Opération Napoléon – Arnaldur Indridason

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Traduit par David Fauquemberg d’après l’édition anglaise du roman
à la demande de l’auteur

La mention un peu spéciale de la traduction m’intrigue et je me demande bien pourquoi ce cher Arnaldur a eu cette idée un peu saugrenue (convenons-en) de faire traduire son roman, non d’après sa langue mais d’après l’anglais. Si quelqu’un a la réponse, je suis preneuse ! 🙂

Je vais me contenter de la 4e de couverture de l’édition Métailié pour résumer l’histoire :  » 1945. Un bombardier allemand pris dans le blizzard en survolant l’Islande, s’écrase sur le Vatnajökull, le plus grand glacier d’Europe. Parmi les survivants, étrangement, des officiers allemands et américains. L’Allemand le plus gradé affirme que leur meilleure chance de survie est de marcher vers la ferme la plus proche. Une mallette menottée au poignet, il disparaît dans l’immensité blanche. (…)
1999. Le glacier fond et les satellites repèrent une carcasse d’avion, les forces spéciales de l’armée américaine envahissent immédiatement le Vatnajökull et tentent en secret de dégager l’avion. Deux jeunes randonneur surprennent ces manoeuvres et sont rapidement réduits au silence. Avant d’être capturé, l’un d’eux contacte sa soeur Kristin, une jeune avocate sans histoires. Celle-ci se lance sur les traces de son frère dans une course poursuite au coeur d’une nature glaçante. »

J’avais ce polar d’Indridason depuis sa sortie dans ma bibliothèque. Il était temps que je le lise, moi qui mets un point d’honneur à lire les livres du meilleur des écrivains islandais dès leur sortie. Là, j’ai failli, mais je me rattrape. 🙂

Très différent de la série de l’inspecteur Erlendur, qui s’attache à décrire la société islandaise sous toutes ses coutures ou presque. Ici, certes c’est une page de l’histoire de l’Islande, avec la base américaine implantée dans le pays depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Si au début, je me suis assez amusée, avec ces deux « glandus » des services secrets américains qui débarquent chez Kristin, cette pauvre avocate au service de l’Etat islandais, célibataire de son état, qui ne comprend absolument pas ce qui lui arrive, je me suis ensuite pas mal ennuyée dans cette course poursuite contre des tueurs, pour sauver la peau de son frère, déjà moitié crevé, en vrai. J’ai trouvé super bonne pomme son « ex » qu’elle entraîne dans cette galère. Le pauvre, il aurait dû éviter !!
Bref, je n’ai pas reconnu mon Arnaldur adoré qui écrit des romans noirs hyper bien ficelés. Ce livre est davantage un roman d’espionnage. Ecrit en 1999, on y retrouve des thèmes de la série qui a fait le succès de l’écrivain : la disparition un jour de blizzard ; la rudesse du climat islandais qui ne pardonne rien; la présence d’une base militaire américaine sur l’île (on le retrouve dans Le lagon noir) et l’hostilité des Islandais à cette présence. Je ne sais pas du tout de quand datent les premiers romans traduits en France. Mais il m’a semblé que ce livre ressemblait presque à un « brouillon » des autres parus depuis.
Dans la série Erlendur,c’est noir mais il y a peu de sang. Ici, purée ça dégomme sec. Ca part dans tous les sens et finalement, même l’intrigue finie un peu trop entortillée-écrabouillée.
Un peu déçue donc. Pas du tout mon préféré. Je pensais m’attacher à cette héroïne super courageuse, mais non. Bref, je suis restée en dehors de l’histoire, les regardant tous se courir après, avec un zeste d’agacement.

Cela dit, même dans cette lecture au fin fond des glaciers islandais, j’ai réussi à trouver un peu d’Irlande.  🙂

Extrait :
« Avec une fascination horrifiée, elle étudia  la cruelle ingéniosité avec laquelle on l’avait torturé : la chair sanglante au bout des doigts, là où les ongles avaient été arrachés, les deux pouces manquants, son nez brisé et les trous noirs aux endroits où plusieurs de ses dents avaient été enfoncées à coups de pied, des lambeaux de peau pendaient sur sa poitrine. »

« Elle avait éprouvé un tel soulagement quand cette histoire s’était achevée qu’elle n’était pas sûre de vouloir un jour, à nouveau partager son espace vital. C’était peut-être un trop gros sacrifice. Avoir des enfants, cela ne lui avait jamais traversé l’esprit. Peut-être avait-elle peur de devenir comme ses parents. »

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Premier festival franco-irlandais à Paris !

Comme vous pouvez le voir dans la colonne Instagram, je me suis bien amusée au premier festival littéraire franco-irlandais de Paris, avec la thématique « News Writings, New Styles », organisé par le Centre culturel irlandais. Un immense bonheur de passer le week-end avec des pointures de la littérature irlandaise contemporaine : Mike McCormack, Lisa McInerney, Rob Doyle  Declan Meade (j’ai vraiment hâte de les voir un jour dans nos librairies ici, en France !), Paul McVeighPaul Lynch, et Dermot Bolger !!! (tellement impressionnée !). Pour la France, c’était aussi la classe, avec Léonor de Recondo, Patrick Deville, Colette Fellouss, Julia Kerninon et Maylis de Kerangal. C’est malin, parce que maintenant j’ai très envie de les lire alors que je suis déjà over-débordée de lectures à faire. :p . Même le temps était au diapason de l’île d’Emeraude (même si, c’est vrai, en Irlande, il ne pleut jamais aussi longtemps qu’à Paris). Arriver trempée jusqu’aux genoux, parapluie ruisselant sur les chaussures, cheveux en forme de serpillère, lever la tête et se trouver pile poil en face de Dermot Bolger, ça c’est du souvenir ! 🙂 Fêter les 18 ans du festival franco-irlandais de Dublin devant un bon goûter : merci pour le sens de l’accueil so irish. C’était adorable ! Merci à Sinead Mac Aodha qui nous a organisé tout ça et gratuitement.

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La libraire de la place aux herbes – Eric de Kermel

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Illustré par Camille Pénichat et mis en pages par Sandrine Escobar

Une chronique sur un roman un peu différent de ce que je lis habituellement, qui m’a été proposé par les éditions Eyrolles, d’un auteur qui m’est un inconnu absolu (je m’excuse d’avant auprès de lui ! 🙂 ). J’ai lu le communiqué de presse et zou, un livre qui parle de livres, de libraire et de nature, forcément, ça attise la curiosité.d’une blogueuse littéraire qui lit tellement qu’elle n’arrive même plus à tout chroniquer … « Dis-moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es ». Ah oui ? Voyons ça…

Nathalie, prof de lettres et parisienne décide de changer de vie. L’occasion fait le larron : une librairie est à vendre à Uzès, dans le Gard : elle saisit la balle au bond et se lance dans l’aventure du métier de libraire. Elle nous raconte son quotidien : pas la gestion de stocks, les invendus etc., mais les gens qu’elle croise dans son nouveau paradis du livre. Le roman est une galerie de personnages, de la jeune fille en devenir dont la mère empêche de lire ce qu’elle veut, au lecteur-voyageur, en passant par un rescapé de guerre. Et tant d’autres.

Je me suis laissé porter par cette lecture plaisante qui aborde de multiples sujets et dont la vertu « relaxante » est indéniable. Ma plus grande surprise a été de trouver pas mal d’allusions à l’Irlande (où Nathalie prévoit de retourner en voyage avec son mari), du livre de Kells, en passant par Le taxi mauve de Michel Déon (♥) .
On trouve bien évidemment une foule de références littéraires, de livres que Nathalie recommande à ses lecteurs  (récapitulée à la fin de l’ouvrage, dont Sorj Chalandon (♥ ) pour le magnifique Quatrième Mur . Colum McCann (alors là, le bond de joie que j’ai fait !), avec Zoli , mais aussi Nuala O’Faolain pour Chimères (encore un bond de joie pour moi : tiens, un auteur français qui connaît Nuala O’Faolain !!). Mais il y en a pour tous les goûts.
Un livre agrémenté d’illustrations qui contribuent au sentiment de bien-être.

