La drôle de vie de Zelda Zonk – Laurence Peyrin

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Hanna Reagan est irlandaise et vit avec son mari écrivain américain près de Cork, à Dearbly-Upon-Haven. Suite à un grave accident de voiture, elle est hospitalisée. Dans sa chambre, il y a une autre patiente, une vieille dame qui dit s’appeler Zelda Zonk. La mamie est malicieuse, pétillante et fort sympathique. Sortie de l’hôpital et très intriguée par cette vieille femme, Hanna trouve un prétexte pour la recontacter. Elle s’est mis dans la tête que Zelda Zonk est Marylin Monroe !! Elle se rapproche de son fils pour tenter de percer le secret. Sauf que Michael McCann (le fils) est trop beau, trop attirant, trop tout. Hanna commence à se monter des films et tout le tintouin. Et paf ! il l’invite à Paris (oui parce qu’il va souvent à Paris). Et paf, devinez ce qui arrive ? Ouais, non mais pas la première fois en fait, il faudra un autre rendez-vous, à Kinsale et puis un autre voyage à Paris pour Hanna devienne adultère, pendant que son mari, de son côté, est retourné aux Etats-Unis finir son polar pourri (et la trompe aussi : quelle originalité !). Et on perd l’histoire de Marylin déguisée Zelda Zonk pour s’embarquer dans du remplissage de pages sur les parties de jambes en l’air de Michael et Hanna. Et puis quoi ? Eh ben, quand elle lui dit qu’elle l’aime, il lui dit que c’est pas pour lui. La casa avec lui,  c’est niet !  L’oiseau reste sur sa branche et le nid, c’est pas pour lui. C’était juste une aventure comme ça, comme ils avaient convenu. Après Paris, c’est fini. Et même que normalement, Paris c’était sans lit… Donc Hanna se prend la tête, retourne avec son mari et ils déménagent aux USA. Et puis, paf, devinez quoi encore ? Ben Hanna est enceinte alors qu’elle pensait être stérile.  ! Oh, quelle surprise ! Enceinte, oui mais pas de son mari. De l’autre… OMG ! quel suspense pendant tout ce bouquin !!! Je vous ai tout « spoilé », sorry !

J’ai trouvé ce roman dans mon supermarket en édition de poche. Je n’ai jamais rien lu  de Laurence Peyrin. Quand j’ai vu qu’il se passait en Irlande, près de Cork, je me suis décidée à l’acheter. Eh bien grand grand mal m’en a pris !!!! Je ne savais pas qu’il s’agissait d’une romance. Je n’en lis pas, ça ne m’intéresse pas vraiment, mais je n’ai rien contre ce genre, à condition que ce soit un peu original, un tant soit peu surprenant, amusant et bien écrit. Que ça brise un peu les clichés.
Question clichés, j’ai eu ma dose : Hanna est couturière un jour (ou deux, je ne sais plus) par semaine dans une boutique de Cork. Elle est obligée de demander à son mari l’autorisation de travailler davantage (non mais allô, quoi !!). L’amant est un coeur d’artichaut mais pas Hanna. Dommage ! 🙂
Hanna habite dans un cottage irlandais : ouais, sauf qu’en vrai aujourd’hui les Irlandais en général, habitent comme vous et moi dans une maison souvent mitoyenne, et parfois en appartement. Et maintenant, de plus en plus en colocation (crise oblige). Les cottages c’est pour les touristes, dans les brochures des tour-operators, un terme marketing qui fait vendre… Mais bon, ce détail aurait pu passer s’il n’y avait que ça, vu que la maison est dans un village…
J’arrive p. 155 et je lis :
« De quelle couleur voudras-tu les cheveux de ta poupée ? Roux comme ceux d’une vraie Irlandaise ?
– Oui, roux !
– Dans ce cas, nous lui trouverons un prénom d’ici. Que dis-tu de… Seursheu ? Cela signifie « liberté » en gaélique. »
Toutes les Irlandaises qui ne sont pas rousses ne sont pas de vraies Irlandaises ??? Pourtant il y en a un paquet de gens pas roux en Irlande…
Mais ce n’est rien à côté du massacre du joli prénom Saoirse, qui signifie bien « liberté » mais se prononce « circha » (j’en sais quelque chose…).
Et rebelotte p. 162 :
« La poupée Seursheu.
« Regarde, dit-elle, voici comme ça s’écrit. Seur-sheu. »
Elle prit un papier et un crayon et écrivit, en grosses lettres : « Saoirse ». Patti n’en revenait pas. »
Moi non plus je n’en reviens pas !!! Pauvre poupée rousse, ça fait beaucoup pour un jouet !

Je passe sur l’allusion aux huîtres que soi-disant on mange davantage à Cork qu’à Paris…

Pour conclure quelques extraits :
« Sous ce porche germanopratin aussi cliché qu’une fontaine, il lui avait rendu son baiser, caressant sa langue, tenant sa nuque. Ils s’étaient arrêtés comme ça deux ou trois fois, au gré des portes cochères, à se bousculer contre les murs, à se coller l’un contre l’autre, se prenant la tête à pleines mains, se mordant la bouche. »

« Alors que ce soir, elle atterrissait en Irlande, non loin de sa maison, elle se souvenait qu’à Paris Michael avait embrassé sa main. Et, la gratifiant d’un dernier sourire, une lueur dansant dans ses beaux yeux gris-vert, il était resté dans le taxi, repartant très vite, la laissant là sur le trottoir, le coeur fou. »

« Hanna accorda une attention particulière à sa tenue. Elle avait sorti de sa valise une robe en coton toute simple, droite, sans manches, dont l’imprimé à petites fleurs violettes servait de toile de fond à la danse de ses cheveux châtains lâchés sur ses épaules nues.
Jeffrey adorait la voir dans cette robe. A cette pensée, elle se mordit les lèvres. »
(C’est une vraie maladie dans ce livre de se mordre les lèvres ! 🙂 )

