La disparition d’April Latimer

 

 

51CgauJOutL._SX303_BO1,204,203,200_

Traduit par Michèle Albaret-Maatsch

4e de couverture : « Rebelle, indépendante, un goût pour les hommes peu conventionnel… Dans la société dublinoise conservatrice, patriarcale et ultracatholique des années 1950, April Latimer, jeune interne en médecine, laisse dans son sillage comme un parfum de scandale. Rebelle, indépendante, avec un goût pour les hommes décidément peu conventionnel… Quand Phoebe Griffin, sa meilleure amie, découvre qu’elle a disparu, elle redoute le pire. Etrangement, de leur petite bande d’amis hétéroclite, Phoebe semble la seule à s’inquiéter ainsi – la seule ) qui on a caché certaines choses ?… Malgré leurs relations compliquées, c’est vers son père, le brillant mais imprévisible Quirke qu’elle se tourne pour retrouver la trace d’April. Et c’est ainsi que Quirke se voit impliqué bien plus qu’il ne l’aurait voulu dans une enquête aussi trouble que troublante, au coeur d’un entrelacs de liaisons dangereuses d’où émerge peu à peu une effroyable vérité. »

Voici le troisième volume des aventures du Dr Quirke, médecin légiste de son état, dans l’Irlande des années 50 (après Les disparus de Dublin et La double vie de Laura Swan). Un adorable personnage de la trempe des Erlendur. D’ailleurs, les deux personnages se confondent parfois dans mon esprit parce que je trouve qu’il se ressemble. Mis à part que Dr Quirke est porté sur la bouteille. Mais, on peut le comprendre, avec son histoire familliale un zeste compliquée et combien douloureuse. Ici Dr Quirke sort d’ailleurs de l’asile qui soigne les alcooliques. Parce qu’il avait trop souffert à la fin de La double vie de Laura Swan, où Phoebe avec fait des siennes…

Ici, Phoebe s’inquiète pour April, une amie interne à l’hôpital de Dublin qui ne donne pas signe de vie depuis plusieurs jours. April est une jeune femme qui n’a pas froid aux yeux dans la société irlandaise sclérosée des années 50. Cependant, comme toujours chez Benjamin Black alias John Banville, l’intrigue du roman noir n’est qu’un prétexte pour décrire la société de son pays (ici les années 50).

C’est un jeune homme noir, qui fait partie du cercle d’amis de Phoebe qui attire l’attention (aussi bien du lecteur que des autres personnages). Les clichés vont bon train… si vous voyez ce que je veux dire ! Le jeune homme intrigue, c’est clair. Autant qu’April d’ailleurs. A tel point qu’on leur prête une liaison non moins sulfureuse. April, quant à elle, est « abandonnée » par sa famille, celle de la haute bourgeoise catholique irlandaise parce qu’elle est trop « libre », qu’elle ne veut pas rentrer dans le moule étriqué réservée aux jeunes femmes à cette époque. Elle les encombre un peu ! Alors, quand l’inspecteur de police, ami de Quirke depuis toujours, découvre du sang sous le lit d’April et pas n’importe quelle sorte de sang, laissez-moi vous dire que l’imagination se déchaîne et le coupable désigné circule sous le manteau…

La fin n’en est pas moins édifiante ! John Banville joue avec les clichés pour mieux les renverser (évidemment ! – sinon il ne serait pas cet écrivain génial). Du portrait d’une jeune fille libre, il met en miroir une société quelque peu désaxée mentalement, frustrée, où les cinglés, les sauvages, les fous furieux ne sont évidemment pas ceux que désignent des gens se croyant bien-pensants. Banville joue de sa plume grinçante, de manière habile cependant. Il intrigue avec cette fin qui n’en est pas vraiment une… La seule envie que l’on a en refermant le roman, c’est de connaître la suite. Je suis addict depuis plusieurs années et apparemment, ce n’est pas prêt de s’arrêter !!