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On entend presque les cigales !

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Dessiner ou peindre, ça détend !

Ce que j’ai moins aimé, c’est d’avoir l’impression de ne pas vraiment lire un roman. L’identité d’Eric de Kermel transparait tellement dans son personnage, que ça en devient étrange.
(« Eric de Kermel est journaliste et éditeur de magazines de nature. Il a vécu sa jeunesse entre le Maroc et l’Amérique du Sud avant de rejoindre la France où son port d’attache est désormais un coin de garrigue, du côté d’Uzès. (…) Il met ses mots au service d’un engagement écologiste et humaniste et porte au quotidien la préoccupation de rendre notre monde plus doux et accueillant à ceux qui l’habitent »)

La narration est à la première personne du singulier, avec un « je » qui renforce cette impression qu’il y a bien peu de différence entre l’auteur et le personnage de la fiction.
Enfin, le style a presque à voir avec celui du journal intime et du reportage. J’ai eu du mal avec ce style justement, qui aurait mérité d’être plus travaillé, pour l’écriture d’un roman, selon moi. Finalement, on a l’impression que l’auteur a eu du mal à choisir un genre bien tranché, entre le reportage, la fiction, le journal intime. L’ensemble aurait pu se combiner mais il manque quelque chose…
Bien souvent, on saute d’un sujet à un autre (qui n’a pas grand chose à voir avec la littérature), comme si l’auteur voulait faire absolument passer ses idées écologistes mais ne savait pas trop comment s’y prendre. Si ses idées sont belles et que ce livre est empli d’humanisme, ça donne néanmoins une impression de maladresse dans la construction du roman.
« L’été est la saison des fruits, et donc des confitures…
A Paris, les fruits sont vendus verts à des prix exorbitants ! Ce n’es pas surprenant que des générations de citadins ne les aiment pas. Je serais comme eux si je n’avais goûté ceux du Maroc. » Je suis restée perplexe sur cette vision tirée à l’extrême de la vie parisienne. Hé!, il y a aussi des dealeurs bio ici ! Il suffit de savoir où on achète son miam ! 🙂 🙂

Un livre qui se lit bien, qui permet de passer un bon moment mais qui n’est pas sans défauts.
Quant à savoir si on est ce qu’on lit, pour moi rien n’est moins sûr. 🙂

Merci aux éditions Eyrolles.

Extraits :
« Dans les classes littéraires, les lycéens sont tellement curieux et enthousiastes qu’ils me permettaient d’aller bien au-delà des programmes pour leur faire découvrir des auteurs qui étaient de bons passeurs vers une littérature moins académique. »

« Vous avez eu raison de me proposer de découvrir la vie d’une autre. Elle a raison Nuala O’Faolain, une femme doit d’abord être capable de générer du bonheur pour elle-même si elle ne veut pas se trouver dans une dépendance affective avec son compagnon. C’est touchant de voir comment cette femme accepte finalement sa situation de célibataire comme étant celle qui lui permet le plus grand épanouissement. Je n’en suis pas à souhaiter vivre seule, mais j’avais besoin de quelques jours de solitude. Découvrir le point de vue d’une autre m’a permis de revoir le mien et de sortir de mon impâsse. J’ai vraiment suivi votre conseil à la lettre : pendant deux jours je n’ai fait que lire et réécouter avec un casque les albums de Pink Floyd que j’avais oubliés au siècle dernier. Je me suis nourrie d’une banane et de quelques bols de muesli(…). » (Littérature thérapie : )

 

 

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La fin d’une imposture – Kate O’Riordan

Traduit par Laetitia Devaux

Rosalie s’apprête à fêter Noël avec sa fille Maddie et son mari, Luke, quand des policiers se présentent au domicile familial pour leur annoncer le décès de Rob, son fils aîné, qui passait des vacances en Thaïlande avec des amis. Bien évidemment, le monde s’écroule. Et si Luke l’a déjà trompée avec une autre femme, ce n’est rien à côté de ce qui l’attend. Maddie, déchirée de chagrin par la mort de son frère, sombre dans la délinquance et les gangs de fille. Bien évidemment ses parents découvrent la chose après coup, un jour où elle rentre le visage tuméfié. En décidant de l’emmener de force à l’hôpital, ils vont découvrir la double vie de leur fille et décider de la sortir de là, par un groupe de thérapie, où Maddie et Rosalie assisteront ensemble. Dans ce groupe, elle font la connaissance d’un jeune homme, très beau : Jed. Maddie tombe amoureuse de lui et reprend goût à la vie (oui j’ai oublié de dire qu’elle sombrait dans la dépression et avait dû être internée en hôpital psychiatrique. Rosalie reprend espoir et n’est pas non plus insensible au charme du jeune homme.

Rosalie est éditrice, issue d’un milieu modeste, comme Jed. Elle est férue de bande dessinée et devenue experte pour dénicher les BD « vintage » côtées dont elle s’est constituée une collection qui vaut une fortune. Elle est irlandaise, originaire du Kerry. Et fervente catholique. Son meilleur ami est d’ailleurs un homme d’église, Tom, un humaniste révolté par la misère qui sévit en Angleterre, dans les cités en particulier.

Luke est cameraman, issu d’un milieu aisé. Il part souvent en reportage à l’étranger. Et c’est le cas au moment où débute l’histoire. Luke doit partir en Patagonie, dans des lieux reculés du pays où le téléphone portable ne passe pas.

Maddie est une ado perdue, envoûtée par Jed, capricieuse, têtue et qui n’écoute jamais ce que lui dit Rosie.
Et Jed ? Eh bien Jed va être la pierre angulaire de l’intrigue. Un jeune homme de plus vingt ans, très mystérieux, au comportement de plus en  plus étrange. L’ange et le démon se cachent en lui.

C’est le premier roman que je lis de l’Irlandaise Kate O’ Riordan et je ne me doutais pas du tout, avant qu’il soit édité en poche, qu’il s’agissait d’un thriller. Cela faisait un moment que je n’avais pas lu ce genre de roman : eh bien je n’ai pas été déçue du voyage !! 🙂
L’intrigue est somme toute assez banale mais l’essentiel ne tient pas là, à mon avis. L’essentiel est dans la façon dont Kate O’Riordan parvient à insuffler l’angoisse et la terreur, tant à Rosalie qu’au lecteur. Je ne sais pas comment elle fait, mais, glurps, ca fiche bien les miquettes !

Comment une famille, en particulier une ado et une femme mûre s’offrent en proie par leur vulnérabilité à un gamin qui va les tenir à sa merci, du moins tenter de se forger des liens familiaux par la violence psychologique et physique, jusqu’à l’imposture.

Rosalie est un personnage fouillé et complexe. d’abord ravagé par le chagrin de son fils, puis prise de remords et de culpabilité par rapport à sa fille quant à son désir pour Jed et le double péché qu’elle a commis, elle, la femme pieuse, elle va finir par nous étonner par son courage pour tenter de se sortir du bourbier de mensonges dans lequel elle s’est fourrée, pour sauver sa peau, celle de sa fille mais aussi sa famille, alors qu’elle est quand même dans une sacrée sale position. Rosie va faire sa pénitence en menant l’enquête sur une route pavée d’embûches, pour débusquer la face cachée de Jed, mais aussi… de son fils Rob.

