Emmeline

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Traduit par Georges Globa

4e de couverture : « Nous sommes à Londres, dans les années trente. Emmeline, vingt-cinq ans, est responsable d’une agence de voyages et partage son toit avec la veuve de son frère, Cecilia. Si tontes deux sont. jeunes, jolies et célibataires, leurs caractères sont aux antipodes : l’indépendante et romanesque Cecilia fascine la timide Emmeline. Leur recherche de l’amour va naturellement les conduire sur des chemins opposés. Tandis que Cecilia se lance avec habileté à la conquête d’un héritier, Emmeline, sous l’influence de sa belle-sœur et de sa vipère de tante, tombe dans les filets d’un égoïste quadragénaire… Face au Mal, l’Innocence dispose-t-elle d’un autre recours que la Vengeance ? « 

Elizabeth Bowen offre avec Emmeline (titre VO : To the North) écrit en 1932, un roman so british. Un univers feutré mais où tous les coups bas sont permis pour obliger les réfractaires à rester dans les rails. J’ai détesté la tante Lady Waters (« Georgina, pour les intimes), la commère qui ferait bien de s’occuper de ses oignons. Je n’ai pas davantage apprécié Markie,  qui n’a pas vraiment le courage de ses opinions. J’ai trouvé que Cecilia était plus perfide et plus influençable qu’elle n’en avait l’air. Et qu’en fin de compte, la vraie femme forte dans cette histoire c’est bien Emmeline. Une vraie femme en avance sur son temps, à la tête d’une agence de voyage, qui se frotte au monde des affaires et du travail. A côté d’elles, Cecilia et Lady Waters paraissent d’un autre temps, la seule chose qui leur importe, c’est le mariage et surtout le « qu’en dira-t-on » …

Le récit s’échappe parfois hors du salon pour donner à voir au lecteur un tout petit peu du monde extérieur. J’ai bien aimé l’épisode de la révolte de la secrétaire à l’agence,  qui, débordée de travail et en mal de reconnaissance, n’hésite pas à critiquer ses employeurs et à balancer à Emmeline : « Ce qu’il y a, c’est simplement que je suis humaine (…) si on mourait sur sa chaise ou si on s’évanouissait, simplement il se pourrait bien que vous le remarquiez! «  Et les taxis parisiens, à cette époque déjà, avait la réputation de mal conduire, c’est ce que témoigne le voyage d’Emmeline et de Markie dans la capitale… Un cliché qui m’a fait sourire, un petit coup de dent britannique envers les froggies…

Elizabeth Bowen joue à merveille avec ses personnages et les apparences au fil du roman, ce qui invite le lecteur à s’interroger sur leur nature réelle. Le tout dans style fluide et poétique. J’ai regretté la fin tragique de l’histoire mais elle démontre à quel point les femmes étaient encore prisonnières des carcans d’une certaine société, en ce début de XXe siècle…

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Brooklyn

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Traduit par Anna Gibson

4e de couverture : « Enniscorthy, Irlande, années 1950. Comme de nombreuses jeunes femmes de son âge, Elis Lacey ne parvient pas à trouver du travail. Par l’entremise d’un prêtre, on lui propose un emploi à Brooklyn, aux Etats-Unis. Pousse par sa famille, Eilis s’exile à contrecoeur. Au début, le mal du pays la submerge. Mais comment résister aux plaisirs de l’anonymat, à l’excitation de la nouveauté ? Loin du regard de ceux qui la connaissent depuis toujours, Eilis goûte une sensation de liberté proche du bonheur. Puis un drame familial l’oblige à retraverser l’Atlantique. Au pays, Brooklyn se voile de l’irréalité des rêves. Eilis ne sait plus à quel monde elle appartient… »

Un immense coup de coeur pour ce roman. Je découvre la prose enchanteresse de Colm Toibin, écrivain irlandais vivant entre Irlande et Etats-Unis. Autant dire que le déracinement est sans doute un sentiment qui l’a touché à un moment ou à un autre. J’ai été sidérée par la finesse psychologique dont il fait preuve, jusqu’à me demander comment c’était possible. Le lecteur vit vraiment ce que vit l’héroïne, la douce Eilis. Une héroïne au premier abord fragile, mais en fait dotée d’une force de caractère hors norme qui lui permet de survivre et surtout de faire des choix, et avant tout les siens.

Colm Toibin peint à merveille le tableau de l’Irlande des années 1950, celle d’une période pauvre où beaucoup sont obligés de s’exiler pour survivre – encore faut-il avoir l’argent pour partir. Il décrit un pays où l’on ne peut rien faire sans se sentir surveillé, jugé en permanence et surtout où la famille prend souvent des décisions à votre place. C’est le cas pour Eilis qui s’exile à contrecoeur par l’entremise d’un prêtre irlandais vivant aux Etats-Unis et qui s’est entretenu avec sa mère (ah ! la suprématie de l’Eglise à cette époque et son insupportable mainmise sur les destinées individuelles !). Le prétexte de cet exil c’est qu’elle n’a qu’un petit boulot chez l’épicière d’Enniscorthy, l’horrible Mademoiselle Kelly, qu’on a envie de claquer à longueur de pages. Donc quand Eilis accepte de partir, on la comprend fort bien, même si c’est davantage pour faire plaisir à sa mère que pour elle-même. Mais partir est aussi une chance, comme le fait comprendre Rose, 30 ans, la soeur aînée, qui, en laissant partir sa cadette, se « sacrifie » donc pour rester auprès de leur mère, veuve.