Publié dans Littérature irlandaise | Tagué , , , , | Laisser un commentaire

La double vie de Laura Swan

51L23DYOvGL__SL500_AA300_

Traduit par Michèle Albaret-Maatsch

4e de couverture : »  » Quirke l’imagina, aplatie sur les rochers mouillés, mie longue mèche rousse enroulée autour du cou, telle une épaisse corde d’algues brillantes. Qu’est-ce qui avait donc pu pousser cette belle et saine jeune femme à se jeter des falaises de Sandycove dans les eaux noires de la baie de Dublin, au beau milieu d’une nuit d’été, sans aucun témoin à part les étoiles scintillantes et la silhouette sinistre de la tour Martello au-dessus d’elle ? « .
Bien que l’autopsie lui prouve le contraire (la jeune femme n’est pas morte noyée, mais d’une overdose d’héroïne), Quirke va laisser classer cette affaire comme un suicide. Et pourtant… Vieux loup de plus en plus solitaire, il ne peut s’empêcher de fureter dans le passé de la victime et découvre que celle-ci avait non seulement une double identité mais une double vie, peuplée de personnages aussi troubles que les circonstances de sa mort. Lorsqu’il apparaît que Phoebe, sa propre fille, est à son tour impliquée, Quirke se retrouve pris dans un piège qui, une fois de plus, fera ressurgir les démons du passé… »

J’ai découvert Les disparus de Dublin qui m’avait absolument enchantée. Il me fallait donc absolument lire ce deuxième tome des aventures du médecin légiste Quirke. Il faut avoir lu le premier pour mieux comprendre le deuxième car certaines allusions y font référence assez souvent. Cela dit, l’intrigue est totalement indépendante.

Deux années ont passé depuis Les disparus de Dublin. Phoebe a maintenant 23 ans et elle ne pardonne pas à Quirke ce qu’il lui a caché pendant si longtemps. Et elle s’agace particulièrement lorsque celui-ci s’intéresse à sa vie privée. Or Dublin est une petite ville en ces années 50. Les gens s’y croisent facilement. D’autant plus lorsqu’on est coquette et que l’on fréquente parfois un institut de beauté dont la propriétaire a été retrouvée noyée… Et tel père, telle fille, ou telle fille tel père ! Le mari de la victime n’est autre qu’un ancien camarade de classe de Quirke. Il vient le lui demander de ne pas autopsier sa pauvre défunte épouse. Ainsi, père et fille vont s’embarquer, chacun à leur façon et chacun de leur côté, sur une délicate affaire qui les mènera plus loin qu’ils ne l’imaginaient.

Par un subtil aller-retour présent-passé, l’écrivain dévoile peu à peu la vie que menait la victime, une jeune femme en apparence bien tranquille : Deirdre Hunt. Mariée à Billy pour s’échapper du sinistre quartier des Flats de Dublin et à un père un brin incestueux, elle ne voit pas de piège lorsque l’étrange Leslie White lui propose de s’associer à elle pour monter un institut de beauté : The Silver Swan (titre original du livre, d’ailleurs). Pensez donc, un univers de beauté, quand on vient des Flats, ça ne se refuse pas si facilement ! Seulement Leslie n’est peut-être pas aussi white qu’il le dit et il va lui faire faire de ces choses… oh ! my godness !

Les fils narratifs des différentes intriguent se lient peu à peu, dans une évidence implacable. Le lecteur devine le noeud de l’histoire mais dans une sorte de déni, ne veut pas y croire… Et pourtant !

C’est avec beaucoup d’humour caustique, d’ironie ravageuse que John Banville promène ses personnages dans ce roman noir aussi sombre que la Guinness, tout en jouant à merveille avec une thématique bien classique que je ne peux pas révéler sous peine d’en dire trop. Il manipule à merveille le lecteur et ce pauvre Quirke au grand coeur. L’inspecteur Hackett pensait également qu’il avait « une vision moins rose des êtres humains et de leurs actions ». Nous aussi et on s’est laissé berner !

Un roman noir sans doute moins fouillé d’un point de vue historique que le premier volume mais John Banville/Benjamin Black reste un conteur hors pair qui nous fait avaler ce pavé de 403 pages d’une traite sans pouvoir le lâcher avant de connaître le fin mot de l’histoire. Ses personnages sont si attachants, en plus, qu’on en redemande ! Vivement la suite des aventures de Quirke ! Je l’adore ce gros nounours solitaire qui sait si bien nous promener dans Dublin !