J’ai particulièrement aimé la scène de lutte dans la tourbière irlandaise ! 🙂
Et vraiment géniale la scène dans l’avion. Si vous avez la phobie des airs, c’est peut-être une bonne thérapie de lire cette scène !!

Seul bémol : quelque invraisemblance, comme la scène où Maddie cachée dans un buisson avec Rosie qui lui intime de se taire, à deux pas de Jed qui ne les trouvent pas ni ne les entend. Puis Rosie qui ressort du buisson comme si de rien n’était et retourne vers Jed en inventant une excuse bidon. J’ai trouvé ça un peu too much. Mais c’est le seul défaut que je vois à ce thriller qui est un véritable page turner bien difficile à lâcher.

Résultat : j’ai acheté les autres romans de Kate O’Riordan. Il ne me manque plus que le tout premier.

Remarque sur l’édition de poche : pourquoi une paire de pieds en photo pour illustrer l’histoire ? Je n’ai pas compris ! 🙂

« Il serait bientôt à des milliers de kilomètres des deux femmes qu’il aimait le plus, tandis qu’un inconnu occuperait son studio et dormirait dans son lit. Rien n’était normal, dans cette affaire. »

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Transatlantic – Colum McCann

Traduit par Jean-Luc Piningre

Le livre s’ouvre en 2012, sur l’acrobatie de mouettes formées en escadrille près d’un cottage au bord d’un lough. Puis nous basculons au siècle dernier, en 1919 : deux aviateurs rescapés de la Grande Guerre se lancent le défi d’entreprendre le premier vol transatlantique de l’Histoire, sans escale, entre Terre-Neuve et Cork en Irlande. Avant leur départ, ils rencontrent par hasard une journaliste enthousiaste, Emily, qui écrit des papiers pour l’Evening Telegram, accompagnée de sa fille Lottie. Elle les charge de remettre une lettre à sa famille à Cork.
Le chapitre suivant nous transporte une nouvelle fois dans le temps, entre 1845-1846 (époque de la Grande Famine en Irlande) où Frederick Douglass, un esclave américain affranchi, vient présenter ses Mémoires en Irlande, à la demande de son éditeur. Et découvre avec stupeur et gêne un pays où la discrimination est le lot commun des Irlandais sous le joug britannique. Il rencontre une jeune bonne irlandaise: Lily.
Nous faisons de nouveau un bond dans le temps : nous voici en 1998 avec le sénateur Mitchell, observateur pendant le processus de paix en Irlande du Nord. Pour tromper son ennui, il passe la plupart de son temps entre deux avions et se remémore sa rencontre avec une très vieille femme : Lottie.

Je ne vais pas raconter toutes les histoires qui peuplent ce roman très dense, et savamment orchestré, qu’il faut absolument lire jusqu’à la dernière page ! Au début, j’ai cru qu’il s’agissait d’un recueil de novella, genre cher aux Irlandais. Mais non. C’est bien plus subtil que ca.

Colum McCann s’amuse avec délice à promener son lecteur à travers les airs, d’une époque à l’autre (pas forcément de manière chronologique), d’un continent à l’autre,  quitte à lui mettre un peu les neurones en capilotade et la tête à l’envers. C’est une lecture exigeante qui vous attend, un roman très détaillé sur chaque  époque évoquée, où l’écrivain mêle personnages réels et fictifs, et les lient par des fils ténus à travers l’espace et le temps. Vous allez faire un voyage d’histoires et d’Histoire. Vous comprendrez au fur et à mesure (mais pas forcément immédiatement) l’histoire des personnages, leurs liens familiaux. Tout en pouvant lire presque séparément chaque histoire – je n’ai pas essayé mais je suis presque sûre que ça fonctionne. Ce roman m’a un peu fait penser à Génération, de Paula McGrath, qui vient d’être publié et dont j’ai fait la chronique. Le procédé de construction est le même, en plus dense ici.

J’ai particulièrement aimé l’histoire des aviateurs (personnages réels) Alcock et Brown, mais aussi celle Frederick Douglass (qui n’a rien de fictif non plus). Les femmes occupent aussi une place de choix, incarnées par des figures féminines fortes. Elles insufflent une bonne dose d’émotion au roman. Un formidable couple mère-fille, avec les journalistes reporters Emily et Lottie. Un gros coup de coeur pour Lily aussi.

Je connaissais Colum McCann virtuose écrivain de nouvelles (dont le magistral Treize Façons de voir, qui reste dans mon best of). Je découvre Colum McCann romancier, avec ce livre publié en 2013, qui n’est pas mon préféré dans tous les livres que j’ai lus de l’auteur parce que je me suis parfois perdue en route. Mais j’ai quand même beaucoup aimé !
Une plume et une construction virtuoses qui à elles seules méritent le détour. En tout cas, Colum McCann sait vous fait voltiger !
J’ai mis la couverture d’une des publications en V.O. du roman parce que je trouve qu’elle illustre bien ce que contient ce livre.  🙂

Extraits :
« Elle choisit de se réveiller tôt, avant les enfants. Cette maison-là valait la peine d’être écoutée. Ces drôles de bruits là-haut. Elle avait d’abord pensé à des rats, leurs petites pattes sur l’ardoise, pour découvrir bientôt que c’était les mouettes. Les mouettes qui lâchaient des huîtres sur le toit, afin de briser leur coquille. »

« L’odeur de la terre est d’une fraîcheur renversante :Brown en mangerait presque. Les tympans vibrent dans ses oreilles. L’impression d’être encore suspendus là-haut. Voilà, se dit-il, je suis le premier homme qui marche en volant. »

« L’accent local avait une musicalité qui lui plaisait : des phrases paresseuses, souples comme des hamacs. »
« J’admets que ce séjour dans l’île d’émeraude est riche en émotions. Adieu le ciel éclatant d’Amérique, me voilà revêtu des brumes grises de l’Irlande. C’est un habit d’homme qu’on m’offre ici, pas la mise de l’esclave. On m’encourage à parler de ma propre voix. Je respire librement l’air de la mer. Et si bien des choses me serrent le coeur, s’il m’est donné beaucoup à voir qui ferait trembler les miens, ce ne sont pas les chaînes qui m’entravent. »

« Leur malle en bois contenait le strict minimum, car elles souhaitaient se déplacer facilement. De quoi se changer, des vêtements de pluie, deux exemplaires du même roman de Virginia Woolf, les petits carnets, la pellicule, les médicaments pour l’arthrite. »

« A l’hiver 1886, Emily fêta son quatorzième anniversaire. Elle passait la plupart de son temps dans sa chambre à l’étage, entourée de ses livres. Lily craignit d’abord qu’elle souffrit d’une grande solitude, mais découvrit qu’elle n’aimait rien tant que fermer les rideaux, allumer une bougie et tourner les pages dans la danse des ombres. »

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Maintenant, c’est ma vie – Meg Rosoff