« Derrière ses lunettes de soleil, elle fixa la cuisse droite de Michael, hypnotisée par le mouvement des muscles sous le jean chaque fois qu’il changeait de vitesse. »

Et la meilleure de toutes : « Il était beau à faire mal. »
(oh, Michael, t’exagères !!! 🙂 )
« Ses cheveux étaient humides de pluie, son col de chemise était déboutonné sous son manteau où perlaient de petites gouttes. »

Et pour conclure, la quatrième de couverture : « Notons la plume alerte et rafraîchissante de Laurence Peyrin, qui fait preuve d’un talent d’écrire rare. Une véritable gourmandise. Metronews
Cet ouvrage a reçu le Prix Maison de la Presse »

Le clavier s’est coincé, je ne peux pas continuer à dire ce que j’en pense… 🙂 🙂

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Le 14e poisson rouge – Jennifer L. Holm

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Traduit par Marie Hermet

A San Francisco, une maîtresse de l’école maternelle offre à ses élèves un poisson rouge chacun en expliquant aux parents qu’il aidera leur enfant à comprendre le cycle de la vie. Ellie emporte son poisson chez elle et le prénomme Bubulle. Les années passent. Les poissons rouges de ses amis sont tous morts depuis longtemps mais Bubulle est toujours là. Jusqu’au jour où Ellie la trouve le ventre en l’air, à la fin de sa classe de CM2. Bubulle aura vécu 7 ans. C’est du moins ce que croit Ellie avant que sa mère lui révèle la vérité : elle a remplacé toutes les Bubulle par d’autres Bubulle identiques pendant tout ce temps !
Le début des surprises pour la jeune Ellie. En effet, un drôle d’ado, à peine plus âgé qu’elle va s’immiscer dans sa vie. Pourtant, cet ado, elle le connaît parfaitement puisque c’est… son grand-père !
Au fil de l’histoire, on apprend que Melvin (c’est le nom du grand-père) est un savant un peu fou, mais assez brillant pour avoir découvert « une méthode pour inverser le processus de sénescence par régénération cellulaire ».
Le début des grandes découvertes pour Ellie et des galères pour Melvin. Le problème pour ce vieil ado c’est qu’il a beau avoir le corps d’un gamin de 13 ans, il a gardé l’esprit d’un vieux monsieur. Se couler dans le moule de l’ado contemporain n’est pas tout à fait une mince affaire. Mais il va pouvoir compter sur sa petite-fille pour l’aider à affronter le collège et à retrouver ce qu’il reste de la Turritopsis melvinus, une sous-espèce de méduse qui lui a permis d’« isoler la molécule capable d’enrayer le processus de sénescence ».

Un roman à la fois très sérieux par son contenu scientifique et très drôle par le comique de situation provoqué par le décalage de ce vieux monsieur assez obtu dans un corps d’ado. Jennifer L. Holm arrive à capter l’attention du jeune lecteur en alliant les deux. L’écrivain ne cache pas que son but est de susciter sa curiosité scientifique. Elle lui donne d’ailleurs quelques conseils en fin d’ouvrage et l’encourage :
« Toi aussi, tu peux devenir un ou une scientifique. Observe le monde qui t’entoure. Pose des questions. Parle avec tes professeurs. N’abandonne jamais.
Sois inspiré(e) par les scientifiques qui t’ont précédé(e) et laisse-toi aller à la passion de la découverte.
Et surtout, crois au possible. »

Une initiation originale aux découvertes faites par Marie Curie, Louis Pasteur, Galilée, Isaac Newton, Robert Oppenheimer et Jonak Salk, à travers les aventures fantasques d’Ellie et Melvin.

Un détail m’a aussi fait sourire par son côté « américain » concernant l’exemple sur la pasteurisation : « Louis Pasteur a découvert une manière de tuer les bactéries qui se développaient dans les éléments liquides : la pasteurisation. Il suffit de chauffer à très haute température. A l’époque, c’était pratiquement un miracle ! Et c’est grâce à ce miracle qu’aujourd’hui, nous pouvons boire du lait et manger du fromage sans risque pour la santé. » Mais moi, je suis une warrior comme beaucoup de mes compatriotes français : je mange et j’aime le fromage au lait cru, et ça ne m’a pas (encore) tuée, hé, hé ! 🙂
Et puis, quand j’étais enfant, j’ai eu un poisson rouge qui a duré très très très longtemps et je suis sûre que mes parents ne le remplaçaient pas par un poisson identique car, à force de sauter par dessus son aquarium – oui, il avait une tendance suicidaire en mode kangourou 🙂 -, il avait une marque de « fabrique » : il lui manquait des écailles. Il a dû mourir à l’âge de 6 ou 7 ans, si ce n’est plus. Finalement, ce devait être le 14e poisson rouge, Melvin Sagarsky, allez savoir !
Un roman bien sympathique et instructif, idéal pour s’instruire en allant buller à la plage cet été. Vous serez comme des poissons dans l’eau !

Pour en savoir plus, on peut visiter le site de Jennifer L. Holm : jenniferholm.com ou la suivre sur Twitter : @jenniferholm.com

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L’amie prodigieuse – Elena Ferrante

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Traduit par Elsa Damien

Le roman commence in medias res : un appel inquiet sur la disparition d’une femme d’une soixantaine d’années. La narratrice est coutumière des frasques de Raffaella Cerullo, qu’elle connaît depuis trois décennies : c’est sa meilleure amie. Pleine de colère vis-à-vis de celle qu’elle a toujours appelé Lila, elle dégaine son ordinateur et commence à écrire leur histoire.