Publié dans Littérature irlandaise | Tagué , , , , | Laisser un commentaire

La maîtresse de mon amant

41F9KTQB0JL__SL160_AA160_

Traduit par Michèle Valencia

4e de couverture : « Quand Marcus, jeune architecte au charme mystérieux, lui propose de partager son loft londonien, Lily accepte sans hésiter. Mais, dès son arrivée, elle éprouve un sentiment de malaise. L’appartement garde les traces de l’ex-petite amie de Marcus, brutalement disparue. Intriguée, Lily cherche à percer ce mystère. L’image de cette rivale la hante, la poursuit. »

Ce roman est divisé en quatre parties. Dont la première se situe avant la « révélation ». Et c’est la plus réussie. Maggie O’Farrell arrive à distiller un suspense infernale qui fait avaler les cent quatre-vingt-deux pages en un rien de temps. On se dit que l’on tient là un « page-turner » fascinant. Maggie O’Farrell adopte là le point de vue de Lily la nouvelle colocataire et aussi petite-amie de Markus, un bellâtre que l’on sent tout de suite trop propre sur lui pour être tout à fait honnête, surtout quand il affirme que Sinead, son ex, n’est « plus de ce monde ». Troublée Lily mène l’enquête, jusqu’à friser la folie. Le récit est à ce stade proche du fantastique et le lecteur ne sait plus trop à quel saint se vouer. Lily a-t-elle perdu la tête, est-ce la jalousie qui lui fait voir Sinead partout dans l’appartement et dans une librairie…

Soudain, au bout de ces 182 pages, THE révélation (que je ne peux évidemment pas dévoiler). Et THE catastrophe pour la suite du roman  (que je ne peux pas non plus dévoiler) qui tombe dans une platitude décevante. Plus de suspense. Et surtout une évidence tellement énorme qu’on se demande à quoi servent les trois autres parties du livre : Marcus est un coureur de jupons et un goujat de première. Bref, tout ça pour ça. Sans surprise finale, même dans le bush australien, qui frôle l’invraisemblance.

Une déception donc. Dommage. Parce que c’est pourtant sublimement écrit et j’ai vraiment apprécié la manière dont elle décortique chaque geste, chaque micro-événement.

Cette édition est épuisée. Peut-être la trouverez-vous en bibliothèque ou sur les sites de livres d’occasion.

Publié dans Littérature nord-irlandaise | Tagué , , | Laisser un commentaire

Turbulences catholiques

51Ki4+gcDEL

Traduit par Natalie Beunat

4e de couverture : « Dan Starkey a décidé de redonner une chance à son couple. Pour preuve, il s’engage à assumer la paternité de Little Stevie, le bébé que sa femme Patricia a eu avec son amant. C’est ce bon moment de félicité familiale que choisit le primat de Toute l’Irlande pour lui confier une enquête pour le moins inhabituelle sur une minuscule île aux oiseaux, battue par les flots. Sous la houlette du père Flynn, les rares habitants de cette terre isolée sont persuadés que le Messie est né chez eux et, qui plus est, se serait incarné en une petite fille répondant au prénom de… Christine. Quoi de mieux pour le journaliste qu’une retraite rurale grassement payée ? Et l’endroit idéal pour se mettre enfin à l’écriture de son livre ! Ce qui s’annonce comme un canular facile à déjouer vire peu à peu au cauchemar. Pour Dan, aux prises avec ses vieux démons que sont l’alcool et les femmes, ça tourne carrément à l’île de la tentation ! Au premier meurtre, l’ambiance bucolique prend du plomb dans l’aile. Quant au premier verre, il pourrait bien être le dernier… Avec ce thriller hilarant, Colin Bateman aborde sans complexe l’absurdité de l’intégrisme religieux. »

Contrairement à Stuart Neville (autre écrivain nord-irlandais) qui fait dans le « trash-pince-sans-rire », (même si Les fantômes de Belfast est tout à faire remarquable), Colin Bateman a toujours l’humour comme détonateur.
Son héros, Dan Starkey, journaliste de son état, imparfait au possible (évidemment, sinon ça ne serait pas drôle !) est souvent embarqué dans des aventures farfelues ou dans un pétrin dans lequel il s’est mis tout seul. Dans Divorce, Jack !, il avait déjà des démêlés avec Patricia son épouse. Parce que Dan a un souci majeur : il n’est pas vraiment fidèle ! Mais ici, sa femme a pris sa revanche et même plus : elle a eu  un gamin avec son amant ! Déjà vous voyez le tableau !! Mais Dan accepte d’élever ce rejeton, mais ce n’est pas tout : sous prétexte de recoller les morceaux de son couple et d’écrire le livre qui fera de lui « le digne représentant du roman made in Ulster », il accepte de jouer les agents secrets à la demande d’un homme d’Eglise et de se rendre sur une île nord-irlandaise, coupée du reste du monde… En effet, sur cette île, il s’en passe de belles : il y aurait une réincarnation du Messie sous les traits d’une petite fille prénommée Christine !