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Traduit par Hélène Collon

Daisy, une ado new-yorkaise, est envoyée par son père passer quelques jours dans la campagne anglaise, chez ses cousins. Dès la sortie de l’avion, elle est intriguée par Edmond, son cousin, venue la chercher à l’aéroport. 14 ans, la clope au bec, il conduit sans permis et surtout a un air de chiot perdu. Ce n’est que le début des surprises. Elle découvre le reste de la famille : Isaac, Piper, Osbert, une chèvre, des chats et des chiens, un mouton, forment le singulier mais sympathique comité d’accueil de Daisy. Tante Penn, qui aurait dû venir la chercher à sa descente de l’avion, est absente du tableau. La première impression qu’on a, c’est que les gamins ont l’air de vivre et de se gérer seuls, dans cette ferme où règne un joyeux bazar.
Peu à peu on découvre que le monde est en crise, en proie à un terrorisme de niveau mondial. Pourtant, le coin de campagne où vivent les cousins de Daisy ressemble à un Eden. On sent une menace latente. Le silence avant la tempête. Jusqu’au jour où une bombe explose au plein milieu d’une gare de Londres, faisant « quelque chose comme sept mille ou soixante dix-sept mille tués ». Alors tout dérape vraiment. Les aéroports ferment, « on parle partout de pénurie de produits alimentaires, d’arrêter les transports publics, de rappeler tous les hommes en âge de se mettre au service de la patrie », « les types de la radio demand[ent] d’un ton solennel à tous les gens qu’ils alpagu[en]t dans la rue si « ça v[eu]t dire que c'[es]t la guerre », sur quoi il fa[u]t fader des experts tout aussi solennels qui f[on]t semblant d’en savoir plus que le commun des mortels ». Le monde devient dingue. Tante Penn, qui travaille pour les hautes sphères de négociation de la paix, partie la veille à Oslo, ne peut revenir sur le territoire britannique puisque les aéroports du pays sont fermés. Les gamins vont devoir se débrouiller seuls, mais finalement, ce n’est pas si important puisqu’ils se débrouillaient déjà seuls. Quand ils reçoivent un message disant que les habitants doivent évacuer la zone, ils décident de ne pas quitter les lieux et d’aller se cacher pour vivre dans la grange. Malgré tout, ils finissent embraqués de force par les forces du pays et sont séparés. Daisy et Piper se retrouvent en famille d’accueil, dont elles s’échappent. Elles vont devoir apprendre à survivre et nous les suivons dans cette fuite folle.
Juste avant que tout dérape, Daisy et Edmond sont tombés amoureux. Daisy a fait une promesse, elle fera tout pour la tenir. Cela va la transformer et changer sa vie.

Daisy est un personnage blessée depuis sa naissance : elle se considère comme quelqu’un qui apporte le malheur partout où elle va : sa mère est morte en lui donnant vie. En arrivant en Angleterre, elle pensait avoir laissé les attentats sur le sol américain et voilà que le monde part en vrille. Avant la guerre, elle était anorexique, ou du moins avait des périodes où elle refusait de manger. Pendant la guerre elle va devoir trouver à manger pour ne pas mourir. Pourtant, comme elle le dit en prélude du roman, si la guerre a chamboulé pas mal de choses pour elle, en soit, les changements qui se sont opérés sont surtout dus à… Edmond.

J’ai beaucoup aimé les personnages principaux du roman, cette famille d’ados livrés à eux-mêmes, abandonnés par les adultes, qui sont tous des personnages négatifs. Tante Penn est bien trop occupée à négocier la paix pour s’occuper d’eux ; le père de Daisy se contente d’un coup de fil après la bombe pour savoir si elle est toujours en vie mais l’obligera à retourner à New York quand elle a décidera que sa vie est maintenant ailleurs. Les gamins sont brutalisés par les forces armés du pays. Bref, le monde des adultes est vraiment sombre. Parsemé de cadavres, de maisons dévastées.

Pourtant, dans cet univers de désolation, Daisy court après l’amour, incarné ici par Edmond. Cependant Meg Rosoff ne fait pas de ce roman une bluette sentimentale avec des violons et des trémolos, des machins bien « cul-cul-la-praline ». A travers ce thème amoureux, elle explore les ravages de la guerre, un monde vide et vidé de son sens, un monde où il faut explorer les cadavres pour retrouver ceux qui vous sont chers, où il faut compter sur la générosité de la nature pour survivre.
(J’ai particulièrement aimé le passage sur la cueillette des champignons et leurs conséquences ! 🙂 )

L’écrivain parvient à insuffler de la poésie dans cet univers apocalyptique, par la luxuriance de la nature qui reprend ses droits et qu’elle s’attache à décrire. On suit avec bonheur Daisy et sa petite cousine Piper dans leur cavalcade pédestre à travers la campagne anglaise.
Ne pas s’attendre à des dialogues, l’écrivain n’utilise pas le discours direct libre pour faire parler ses personnages à travers l’histoire que raconte Daisy. Ou si peu.

C’est premier roman que je lis de Meg Rosoff, publié en 2004 et, depuis, adapté au cinéma. Un beau roman young adult, à la fois palpitant, angoissant et émouvant. Un roman d’apprentissage original et paradoxal.
Il a d’ailleurs remporté de nombreux prix.

J’ai aussi visionné le film qui en a été tiré : dommage qu’une partie de la fin du roman soit complètement omis, que certains personnages meurent alors que ce n’est pas le cas dans le roman, ce qui change un  peu la donne. Le personnage de Daisy est complètement agressif dans le film, ce qui n’est pas le cas dans le roman. La Daisy du roman ne fait pas de caprices de merdeuse du genre qu’on a envie de remettre direct dans l’avion et elle n’assassine personne. Edmond s’appelle Edmond et n’est jamais nommé par le diminutif « Eddy », comme à l’écran. Pas d’histoire bombe nucléaire, pas de neige en plein été…
Le film se regarde, surtout si on n’a pas lu le roman, mais le réalisateur a pris des libertés. Donc je vous conseille plutôt de lire d’abord le roman et ensuite de regarder le film (d’ailleurs je ne fais que rarement l’inverse, car dans ce cas-là, je ne lis pas le roman parce que je sais que je vais être agacée 😉 )

Extraits :

« Puis je suis allée à la fenêtre et on distinguait un tout petit bout de lumière rose là où le soleil devait être en train de se lever, une brume grise parfaitement calme planait au-dessus de la grange, des jardins et des champs, et tout était beau, parfaitement immobile : j’ai bien regardé en m’attendant à voir débarquer une biche ou une licorne qui seraient rentrées chez elles en trottinant après une rude nuit, mais je n’ai aperçu que des oiseaux. »

« (…) des tonnes de rumeurs nous arrivaient de partout, mais à NOUS, il ne nous arrivait rien de SI GRAVE QUE CA.
Pendant ce temps, il y a quelque chose comme cent mille roses blanches qui fleurissent toutes en même temps sur le devant de la maison, une vraie folie; les légumes poussent d’au moins quinze centimètres par jour et les plates-bandes sont tellement bigarrées qu’on ne peut s’empêcher de rester en extase devant et qu’on en a le vertige rien qu’à les regarder. A en croire Isaac, les oiseaux s’éclatent bien plus depuis l’occupation parce que les voitures ne roulent plus, qu’on ne cultive plus la terre, bref qu’on ne fait plus rien qui les embête, si bien qu’ils n’ont plus qu’à pondre leurs oeufs, chanter et éviter les renards.
Ca commençait à ressembler à du Walt Disney sous ecsta avec tous ces écureuils, ces hérissons et ces biches qui se baladaient partout au milieu des canards, des chiens, des poules, des chèvres et des moutons;[…) »

« J’ai improvisé un couvercle avec un bout d’écorce qui s’est mis à fumer sur les bords, puis à prendre carrément feu, ce qui m’embêtait quand il fallait l’enlever pour remuer les champignons. Je me suis brûlé huit doigts sur dix en enlevant la gamelle du feu pour éviter que le tout ne soit carbonisé, ce qui m’a pris presque une heure (…) et vous n’imaginez pas à quel point ça peut être bon un truc qu’on a trouvé dans un champ(…) ».