On subit avec l’héroïne la difficulté de la traversée de l’Atlantique en bateau :si vous n’avez jamais eu le mal de mer, là vous saurez !! Et l’on découvre l’invention de la « colocation » avant l’heure (si l’on peut dire) entre Irlandais de Brooklyn. Pas toujours facile de s’y faire une place. Heureusement que de beaux Italiens traînent dans le coin, en particulier un certain Tony, qui, malgré sa nationalité, a un physique qui peut le faire passer pour Irish… C’est bien pratique aussi pour faire taire les commérages !

J’ai repoussé longtemps les dernières pages qu’il me restait à lire. Car j’ai eu très peur de la décision que prendrait Eilis après son retour au pays pour une raison que l’on ne peut pas dévoiler…. Je dois avouer qu’elle m’a fait très peur cette petite devenue femme  – et surtout elle-même.

Un très beau roman d’apprentissage, qui raconte à merveille le déracinement, le tiraillement entre deux vies, deux pays. Une prose enchanteresse et un beau roman d’amour aussi que je ne peux que chaudement vous recommander. On passe un excellent moment et on dit « encore » une fois le livre refermé.

Un film vient d’être adapté du roman, que j’ai lu en 2009 à sa sortie. J’irai sans doute le voir.

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L’Antarctique

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Traduit par Jacqueline Odin

Commencer la première nouvelle de Claire Keegan, « L’Antarctique », c’est ne plus lâcher le recueil avant de l’avoir terminé jusqu’au dernier mot. Dans une écriture simple, mais dense par tous les sous-entendus qu’elle soulève, l’écrivain plante le décor dans la campagne irlandaise ou américaine (mais ça pourrait très bien aussi se passer en France) et raconte la vie des femmes, le machisme ordinaire qui veut, par exemple, que jusqu’à une certaine époque, les femmes ne conduisent pas, et tant d’autres petits détails qui montrent un asservissement parfois inconscient. Avec beaucoup d’ironie et d’humour ses héroïnes font face. Unetelle prendra le volant dans une situation critique sous l’oeil médusé du mari, une autre victime de discrimination par rapport à la beauté de sa soeur mais pas stupide pour autant, trouvera le moyen tout simple pour que cela cesse. Toutes ces femmes ont joué le rôle que la société et l’univers des hommes leur assignaient, jusqu’au jour où elles ont décidé que ça suffisait. Et leur réplique est le plus souvent pimentée comme du Tabasco, mais parfois beaucoup plus tragique… On peut difficilement en dire davantage parce que ces nouvelles se dégustent et la fin est toujours une surprise. Le génie de Claire Keegan c’est aussi de ne pas tout dire, de mettre en évidence les non-dits et de laisser le lecteur en tirer les conséquences. Tous ses personnages ne sont pas forcément ce qu’ils ont l’air d’être jusqu’au jour où…

Les nouvelles qui m’ont le plus marquée : « Les hommes et les femmes », « Les soeurs », « Le sermon à la Ginger Rogers », « L’amour dans l’herbe haute », « La soupe au passeport », « On n’est jamais trop prudent » et « L’Antarctique ».

Quelques citations :
« Etre pêcheur c’est à peu près comme être serveuse. Des inconnus vous racontent toutes sortes de choses. »
 » Elle a des taches de rousseur partout, comme si quelqu’un avait trempé une brosse à dents dans la peinture et l’avait éclaboussée »

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Les trois lumières

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Traduit par Jacqueline Odin

4e de couverture : « Dans la chaleur de l’été, un père conduit sa fille dans une ferme du Wexford, au fond de l’Irlande
rurale. Bien qu’elle ait pour tout bagage les vêtements qu’elle porte, son séjour chez les Kinsella,
des amis de ses parents, semble devoir durer. Sa mère est à nouveau enceinte, et il s’agit de la
soulager jusqu’à l’arrivée du nouvel enfant. Au fil des jours, puis des mois, la jeune narratrice apprivoise cet endroit singulier, où la végétation est étonnamment luxuriante, les bêtes grasses et les sources jaillissantes. Livrée à elle-même au milieu d’adultes qui ne la traitent pas comme une enfant, elle apprend à connaître, au gré des veillées, des parties de cartes et des travaux quotidiens, ce couple de fermiers taciturnes qui pourtant l’entourent de leur bienveillance. Pour elle qui n’a connu que l’indifférence de ses parents dans une fratrie nombreuse, la vie prend une nouvelle dimension. Elle apprend à jouir du temps et de l’espace, et s’épanouit dans l’affection de cette nouvelle famille qui semble ne pas avoir de secrets. Certains détails malgré tout l’intriguent : les habits dont elle se voit affublée, la réaction de Mr Kinsella quand il les découvre sur elle, l’attitude de Mrs Kinsella lors de leurs rares sorties à la ville voisine… « 