Quand j’ai commencé à lire cette histoire, je me suis demandée où Colin voulait m’embarquer avec un sujet aussi loufoque (so british, je trouve). Ca m’a fait un peu peur mais pourtant, son humour tout aussi déjanté que son sujet a atteint son but : j’ai fait la traversée sur l’île de Wrathlin et j’ai vécu l’angoisse de Dan, au milieu de personnages tous plus bizarres les uns que les autres…

Sous couvert d’histoire abracadabrante et d’humour décapant, Colin Bateman dénonce ici les agissements intégristes, quels qu’ils soient. Quand on rencontre le père Flynn, catholique à qui l’on a greffé un coeur de protestant pour lui sauver la vie, on a compris où l’auteur veut en venir…

J’ai bien aimé cette lecture originale, même si ce n’est pas mon livre préféré de l’auteur (le meilleur lu jusqu’à présent étant l’incontournable Divorce, Jack !). Reste l’ambiance d’une île coupée du reste du monde qui m’a bien plu, même si ces habitants ressemblent à des psychopathes en puissance qu’on n’aimerait pas avoir comme voisin !

Publié dans Littérature nord-irlandaise | Tagué , , | Laisser un commentaire

La bicyclette de la violence

51nug6X0XdL._SX302_BO1,204,203,200_

Traduit par Stéphane Carn

4e de couverture : « Le jeune Miller boit trop. Il est gros et moche comme les sept péchés capitaux et ses proches sont tous morts plus bêtement les uns que les autres lors des deux dernières années. Aussi, lorsque son journal le mute pour raisons disciplinaires dans la banlieue la plus dure de Belfast ça ne lui fait ni chaud ni froid. Miller déteste de toute façon cette ville, les gens, les meurtres et les alertes à la bombe. Mais il reste un excellent journaliste ; le fouille-merde par excellence ; celui dont les questions vont réveiller les morts… »

Franchement, si vous voulez passer un bon moment avec un livre qui ne donne pas mal à la tête tout en étant très bien fait, je ne peux que vous conseiller de choisir celui-ci. D’abord, c’est absolument hilarant. Miller, journaliste de son état, qui se déplace sur un vélo (la bicyclette de la violence) pour faire ses reportages, est nettement moins bête qu’il en a l’air et c’est un crème, mais vraiment un crème de gars. Mais attention, si on le cherche, on le trouve ! Et celle qui le trouve, c’est la toute aussi déjantée et paumée Marie. Ce livre raconte leur histoire d’amour avec pour lieu d’action le blède glauque de Crossmaheart, 60 km de Belfast, où le rédac chef a exilé pour quelque temps Miller (ne cherchez pas sur une carte si cette ville existe, c’est pas la peine!).

L’histoire, je vous laisse la découvrir vous-même. Mais je vous préviens, votre petit coeur va se serrer et fondre à la fin. Non, vraiment la vie est trop trop injuste avec Miller et Mary.

J’ai bien l’intention de poursuivre ma découverte de Colin Bateman et c’est bien désolant que seuls 4 ou 5 livres soient accessibles en France car il en a écrit des wagons depuis celui-ci qui date de 1995 (paru en France seulement en 2004) !

Quelques extraits :
 » Il lui préparait des toasts à la banane, des sandwichs au jambon et au coleslaw. Un dimanche, il se risqua même à faire un poulet au micro-ondes. Il sortit du four une espèce de grosse pelote de ficelle, entourée de choux de Bruxelles explosés. »

 » – Hé, toi!
Webb fit la sourde oreille.
– Hé, Kojak !
Webb leva les yeux. « Oui. Quoi ? »
– Tiens, ricana Miller, d’une voix pâteuse, tu réponds pas quand je t’apelle, mais si je dis « hé, Kojak! », tu réagis au quart de tour! Tu ferais pas un complexe, rapport à tes cheveux, là ? »

« A cent mètres de chez lui, il avait repéré une épicerie Good Neighbour, tenue par une dondon à gueule de raie »

« Avez-vous vu Les Hommes du Président ?
– Avec Dustin Hoffman et Robert Redford? Vous connaissez un journaliste qui ait manqué ça!
– Alors admettons que je sois votre Deap Throat.
– Vous voulez que je baisse l’abat-jour?
– Le moment est mal choisi pour faire l’andouille! »

Publié dans Littérature nord-irlandaise | Tagué , , | 2 commentaires

Divorce, Jack !