« – Merde ! S’il écoute aussi ATTENTIVEMENT QUE CA, j’ai hurlé, ALORS COMMENT CA SE FAIT QU’IL N’ENTEND PAS QUE SI J’AI REUSSI A SURVIVRE JOUR APRES JOUR PENDANT DES ANNEES, C’EST A CAUSE DE LUI? »

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Une année dans la vie de Johnsey Cunliffe

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Traduit par Marina Boraso

Deux ans après Le coeur qui tourne, voici le deuxième roman de Donal Ryan, l’Irlandais annoncé comme le nouveau prodige des lettres irlandaises. J’avais dévoré le premier à sa sortie, donc je me suis aussi jeté sur celui-ci..
Si c’est le deuxième roman publié, c’est en réalité le premier qu’a écrit Donal Ryan. Le coeur qui tourne se déroule chronologiquement après Une année dans la vie de Johnsey Cunliffe. Petit extrait de ce que disait l’un des narrateurs du Coeur  (mais qui du coup va vous révéler la fin du roman donc attention spoiler si vous n’avez pas lu les deux romans) : « Il y a des années de ça, quand on a enterré le fils Cunliffe et que  sa vieille tante a raflé les terres pour les partager entre les gros richards, on s’est pris pour des élus, comme des cons. »  Mais on peut lire l’un sans avoir lu l’autre !

Nous sommes dans un village du Tipperary. Johnsey a toujours été considéré par les gens du coin comme un gentil garçon qui n’a pas toute sa tête, un simplet. Toute sa scolarité, il a été harcelé et battu par la bande de gus menée par Eugene Penrose. A présent Johnsey travaille pour la coopérative du village pendant que Penrose et ses potes racailles, devenus chômeurs,  continuent de lui chercher des noises à la moindre occasion, juste pour s’amuser. Johnsey s’est lui-même persuadé qu’il était un demeuré. Incapable de trouver une place dans le monde, il vit en retrait, seul, avec ses parents, dans leur ferme. Les choses déclinent encore sérieusement quand il perd son père, puis sa mère (qui ne s’est jamais remise du décès de son époux). C’est du lourd.  Il hérite de la ferme et se retrouve à la merci d’une bande de requins qui a décidé de lui faire la peau parce qu’il refuse de vendre les terres à un consortium promettant la prospérité aux villageois. Du coup, le naïf  Johnsey se retrouve malgré lui, dans le rôle du sale type qui va ruiner la vie de tout le monde. On comprend bien qu’on marche sur la tête dans cette Irlande de la spéculation immobilière.
Donc, comme dans Le coeur qui tourne, oubliez l’image d’Epinal du village irlandais tout mignon niché dans la campagne, avec de gentils villageois. La pastorale, ce n’est pas la tasse de tea de Donal Ryan. Les personnages ici sont tous des péquenots, bêtes et méchants. Hypocrites et manipulateurs. Des bouseux qui se liguent contre un pauvre gars qui, à force de manquer de confiance en lui, s’est persuadé depuis tout petit qu’il est un crétin.

Johnsey fait pitié et en même temps agace. Donal Ryan ne l’épargne pas. Cependant, si l’on grince des dents de nombreuses fois à cause de ces personnages pas franchement sympathiques et ce pauvre anti-héros à la limite de l’autisme, c’est surtout le rire qui l’emporte. A force de scènes cocasses et du bagou truculent de Donal Ryan, on oublie complètement cette histoire de spéculation immobilière qui en réalité est finalement très peu présente dans le roman. Franchement, j’ai vraiment eu l’impression parfois, et finalement assez souvent, que Donal Ryan se lâchait, débridait son imagination, avec ce qu’il avait dans la tête au moment où il écrivait. Pour l’avoir entendu à la rencontre au centre culturel irlandais jeudi dernier, je sais maintenant qu’il est capable de se mettre à rire tout seul de ce qu’il est en train de raconter. 🙂
Too much les scènes à l’hôpital, en compagnie de l’infirmière Jolie Voix et du compagnon de chambre, Dave Charabia, (le tout enrobée d’une histoire matérielle  de « chat-téteur »), des personnages qui seront les seuls contacts et « amis » de Johnsey une fois sorti de convalescence, pour composer une sorte de ménage à trois. J’ai failli mourir de rire. C’est assez dangereux de lire ce roman dans les transports (vous êtes prévenus !).

J’ai aimé, je ne peux pas dire le contraire. J’ai beaucoup ri. Mais j’ai quand même préféré Le coeur qui tourne pour la performance littéraire.  Ici on a l’impression d’un gros délire d’humour, très efficace, mais que le fond de l’histoire, finalement, passait à la trappe la majeure partie du roman, pour ne ressurgir qu’à la fin. Pour moi, c’est l’histoire d’un calvaire, celui d’un jeune homme naïf et inoffensif, dans un monde de brutes qui agissent comme une meute de  loups pour déchiqueter un agneau assez couillon (un Forrest Gump, comme il a été dit lors de la rencontre au CCI).  On suit sa vie, mois par mois, pendant une année, de janvier à décembre. Et en décembre, il va se passer quelque chose (The thing about december est le titre original)

Corrosif et terriblement drôle. Terrible c’est peut-être l’adjectif qui convient. 🙂

Extraits :
« D’après maman, quand on appelle son fils Dermot McDermott, ça prouve qu’on ne se prend pas pour la moitié d’une merde. »

Le four à micro-ondes : « Ce machin-là pouvait provoquer des tas de maladies, comment savoir ? Elle racontait qu’une dame était restée devant pendant qu’il chauffait, et alors son foie avait grillé et elle était morte en hurlant de douleur. »

« Les mots, par exemple. Ils sont formidables s’ils viennent de quelqu’un d’autre et quand ils sortent de la bouche de Jolie-Voix on dirait une glace à la vanille avec une gaufrette par-dessus, en plein été (…) ».

 » (… on lui a fait passer un chat-nerf. (…) on lui a déjà posé un chat-téteur qui se chargera de vider sa vessie. Décidément, il y a des chats partout là-dedans »

« Un autre problème avec Dave Charabia, c’est qu’il n’arrête pas de péter, alors que Johnsey a des douleurs dans le ventre quasiment tous les jours à force de se contrôler et de serrer les fesses. A ce stade-là, les vents ne prennent même plus la peine d’essayer de sortir : ils s’arrêtent au bord de la raie avant de rebrousser chemin. Du coup, ils se bousculent dans ses boyaux et se bagarrent pour se faire une place. Ca ne peut pas être sain, tout cet air qui s’accumule là-dedans. »

« Il ajoute que, de nos jours, ce n’est pas la peine de brancher une fille quand on n’a pas de portable. Le texto est l’outil moderne de la séduction. Et toi, mon vieux, tu es aussi un outil, mais pas taillé pour la séduction. Il suffit de quelques messages bien tournés pour qu’une fille s’excite et piaffe d’impatience avant même que tu l’aies rencontrée. »

« D’ailleurs, ce style de pantalon que tu portes, ça fait blaireau, passe plutôt aux jeans – modèle boot cut, pas ces merdes de Lee et de Wranglers, comme dans les années quatre-vingt. Pareil pour les bottes, c’est fini ça, trouve-toi des mocassins classe, mais les prends pas noirs, plutôt marron, avec le bout pointu. (…) Y a des mecs qui se baissent le futal jusqu’à la moitié des fesses pour montrer le haut de leur caleçon, mais là tu dois mettre la bonne marque, du Calvin Klein, quoi, le kangourou qu’on te vend chez Penneys, ça le fait pas. »

« Siobhán insiste auprès de Dave pour qu’il leur présente l’élue de son coeur. Ferait-elle partie de ces bégueules de la ville qui ont peur de subir une combustion spontanée si elles s’aventurent à la campagne? Et elle enseigne quoi, au fait ? Le braille ? »

Et je termine d’écrire ma chronique en pleurant de rire…  🙂

 

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Donal Ryan au Centre culturel irlandais le 19 janvier 2017 (c)

 

 

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Cité 19 – Livre 1: Ville noire – Stéphane Michaka

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Faustine est une ado du XXIe siècle passionnée par le XIXe siècle. Son père travaille au musée d’Orsay. Un jour, on le retrouve au pied de la tour Saint-Jacques : manifestement, il a été jeté dans le vide. Faustine est convoquée pour identifier le corps. Elle ne reconnaît pas les mains de son père. Mais elle décide de dire qu’il s’agit bien de lui et de mener sa propre enquête. Plusieurs fois, elle a croisé un mystérieux bonhomme à la station de métro Cité, un bonhomme, habillé comme au XIXe siècle, il a pour habitude de fredonner une chanson. Faustine trouve étonnant qu’il soit souvent sur son chemin. Un flic s’est mal conduit à son égard et elle a commis l’irréparable pour se défendre. En fuite, elle décide d’aller à la station de métro Cité. Le début d’une aventure à la fois de science fiction, de roman policier, avec une touche de fantastique.

