Quand tu écouteras cette chanson – Lola Lafon

Lola Lafon décide de passer une nuit dans le musée Anne Frank à Amsterdam, où se trouve la fameuse Annexe où la famille Frank a vécu terrée avant d’être déportée. Toute la famille va périr dans les camps de concentration, de faim, de froid. Seul Otto Frank, le père d’Anne a survécu, est revenu à Amsterdam. Lola Lafon ne sait pas vraiment pourquoi elle a eu cette idée de passer une nuit là, dans cette ancienne maison peuplée de fantômes. On le découvre, comme elle, à la fin.

Tout le monde (ou presque) a lu le fameux journal d’Anne Frank, étudié par des centaines de collégiens en France. On garde tous en mémoire qu’il s’agit du journal intime d’une adolescente juive qui décrit son quotidien dans l’Amsterdam occupée par les nazis. Lola Lafon, après avoir rencontré la dernière survivante ayant connu la jeune fille, apporte un éclairage nouveau et déconstruit l’image un peu naïve qu’on nous a donné à l’école. Anne Frank savait déjà qu’elle voulait être écrivain. Ce n’est pas un simple journal qu’elle a laissé, mais bien une oeuvre destinée à être lue : un témoignage travaillé, réécrit et malheureusement en partie détruit, éparpillé, quand les nazis ont découvert l’Annexe. C’est Otto Frank qui fera tout ce qui est en son pouvoir pour rendre hommage à sa fille, qu’il découvre sous un nouveau jour, en faisant publier son journal, après reconstitution partielle.

Ma première rencontre avec Lola Lafon, à force de lire des éloges. Je n’ai pas lu le résumé du livre, je ne savais pas de quoi exactement il était question, un secret bien gardé par un titre énigmatique : Quand tu écouteras cette chanson, énigme résolue uniquement dans les dernières pages.

Lola Lafon à son tour rend hommage à la famille Frank en nous faisant découvrir ce père, mais aussi Margot, la sœur aînée d’Anne. Elle explique aussi que le journal, dans certains pays, et à certaines époques, a été édulcoré concernant la sexualité naissante de la jeune fille, mais aussi de toute trace de judéité. L’image a été remodelée. Avant, heureusement, d’être plus proche de la vérité, et notamment de réelle personnalité de cette jeune fille mature pour son âge et au caractère bien trempé. Vivre deux ans et demi terrée, cachée, avec 7 personnes, et arriver à penser à la postérité, à ce qu’on va laisser derrière, il faut quand même être doté d’une force mentale peu commune.

Lola Lafon mêle à ce récit sur la vie de la famille Frank, celle de sa propre famille, par petites touches, sans pour autant faire de calque, le point commun étant la judéité laïque et la déportation. Bizarrement, je n’ai pas réussi à m’intéresser vraiment à cette dimension du livre, contrairement à La carte postale d’Anne Berest. C’est certes un livre différent, avec un angle d’attaque différent (Anne Berest mène une véritable enquête, ici c’est davantage dans le spirituelo-philosophique ). La chute est celle d’une perte, qui donne son titre au récit. Et qui est la raison pour laquelle Lola Lafon a passé une nuit dans un endroit peuplé de fantômes. J’ai été assez déconcertée et j’ai trouvé que c’était un peu tiré par les cheveux.

Si j’ai trouvé l’éclairage nouveau sur Anne Frank et sa famille instructif, son histoire toujours aussi émouvante, le devoir de mémoire parfaitement réussi pour cette page très sombre de l’Histoire, je suis restée à l’extérieur pour le reste, avec un sentiment final de déception. Je sais que ce n’est pas l’avis majoritaire. 😉

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Les ravissements – Jan Carson

Traduit par Dominique Goy-Blanquet

Rappelez-vous : Les lanceurs de feu, le premier roman de Jan Carson traduit en français en 2021 avait été un de mes coups de coeurs de l’année, une vraie révélation ! Enfin quelque chose qui changeait dans la façon de narrer le réel, en particulier la vie en Irlande du Nord, par le prisme du réalisme magique. J’avais été bluffée. J’attendais donc avec impatience ce deuxième roman.