Nous sommes plongés dans le quotidien de deux gamines d’un quartier populaire de Naples dans les années 50. Lenuccia Greco, dite « Lenu » devient l’amie de Rafaella Cerullo, appelée par tout le monde Lina mais qui restera à tout jamais « Lila » pour Lenu…
Lenu est fascinée par Lila, bien que celle-ci soit quelqu’un de très méchant (!). Mais elles se complètent toutes les deux comme le ying et le yang. Lenu est blonde, belle, plutôt spontanée, naïve et studieuse. Lila est brune, maigre, laide, calculatrice et surdouée. Le père de Lenu est portier à la mairie de Naples, celui de Lila est cordonnier.
Lila est obligée d’arrêter l’école pour aider son père à la cordonnerie. Lenu aura la chance de poursuivre ses études jusqu’au grand lycée, grâce à l’insistance de ses enseignants qui devinent en elle quelqu’un de brillant.
Elles rêvent d’avoir de l’argent, de devenir riches comme l’a fait l’auteur des Quatre filles du docteur March, le roman chéri qu’elles ont lu et relu toutes les deux jusqu’à ce qu’il devienne un torchon. L’idée était « qu’en travaillant beaucoup (elles) écrir(aient) des livres et ces livres [les] rendraient riches ».
La manière de devenir riche va évoluer au fil du roman où le lecteur suit la vie de ces deux gamines adolescentes dans la société italienne de l’après guerre : une société menée par les hommes, où l’argent sale et la violence sont le quotidien. Violence de la rue ou violence familiale. En effet, ça hurle dans les « chaumières » de ce quartier populaire de Naples où les objets passent par la fenêtre assez facilement. La violence des règlements de compte que l’on devine mafieux même si ce n’est pas dit clairement. L’argent sale de cette même mafia ou du fascisme qui a permis à certains d’ouvrir leur commerce et de le faire prospérer…
Un roman d’apprentissage plutôt violent aussi dans la rivalité entre Lila et Lenu. Elles sont amies mais tout de même d’une drôle de manière. Coups bas et petits règlements de compte entre amies sont leur manière de garder le lien (ça m’a laissée perplexe!). Mais aussi inséparables que des soeurs jumelles. Elles se crêpent le chignon à leur façon, sans effusion de sang mais de manière à en laisser des traces….
L’une deviendra une femme entretenue et qui fera l’objet de sarcasmes sur le pourquoi du comment elle parvient à s’attacher un homme qui lui voue une dévotion aveugle et un peu débile.

« Je me rendis compte que la richesse dont nous rêvions enfants était encore en train de se métamorphoser. Les coffres remplis de pièces d’or qu’une procession de serviteurs viendrait déposer dans notre château quand nous aurions publié un livre comme
Les Quatre Filles du docteur March – richesse et célébrité – s’étaient définitivement évaporés. Restait peut-être l’argent comme ciment capable de consolider notre existence et celle des personnes qui nous étaient chères(…) » observe Lenu.

Je n’ai pas eu de sympathie pour le personnage de Lila, son côté calculateur et son génie pendant que sa copine trime comme une malheureuse pour ses études (même si elle réussit à merveille), en devient grosse et boutonneuse pendant que l’autre devient belle et attirante, apprend grec et latin sans être allée au lycée : la vie est injuste !!  🙂  Mais le début du roman fait comprendre qu’il y a une récompense…

Je me suis laissée emporter par ce roman qu’on voit partout et partout et encore partout ! Elena Ferrante (dont on ignore tout et qui reste volontairement un mystère) brosse avec justesse le tableau de la société napolitaine des années cinquante. Derrière le bleu de la mer, il y a la violence. Derrière le boom économique, il y a l’argent sale.
Je reproche juste une certaine longueur sur la fin, avec l’épisode de la préparation du mariage.
Un roman un peu singulier sur l’amitié également, hors des sentiers battus.
J’ai tout de même moins aimé la plume d’Elena Ferrante que celle de Niccolò Ammaniti et d’Andrea Molesini, sans doute parce qu’il n’y a pas d’humour.Je lirai sans doute la suite (Le nouveau nom) quand il sera publié en poche.

Cela ne m’étonnerait qu’à moitié que ce premier volume ne soit pas transformé en film…

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Les suprêmes – Edward Kelsey Moore

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Traduit par Cloé Tralci
avec la collaboration d’Emmanuelle et de Philippe Aronson

Odette, Clarice et Barbara Jean sont des Afro-américaines cinquantenaires et se sont connues dans les années 60, dans la petite ville de l’Indiana qu’elles ont toujours habité. Elles ont été surnommées « Les suprêmes » par le propriétaire du restaurant où elles avaient l’habitude de se retrouver, Big Earl.
Le récit commence à la première personne du singulier et nous apprend la mort de Big Earl, justement. On comprend que c’est Odette qui s’exprime, en nage dans sa chemise de nuit. Elle pense que ses suées nocturnes sont dues à la ménopause. Sa mère, qui lui annonce la mauvaise nouvelle, a la particularité de voir des fantômes. Puis on apprend qu’en fait, ce n’est pas vraiment sa mère ou plutôt si, mais son fantôme. Vous suivez ?
Deuxième chapitre : c’est toujours Odette qui cause et on apprend qu’elle est née dans un sycomore…. Vous suivez toujours ? (parce que moi, je commençais à trouver ça un peu lourd, tous ces trucs extraordinaires…).
Troisième chapitre : ce n’est plus Odette qui s’exprime, mais un narrateur extérieur.
On apprend que Barbara Jean est portée sur la bouteille et que Clarice endure l’infidélité de son mari. Je vous le fais court parce qu’en vérité le récit est très fragmenté et s’attarde sur tout un tas de détails et surtout on passe son temps à faire des aller-retour dans le passé et le présent.
Je me suis accrochée pendant 200 pages. J’ai cru que j’allais capituler –  mais je ne suis pas quelqu’un qui capitule facilement. Et miracle, à cette moitié du roman le récit a commencé à vraiment capter mon attention avec l’assassinat de Martin Luther King et les révélations qui se font jour sur le passé des personnages. Un zeste de racisme, un couple mixte qui renonce de peur d’être harcelé et de devoir s’exiler dans un autre Etat que l’Indiana. Un cancer qui ronge Odette, une tentative pour le soigner (ou du moins atténuer la douleur) avec de la marijruana.
Je pensais que cela allait devenir intéressant…
Bah non ! Il a fallu que ça retombe comme un soufflet. Parce qu’il y a trop de bavardages, de détails de pistes ouvertes et pas forcément suivies. Les détails à outrance ne me gênent pas d’habitude. Sauf qu’ici, entre changement de narrateur sans trop prévenir et changement d’époque sans prévenir non plus, avec les détails en plus, on finit par s’y perdre !!