41DYWCTFF0L__SS500_

Traduit par Michel Lebrun

4e de couverture : « Dan aime bien sa femme Patricia mais l’amour n’a jamais empêché les sentiments et Dan craque un soir pour Margaret, qui est assassinée le soir même… Est-ce à cause de sa liaison avec Dan ? Est-ce l’IRA ? Un groupe d’extrêmistes protestants ? Un amoureux jaloux ? Il ne reste plus à Dan qu’à courir très vite pour sauver son mariage et sa peau. Mais à Belfast, c’est entre les bombes qu’on cavale. »

Ne pas se fier à cette 4e de couverture qui suggère un simple roman de gare. C’est bien plus que cela sans pour autant se prendre la tête !

Franchement, j’ai passé un agréable moment avec Dan Starkey, journaliste très très imparfait, bourré de faiblesses et c’est ce qui fait son charme. Un héros décalé dans un univers dangereux. Une espèce de « Gaston la Gaffe » à la sauce nord-irlandaise. Il doit faire face à la bande de Pat Coogan le Vacher qui règne sur le « Pays des Canailles » à Crossmaheart  : tout un programme ! Nous le suivons ainsi à travers les quartiers de Belfast (avis à ceux qui connaissent la ville !) et de sa banlieue glauque. Nous croisons de drôles de religieux, pas très catholiques et pas très protestants non plus. Et une foule de personnages hauts en couleurs.

Un roman bourré d’humour, (d’argot aussi) une intrigue haletante avec des rebondissements en cascade et une chute brillante. Bref, on ne s’ennuie pas un seul instant.

Le héros est un nord-irlandais « protestant » mais pas pour autant ennemi des Nord-Irlandais nationalistes. Colin Bateman dévoile au fur et à mesure au lecteur un univers de la corruption, où tout est beaucoup plus compliqué que ce qu’il y paraît. Et il ne fait de cadeau à personne. Un conseil : ne cherchez pas Crossmaheart  sur la carte de l’Irlande du Nord : ce village n’existe pas. Colin Bateman y concentre le Mal et les travers de l’Irlande du Nord. Un lieu imaginaire, donc « neutre ». Ce n’est sans doute pas un hasard.

Quelques titres sont traduits en français. Mais je suis assez attirée par Belfast Confidential qui est disponible seulement en VO.

Quelques mots sur l’auteur : Colin Bateman est donc écrivain mais aussi journaliste nord-irlandais. Il est né à Bangor, dans le comté de Down en 1962. Il a tenu une chronique satirique sur la société nord-irlandaise et a reçu le prix de la presse pour ses chroniques.

Un écrivain de polar qui mérite d’être mieux connu en France. Divorce, Jack ! a fait l’objet d’un film. Avis aux amateurs !

Publié dans Littérature nord-irlandaise | Tagué , , | Laisser un commentaire

Les Bons Chrétiens

Les éditions Phébus ont eu la bonne idée d’éditer en poche le livre qui a fait connaître Joseph O’Connor aux Français en 1996 :

51exrFuEobL__SS500_

Traduit par Pierrick Masquart et Gérard Meudal

4e de couverture de l’édition grand format : « Treize nouvelles pour dire – entre les lignes, entre les mots (et par-delà l’aimable mensonge des façades)- ce qu’il en est des tourments de l’âme irlandaise aujourd’hui: en cette fin de siècle où d’autres formes de violences (intimes celles-ci) sont déjà à l’oeuvre. Histoire de nous préparer à des lendemains qui ne chanteront sûrement pas aussi bien qu’il aurait fallu »

(J’applaudis ici la lucidité du rédacteur de la 4e de couv au regard de l’Irlande de 2009 et bien sûr Joseph o’Connor !!!)