Le titre en version original de ce récit est Foster. Pas évident à traduire comme cela tout seul. Ce mot renvoie à « famille d’accueil », ou  à « enfant placé en famille d’accueil. Pour un anglophone, le thème est planté dès la lecture du titre. Au contraire, un titre comme Les trois lumières laisse le lecteur francophone dans le vague… Il faut lire la quatrième de couverture pour comprendre un peu et lire le récit pour comprendre complètement le titre…

Ce détail mis à part, voici un récit court mais dense dont la subtilité et la force résident dans tous les non-dits, dans ce ce que le lecteur devine à travers les mots. Et Claire Keegan parvient à merveille à semer des indices. Au lecteur de se faire son idée. Le décor se situe dans le sud-est de l’Irlande, dans le comté de Wexford, à la campagne, dans les années 80 (on le devine encore là aussi, par l’évocation de la mort d’un gréviste de la faim – Bobby Sands ? -, de sa mère et des émeutes).
On retrouve ici les secrets de famille – et c’est un faible mot ! Ce qui m’a beaucoup intriguée, c’est la fin. J’ai dû revenir en arrière, relire les dernières pages. Je me demande encore si je l’ai bien comprise…

Un livre très émouvant.

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Muse

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Traduit par Carine Chichereau

4e de couverture : « Elle était pauvre, irrévérencieuse, sensuelle, très belle et rebelle à toute autorité, sauf à celle du génie et de l’amour. Elle s’appelait Molly Allgood, elle fut une comédienne célèbre et elle eut pour amant l’un des plus fameux dramaturges irlandais, John Millington Synge. C’était en 1907. Elle avait dix-neuf ans, il en avait trente-sept. Il fut son Pygmalion, elle sa muse. Ils vécurent une passion sans borne. Mais leur différence sociale et religieuse, les conventions et l’austérité de la famille Synge, leurs amis même, tout et tous s’y opposèrent. Jamais ils ne purent se marier et Molly Allgood rompit avec l’homme de sa vie qui mourut peu après, en 1909, rongé par le bacille de Koch. Quarante-cinq ans plus tard, on retrouve l’ancienne actrice, réduite à la misère et hantant les rues de Londres par un matin brumeux. Peu à peu, les souvenirs resurgissent, comme l’amour et le désir pour ce Vagabond qui ne l’aura jamais quittée… De tous les romans de Joseph O’Connor, Muse est sûrement le plus grand, en tout cas le plus intense. À chaque page, le lecteur est ébloui, bouleversé. Voilà un livre forgé de lumière et d’airain. »

Autant vous dire toute de suite : mes mots dans ce billet ne retranscriront sans doute pas toute l’intensité de ce roman.

Tout d’abord, si vous vous attendez à une autobiographie, sachez que ça n’en est pas une. Comme l’explique Joseph O’Connor, à la fin du livre, « Muse est une oeuvre de fiction qui prend souvent  d’immenses libertés avec la réalité. Les expériences et la personnalité des vrais Molly et Synge diffèrent de celles de mes personnages d’innombrables manières. Les chercheurs ne doivent pas se baser sur la chronologie, la géographie ni les portraits qui apparaissent dans ce roman. Synge et Molly ne passèrent pas un mois de vacances à Wiklow; et, à ma connaissance, il n’exprima jamais le désir de vivre aux Etats-Unis« .

De même, si vous vous attendez à un roman d’amour « pur jus », vous serez déçu. Il est certes question d’amour dans ce roman, mais il y a bien plus que cela.
Il y a une atmosphère, un parler populaire du Dublin des années 1900 savoureux, dont Joseph O’Connor remercie ses parents de lui avoir transmis cet héritage, son père étant « né à Francis Street, le quartier le plus vieux de la ville, The Liberties« . Il s’est également documenté à travers des travaux universitaires, dont le Dictionnary of Hiberno-english.

Ce roman n’est pas chronologique, ce qui peut être déroutant. Mais c’est aussi ce qui en fait sa force. Il restitue les derniers jours de Molly Allgood, comédienne qui aurait été la maîtresse de Synge, célèbre dramaturge irlandais, cofondateurs de l’Abbey Theatre avec Yeats et Lady Gregory.
Le livre débute dans un garni londonien le 27 octobre 1952 pour se terminer quelques jours plus tard, le 2 novembre. Mais entre temps Molly fait ressurgir les fantômes du passé au lecteur, sa vie de comédienne- qui-ne-mâche-pas-ses mots, son histoire avec Synge, disparu prématurément à l’âge de 37 ans,  toute une époque (le titre VO est Ghost Light) ! Même invectivée par le narrateur, elle ne perd pas de sa superbe. Elle rend un vibrant hommage au dramaturge en restituant son époque, avec amour et humour. Cependant, ne vous attendez pas à avoir toute l’histoire : la mémoire joue des tours et laisse des » blancs », mélange… Au lecteur de reconstituer le puzzle.