Je pensais trouver un roman de la trempe de La couleur des sentiments, avec le même genre d’humour et surtout un contexte sociétal bien ancré. Mais ici le roman est d’avantage centré sur la vie conjugale des trois amies. L’évocation du racisme est juste frôlé et les conséquences sur le devenir de ces femmes pas suffisamment appuyé à mon goût.

Il y a tout de même un humour certain, c’est sans doute ce qui fait qu’on termine ce roman de 400 pages dont j’avais beaucoup entendu parler de manière dithyrambique.
L’histoire d’une amitié indéfectible certes, mais j’ai eu du mal à m’attacher à ces trois « suprêmes », même si j’ai quand même un petit faible pour le personnage d’Odette, née dans un sycomore, qui voit des fantômes et se tape un cancer pour couronner le tout. 🙂

Mais ce roman reste pour moi une vraie déception. Edward Kelsey Moore n’a pas su me faire décoller de mon siège vers de nouveaux horizons. 🙂
Je continue quand même mon road trip, débuté l’an dernier, à travers les USA.
En prévision de Festival America en septembre, d’ailleurs, où j’espère découvrir des auteurs sympathiques ! J’en recause bientôt…

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Le printemps du loup – Andrea Molesini

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Traduit par Dominique Vittoz

 

Nous sommes au printemps 1945 dans le nord de l’Italie. Pietro, un orphelin de dix ans, s’enfuit du couvent dans lequel il est réfugié, pour échapper à une perquisition nazie. Dans sa fuite, il est accompagné de son meilleur copain, Dario, de Maurizia et Ada, deux soeurs juives, (tout comme Dario), de la mystérieuse soeur Elvira. Avec les « A-H » à leurs trousses ils sont aidés par un frère et surtout par un pêcheur roux que Pietro appellera Lirlandais – en un seul mot ! Viendra s’ajouter un autre personnage mystérieux, Karl, qui parle « porc-épic » comme tous les Allemands.
Un équipée hétéroclite puisque Dario, Maurizia et Ada sont juifs et on comprend rapidement que Karl est un nazi déserteur.  La folle épopée est racontée alternativement par Elvira et Pietro.
C’est vraiment le récit de Pietro qui enchante le roman, lui porte une touche quasi magique, par instants. Pour survivre à la peur, le gamin s’invente un loup protecteur, qui l’accompagne partout. Il ne parle évidemment de ce loup à personne.

Elvira et Karl sont les personnages les plus mystérieux. Une religieuse et un nazi. Une religieuse ? Vraiment ? Elvira devra tomber le voile sous l’emprise du charme irrésistible qu’exerce sur elle le beau Karl aux yeux d’acier. Ces deux-là maintiennent le suspense, ignorant que Pietro les observe et relate ce qu’il perçoit du monde des adultes avec ces mots à lui : cela donne des moments loufoques et drôles, qui font presque oublier, parfois, que tout ce petit monde est pris en étau entre fascistes et nazis.

Cependant Andrea Molesini ne nous épargne pourtant pas les morts. Mais à travers les yeux de Pietro, il donne l’espoir, l’innocence malicieuse capable de triompher de l’Abominable. Pietro décrit ce qu’il voit avec les mots d’un gamin de dix ans mort de trouille mais imaginatif. L’écrivain donne à son personnage un don pour les mots justes, qui font mouche.  Les « A-H » pour partisans d’Adolf Hitler dont la langue épineuse de « porc-épic » écorche la douceur linguistique italienne. Il ne comprend pas la manière dont on décrit les juifs  : Dario, son meilleur pote n’a pas pu tuer Jésus car il a les oreilles décollées (Dario, pas Jésus) et il est certain que le Dieu de la foudre porte des chaussures vernies de rouge.
Il décrit un monde qui va de guingois (c’est un mot qui revient souvent dans son récit) avec des gens qui boitent : donc comment tout cela peut-il aller bien et droit ?
« La mer est couleur de casserole sale ».
« Je regarde Dario. Ma frousse est revenue. J’ai l’impression d’avoir une arête de poisson plantée dans la gorge. Peut-être que je respire plus. J’ai la frousse de sa frousse et lui, de la mienne. Parce qu’on ne fait qu’un ».
Des mots de gamin mais des mots lucides sur la tragédie qui s’est déroulée : « Ils sont morts. (…) Morts, ce sont mes amis et personne n’appelle plus leurs noms. Morts dans le vent, dans la nuit, dans l’incendie qui a brûlé le Mesarthim. Mort, le noir de la mer les a plaqués contre le fond (…)
Je les appelle en silence, je crie en silence(…) ».
« Les mots sont descendus dans mon estomac, où ils se sont ratatinés. »
Pourtant, Pietro est capable de faire rire le lecteur, après l’avoir ému, lors de pages poignantes dont je ne livre ici que quelques extraits. La tragédie le fait grandir et, comme il le dit lui-même, il « comprend des trucs qu'[il] ne voyait pas avant, quand tout le monde était vivant ». Il découvre avant tout le monde qu’Elivra n’est pas qui elle prétend être : « Elivra a l’odeur des femmes, les vraies, celles que j’ai espionnées caché dans la panière à linge. Elle a aussi un cul en miches de pain rebondies et mouillées. »
Quant à l’Allemand qui les a sauvés, « c’est Londjonesilveur, mais sans jambe qui toctoque ».
Pietro se moque de ces deux-là et s’inquiète aussi car « les grands n’ont l’esprit logique que quand ils sont amoureux » , alors il faut faire gaffe à ce qu’on dit. Sinon, l’avantage d’être grand, c’est justement de n’être presque jamais logique ! Repérer quelqu’un d’amoureux n’est pas difficile : il a « les cheveux pétardés » ! 🙂