Treize récits travaillés au bistouri pour nous raconter, entre cruauté et compassion (et on forcément sans humour), cette Irlande d’après la bataille, qui s’arrange toujours pour montrer au monde un visage d’une exemplaire universalité (Nous sommes tous des Irlandais) lors même qu’elle se délecte mieux que jamais de ses particularismes têtus. Et pour donner la parole à quelques personnages inoubliables: prêtres au coeur brisé, homosexuels traqués par le conformisme ambiant, hommes et femmes infidèles, fanatiquqes de tous bords, joyeux plaisantins – la plupart fortement alcoolisés, tous atteints dans leurs rêves, et qui font de pathétiques efforts pour échapper à la noyade ».

Je dois dire que le rire est au rendez-vous de ces histoires pourtant pour le moins tragiques… Mais il s’agit d’un humour qui oscille entre cynisme et pathétisme amenant le lecteur à la réflexion… On n’en sort pas tout à fait indemne.

Mes préférées :

Les Collines aux aguets, qui laisse pour le moins perplexe de l’absurdité des événements;

Faux Départ, un road movie à travers la campagne irlandaise et… ses vaches : après cela on ne regardera plus jamais une vache irlandaise de la même façon !;

L’Evier, qui commence ainsi : « En rentrant du travail, il vit la vaisselle sale dans l’évier. Il comprit qu’elle l’avait quitté. »

Pour les fans de Joseph O’Connor, il s’agit d’un « incontournable » !

Le petit « plus » pour la fan de Joseph O’Connor que je suis, c’est que trouver ce livre quand je le voulais s’est avéré un parcours du combattant, ou plutôt une chasse au trésor car il était épuisé et non réédité.
(On s’amuse comme on peut, mais ça donne l’impression d’avoir une édition « collector » dans sa bibliothèque 🙂 )

Publié dans Littérature irlandaise | Tagué , , | Laisser un commentaire

Sept hivers à Dublin

51H43FG9RBL__SL500_AA300_

Traduit par Béatrice Vierne

4e de couverture : « Petite fille, je croyais que c’était toujours l’hiver à Dublin et que l’été ne finissait jamais dans le comté de Cork.  » Enfant unique de parents anglo-irlandais, Elizabeth Bowen naquit à Dublin en juin 1899. Ce livre qu’elle publia en 1942 raconte ses sept premiers hivers dans cette ville. L’auteur évoque avec une franchise délicieuse sa famille et la vie quotidienne au 15, Herbert Place : la nursery baignée par les reflets du canal, les gouvernantes, les boutiques d’Upper Baggot Street et de Grafton Street, les cours de danse et les jours de fête. Entre 1923 et 1968, Elizabeth Bowen écrivit dix romans et près de quatre-vingt nouvelles. Son œuvre raffinée et originale la range parmi les plus grands écrivains de langue anglaise. »

L’Irlande, et Dublin en particulier, vue par une petite Irlandaise d’origine anglo-irlandaise (autrement dit ses parents sont les descendants des Anglais envoyés en Irlande par Cromwell au XVIIe pour « faire la plantation » – envoyer des colons britanniques pour coloniser l’île rebelle).

Elizabeth Bowen nous fait pénétrer dans son univers feutré, richissime. Une tout autre Irlande de celle dont on a l’habitude : « Ma mère n’était pas originaire du comté de Cork, non plus que de ceux de Tipperary ou de Limerick, comme tant d’autres épouses de la famille Bowen. La demeure ancestrale de sa famille, les Colley, établis en Irlande depuis le règne de la reine Elizabeth, était le château de Carbery, dans le comté de Kildare. (…) A l’époque du mariage de ma mère, les Colley habitaient le domaine de Mount Temple, à Clontarf. »

La description aussi d’un univers guindé, où les gens disent des choses davantage parce que, dans leur milieu, il est de bon ton de penser ceci plutôt que cela. Cependant, les parents d’Elizabeth sont un peu particuliers dans cet univers osmosé : « Les familles de mes parents partageaient le même point de vue de propriétaires terriens protestants et les mêmes opinions politiques unionistes. Mon père et ma mère étaient, cependant, deux fortes personnalités qui se distinguaient de tous les autres types familiaux. On sentait, certes, derrière eux le poids de la tradition qui, pour les affaires sans importance, modelait leur façon de penser. Mais sur les sujets qui les tenaient profondément à coeur, ils arrivaient à des conclusions qui leur étaient propres ».