Pourtant Molly fait pitié à voir à présent : pauvre, oubliée et alcoolique. Elle n’a cependant rien perdu sa dignité : dehors, les gens qu’elle connaît ne savent rien sa situation car elle est toujours aussi comédienne ! Plusieurs fois j’ai eu les larmes aux yeux, mais plusieurs fois aussi, elle m’a fait rire. Le narrateur n’est pas toujours tendre avec elle. C’est tout ce mélange de ton et de style qui fait de ce livre un roman savoureux.

On a le plaisir de croiser Yeats et j’ai adoré la manière dont Joseph O’Connor l’a imaginé (pincé et austère au point d’être comique). Cependant, ce n’est qu’un personnage secondaire, tout comme Lady Gregory. Il n’est nullement question ici de l’Abbey Theatre. J’ai aussi particulièrement adoré la description de la campagne du Wicklow, si chère à Synge, l’accent mis sur la différence de classe sociale entre les deux tourtereaux, qui rend leur amour illégitime dans une Irlande guindée dans ses conventions.

Je n’ai donc pas été déçue par Jospeh O’Connor dont j’ai lu tous les romans traduits – sauf Redemption Falls qui est dans ma PAL depuis plusieurs années. Il écrit ici un de ses romans les plus forts et les plus fouillés, après L’étoile des mers. Par son ton et par son style il rend ici hommage à Synge, c’est indéniable.

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Quelques citations :

« Le mariage, ça sent le chou et le mouton recuit, et vers la fin de la semaine, le graillon »

« Sur le corps d’un homme, y’a la carte de l’Irlande. Bas les pattes, on touche pas à Limerick » :)))

« Ils voleraient de la bave à un orphelin pour la lui revendre après, vous savez »

« Seul un Américain écrirait une pièce intitulée Un tramway nommé désir. Un Anglais la nommerait Un autobus baptisé intérêt transitoire«  : so irish comme réflexion !!!

Une vidéo sous-titrée en français où Joseph O’Connor parle de son roman et où l’on apprend que Ghost Light pourrait être traduit par « servante », mais aussi que c’est en référence à une lumière que l’on laissait sur scène par superstition pour que les fantômes puissent jouer leur propre pièce…

http://www.dailymotion.com/video/xl4qtl_joseph-o-connor-muse_news

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Je ne suis pas d’ici

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Traduit par Bruno Boudard

4e de couverture : « Vid Cosic est un jeune Serbe de Belgrade, charpentier de métier, venu chercher un travail à Dublin. Dès son arrivée en Irlande il noue une amitié, très alcoolisée, avec un avocat, Kevin Concannon, à qui tout semble réussir, mais qui est résolu à taire le chaos familial dans lequel s’est déroulée son enfance. Immigré doué pour l’espoir, un peu naïf, Vid Cosic croît en l’avenir de l’espèce humaine et ne songe qu’à faire le bien autour de lui… »
(j’ai coupé la 4e de couverture qui en dit trop à mon goût – et que je n’avais pas lue avant de lire le livre, comme souvent).

Hugo Hamilton, pour ceux qui ne le saurait pas, est un « sang mêlé », pour reprendre l’expression de son roman éponyme : irlandais de père, allemand de mère. Autant dire qu’en matière de quête d’identité, d’émigration, de préjugés tenaces, de xénophobie, et de racisme il sait de quoi il parle. Père nationaliste, mère ayant fui l’Allemagne nazie, il s’est pourtant vu traité de nazillon etc pas ses compatriotes irlandais pour qui il était un étranger malgré un père plus Irlandais que la majorité des Irlandais.

L’Irlande qui était jusque-là une terre d’émigration et non d’immigration a vu les choses changer avec l’apparition du Tigre celtique. Pour un petit pays comme celui-ci (4 millions d’habitants en République d’Irlande), ce fut une donne nouvelle et aussi une crainte de voir déferler chez eux tant de gens des pays de l’Est (essentiellement) en quête d’une vie meilleure.

Ainsi, Vic le héros qui ressemble à un Candide serbe, tente coûte que coûte de s’adapter à son pays d’adoption, lui qui n’a plus de famille. Il n’est pas chômeur, il est charpentier et trouve du travail sans problème. Il est poli, gentil et sociable.  Il se lie d’amitié avec un certain Kevin, avocat irlandais dont la mère a une maison avec travaux à faire (même si à ses yeux, il n’en voit pas l’utilité). Il est grassement payé pour ce qu’il fait (au point de se demander comment les gens peuvent à ce point jeter l’argent par les fenêtres). Il est serviable. Kevin, que dès le début du roman, on juge un peu trop amical pour être totalement honnête ne tarde pas à dévoiler son vrai visage. Et là, ça craint…

Alors Vic ne comprend pas parce que « d’après ce qu’on [lui] avait raconté, les Irlandais avaient toujours été les innocents à qui on avait fait subir des horreurs par le passé. Ils n’avaient jamais voulu faire de mal à qui que ce soit. Ils étaient aimés de tous partout dans le monde. Alors chaque fois qu’un crime était jugé devant une cour, c’était un choc de constater que les Irlandais s’infligeaient aujourd’hui des choses qui ne seraient jamais venues à l’idée d’aucun oppresseur. »