Nous sommes en 1993, le 25 juin, l’école s’achève pour les enfants de la petite bourgade de Ballylack, en Irlande du Nord. Pourtant l’été ne va pas se dérouler comme ils le pensaient. Un mystérieux mal va frapper les enfants les uns après les autres et les tuer. Ça commence avec une fièvre glandulaire. Les adultes sont aux abois. La panique paranoïaque s’installe : qui sera le prochain ? On dépêche un Paddy du Sud pour enquêter sur l’affaire. Nous sommes immergés dans la communauté protestante d’Irlande du Nord, orangiste, mais pas que. Les parents d’Hannah, gamine de 11 ans au centre du récit, sont des fondamentalistes. Hanna, à qui l’autrice laisse la parole au premier et dernier chapitre, explique qu’elle se sent exclue, à part, à cause de la religion intégriste de ses parents : « Notre espèce à nous, c’est les chrétiens charismatiques évangélistes. Ça veut dire que nous croyons au salut et à l’Enfer, à Jésus et au Saint-Esprit. Dans notre Eglise, les femmes portent des chapeaux. On utilise la Bible avec des mots anciens, mais on chante des choeurs modernes avec le rétroprojecteur. On parle des langues, ça s’appelle glossolalie, et on se tient les mains pour les prières à une intention spéciale. On ne croit pas au cinéma et au chewing-gum. (…). Notre espèce de protestants n’est pas populaire. «  Je préfère vous laisser découvrir tout ce à quoi Hannah n’a pas droit plutôt que d’énumérer mais c’est impressionnant et surtout effrayant !! Pourtant ses parents ne pensent pas être de mauvais parents, ils pensent avoir la bonne éducation pour leur fille. Malgré tout, c’est de la souffrance qu’ils engendrent. Et c’est bien le point de tous ces gamins qui vont mourir : être les victimes des adultes.

Alors que les mômes agonisent au fil du récit, ils rendent à chaque fois visite à Hannah. Transformés. En un autre eux. Je ne peux pas en révéler davantage sous peine de spoiler.

J’ai été emportée par cette histoire aux multiples rebondissements, écrite avec beaucoup d’humour et d’ironie. Jan Carson rend hommage aux enfants d’Irlande du Nord et fustige la religion, le sectarisme du pays mais aussi le racisme. Les gamins de ce roman sont drôles, étonnants, espiègles, parfois bêtes comme les ados qu’ils ne deviendront jamais. Ils deviennent eux-mêmes une fois qu’ils se sont échappés dans un autre espace-temps hors de portée des adultes. Le gang des EM (Enfants Morts), c’est quelque-chose !😜 Les adultes, quant à eux, sont pathétiques. Du début à la fin, ils ne changent pas, ne comprennent rien, sont carrément chiants. La solitude et la souffrance d’Hannah restée dans le monde des vivants, sont décrites avec finesse et minutie. On s’attache au personnage, qui ressemble le plus à sa créatrice (elle l’a dit).

Je ne peux que vous conseiller de vous jeter dans cette histoire (pas par la fenêtre !). Un bon petit pavé de plus de 400 pages écrit tout serré, mais qui nous obsède dès qu’on le pose. N’y aurait-il pas un peu de sorcellerie dans la plume de Jan Carson ?

Le premier roman, Les lanceurs de feu, est disponible depuis peu au format poche, chez J’ai Lu je crois. J’ai vu la couverture : franchement dommage qu’elle révèle carrément un des mystères de l’histoire…🙄 Mais, c’est une bonne occasion pour commencer à lire Jan Carson.

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Dégradation – Benjamin Myers

Traduit par Isabelle Maillet

En partant à Londres, évidemment je voulais lire de la littérature anglaise. J’ai entamé Le royaume désuni de l’excellentissime Jonathan Coe, mais il est sur ma tablette, donc pas très pratique à trimballer. Donc il fallait que je dégote un livre de poche léger. Celui-ci dormait sur mes étagères depuis l’été 2020, acheté dans une librairie de Granville.

Dégradation de Benjamin Myers se passe dans les landes désolées du Yorkshire. C’est exactement ce qui m’a poussé à acheter ce polar

Quand on dit « Yorkshire  » on pense immédiatement aux soeurs Brontë et à la poésie de Wordsworth. Oubliez ! Jetez aussi votre tasse de thé et vos envies de littérature romantique échevelée (entendons-nous : j’adore la Brontë Family, j’ai même visité leur maison et tout et tout, et une de celles de Wordsworth ! ). C’est dans un univers beaucoup plus glauque que nous embarque l’auteur, qui préface pourtant son livre d’une citation de D. H. Lawrence : « L’amour sacré est désintéressé, détaché de toute quête égoïste. Celui qui est amoureux sert l’être aimé et recherche la fusion en communion parfaite avec lui. » Trompeur une fois encore. C’est une drôle d’histoire d’amour que l’on va suivre. A la veille de Noël, une jeune fille disparaît au coeur de la lande désolée des Yorkshire Dales. Le détective Brindle est envoyé dans ce dernier endroit sauvage d’Angleterre pour aider la police locale, bien peu habituée aux disparitions dans ce coin paumé mais tranquille. Qu’est-il arrivé à Melanie Muncy, la fille du garagiste ? Steven Rutter, un fermier célibataire, crasseux, reclus et rejeté attire son attention.