C’est donc dans cet univers familial un peu particulier que grandit Elizabeth, entourée de nurses et de gouvernantes,dans la petite maison d’hiver de Dublin où « les tables étaient jonchées de livres » jusqu’à l’âge de ses sept ans où elle part vivre en Angleterre avec sa mère et prend conscience du monde.

J’ai pénétré là dans une Irlande qui m’est totalement étrangère, celle des Anglo-irlandais comme ils se nomment eux-mêmes. Deux peuples totalement différents sur une même île. « Ce ne fut qu’après la fin de ces sept hivers que je compris que nous autres protestants étions minoritaires (…) Mon père et ma mère évoquaient tous deux les catholiques romains avec une courtoise désinvolture qui ne leur accordait même pas la moindre dimension mythique. Leur existence me paraissait aller de soi, mais je n’en côtoyais guère et ils ne m’intéressaient absolument pas. Ils n’étaient, en somme, que « les autres » dont l’univers existait parallèlement au nôtre, mais sans jamais le toucher ».

Elizabeth raconte d’ailleurs que si on lui a parlé des fées, elle ignore tout des fées irlandaises, tout comme elle ignore tout des quartiers de la rive nord de la Liffey à Dublin. « Nul marécage, nulle jungle ne pouvait receler davantage de menaces que les quartiers tacitement interdits de votre propre ville. »

De très jolies descriptions de quartiers chics de Dublin qui donnent envie de faire plus attention à la prochaine visite de la ville.

 J’apprécie le recul qu’elle a sur l’univers dans lequel elle a grandi.

Publié dans Littérature irlandaise | Tagué , , | Laisser un commentaire

Emmeline

51Vm1W0UyqL__SL500_AA300_

Traduit par Georges Globa

4e de couverture : « Nous sommes à Londres, dans les années trente. Emmeline, vingt-cinq ans, est responsable d’une agence de voyages et partage son toit avec la veuve de son frère, Cecilia. Si tontes deux sont. jeunes, jolies et célibataires, leurs caractères sont aux antipodes : l’indépendante et romanesque Cecilia fascine la timide Emmeline. Leur recherche de l’amour va naturellement les conduire sur des chemins opposés. Tandis que Cecilia se lance avec habileté à la conquête d’un héritier, Emmeline, sous l’influence de sa belle-sœur et de sa vipère de tante, tombe dans les filets d’un égoïste quadragénaire… Face au Mal, l’Innocence dispose-t-elle d’un autre recours que la Vengeance ? « 

Elizabeth Bowen offre avec Emmeline (titre VO : To the North) écrit en 1932, un roman so british. Un univers feutré mais où tous les coups bas sont permis pour obliger les réfractaires à rester dans les rails. J’ai détesté la tante Lady Waters (« Georgina, pour les intimes), la commère qui ferait bien de s’occuper de ses oignons. Je n’ai pas davantage apprécié Markie,  qui n’a pas vraiment le courage de ses opinions. J’ai trouvé que Cecilia était plus perfide et plus influençable qu’elle n’en avait l’air. Et qu’en fin de compte, la vraie femme forte dans cette histoire c’est bien Emmeline. Une vraie femme en avance sur son temps, à la tête d’une agence de voyage, qui se frotte au monde des affaires et du travail. A côté d’elles, Cecilia et Lady Waters paraissent d’un autre temps, la seule chose qui leur importe, c’est le mariage et surtout le « qu’en dira-t-on » …

Le récit s’échappe parfois hors du salon pour donner à voir au lecteur un tout petit peu du monde extérieur. J’ai bien aimé l’épisode de la révolte de la secrétaire à l’agence,  qui, débordée de travail et en mal de reconnaissance, n’hésite pas à critiquer ses employeurs et à balancer à Emmeline : « Ce qu’il y a, c’est simplement que je suis humaine (…) si on mourait sur sa chaise ou si on s’évanouissait, simplement il se pourrait bien que vous le remarquiez! «  Et les taxis parisiens, à cette époque déjà, avait la réputation de mal conduire, c’est ce que témoigne le voyage d’Emmeline et de Markie dans la capitale… Un cliché qui m’a fait sourire, un petit coup de dent britannique envers les froggies…