Vic essaie à tout prix de comprendre les codes de ce pays, de lire entre les lignes même s’il s’y casse les dents. Les autochtones, parfois de manière totalement maladroite, lui posent des questions qui reviennent à lui demander s’il est de ceux qui ont perpétré le génocide dans son pays. Mais dès que les choses tournent au vinaigre pour Vic, ses pseudo-anciens amis en font d’emblée et sans complexe un criminel contre l’humanité. Heureusement, tout n’est pas si noir et Vic rencontre tout de même des mains secourables. Ce qu’il apprendra en Irlande, c’est que les secrets de famille sont ce qu’ils sont, comme partout ailleurs dans le monde. Et que dès que ça sent trop le roussi, les pseudo-amis mais vrais traitres vous lâchent.
L’Irlande est comme le reste des pays du monde et les gens y sont comme partout ailleurs.

Hugo Hamilton écrit ici un roman corrosif sur l’Irlande contemporaine tout en montrant qu’ici, c’est comme ailleurs : les humains valent ceux des autres pays. De part et d’autre, il s’attache à détruire les images d’Epinal. En prime, j’ai particulièrement apprécié l’écho tout le long de l’histoire, de l’énigme de celle qu’on appelle « la noyée de Furbo » dont le cadavre a été retrouvé à Inishmore, la plus grande des îles d’Aran où elle aurait donné le nom à un lieu-dit, Bean Bhaite (la noyée en gaélique). Sans doute elle aussi, une femme victime de l’intolérance.

J’affectionne particulièrement le style de Hugo Hamilton : très simple et sans fioritures mais à la tonalité à la fois cocasse, dramatique et lyrique.

Un roman qui parlera à n’importe quel expatrié, je pense.

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Un long long chemin

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Traduit par Florence Lévy-Paoloni

4e de couverture : « Willie Dunne est le fils d’un policier dublinois. Un garçon sensible, doué, doté d’une voix d’exception. Pas assez grand pour marcher sur les traces de son père comme policier, il s’engage comme volontaire pour combattre dans les tranchées, malgré l’amour infini qui le lie à une jeune fille avec laquelle il désire plus que tout se marier. De la bataille de la Somme jusqu’à la fin de la guerre, ou presque, il assiste à d’horribles combats. La guerre, dès lors, le façonne. Mais elle lui réserve également une surprise. »

Voici un roman d’apprentissage qui vous retourne comme une crêpe, vous êtes prévenus !
Willie Dunne est un petit bonhomme d’un mètre soixante-cinq, innocent comme un perdreau de l’année. Sa taille l’empêche d’entrer dans la police dublinoise. A 17 ans, il s’engage dans la guerre sans réelle conviction,  si ce n’est pour jouer un rôle et pouvoir revoir revenir à la maison la tête haute, pour que son père soit fier de lui.
Voilà donc Willie engagé pour faire la guerre à l’Allemagne aux côtés des Anglais. Or, c’est l’époque où la Grande-Bretagne a engagé la négociation du Home Rule, la loi qui accorderait une certaine indépendance à l’Irlande à l’intérieur du Royaume-uni. Certains Irlandais pensent que prêter main forte aux Anglais en s’engageant à leurs côtés dans la guerre contre l’Allemagne, favorisera l’accord du Home Rule. D’autres, au contraire, pensent que « les difficultés de l’Angleterre sont les occasions de l’Irlande ». Il faut dire que « le Parlement de Londres avait dit que le Home Rule s’appliquerait en Irlande à la fin de la guerre, par conséquent, (…), l’Irlande était pour la première fois en sept cents ans un pays de fait » .
Mais pour Willie, l’essentiel n’est pas là. Il s’engage parce que comme cela, il aura une place dans la société : s’il ne peut pas être policier parce qu’il ne fait pas un mètre quatre-vingts, eh bien, il peut être soldat. Nous sommes en 1915. Willie s’en va pour un long long chemin (« it’s a long long way to Tipperary », chantaient les soldats), rejoindre le champ de bataille boueux des Flandres, lui qui n’a jamais quitté l’Irlande,en traversant une Angleterre qui n’a rien à voir avec celle des histoires et des légendes…