Je pourrais parler encore pendant des heures et des lignes de Pietro parce qu’Andrea Molesini en fait vraiment un gamin attachant : à la fois sensible, lucide mais aussi  ingénu, intelligent et à l’imagination redoutable. Sous la protection de son loup. Ca me rappelle quelque chose…
La littérature italienne contemporaine évoque décidément de manière très juste les enfants : c’est le troisième roman que je lis où ils tiennent la première place et savent nous enchanter envers et contre tout.

Encore une belle découverte italienne d’un auteur que je ne connaissais pas. Une histoire empreinte à la fois de poésie, de facétie, de tragédie, de larmes, de noirceur mais où pointe tout de même l’espoir.

Andrea Molesini possède une plume inventive que j’espère bien retrouver dans deux autres romans traduits en français : Tous les salauds ne sont pas de Vienne et Presagio.

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Moi et toi – Niccolò Ammaniti

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Traduit par Myriem Bouzaher

Le 12 janvier 2010, à  Cividale del Friuli, un homme s’apprête à prendre son petit-déjeuner dans un hôtel. Dès que la serveuse qui s’occupe de lui s’éloigne, il sort de son portefeuille un mot plié en quatre écrit par sa soeur dix ans auparavant, le 24 février 2000.

Le lecteur remonte immédiatement le temps et se retrouve à Rome 10 ans plus tôt. L’homme qui a sorti le mot de sa soeur est Lorenzo et il a quatorze en 2000. Il nous raconte son histoire : celui d’un gamin qui se sentait différent des autres, un solitaire qui se suffisait à lui-même sans ressentir le besoin de compagnie. Ses parents se sont inquiétés et l’on emmené voir un psychiatre qui diagnostique un sentiment d’hypertrophie de soi.
Pour avoir la paix, Lorenzo, très intelligent, se met à jouer la comédie permanente pour faire mine de se fondre dans le moule. Il décide de jouer à la mouche déguisée en guêpe. Ouf!, sa mère respire : son chérubin a des copains et copines ! Un jour, il entend Alessia et ses amis raconter qu’ils partent ensemble au ski. Lozenzo invente son bobard du siècle sans en mesurer les conséquences : il annonce à sa mère qu’Alessia l’a invité au séjour au ski. Pensez-donc, la mère exulte de bonheur ! Doudoune et tout le matériel est acheté ; la maman de Lorenzo a même décidé de l’accompagner pour le départ. L’ado ruse pour se débarrasser de sa mère en lui jouant le couplet de la honte d’être accompagné par sa maman à son âge ! La mère cède. A peine partie, Lorenzo tourne le talon, rebrousse chemin et va se cacher… dans la cave de la maison familiale où il a stocké livres et provisions pour y rester terré une semaine ! (bon c’est quand même bien cool parce qu’il a choisi Salem de Stephen King en guise de lecture, du Nutella pour se nourrir : bien mieux qu’un séjour au ski, non ? 🙂 …)

Une folle aventure commence pour lui, farfelue et rocambolesque, d’antant que sa mère insiste pour parler à la maman d’Alessia. Le gamin se raconte, se découvre, revient sur son enfance, parle de sa mère, invente des stratagèmes pour de sortir du pétrin dans lequel il s’est fourré pour le plus grand bonheur du lecteur, qui jubile, est attendri et s’attache beaucoup à lui !

On aime le ton tendre et drôle qu’adopte Niccolò Ammaniti pour faire parler son personnage à l’imagination débordante. Il est enfermé dans une cave mais il imagine, entre autres, qu’il est « un rescapé d’une invasion extraterrestre ».
« La race humaine avait été exterminée et nous n’étions plus que quelques-uns à avoir réussi à nous sauver en nous cachant dans les caves ou les souterrains des immeubles. Moi, j’étais le seul survivant à Rome. Pour sortir, je devais attendre que les extraterrestres s’en retournent sur leur planète. Et cela, pour une raison que j’ignorais, se passerait dans une semaine.
J’ai sorti de mon sac à dos mes vêtements et deux sprays d’autobronzant. J’ai mis mes lunettes de soleil, mon bonnet, et me suis aspergé de ce truc sur le visage et les mains. » Ambiance !!

Un événement majeur va venir bouleverser ses plans et sa vie, et sa mère en fait a peu à voir là-dedans. Ce n’est pas tout à fait un extraterrestre qui va venir dans la cave mais quelqu’un qui va le faire grandir d’un seul coup et nous tirer une larme. Parce que la fin du roman est un vraie claque. Vous découvrirez pourquoi Lorenzo est à Cividale del Friuli et ce qu’il y a écrit sur le mot plié en quatre. Soyez fort !

J’ai aimé la façon dont Niccolò Ammaniti traite du thème de la différence, de l’adolescence et de la fragilité, avec humour, intelligence et sensibilité.

J’ai découvert  il y a peu J’ai pas peur, du même auteur, que j’ai absolument adoré. Celui-ci est un coup de coeur.
Le seul reproche que je peux faire : il est trop court  (à peine 130 pages) et on ralentit la lecture pour ne pas le terminer tout de suite…
Mais bon : court mais percutant.

