexe au début car ça part dans tous les sens et on a du mal à cerner ce qui se passe. Il faut vraiment s’accrocher un certain temps avant d’arriver à rassembler les « morceaux ».
On se rend compte au fur et à mesure qu’ Aza a un souci psychologique intense qui l’empêche de vivre totalement normalement. Elle a des pensées invasives et obsessionnelles, des angoisses incontrôlables, la peur permanente d’attraper des maladies. Elle en est consciente, elle essaie de faire belle figure mais ça la dépasse largement. Elle consulte régulièrement une psychiatre mais ne prend pas son traitement.
Elle craint le regard de Davis quand il s’apercevra qu’elle n’est pas totalement une fille comme les autres : quand il l’embrasse, elle se fait un trip sur les microbes qui s’échangent à travers la salive. C’est l’objet d’un certain nombre de lignes très détaillées dans le roman. Et à plusieurs reprises, pour de nombreuses choses, avec des termes scientifiques.
On en apprend également un rayon sur les tuataras (je ne savais pas du tout si cette bestiole préhistorique existait vraiment, il se trouve que Google-mon-ami m’a appris que oui !) C’est ça :

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Il est aussi question de tortues, mais je n’ai pas trop compris le rapport entre l’histoire et le titre, même si c’est évoqué de biais.

Il y a des histoires de constellations, d’étoiles, d’espace intersidéral, ce genre de chose…
Il y a une histoire d’une amitié indéfectible malgré les disputes, les différences, sociales, et dues à la maladie. Mais pas assez pour que ce soit entraînant, marquant et émouvant.

Bref, je vais être claire : je me suis gravement ennuyée. Je me demande si un ado accrochera facilement à ce roman à la construction assez complexe et déconcertante. Je sais que c’est le roman le plus personnel de l’auteur puisqu’il souffre (ou a souffert) lui même de formes d’angoisses maladives. La maladie est aussi au coeur de Nos étoiles contraires, qui pourtant était distrayant. Tel n’est pas le cas ici, à mon avis. Je voulais terminer néanmoins le roman en me disant que la fin serait éclairante. Bof ! On va dire qu’il y a juste de l’optimisme au bout. C’est au moins un point positif.

 

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