Ce roman a reçu un prix à SMEP (St Maur en Poche!) en juin dernier, prix remis à l’auteur par des élèves d’un collège de la ville. Stéphane Michaka (et les élèves) ont merveilleusement parlé de ce roman et voilà, il fait partie de ma « pêche » du dernier Salon de Montreuil.

Ma chronique ne va pas être très approfondie (je suis un peu fainéante en ce dimanche!) .
J’ai adoré tout ce qui est le plongeon d’une jeune fille du XXIe siècle dans le Paris du Second Empire, et des travaux du baron Haussmann. La gamine se frotte à la condition féminine de cette époque où il est impossible, par exemple, d’exercer le métier de journaliste. Beaucoup de jeunes femmes sont réduites à être cousette, dans le meilleur des cas. Faustine devient Faustin. Et on se rend compte, comme elle, qu’elle est attirée par les femmes. Mais ensuite ? J’ai adoré me balader dans les coupe-gorges avec l’héroïne, qui se lance en cachette à la recherche de son père, dont elle est persuadée qu’il est parti comme elle, dans le Paris haussmannien (il est aussi féru du XIXe siècle). En même temps, un mystérieux assassin est à l’oeuvre. J’ai adoré la mise en évidence de l’évolution de la langue française (les expressions que les uns et les autres ne peuvent pas comprendre).

En revanche, j’ai beaucoup moins aimé l’irruption de cette histoire de cobayes et d’avatars de SF, dont on ne comprend pas vraiment le sens dans ce premier volume. J’ai été un peu désarçonnée et ces pages m’ont ennuyée.

Enfin, il y a comme un problème dans cette fiction : à un moment, deux camarades de Faustine du XXIe siècle partent à sa recherche et se retrouvent eux aussi catapultés dans le XIXe siècle de la même manière qu’elle. On suit un moment ce qui leur arrive au XIXe siècle et puis, ils disparaissent totalement du récit. Ca laisse un peu perplexe.

J’attends donc de lire le deuxième tome, « Zone blanche », qui a déjà paru pour me faire une idée définitive. Un premier volume qui n’a donc pas tenu toutes ses promesses, pour moi.Beaucoup de pistes sont ouvertes mais on les perd en route. J’attends mieux du second tome.

Extraits :
« Certains faisaient profession de commenter la Une. Ce n’était pas qu’ils savaient lire. »
« Elle se sentait comme une clandestine. Que dirait-elle si on lui demandait ses papiers ? »
« Sprenger, pourquoi le cobaye FX 44 n’a-t-il pas d’avatar? » (je vous le demande ! 🙂 )

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Les filles de Brick Lane, tome 1 : Ambre – Siobhan Curham

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Traduit par Marie Hermet

Ambre vit à Londres, dans le quartier de Brick Lane avec ses deux pères. Au lycée, elle est harcelée par les autres élèves qui la traite d' »homo », de lesbienne, comme si cela  était une honte. Ambre a deux passions dans la vie : Oscar Wilde, dont elle rêve de visiter la tombe au Père Lachaise, et son blog. Elle habite une maison ancienne qui aurait pu être la sienne.

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Maison d’Oscar Wilde à Londres

« Rose examinait l’imposante façade de briques. (…) Finalement, ce n’était pas étonnant qu’Ambre s’habille comme elle le faisait et qu’elle adore Oscar Wilde. »

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Le Petit Palais rend hommage à Oscar Wilde

La jeune fille adore les objets anciens et a pour habitude de se vêtir comme un dandy, ce qui la rend suspecte aux yeux des filles formatées, comme clonées sur le même modèle.

15822918_1374844092557781_3926394657381045220_n (cartes écrites par O. Wilde enfant et timbale) 15822588_1374844509224406_5203266379950055871_n

Quand ça va mal, Ambre se plonge dans les citations d’Oscar qui lui permettent de prendre de la distance. Un soir, n’en pouvant plus d’être le mouton noir, ses yeux tombent sur cette citation  : « Oui : je suis un rêveur. Car le rêveur est celui qui ne trouve son chemin qu’au clair de lune, et son châtiment est de voir l’aube bien avant le reste du monde. »  Ambre décide que les choses doivent changer. Ca ne peut plus durer. « Elle était à Londres, une ville qui comptait des millions d’habitants. Il y avait forcément des gens comme elle quelque part. Des gens qui ne pouvaient pas ou ne voulaient pas ressembler à tout le monde, ne pas dépasser, ne pas faire de vagues. Des gens qui, plus que tout, avaient envie d’aventure, de découverte. D’autres Pierrots lunaires. »  Elle décide de créer un club secret, « Les filles de Brick Lane », qui aurait pour but de se soutenir et s’aider à trouver la confiance en soi nécessaire pour réaliser ses rêves. Reste à trouver le moyen de se mettre en relation avec d’autres personnes qui lui ressemblent. Ambre travaille dans une boutique vintage quand elle n’est pas au lycée. Pour mettre en oeuvre son idée,  elle écrit une chronique sur son blog et confectionne cette petite carte qu’elle distribue à certains clients du magasin.
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Elle ne croit pas trop à ce qu’elle fait, mais à sa grande surprise, elle entre en contacte assez facilement avec trois filles, très différentes d’elles : Maali, Sky. Et Rose.

Maali, une jeune fille d’origine indienne. Photographe amateure, elle voue un culte à la déesse hindoue Lakshimi, déteste les racistes et souhaite plus que tout dépasser sa timidité et arriver à parler aux garçons, en particulier à un. Elle aide ses parents à la confiserie, dont le burfi à lanoix de coco de sa mère est sans doute un des meilleurs de Londres.

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« Maali ajouta le lait concentré dans la casserole. (…) elle alluma l’encens et fit tinter la cloche »

Rose, est une fille de célébrités, mais dont la famille est éclatée et séparée : son père est un acteur connu et vit à New York ; sa mère  mannequin traquée par les paparazzi. Plus que tout, Rose fuit les projecteurs et ne veut surtout pas devenir mannequin, comme maman. Sa mère est d’ailleurs en train de refaire sa vie avec Liam, un Irlandais qui vit sur une péniche, avec sa fille, Sky. Rose a tout de la petite peste formatée qui rentre bien dans le moule des conventions au lycée. Elle a un copain, mais en fait, elle se demande pourquoi elle est avec lui. Juste pour faire comme tout le monde. Son rêve c’est la pâtisserie (et les motos). Rien ne la transporte plus que de créer des recettes et de confectionner des petits gâteaux…
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« Rose cassa un oeuf sur le bord du bol et regarda le jaune luisant exploser dans la pâte à gâteau comme une tache de peinture sur un tableau. »

Sky est la hippie du groupe. Elle ne vit que pour la poésie et rêve de participer à un concours de slam. Elle est orpheline de mère et ne comprend pas pourquoi son père s’est amouraché d’un mannequin célèbre et encore moins pourquoi elle doit quitter la péniche où ils vivaient pour la maison huppée de cette femme, et de sa fille Rose.