Le lecteur sait depuis le début ce qui est arrivé à Melanie, contrairement au détective. On plonge dans l’horreur qui va crescendo. Benjamin Myers épluche au scalpel la vie du coupable. Une mère cintrée, un univers underground dans ce coin paumé comme on n’en imaginerait jamais. Je ne peux pas en dire vraiment davantage sous peine de spoiler.

Après cette lecture, vous ne verrez jamais plus les cochons de la même manière (personnellement, je n’ai rien appris de nouveau, mais trop de gens pensent que ce sont des animaux sympas et inoffensifs !🥴). J’ai parfois eu le coeur au bord des lèvres à la lecture de scènes très crues, tendance gore ou porno. Beurk ! La fin de l’histoire m’a laissée un peu perplexe, ou plutôt sur ma faim. Il y a un côté un peu bâclé et brouillon. Parfois je me suis aussi paumée en chemin…

Vous aimerez ce livre si vous aimez les polars avec du gore (et du goret ! Lol😅 ), mais moi je n’ai pas été passionnée par cette sordide histoire, avec un chouïa trop de délayage qui m’a fait trainer en longueur sur les 406 pages du format poche.

Une déception, donc.

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Les enragés – Paola Nicolas

1886, Paris. Jules Rouyer, un jeune garçon vient de décéder. Quelques jours auparavant, il a été mordu par un chien atteint de la rage. L’histoire en serait restée là s’il n’avait pas reçu les nouvelles injections du vaccin rabique mis au point par Louis Pasteur et l’équipe du docteur Roux, récemment mis en oeuvre sur l’homme.

Une grosse claque pour Pasteur, mais une aubaine pour ses détracteurs. En effet, un certain nombre de médecins ont des thèses opposées à la lutte contre les épidémies par l’hygiène et la vaccination. Pour eux, vacciner, c’est tuer.

Ce livre, qui est un roman, restitue les souffrances engendrées par la rage, que de nos jours on a complètement oubliées. Les symptômes atroces qui précèdent une mort certaine, qu’elle soit animale ou humaine. L’autrice restitue également très bien le débat médical, philosophique, et académique qui a eu lieu. Du moins, c’est ce qui est largement sous-entendu dans ce roman.

J’ai cependant regretté d’avoir quasiment l’impression de revivre la période covid (non achevée) : la guerre des nerfs entre les antivax et le reste de la population, les arguments à deux balles des premiers, les infox qui intoxique davantage que le virus, les guerres de laboratoires (il n’y a pas ce dernier point dans le roman). Je me suis interrogée sur la frontière entre la vérité et la fiction parce que je trouvais que l’autrice avait tendance à vouloir absolument calquer tout ça sur la période actuelle.

On apprend quelques infos sur Pasteur : il était hémiplégique suite à un accident et il a perdu ses enfants suite à des maladies. Mais c’est vraiment en filigrane.

Le fil de l’intrigue est de savoir de quoi est vraiment mort le petit Rouyer : du vaccin ou d’une insuffisance rénale, maladie antérieure et ignorée à sa vaccination.

J’ai globalement bien aimé ce livre malgré quelques longueurs, notamment scientifiques et judiciaires et le défaut de vouloir calquer cet épisode « enragé  » sur la période contemporaine. Peut-être lirai-je un autre livre sur le sujet pour me faire une idée plus précise.