Elizabeth Bowen joue à merveille avec ses personnages et les apparences au fil du roman, ce qui invite le lecteur à s’interroger sur leur nature réelle. Le tout dans style fluide et poétique. J’ai regretté la fin tragique de l’histoire mais elle démontre à quel point les femmes étaient encore prisonnières des carcans d’une certaine société, en ce début de XXe siècle…

Publié dans Littérature irlandaise | Laisser un commentaire

Brooklyn

 51f811cRYtL._SX303_BO1,204,203,200_

Traduit par Anna Gibson

4e de couverture : « Enniscorthy, Irlande, années 1950. Comme de nombreuses jeunes femmes de son âge, Elis Lacey ne parvient pas à trouver du travail. Par l’entremise d’un prêtre, on lui propose un emploi à Brooklyn, aux Etats-Unis. Pousse par sa famille, Eilis s’exile à contrecoeur. Au début, le mal du pays la submerge. Mais comment résister aux plaisirs de l’anonymat, à l’excitation de la nouveauté ? Loin du regard de ceux qui la connaissent depuis toujours, Eilis goûte une sensation de liberté proche du bonheur. Puis un drame familial l’oblige à retraverser l’Atlantique. Au pays, Brooklyn se voile de l’irréalité des rêves. Eilis ne sait plus à quel monde elle appartient… »

Un immense coup de coeur pour ce roman. Je découvre la prose enchanteresse de Colm Toibin, écrivain irlandais vivant entre Irlande et Etats-Unis. Autant dire que le déracinement est sans doute un sentiment qui l’a touché à un moment ou à un autre. J’ai été sidérée par la finesse psychologique dont il fait preuve, jusqu’à me demander comment c’était possible. Le lecteur vit vraiment ce que vit l’héroïne, la douce Eilis. Une héroïne au premier abord fragile, mais en fait dotée d’une force de caractère hors norme qui lui permet de survivre et surtout de faire des choix, et avant tout les siens.

Colm Toibin peint à merveille le tableau de l’Irlande des années 1950, celle d’une période pauvre où beaucoup sont obligés de s’exiler pour survivre – encore faut-il avoir l’argent pour partir. Il décrit un pays où l’on ne peut rien faire sans se sentir surveillé, jugé en permanence et surtout où la famille prend souvent des décisions à votre place. C’est le cas pour Eilis qui s’exile à contrecoeur par l’entremise d’un prêtre irlandais vivant aux Etats-Unis et qui s’est entretenu avec sa mère (ah ! la suprématie de l’Eglise à cette époque et son insupportable mainmise sur les destinées individuelles !). Le prétexte de cet exil c’est qu’elle n’a qu’un petit boulot chez l’épicière d’Enniscorthy, l’horrible Mademoiselle Kelly, qu’on a envie de claquer à longueur de pages. Donc quand Eilis accepte de partir, on la comprend fort bien, même si c’est davantage pour faire plaisir à sa mère que pour elle-même. Mais partir est aussi une chance, comme le fait comprendre Rose, 30 ans, la soeur aînée, qui, en laissant partir sa cadette, se « sacrifie » donc pour rester auprès de leur mère, veuve.

On subit avec l’héroïne la difficulté de la traversée de l’Atlantique en bateau :si vous n’avez jamais eu le mal de mer, là vous saurez !! Et l’on découvre l’invention de la « colocation » avant l’heure (si l’on peut dire) entre Irlandais de Brooklyn. Pas toujours facile de s’y faire une place. Heureusement que de beaux Italiens traînent dans le coin, en particulier un certain Tony, qui, malgré sa nationalité, a un physique qui peut le faire passer pour Irish… C’est bien pratique aussi pour faire taire les commérages !

J’ai repoussé longtemps les dernières pages qu’il me restait à lire. Car j’ai eu très peur de la décision que prendrait Eilis après son retour au pays pour une raison que l’on ne peut pas dévoiler…. Je dois avouer qu’elle m’a fait très peur cette petite devenue femme  – et surtout elle-même.

Un très beau roman d’apprentissage, qui raconte à merveille le déracinement, le tiraillement entre deux vies, deux pays. Une prose enchanteresse et un beau roman d’amour aussi que je ne peux que chaudement vous recommander. On passe un excellent moment et on dit « encore » une fois le livre refermé.

Un film vient d’être adapté du roman, que j’ai lu en 2009 à sa sortie. J’irai sans doute le voir.

Publié dans Littérature irlandaise | Tagué , , | Laisser un commentaire