La quatrième de couverture annonce que ce roman a été porté à l’écran : j’adorerais le voir.

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Les disparus du phare – Peter May

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Traduit par Jean-René Dastugue

Un homme reprend conscience sur une plage, à moitié noyé, incapable de se rappeler ce qui lui est arrivé. Qui il est. Ce qu’il fait là. Où il est. Totalement amnésique et exténué. Il va devoir se raccrocher à tous les indices que lui renvoient ceux qu’il croise sur cette île des Hébrides extérieures balayée par les vents, que l’on devine être celle de Lewis. Pas évident car même dans son cottage, il n’y a que peu de traces de sa vie avant son accident : même son ordinateur n’a que des fichiers vides de contenu. Juste ce qui ressemble au début d’un livre : des titres de chapitres avec pour sujet la mystérieuse disparition jamais élucidée de marins au phare des îles Flanagan, un siècle auparavant. Un jeune couple lui rend fréquemment visite. Il apprend contraint et forcé qu’il est l’amant de la jeune femme ! Il tombe amoureux d’elle. Pendant ce temps-là, à Edimbourg, une ado en révolte, ravagée par la mort de son père dont elle se sent coupable, claque la porte et prend le train pour essayer de percer le mystère de sa disparition. Son père était chercheur, il travaillait sur la disparition des abeilles…

Peter comme à son habitude, mêle deux intrigues dont les fils conducteurs se rejoignent ici peut-être plus rapidement que dans ses précédents romans. Mais le véritable intérêt de ce polar n’est pas là. Quand on part avec Peter May sur les Hébrides, on s’attend à ce qu’il nous raconte la vie des habitants de ces îles battues par les vents de l’Atlantique, sous couvert de fiction. Le titre français laissait présager quelque chose de ce style et la référence aux îles Flanagan au début du récit encore un mystère îlien à découvrir. Hé, hé !
Mais notre cher ex-journaliste écossais est un petit malin pour appâter le lecteur sur un tout autre sujet, un sujet crucial même, pour l’avenir de l’humanité : celui de la disparition des abeilles ! J’ai été bien surprise qu’on me parle de ruches et d’abeilles sur Lewis ! Ce fut une surprise, mais une belle surprise sur un sujet auquel je suis sensible !
On sent toujours le journaliste tapi derrière l’écrivain Peter May : une enquête minutieuse auprès des milieux scientifiques universitaires pour donner une base solide à son roman sur la réalité actuelle. Une belle dénonciation des lobbies qui gouvernent le monde, avec des dents qui rayent le parquet pour le fric et rien que le fric, des gens prêts à tuer père, mère et le reste de l’humanité en exterminant les abeilles, juste par cupidité sauvage et une mentalité dégueulasse qui donne envie de les asperger nuit et jour avec leurs produits hautement toxiques, histoire qu’ils comprennent que quand ils seront morts eux-mêmes, c’est trop tard !
Peter May vous racontera ce que font ces produits sur les abeilles, alors que l’industrie agrochimique s’évertue à démontrer au monde que leurs produits ne tuent pas ces précieux insectes.
J’ai aimé l’allusion entre la perte de mémoire du héros et la perte de mémoire des abeilles, incapables de retrouver le chemin de leur ruche à cause des pesticides à base de néonicotinoïdes qui détruisent leur cerveau.
J’ai aimé l’humour de Peter May pour vous décrire leur vie sexuelle et l’organisation de la ruche : entre reine, ouvrières, faux bourdons fainéants, on en apprend un rayon ! 🙂

On frissonne sur les conséquences de la disparition des abeilles que la main humaine ne pourra jamais remplacer, ne serait-ce que par la superficie de leur travail (on apprend qu’aux USA, certains ont déjà dû s’y mettre mais que c’est vain, totalement vain). Si les abeilles disparaissaient, l’humanité, elle, s’éteindrait en 4 ans, selon certains pronostics. Ca fait mouche (si je puis dire !)!

Un fond d’intrigue dramatique donc. Beaucoup de personnages pas sympas et fourbes dans ce polar. Une histoire d’amour morte avant même d’avoir vraiment commencé. Une tromperie qui blesse le héros. Un doute qui demeure mais dont il n’aura jamais la réponse. Heureusement, il y a quand même une touche positive à la fin !

Reste le titre français du roman que je n’ai pas trop compris par rapport au contenu essentiel du récit.
Ah pis quand même : j’ai eu droit à mon middge devenu ici un moucheron (ouf !), après avoir été tout un tas de bestioles dans les romans précédents :p (mais je préfère toujours le terme en anglais quitte à mettre une explication en bas de page : ça fait voyager, le middge !)

Un Peter May percutant et écolo sur un sujet essentiel pour l’avenir de l’humanité.
A lire et à faire lire aux ingénieurs de l’industrie agrochimique !

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Gaspard ne répond plus – Anne-Marie Revol