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Un profond sommeil – Tiffany Quay Tyson

Traduit par Héloïse Esquié

Mississippi, 1977, à White Forest, Roberta, Willet et Pansy se rendent en forêt, sur les lieux d’une ancienne carrière, noyée au fond d’un lac. C’est l’été, il fait chaud. Pansy, la plus petite, se baigne en faisant la planche. Roberta part cueillir des baies, pendant que Willet vit sa vie. Roberta vit un moment des plus étranges, est prise dans un orage foudroyant et aperçoit une créature. Elle perd connaissance et quand elle revient à elle, son obsession est de retrouver son frère et sa soeur. Cependant, Pansy reste introuvable. Volatilisée comme par magie. Il faut dire que la carrière est un lieu qui alimente les conversations, un lieu maudit pour les habitants, un lieu où les esprits rôdent. Cette ancienne carrière a été creusée par des esclaves : un lieu qui sent la mort, la souffrance et le sang. Clem, la grand-mère de Bert, Willet et Pansy, personnage à cheval entre la chamane et la hippi est quasiment la mémoire de White Forest, raconte très bien les histoires et connaît les remèdes du fond des âges… Elle cache aussi un secret.

L’intrigue débute sur la disparition de Pansy, gamine qui est différente des autres membres de la famille, même physiquement, et petite dernière chouchoute de la mère de Bert et Willet. Sa disparition fait voler la famille en éclat. Le père, professionnel dans la production de faux billets, disparaît. La mère sombre dans une profonde dépression. Bert et Willet se retrouvent rapidement livrés à eux-mêmes et mènent l’enquête pour retrouver leur soeur. Les années passent. Ils changent. Mais Bert ne lâche rien. Elle ne sait pas qu’elle va déterrer un secret, découvrir la vérité sur ses racines, celle de leur famille. Entre le Mississippi et la Floride.

Tiffany Quay Tyson connaît bien le Mississippi dont elle est originaire. Son roman est bien davantage qu’une enquête sur une disparition. C’est le prétexte pour parler du passé sombre de cet Etat américain, meurtri par le racisme. Et c’est toujours le cas. Elle joue subtilement sur la couleur de la peau (je ne peux pas en dire davantage), insinuant par là que personne ne connaît, finalement, la vraie « couleur » de son sang. Elle nous embarque dans un road trip jusqu’aux mangroves des Everglades en Floride, où j’ai vécu un moment hors du temps. Elle rend hommage aux laissés-pour-compte. On côtoie des personnages cabossés et on découvre une famille qui est peut-être le résumé de l’histoire tourmentée du sud des États-unis. Elle joue sur l’imagination du lecteur, à la frontière du fantastique avec également un peu de folklore.

Si j’ai trouvé au début que l’intrigue patinait un peu, j’ai ensuite plongé dans cette histoire envoûtante, même si je pense que le livre aurait gagné à être un peu plus court.

J’adore les romans américains des Etats du Sud (Nouvelle-Orleans, Mississippi, Floride). J’adore les romans qui évoquent les Premières Nations. Je n’ai pas été déçue !

Petit remarque : cette histoire n’a rien à voir avec chantent les écrevisses, que je n’ai d’ailleurs pas du tout aimé. Un profond sommeil est beaucoup plus profond, travaillé. Mettre ce genre d’annonce sur la couverture doit faire vendre…

Tiffany Quay Tyson au Festival America 2022 (à gauche)
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Rentrée irlandaise d’hiver

Bonne année 2023 ! 🥳

Après 21 livres de littérature irlandaise ou assimilés lus en 2022, et 53 livres lus en 1 an, voici, pour bien commencer 2023, les trois sorties irlandaises repérées ces derniers temps et qui sont déjà sur les étagères des libraires depuis…. aujourd’hui !! Trois d’un coup !Olé !💃

Pour en savoir davantage, cliquez sur le titre :

Les ravissements de Jan Carson, éditions Sabine Wespieser ;

Ligne de fuite de Sara Baume, éditions Noir sur blanc (dommage que le site éditeur ne soit pas à jour) ;

Ce que Majella n’aimait pas, de Michelle Gallen, éditions Joëlle Losfled. Mystère sur l’orthographe de Magella avec 1 J ou 1 G. Apparemment avec un J.

Les lanceurs de feu, le 1er roman de Jan Carson paru en France avait été un coup de coeur, alors son deuxième va être le premier livre que je vais lire. L’autrice sera au Centre culturel irlandais le 31 janvier. Les réservations se font comme d’habitude sur leur site.

Dans un autre registre, on ne va pas se mentir, mais le prix des livres suit le prix de l’inflation et même pour les passionnés de lecture, ça commence à être un peu « chaud » pour le porte-monnaie. 😥 C’est un peu stressant pour l’avenir du Livre. Je ne vais donc peut-être pas tout lire aussi rapidement que d’habitude, sauf si je trouve un plan B. Il me reste d’ailleurs deux livres de la rentrée littéraire d’automne (Actrice d’Anne Enright et Black’s Creek Sam Millar) et un certain nombre de ma petite PAL (oui, je n’ai pas un PAL de 100 ou 400 bouquins, c’est ridicule ce genre de truc) que j’ai envie de lire dont Le maître de Colm Toibin.