Je peux vous dire que ce roman vous fait vivre la guerre des tranchées. Comme les soldats, le lecteur s’interroge longuement sur ce brouillard jaune qui ressemble à un brouillard de mer… avant de suffoquer ! Si le nom du gaz moutarde n’est jamais écrit noir sur blanc, soudain notre mémoire collective de ce que nous avons appris par nos arrière-grands parents ou par les livres d’Histoire rejailli (un de mes arrière grand-papa a été gazé, donc j’ai eu pendant toute cette lecture une pensée pour lui).
Sebastian Barry excelle à faire vivre ces événements et les émotions qui vont avec d’une manière époustouflante. On suit toute la souffrance du jeune Willie, qui d’un perdreau de l’année est bien vite ‘déniaisé » par la violence de la réalité. Un jeune homme pris dans la tourmente de l’Histoire, comme tant d’autres, quelque soit leur nationalité. Et il vit une double souffrance si l’on peut dire : parce qu’en Irlande, le temps ne s’est pas arrêté non plus : les Pâques sanglantes de 1916, la guerre civile qui s’ensuit. Le vent tourne : les soldats irlandais engagés dans l’armée anglaise sont conspués par beaucoup, traités de « Tommies » qui doivent rentrer chez eux ! Eux dont on a vécu toutes les souffrances endurées sur le terrain. L’écrivain parvient à restituer le contexte, sans juger ni les uns ni les autres, mais qui ne fait pas la part belle à l’Angleterre, c’est clair !

Un roman qui prend à la gorge par l’émotion qu’il dégage. Un livre aussi très bien documenté. Epatant et inoubliable !
Décidément, j’aime Sebastian Barry qui m’avait déjà bouleversée avec Le Testament caché. Un écrivain encore trop méconnu en France.
Et difficile d’écrire un billet à la hauteur de ce roman !

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L’homme des îles

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Traduit du gaélique Jean Buhler et Una Murphy

C’est en fouinant sur le net que j’ai découvert l’existence de ce livre, celui écrit par un habitant du Grand Blasket, Tomas O’Crohan. Il s’agit d’une biographie, mais bien plus que cela. Les îles Blasket ont été évacuées le 17 novembre 1953 parce qu’on y a jugé la vie des îliens comme étant devenue trop difficile. Cela fait donc plus d’un demi-siècle qu’elles sont inhabitées, si ce n’est pas des moutons redevenus sauvages, que des hommes vont tondre une fois par an. Elles sont redevenues le royaume de la faune et de la flore.

Pour situer, ces îles sont dans le prolongement de la péninsule de Dingle dans le Kerry (sud-ouest de l’Irlande) – voir ma chronique sur Peig.

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Ce livre est donc la mémoire du Grand Blasket (le plus grands des petits cailloux rudoyés par les vents et les pluies). Tomas O’Crohan n’a pas écrit ce livre de lui-même, mais à la demande de Brian O’Kelly, un homme de Killarney, sensible à la mémoire de ces îles où l’on parle irlandais et non pas anglais. Tomas O’ Crohan, né en 1856  a terminé ses écrits en 1926, et le livre est paru en 1929. Notre homme pose fièrement avec son ouvrage entre les mains sur la couverture !

Cet ouvrage a l’autre particularité d’être traduit directement du gaélique en français et non du gaélique en anglais puis en français. Les traducteurs (Jean Buhler et Una Murphy) l’ont souhaité pour coller au plus près de la version originale sans passer par une langue intermédiaire, bien qu’une édition anglaise existe depuis 1937. L’idée d’une version francophone date de 1949.

Au regard de ses cailloux posés sur l’Atlantique, on pourrait s’attendre à un récit relatant la difficile vie de ses habitants. Eh bien ce n’est pas le cas ! Il y a beaucoup de gaité et d’humour dans le récit de Tomas O’Crohan : jamais une plainte, jamais une lamentation, rien de tout cela. Au contraire, il y a de la joie de vivre dans ce livre, alors qu’on avalait à cette époque « des pommes de terre, du poisson une tombée de lait quand il y en avait », c’est tout. Pourtant ces îliens qui étaient à la fois des marins et des paysans ne ménagaeient pas leurs forces. La pêche était leur quotidien l’été. Le lecteur savoure les pêches aux homards, à la langouste mais aussi évidemment au poisson. Toutes ces bestioles marines vivent à profusion dans les eaux des Blaskets, ce qui finira par susciter la convoitise des « étrangers ». Quand ce n’est pas la pêche qui les monopolise, ce sont l’apparition de quelques phoques qui permettra de remplir le garde-manger. Quand ce n’est pas les phoques ou le poisson, ce sera les lapins bien gras qui pullulent dans le collines, sans oublier les oeufs de poules que l’on peut ramasser… sur les toits de chaume des maisons (eh oui, c’est que les poules du Grand Blasket sont assez dégourdies pour voler sur un toit de maison !). Parfois, les navires échoués sont des aubaines pour les îliens qui récupèrent leur chargement !

Parfois, une institutrice fait son apparition, mais jamais bien longtemps car elle trouve le moyen d’être demandée en mariage par quelqu’un de la « grande île » (comprendre « l’Irlande » ). Mais l’institution de l’éducation « nationale » trouve tout de même le moyen d’envoyer des inspecteurs, sous le regard étonné des gamins, surtout quand il s’agit d’un inspecteur à « quatre yeux » (avec des lunettes) !