 

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« Elle allait retourner sur le bateau. Elle allumerait de l’encens, se ferait un thé vert et travaillerait à son nouveau poème. »

Ces quatre filles sont issues de milieux sociaux différents, ont des goûts et des modes de vie différents, mais pourtant elle vont arriver à tisser des liens d’amitiés solides, s’entraider, et aussi sortir des préjugés qu’elles pouvaient avoir. Elles ont aussi des points en commun et des âmes d’artiste, chacune dans leur genre.C’est ce qui va les rapprocher. Sous l’égide d’un artiste d’un autre siècle et pourtant très contemporain.

C’est le troisième livre que je lis de Siobhan Curham et je n’ai pas été déçue. Un roman qui sous des airs badins aborde avec justesse les problèmes de l’adolescence et revendique haut et fort le droit à la différence et surtout celui d’être soi-même, de s’aimer tel qu’on est. L’histoire évoque aussi les dangers et les dérives d’Internet, le cyber-harcèlement.
Toute la modernité d’Oscar Wilde  est mise à jour, lui qui a souffert et payé pour sa différence, assumée sans complexes et avec impertinence. L’occasion de faire découvrir cet écrivain, critique, dandy et esthète aux gamins d’aujourd’hui. L’homoparentalité est abordé avec tact et justesse, sans omettre les problèmes rencontrés.
Enfin, une touche féministe avec la question du respect des femmes.

Un bon petit pavé qui se lit très facilement, une écriture qui emploie sans complexe le vocabulaire des adolescents d’aujourd’hui, et parfois cela m’a fait sourire (« Je vois que mes leçons n’ont pas été inutiles, alors, si tu arrives même à pécho dans un cimetière ! »). Néanmoins le texte n’est pas dépourvu de poésie et de poèmes. Ni même de gourmandise (vous trouverez une recette intégrale de petits gâteaux croissants de lune, et les burfis de la mère de Maali donne l’eau à la bouche ! 🙂 )

Mon seul bémol va à la couverture gris triste. Car ce roman est très coloré, plein de saveurs et chatoiements. Le clair de lune est souvent cité, celui du monde des rêveurs. Or, on ne retrouve pas toute cette poésie sur la couverture. Juste les tenues des hipsters de Brick Lane. C’est un peu dommage. Je trouve que la couverture originale est plus réussie.
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Un roman qui célèbre l’amitié, la solidarité et le droit à la différence. A mettre dans les mains des jeunes et des moins jeunes pour leur donner confiance en eux et foi en leurs rêves ! C’est le premier tome, il y a donc une suite.

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Extraits :
« Ambre laissa les mots résonner dans sa tête. C’était ça, le véritable usage des lettres : offrir une pause, faire réfléchir, aider à se sentir moins seul. »

« En lisant son poème, Sky éprouva une drôle de sensation, un peu comme lorsqu’elle écrivait. Tout disparu autour d’elle. » (tous les blogueurs s’y reconnaîtront ! 🙂 )

« Il vaut mieux vivre son destin de façon imparfaite que de vivre à la perfection une imitation de la vie d’un autre. »

« Sky l’avait transportée comme par enchantement dans un autre monde, un monde magique où Internet et les selfies, Twitter et les paparazzis n’existaient pas. »

« Pourquoi, dans un monde où un être humain sur neuf meurt de faim, où des millions d’enfants n’ont pas droit à l’école, où des centaines de millions d’adultes ne savent ni lire ni écrire, faudrait-il que l’on gaspille sa colère sur ceux qui ne la mérite pas ! »

« Dans la poche de son manteau, Ambre prit une pierre de lune. Elle l’avait trouvée au marché, sur le stand de minéralogie. (…) Elle avait pris sa trouvaille comme un signe de chance, d’autant plus que la pierre était violette, or et bleue. Et ronde comme une lune. »

Mille mercis à Flammarion Jeunesse pour le livre et le colis qui contient l’âme des filles de Brick Lane ! 🙂

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Pour ceux que cela  intéresse : exposition sur Oscar Wilde au Petit Palais jusqu’au 15 janvier.
J’y suis allée, comme vous pouvez le voir : c’est chouette et instructif !

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Génération – Paula McGrath

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Traduit par Cécile Arnaud

2016 met les voiles. Je vous propose d’entrer avant tout le monde dans 2017 avec le nouveau et premier roman de l’Irlandaise Paula McGrath qui sera dans toutes les bonnes librairies le 12 janvier.

Les pages s’ouvrent sur l’année 1958. Le narrateur tutoie un personnage, un Irlandais planté devant l’entrée d’une mine d’uranium. Celle d’Elliot Lake, Canada. Les Russes ont mis en orbite Spoutnik. Les Américains voient rouge. L’Irlandais, dont on ignore le nom, est un immigré comme un autre qui répond au besoin de main d’oeuvre des Canadiens dont  « Les mineurs (…) n’arrivent pas à tenir la cadence. »  :
« C’est pourquoi tu es là, loin de chez toi. Tu as vingt-cinq ans. Tu ne sais rien de ton avenir, de la femme que tu épouseras, de vos futurs enfants : l’inconstante, le sérieux, et celui qui défera tout ce que tu t’apprêtes à commencer. »
Mais c’est l’année 2010 qui va occuper le coeur du roman, où chaque chapitre va porter le nom des personnages qui vont construire l’intrigue sous nos yeux. Le temps d’un printemps et d’un été. Joe est un fermier bio de l’Illinois. Célibataire et mal léché. C’est ainsi qu’on le découvre. Il surfe sur le web et sur Skype pour harponner une femme qui s’occuperait de sa ferme. La dernière a foutu le camp, c’était une Chinoise, dit-il. Il embauche des wwoofeurs pour la récolte de fruits et légumes. Mais qu’est-ce que c’est que le wwoofing ? Une sorte d’économie du partage : des personnes proposent leurs services bénévolement et temporairement en échange de logis et nourriture. Une manière de servir la cause écolo de l’agriculture bio et d’apprendre un autre métier. Avec son pendant d’exploitation… Pour Joe, ça permet un renfort de main d’oeuvre gratis aux  Mexicains qu’il emploie.
« C’est la fin de la journée, les laitues sont en promo. Je fais aussi un prix sur les coeurs de boeuf. Elles sont extra avec de la mozzarella, du basilic et un filet d’huile d’olive. Sentez-mois ça. »
Allez, ça le fait, un fermier bio, ça séduit la clientèle, surtout féminine. C’est l’image qu’il donne au grand jour.
De l’autre côté de l’océan, en Irlande, Áine, jeune femme divorcée, mère d’une petite Daisy, entend parler par sa collègue du wwoofing. Parce qu’elle a besoin de s’aérer et d’élargir son horizon, elle lance dans l’aventure. Elle envoie un mail @joelefermierhotmail.com ! 🙂

Le début d’un thriller qui ne dit pas son nom. Dès les premiers instants, nous savons, nous lecteurs, que Joe n’est pas un type totalement clair. Sans pour autant savoir pourquoi. Au début, on pense juste que c’est une caricature du fermier célibataire qui profite de la technologie moderne pour trouver des femmes. Il est grincheux, méprisant, sarcastique et sale – il vit dans une ferme qui rivalise avec une porcherie.
Áine est une femme intelligente qui s’aperçoit, mais pas tout de suite, qu’il y a un souci… Elle est curieuse, courageuse et ne va pas hésiter à mener sa propre enquête. Jusqu’à la fuite nécessaire pour protéger sa fille.
Pourtant, peut-on maîtriser la destinée des siens ? Quels impacts ont nos décisions sur la génération suivante ? Un des leitmotivs du roman, qui évoque aussi les familles éclatées, recomposées et pourtant liées à travers les continents et le temps. Quels souvenirs garde-t-on en mémoire ? Et de quelle manière la mémoire réécrit-elle ce qui s’est passé ?