J’ai créé des listes sur les nouveautés en matière de littérature irlandaise sur Babelio, qui sont complétées au fur et à mesure. Il y a déjà une liste de 10 livres pour la rentrée d’automne 2022.

Edit du 12 janvier : un petit nouveau dégoté aujourd’hui, Keith Ridgway , Un choc, aux Éditions Phébus (cliquez sur le titre pour en savoir davantage)..

NB : Les ravissements et Ligne de fuite sont déjà sur mes étagères grâce à un plan B, je vous en parle bientôt, donc, quand j’aurai terminé Les enragés de Paola Nicolas et Le royaume désuni de ce cher Jonathan Coe ❤. Je pars à Londres pour le week-end, peut-être un petit reportage dans le quartier hautement littéraire qui va me servir d’hébergement, on verra…🤗

Edit du 17/01 : nouvelle mise à jour avec 2 nouvelles découvertes irlandaises : le deuxième roman de Claire-Louise Bennett, Caisse 19 (que je ne pense pas lire, j’avoue) et le 1er roman traduit (par qui ?, mystère!) de Louise Kennedy, Troubles à paraître le 1er mars.

Edit du 1er mars : nouvelle parution irlandaise le 3 mars !🤩 Un livre conseillé par Colum McCann : Les champs brisés de Ruth Gilligan aux Éditions du Seuil

Je mets régulièrement à jour sur Babelio, la liste des publications irlandaises 2023 : https://www.babelio.com/liste/29040/Nouveautes-irlandaises-2023

Prochaine chronique : un roman américain, Un profond sommeil, de Tiffany Quay Tyson que j’avais écoutée au dernier Festival America.

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Il y a un an Hiroshima. – Hisashi Tôhara

Traduit par Rose-Marie Makino

Drôle de lecture de fin d’année alors que l’heure est à la fête ! Oui mais… Il y a une guerre dont Poutine menace régulièrement d’utiliser l’arme atomique. Ce n’est pas pour me plomber le moral que j’ai lu ce témoignage d’une cinquantaine de pages, d’un homme qui était adolescent au moment des faits, le 6 août 1945. Juste parce que je n’avais jamais rien lu sur Hiroshima, associée définitivement au premier usage de l’arme atomique. C’est un événement sur lequel les manuels d’Histoire de ma génération passaient rapidement, même chose pour la collaboration d’une certaine police française avec le régime nazi. Il y a toute une littérature qui parle d’Hiroshima de nos jours. Je voulais un témoignage.

Hisashi Tôhara n’a pas écrit pour être publié. C’est sa femme qui a retrouvé ces notes 3 ans après sa mort. Il n’a jamais parlé de cet événement. Ce livre a été publié en 2010 et a paru en 2012 en France. Cinquante-et-une pages qui décrivent l’état de stupeur, l’incompréhension, l’ignorance, la souffrance et les dégâts humains à long terme. Les Japonais n’ont jamais pu mesurer vraiment ce qui leur arrivait.

L’auteur a écrit ces notes 1 an après les faits. Il avait 18 ans et se rendait au lycée avec un ami, il allait prendre le train. Mais « en un instant, les alentours s’eclairerent au point qu'[il] en fu[t] aveuglé« . « En même temps qu’un grondement sourd montant de la terre, je sentis ma nuque brûler d’une douleur intense. » « La lumière n’en finissait pas de s’écouler. D’innombrables particules de lumière. De tous côtés elles m’assaillaient. Des particules de lumière éblouissantes, dorées avec des reflets rouges. » Hisashi ne comprend pas ce qui se passe, alors que la lumière disparaît d’un coup et que résonnent des cris et qu’une fumée noire envahit tout, plongeant les gens dans une épaisse obscurité. Puis, des maisons aplaties et une sensation de brûlure intense l’oblige à plonger la tête dans des cuves de récupération d’eau.