Malgré cela, l’île n’échappe pas aux famines ni aux épidémies, ni aux accidents mortels. Tomas O’Crohan raconte comment il a eu 10 enfants qui lui ont tous été repris ou presque par la vie, tout comme sa femme. Passage très touchant où l’écrivain pourtant ne sombre pas dans le pathos.
Il explique également que tous les îliens, malgré la promiscuité du Grand Blasket (5 kms de long et 1 mile de large – et c’est la plus grande des îles!) s’entendaient bien. Ils se serrent les coudes pour chasser les autorités qui tentent de saisir leurs biens parce qu’ils ne paient pas le fermage en vigueur à l’époque : les pierres sont presque les meilleurs armes pour empêcher les intrus d’accoster, c’est bien connu !

« Je n’ai pas dit toutes les souffrances qui s’abattaient parfois sur nous », avoue Tomas O’ Crohan à la fin de son livre. Mais peu importe. Il a réussi son pari : rendre son écrit inoubliable et son île immortelle !
Autant vous le dire tout de suite : j’ai fini le livre les larmes aux yeux.
Je ne peux pas m’empêcher d’extrapoler sur ce qu’il aurait pensé aujourd’hui : il est mort en 1937 et il n’a donc pas connu l’évacuation des îles en 1957.

Je ne peux que vous recommander l’expérience de la lecture de L’homme des îles. Malgré quelques redites et petites longueurs parfois, c’est un magnifique témoignage !

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Peig

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 Traduit de l’anglais par Joëlle Gac

A vrai dire, je trouve que la couverture de l’édition française est plutôt ratée… Pourtant il suffit de retourner l’ouvrage pour trouver quelque chose de plus agréable : la photo d’une femme joviale, fumant…  la pipe (eh oui !) !
J’ai découvert ce livre en lisant L’homme des îles de Tomas O’Crohan et je pensais que c’était l’autobiographie d’une femme née dans les îles Blasket. Et c’est même l’annonce de la 4e de couverture :  » La vie de Peig Sayers (1873-1958). Femme des Iles Blasket ». Ca se discute ! Peig Sayers est née à Dun Chaoin (Dunquin), c’est-à-dire sur le « continent » irlandais, juste en face des Blasket (péninsule de Dingle). Et si elle a vécu la majeure partie de sa vie dans les îles en épousant un homme de là-bas, ici son autobiographie concerne surtout son enfance et sa vie de jeune femme à Dun Chaoin et Dingle où elle est partie travailler comme servante dans un magasin puis dans une ferme. C’est seulement page 210 (sur 290) que l’on entraperçoit un départ vers les îles et qu’ensuite elle raconte sa vie là-bas.

Cela dit, il s’agit d’un très beau témoignage sur la vie d’une femme irlandaise issu d’un milieu paysan de la fin du XIXe siècle, au tournant du siècle suivant. A la différence de Tomas O’Crohan, elle a vécu l’évacuation des îles.  Comme chez Tomas O’Crohan, ce livre laisse une impression de joie de vivre, malgré la dureté des conditions de l’époque et un attachement inconditionnel à son pays. Jamais Peig ne se plaint, elle est toujours optimiste et elle dotée d’un sacré caractère ! Peig, qui commence travailler comme servante à l’âge de douze ans voit tout d’abord dans ce travail une manière de rester indépendante. Cependant, son ambition facille assez rapidement après une expérience chez un patron bien peu attentionné envers son personnel. Lorsque son père la donne en mariage à un homme des îles, elle y voit une manière d’échapper à cette vie de servitude et d’être maîtresse de son propre foyer. A l’époque, les mariages arrangés étaient monnaie courante. Peig fait totale confiance à son père et à l’un de ses frères, Sean : ce qui est bon pour eux est bon pour elle, pense-t-elle. Elle aura, effectivement, une belle-famille tout à fait aimable et attentionnée.

Peig attire l’attention sur la difficulté de la vie dans les îles Blasket : elle explique qu’à cette époque, les gens n’avaient pour manger que du poisson et des pommes de terre – parfois du lait, mais c’était un luxe. Tomas O’Crohan en parle aussi dans son livre, mais, comme il est né là-bas et n’a pas connu autre chose, on ressent moins, chez lui, cette idée de manque de nourriture. Peg précise cependant que cela n’empêchait pas les enfants de grandir : c’est juste le manque de variété de nourriture, sans doute, qui l’a stupéfaite. Ce n’est pas tout à fait clair, en fait, car à quelques pages de distance elle se contredit. Tout d’abord, elle affirme qu’on ne manquait de rien dans l’île et, un peu plus loin, elle dit le contraire… Cela m’a frappée !

Cependant, cet ouvrage n’est pas un roman mais une autobiographie.  Elle a en plus la particularité d’avoir été retranscrite de l’oral, et plus précisément de l’irlandais. Peig ne savait pas écrire (bien qu’elle soit allée à l’école) : elle a dicté le récit de sa vie à l’un de ses fils. Le livre sera ensuite édité, sur l’idée de deux étudiantes irlandaises.