J’ai aimé l’écriture originale de Paula McGrath, magnifiquement traduite, la diversité des tons et styles qui émaillent les histoires de ce récit aux multiples personnages, tous reliés par un fil d’Ariane ténu, sur plusieurs continents et plusieurs générations.
L’écrivain joue magnifiquement avec l’ombre et la lumière : de Spoutnik qui tutoie les étoiles aux mines d’uranium que creusent des immigrés; de l’habitation crasseuse de Joe, (qui a tout de la scène de la cuvette des chiottes toilettes de Trainspotting),  à ses plantations « bio » bien proprettes .
Un joli coup de griffe aussi sur l’exploitation humaine. Sous toutes ses formes..
Un roman court mais dense, tout en mystères et non dits. Paula McGrath tient le lecteur en haleine par une écriture kaléidoscopique où pourtant tout se tient dans une logique implacable. Impressionnant. Palpitant. Et effrayant par moments. On n’a pas le temps de s’ennuyer !
Une fiction très moderne, contemporaine et aussi inter-générationnelle, émaillée de références cinématographiques, dont on ressent une ambiance parfois  digne de Hitchcock (je pense en particulier à la scène du champ de maïs).
Une plume irlandaise à suivre, c’est certain.

Extraits :
« Quand nous sommes rentrées de nos voyages, je me suis enfuie. Je suis sortie de la maison alors que j’étais censée être au lit et j’ai marché. Ce n’était pas planifié ni rien. La puberté, ça a été comme se réveiller pour découvrir que j’ai été en prison toute ma vie, mais que le gardien avait laissé la porte ouverte. Quand on m’a retrouvée, ma mère est devenue tellement parano que si elle avait pu me mettre un bracelet électronique, elle l’aurait fait. Et plus elle flippait, plus je déconnais. »

« Ca vous fera dix-huit dollars. Régalez-vous. Oui monsieur, goûtez et vous verrez la différence. Ils sont extra-frais. Tout est bio. Pas de pesticides, pas d’engrais chimiques. Rien que du naturel. »

« Jusqu’ici, elle a toujours été du genre voyage organisé, mais maintenant, elle est une pionnière, un personnage des Raisins de la colère, une Thelma. Ou une Louise. »

« Elle escalade le talus et se retrouve au bord du champ de maïs. C’est assez facile, une fois qu’on va dans la bonne direction. Il suffit de suivre une rangée. Et même si on se trompe de sens, on finit toujours par arriver à une route ou une limite quelconque. Voilà ce qu’elle se dit résolument, mais son coeur tambourine. Elle a l’impression de nager dans une mer de feuilles, très loin au large, sans rivage en vue. Contente-te toi d’avancer, de suivre la rangée. Respire. Mais elle sent la panique monter en elle, de cet endroit coupé de la raison. La sueur qui perle sur sa peau ne vient pas de la chaleur du soleil, encore haut dans le ciel, mais du plus profond d’elle-même, et elle a l’odeur de la peur. »

Quelques mots sur Paula McGrath : Elle enseigne l’écriture à l’université de Dublin et à la Big Smoke Factory. Génération est son premier roman. Mais elle a écrit des fictions et non fictions paru dans The Irish Times, Necessary Fiction, ROPES Galway  et Surge. (anthologie des nouveaux écrivains irlandais). Ecrivain à suivre, ça c’est certain ! Elle possède un blog où vous pouvez suivre son actualité : https://paulamcgrath.com/

Un immense merci aux Editions de la Table Ronde  pour cette belle découverte
en avant-première.

 Voir aussi la chronique de Lettres d’Irlande et d’ailleurs qui a beaucoup aimé aussi ! 🙂

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Les improbables aventures de Mabel Jones – Will Mabbitt

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Traduit par Valérie Le Plouhinec
Illustré par Ross Collins

Découverte du Salon de Montreuil, parce que j’ai assisté à une joute de traduction en présence de l’auteur et ensuite à une rencontre dudit auteur,  Will Mabbitt, avec des élèves de CM2 et que tout ça c’était juste génialissime de drôlerie, eh bien forcément il ne m’en a pas fallu plus pour lire ce roman jeunesse tant les gamins avaient l’air de s’être délectés à la lecture et l’auteur amusé à l’écrire.

Bref rappel sur l’auteur. Will Mabbitt est anglais. Dans la vie, il a un autre job que celui d’écrivain (comme beaucoup) mais j’avoue que ça sort du lot des lettres puisqu’il est programmateur en informatique ! Première surprise. Il a commencé à écrire l’histoire d’une petite fille intrépide, Mabel Jones, dans le train qui le mène tous les jours à son travail à Londres. Deuxième surprise. Mabel Jones se fait enlever par des pirates ensacheurs de mioches qui mangent leurs crottes de nez !
La troisième surprise c’est bien cette histoire loufoque, et je ne sais même pas si le mot est assez fort. Mabel Jones se fait donc enlever par des pirates mais qui ne sont pas humains  : un loris silencieux, Chuchotis Chut, dont la présence se manifeste par un « silence suspect et suspicieux », ensacheur en chef de mioches  sur l’Asticot Férosse, bateau dirigé par un terrible loup, Idryss Ebenezer Split. Pour ne parler que de deux bestioles parce qu’il y a un tas d’autres, toutes plus horribles et fantasques les unes que les autres, dans un univers totalement imaginaire de l’imagination débridée de Will Mabbitt. Parfois ils vont à la Taverne du Homard Scrofuleux, se boire un petit Pourri de Guêpe (il y a en a même du light !), ou bien du pipi de chat. Tout sauf du lait, boisson du diable qui peut vous coûter la vie… 🙂

15726689_1359532344088956_5064323431133521295_n.jpgCes pirates surveillent les gamins donc et attrapent ceux qui commettent l’Acte -manger ses crottes de nez 🙂 . Ils en font des pirates chargés de les aider à trouver un trésor en échange de leur liberté. Sauf que d’habitude, ils capturent des garçons. Très surpris d’avoir une gamine dans leur filet cette fois-ci. Voici Mabel Jones à la recherche d’un fragment de X pour arriver un jour à rentrer chez ses parents.

Le plaisir de ce roman c’est aussi la mise en page et l’illustration du texte, le jeu sur la typographie qui donne encore un peu plus de  relief à cette histoire loufoque :

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Le narrateur par moment perd le fil de son histoire et raconte sa vie, interpelle le lecteur en lui conseillant, par exemple,  de se mettre un slip sur la tête pour observer la scène en toute discrétion (genre « mets ta cagoule », quoi 🙂 …
Bravo à Ross Collins pour les illustrations tout à fait expressives de l’ambiance de cette histoire. Et à la traductrice qui a dû s’amuser avec tous les mots loufoques qui parsèment le récit.

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Quelques moments de tendresse aussi avec ce loris silencieux finalement aussi attachant que l’héroïne qui n’a peur de rien.

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Un roman qui est vous insuffle une dose de bonne humeur.
Je reprends les mots employés par Will Mabbitt pour en parler : c’est drôle, effrayant et dégoûtant. Et j’ajoute :  très vivant et délirant !

A mettre au pied du sapin des fêtes de fin d’année sans aucune hésitation.

Joyeux Noël !

 

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