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Gaspard de Ronsard, jeune instituteur dans une zone sensible du XXe arrondissement de Paris, participe à l’émission de téléréalité Un jour j’irai à Shangai avec toi. Mais voilà :il tombe du pick-up qui le transporte avec les autres candidats, « dans la province de Ha Giang, une région montagneuse et isolée du Nord Vietnam. (…) Pas très loin de la frontière chinoise ». Personne ne s’aperçoit de rien. Ou du moins s’en aperçoit trop tard. Gaspard demeure introuvable. La direction de Sparkle TV et Screen Production à Paris sont alertés, et la pression monte d’un coup, comme un bouchon de champagne prêt à péter. Tout le monde s’agite et s’insulte en faisant des bonds, songeant aux conséquentes un chouïa gênantes de cette bévue !
Pendant ce temps, Gaspard, lui,  est immobile dans un fossé, les deux jambes cassées, incapables de bouger. Il doit son salut à deux garçons qui le chargent dans leur charrette. Après avoir traversé vallées, clairières, forêts, longé rizières, cours d’eaux et palais, gravi cols vertigineux dévalé des pentes escarpées, il atterrit dans un village coupé de tout, tenu d’une poigne par une chef de tribu acariâtre et réfractaire à la modernité : My Hiên.
Dans la pièce où il est couché, le jeune homme trouve une malle pleine de bric et de broc ayant appartenu à un certain Hubert Butillon, dont quatre cahiers écrits de sa main. Il apprend par My Hiên qu’il est mort six mois auparavant en s’étouffant avec une sardine à la tomate  (c’est quand même ballot !) ! Pris en flagrant délit d’atteinte à la vie privée, Gaspard va être assigné par My Hiên  à « réinstaurer les veillées » « comme Schéhérazade dans Les Milles et Une Nuits » et ainsi, succéder à Hubert au poste de conteurPour le plus grand bonheur des villageois et du lecteur !

Un roman aux mille et un récits qui m’a impressionnée par sa densité, son souci du détail et son architecture. Nous tenons dans nos mains le récit jour après jour des aventures de Gaspard, retenu « quelque part, à l’extrême nord du Vietnam » qui alterne avec ce qui se passe dans le petit monde de Sparkle TV, au bord de l’apoplexie. Pendant ce temps, Gaspard lit aux villageois le journal intime d’Hubert Butillon : des révélations se font jour, au fil de sa lecture, sur ses propres parents, chercheurs morts au Vietnam dans un accident de voiture quand il était enfant (du moins c’est ce qu’on lui a dit), sur My Hiên, sur Hubert…

Un roman qui met en scène de nombreux personnages, loufoques, truculents à souhait, Eulalie, la mère adoptive de Gaspard, Marcel son amoureux transi de jeunesse qui  se prend pour James Bond – façon lourdingue ; des trafiquants d’opium, des personnages du monde de la télé-réalité tous plus détestables les uns que les autres (ça fait pas envie de tenter l’expérience de ce genre d’émission !!)
Je me suis surtout attachée à Hubert, au charme suranné : un vrai gentil qui s’est fait arnaqué dans la vie. Petit père… 😦
J’ai détesté My Hiên qui a tout de la despote et de la manipulatrice.
J’ai plaint Gaspard.

Un roman qui fait voyager. Du Nord Vietnam aux rues de Paris, des rizières de Cao Bang, du sanatorium d’Aincourt au palais de Vuong Chinch Duc, du monde ultra-connecté aux minorités ethniques menacéesAnne-Marie Revol promène le lecteur en maintenant le suspense.

Et pourtant, comme le rappelle Paul Eluard en exergue du roman, « Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous. » Je ne vous révèlerai pas les rendez-vous de ce roman, mais si vous êtes amateurs de coins paumés, ce roman est pour vous ; si vous aimez rire, ce roman est pour vous; si vous avez des atomes crochus avec les minorités ethniques, ce roman est pour vous ; si vous détestez la téléréalité, ce roman est pour vous !

Malgré ses mille et une histoires, ses nombreux personnages et ses mille détails, tout se tient. Et ça se lit facilement sans se perdre en route…

Anne-Marie Revol possède une plume dynamique et amusante.
Je me suis aussi aperçu qu’elle faisait souvent des rimes dans sa prose (perso, j’adore !) :

« Je donnerai cher pour me confesser. Non que j’aie grand chose à me reprocher mais au moins j’aurais quelqu’un avec qui converser. »
« A l’époque, j’expérimentais le vélo pour me rendre au boulot. »
« Les samedis d’hiver, quand la nuit tombait à cinq heures et qu’il fallait brancher les convecteurs »
« Une année, pour la Saint-Valentin, j’ai invité Edwige au Paradis Latin. »

Un roman ébouriffant, distrayant, « tout fou », sous l’imagination débordante de son auteure qui vous embarque dans une aventure au triple galop à l’autre bout du monde et vous donne le sourire.

Merci à Anne-Marie Revol  et aux  Editions Jean-Claude Lattès.

 

 

 


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Sam Millar à Saint-Maur en poche !

Le week-end prochain, c’est :

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Depuis les frasques de Livre Paris, je me disais que cette année, je tenterai ce festival littéraire gratuit où je ne suis encore jamais allée, organisé par le libraire de la célèbre Griffe Noire. Alors, quand j’ai appris par le plus pur hasard que Sam Millar serait présent, mon sang n’a fait qu’un tour ! Sam Millar de Belfast !
Sam Millar dont j’ai beaucoup parlé sur le blog  🙂

Pour comprendre Sam Millar, rien de mieux que de commencer par son son autobiographie, (pour ma part, je n’ai pas commencé par là tout simplement parce que un de ses polars qui m’est tombé par hasard entre les mains) :
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Ma chronique est ici . Ce fut un de mes coups de coeur 2014.
J’ai adoré Rouge est le sang   (cliquez sur les titres pour lire les chroniques)
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et dévoré Poussière tu seras .
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J’ai entamé la série qui met en scène le détective privé Karl Kane, avec en premier volume, Les chiens de Belfast

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Il me reste à me procurer les volume suivants :
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Le cannibale de Crumlin Road qui vient de sortir en poche (avril 2016)
Présentation éditeur : « La vague de chaleur qui s’abat sur Belfast n’est pas ce qui déroute le plus Karl Kane cet été-là. Le privé est en effet confronté aux atroces meurtres de très jeunes femmes, junkies, mutilées, sans foie ni reins et portant les séquelles d’un étrange gavage. Mais l’enquête démarre mal, très mal même. Et pour cause : le principal suspect n’est autre qu’un membre de l’establishment… d’où l’aveuglement volontaire de la police locale. Lorsque Katie, la propre fille de Kane, prunelle de ses yeux, est enlevée à son tour, celui-ci ne peut que compter sur sa fureur pour faire avancer l’affaire. »

et Un sale hiver,
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que j’ai annoncé depuis plusieurs mois au fil de mes repérages ! 🙂
D’après ce que j’ai compris sur le programme, Sam Millar dédicacera ses livres samedi et dimanche. Je ne sais pas encore s’il y aura une rencontre-débat etc.