J’ai aimé la verve de Peig, avec ses « sapristi ! » et autres répliques bien senties ! J’ai moins aimé les notes en bas de page avec la traduction graphique et phonétique des noms de lieux et de personnes écrits en gaélique : ça alourdit un peu la lecture et cela n’a pas tant d’importance de savoir comment cela se prononce pour un francophone, d’autant qu’on se trompe presque toujours (parce que le gaélique est une langue tordue ) ! Reste que malgré la joie de vivre de la narratrice, il y a de forts moments d’émotions lorsqu’elle évoque la mort successive de ses jeunes enfants, puis celle de son mari et comment elle se retrouve seule, sans famille sur l’île. Reste les gens jetés à la rue comme des chiens lorsqu’ils ne pouvaient pas payer leur rente au propriétaire terrien, ce qui, à force de révolte et de résistance face à l’oppresseur, donna naissance à la Ligue Agraire en 1879 (puis devint la Ligue nationale irlandaise en 1882 et plaça l’auto-détermination en tête de gondole de ses revendications).
J’ai trouvé plus de gravité dans son récit que dans celui de Tomas O’Crohan.
Cependant, c’est la solitude dans laquelle elle se retrouve qui fera d’elle une grande conteuse. Pour distraire ses soirées, qu’elle partage avec l’unique survivant de la maison (son beau-frère), elle raconte des histoires, et avec talent, comme lui feront remarquer plus tard les étrangers de passage ! Le lecteur est témoin qu’elle sait accrocher son public !

On retrouve quelques histoires dans le récit et aussi deux annexées à la fin du livre.

Bref; une lecture hors du commun, un voyage dans l’espace et le temps et surtout un précieux témoignage d’une vie irlandaise sur la péninsule de Dingle, entre la fin du XIXe siècle et le milieu du XXe.
Mes lectures autobiographiques auront changé et approfondi mon regard sur cette région d’Irlande, que j’ai l’habitude de fréquenter depuis presque dix ans maintenant. Je ne me doutais pas des précieux trésors littéraires qu’elle cache ! Décidément, les mois thématiques peuvent mener à des découvertes formidables !

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Peig Sayers

Photos prises par moi-même 🙂

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Un homme sur la plage

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Traduit par Sophie Foltz

4e de couverture : « Une femme, dans une maison isolée, à la sortie d’un village, au bord de la mer, en Irlande.
Il y a comme une magie du roman irlandais, qui place les êtres au cœur de tensions extrêmes.
Dans ce pays, chaque élément réclame sa part aux vivants : les exigences de la politique, du paysage, de l’amour, de tout ce qui, au terme du récit, prendra le nom de destin.
Chacun des personnages de ce livre paraît précieux, fragile.
Son héroïne, Helen, femme mélancolique, son fils, Jack, proche des milieux politiques extrémistes, ce jeune Damian, faune étrange qui ne semble que passer.
L’Anglais enfin, original défiguré par la vie et qui retape les gares désaffectées.
Avec Un homme sur la plage, Jennifer Johnston nous offre une violente romance. »

Helen Cuffe est une femme blessée par la vie : son mari, Dan, a été assassiné des années plus tôt, en 1975, à Derry. Enseignant en mathématiques, il était parti rendre visite à l’un de ses élèves, dont le père était inspecteur à la Royal Ulster Constabulary (RUC), les forces de police d’Irlande du Nord. On lui a tiré dessus par erreur sur la personne, c’était l’inspecteur qui était visé. Depuis, Helen s’est retirée dans un village perdu du Donegal où elle peint. Son fils, Jack, qui était enfant quand son père a été assassiné, lui rend visite de temps à autre. C’est un garçon ombrageux et secret (et pour cause, il appartient aux « Provo », branche de l’IRA extrêmiste) et ses fréquentations ne sont donc pas des meilleures.
Dans ce même village s’est installé un Anglais, Roger, que la vie n’a pas épargné non plus : blessé pendant la Seconde Guerre mondiale, estropié (borgne et manchot, rien que ça…). Sa seule passion est maintenant de redonner vie à la gare du village et à remettre en marche son aiguillage. Tous les habitants le prennent pour un original, voire un cinglé… Damien, un jeune Irlandais l’aide à retaper la gare et ils s’entendent à merveille.

On le devine, Helen et Roger sont faits pour se rencontrer. C’est évidemment ce qui va se passer. Les deux estropiés vont reprendre goût à la vie, dans les magnifiques paysages du Donegal, qui devient leur Paradis. Seulement d’autres à l’esprit étriqué, en ont décidé autrement…

Je viens juste de refermer ce roman et ouch,  quelle fin !
Pourtant, depuis le début on se doute qu’il va y avoir un drame… Ca monte en pression doucement, mais sûrement. Mais Jennifer Johnston, qui semble écrire un roman convenu renverse la tendance à la toute fin du livre. Elle y dénonce avec force la violence gratuite et le gâchis humain. Une folie irlandaise qui n’a plus lieu d’être. Le roman a été écrit en 1991.
J’apprécie le charme désuet qu’elle distille dans ce roman, qui contraste avec la violence du drame et rend l’histoire encore plus poignante. Une belle lecture.
J’ai découvert l’écriture de Jennifer Johnston il y a des années avec Petite musique des adieux qui m’avait déjà beaucoup plu. Une grande dame de la littérature irlandaise, c’est certain.

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