Pour le reste du programme (ici), c’est vraiment du joli avec 220 écrivains invités et pas n’importe qui. Je n’ai pas encore composé ma journée mais j’ai repéré qu’il y avait Thomas H. Cook, R. J. Ellory, Anne-Laure Bondoux, Karine Giebel… :).

Reste le suspense de la grève SNCF qui pourrit la vie de beaucoup de Franciliens dont je fais partie (même si la Ligne A du RER fonctionne). Il n’y a plus qu’à espérer que, si on se débrouille pour acheminer les footeux sans encombres, on arrive aussi à acheminer les lecteurs (et encore plus les gens qui bossent !)!  Mais en ce moment, je me pose beaucoup de questions sur la santé mentale de la France avec l’impression qu’on marche vraiment sur la tête à beaucoup de niveaux.  J’espère encore tenir sur mes jambes samedi prochain parce que la c***, ça fatigue ! 🙂 Voilà pour l’aparté.

En tout cas, c’est absolument fantastique d’avoir eu l’idée d’inviter un écrivain irlandais, (même Livre Paris ne le fait pas) ! Et parce qu’il y a des enjeux financiers évidents aussi dans la gratuité de ce salon : tous à Saint-Maur (je n’ai aucune action dans le truc, hein, :p ) !

 

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John L’Apocalyptique – Peter Murphy

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Traduit par Marie Boudewyn

John Devine est né dans un coin paumé de l’Irlande, près de Kilcody, dans une caravane, un soir d’orage. Bébé infernal, il ne laisse aucun répit à sa mère jusqu’au jour où elle a l’idée de lui chanter un air qui lui passe par la tête, un vieil hymne : John the Revelator. Il change alors radicalement et se met à dormir dix heures par nuit paisiblement.
C’est John qui nous raconte son histoire. Il souligne qu’il doit son nom de baptême au frère de Jacques le Majeur, disciple préféré de Jésus, « le saint patron des imprimeurs, des tanneurs et des typographes », mais aussi celui qui écrivit le livre de l’Apocalypse. Sa mère, célibataire, accro à la Bible,  aimait lui rappeler l’histoire de Jean quand il était enfant.
Apocalypse, bébé infernal, on sent déjà une ambiance d’enfer se pointer dans ce roman dès les premières pages…
Il n’y a pas grand chose à faire à Kilcody. John grandit, entouré de sa mère, d’une voisine qui les espionne et d’un alcoolique. Un jour débarque dans le village un jeune à peine plus âgé que John, Jamey Corboy (on pense tout de suite à l’appeler Jamey Corbeau !), excentrique, cultivant son mystère avec art, adepte de Rimbaud : « Il portait un manteau Crombie qui lui battait les mollets. Un jean noir et des bottes militaires, les cheveux lisses plaqués en arrière, le front haut, un nez plutôt aquilin. Il avait un regard d’un bleu intense ». Un solitaire qui aime s’isoler sous le préau de l’école « pour gribouiller dans un cahier à spirale plutôt que de donner des coups de pied dans un ballon de foot ». Un garçon à la naissance mystérieuse, adopté.  Ce sont les livres qui lient les deux jeunes : Jamey, qui lit Rimaud en Afrique explique à John qui était ce type, à sa façon :
« Il a révolutionné la poésie à vingt et un ans, puis il a tout plaqué et s’est taillé en Afrique, où il a fait fortune en trafiquant des armes et des esclaves. (…) Lui et ses potes buvaient de l’absinthe dans un troquet baptisé Le Rat mort, à Paris. Un soir, Rimbaud est monté sur la table, il a baissé son pantalon, a coulé un bronze et a peint un tableau avec. Au rayon des blasphèmes, il n’y allait pas de main morte non plus ; il aimait graver des inscriptions sur les bancs publics. Merde à Dieu. »
A son tour, John lui explique que sa lecture favorite est L’Abrégé Harper, que Jamey trouve « dégueulasse », genre « porno pour lombrics ».
Les deux deviennent rapidement ami et leurs vies vont changer à tous les deux. Une beuverie, le saccage d’une église, l’un qui se fait prendre à la place de l’autre mais une amitié sans failles.

J’ai aimé l’ambiance gothique de ce roman irlandais, premier roman que je lis de Peter Murphy qui a déjà publié La rivière d’Enoch O’Reilly (traduit en France en 2014). Un titre étrange qui m’a attirée.  Des personnages à la fois mystérieux et fantasques. Du mystère (même la mère de John a un secret à révéler. Et John devra faire un choix cornélien).
J’ai aimé les personnages hors normes de ce roman dont l’humour noir parsème les pages. J’ai aimé la plume simple mais inventive de Peter Murphy, qui arrive à planter un décor et une ambiance gothiques dans ce coin paumé d’Irlande, en s’amusant à sa façon des textes bibliques
.

Mais j’ai beaucoup moins aimé les récits annexes qui se greffent au récit principal et finissent par nous faire perdre pied – pourtant, j’ai lu d’autres romans avec le même procédé, comme ceux de Joseph O’Connor, entre autres, où ça ne m’a pas du tout fait cet effet).  J’ai eu de vrais moments d’ennui à cause de cela.

Une lecture avec des hauts et des bas donc mais une jolie histoire sur l’amitié, abordée de manière originale,  sur l’influence que peuvent avoir les gens, la littérature et la poésie sur notre vie.

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