« Dans les rues, les gens couraient en tous sens. Des femmes et des enfants pleuraient et gémissaient. Ils avaient d’horribles brûlures au visage, qui les rendaient méconnaissables.  » Il raconte aussi la pluie noire radioactive qui a suivie. Les visages gonflés et violacés, les cheveux grillés, les distinctions entre homme et femme impossible à faire. Les gens pensaient que les avions ennemis avaient arrosé Hiroshima d’essence. Incapables de pouvoir imaginer l’impensable, les dégâts de la pire arme que l’espèce humaine a créé pour se réduire elle-même à néant. Faut vraiment en tenir une couche…

Une lecture glaçante mais nécessaire pour se rappeler ce que l’Homme est capable d’infliger à ses semblables. Et on sait qu’aujourd’hui, cette arme n’a pas été interdite.

Sur ce, je vous souhaite un bon réveillon et vous dis à 2023 !

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Albert Black – Fiona Kidman

Traduit par Dominique Goy-Blanquet

J’ai peut-être écrit ma chronique sur mes meilleures lectures de l’année 2022 un peu trop tôt ! Je ne soupçonnais pas qu’une – effrayante – pépite dormait sur mes étagères depuis un an.

C’est la première fois que je lis un roman de Fiona Kidman, autrice néo-zélandaise née en 1940. Je ne sais même pas si j’avais déjà lu de la littérature néo-zélandaise, d’ailleurs, mais c’est une entrée en la matière que je ne pourrai pas oublier.

Albert Black est un roman tiré d’une histoire vraie, une histoire qui va faire basculer la justice en Nouvelle- Zélande. Cette histoire va être celle de la dernière exécution, la dernière peine capitale de l’histoire du pays.

Oubliez la belle image de carte postale que vous avez de la Nouvelle-Zélande. Derrière les paysages paradisiaques se cachent, dans les années 50, des histoires tragiques, des injustices, des autodafés, du racisme envers les migrants européens, notamment irlandais et écossais, venus chercher là une vie meilleure. 1954, le gouvernement conservateur rétablit la peine de mort dans le pays, la peine capitale par pendaison, pour soi-disant éradiquer la délinquance et la dépravation des moeurs.

Pas de chance car c’est en Nouvelle-Zélande qu’un jeune Irlandais protestant de Belfast voit son avenir. A 18 ans, juste après la parade orangiste, il embarque pour Wellington. Adieu pays sectaire ! Il trouve du travail, puis décide d’améliorer sa vie un peu plus en allant à Aukland. Tout se passe bien, il fait des rencontres, a quelques amourettes, garde une maison en l’absence de sa propriétaire. Il est donc logé gratuitement. Mais celle-ci exige qu’il n’y ait aucune visite, et encore moins des petites amies. Les voisins le sauront et lui rapporteront les faits si cela se produit, dit-elle. Bonjour l’ambiance ! Les jeunes se retrouvent le soir dans les bars, les garçons lorgent les filles et les filles jacassent sur eux. Tout ce petit monde s’amuse comme il peut dans un pays à la morale étriquée et néanmoins ça picole sec.

Albert Black rencontre un autre migrant, à qui il décide de rendre service le temps qu’il trouve un nouveau logement. Seulement, le mec n’est pas vraiment un ange. Colérique et jaloux, et un certain goût pour la bagarre. Il calque son personnage d’un roman américain interdit. C’est à peu près le seul côté sympathique qu’on peut lui trouver. « J’ai vingt-quatre ans et j’encule tous ceux qui osent me dire ce que je dois faire. » Albert est pris au piège avec ce type dont le passé et l’origine restent flous.

Les choses tournent doublement vinaigre entre eux. Pour des broutilles. Une histoire de filles. Dans une ambiance pas claire, noyée dans les brumes de l’alcool, McBride est tué. Black est accusé de meurtre. Il est emprisonné, jugé et [spoiler] pendu. Il avait 20 ans. Il s’imaginait un avenir ici, non sans avoir eu le mal du pays. Mais ce n’est pas dans les rues de Belfast qu’il trouvera la mort…

Fiona Kidman décrit avec minutie le procès de l’accusé, le côté rocambolesque et malsain, ces témoins pas franchement clairs dans leurs propos, un avocat qui se démène pour démontrer l’inexactitude des faits décrits. La mère d’Albert fait une pétition depuis Belfast pour sauver la vie de son fils. Elle rencontre une personne qui milite contre la peine de mort.

On suit la vie du condamné, on s’immisce dans ses pensées. C’est incroyablement stressant, parce que la retranscription de ce qu’a pu vivre ce jeune est très réussie.

Ce n’est pas un livre dans lequel on plonge immédiatement. Il m’a fallu le laisser infuser une centaine de pages pour remettre ce qui m’était donné à lire, dans l’ordre. C’est assez dense parce que tout est soigneusement décrit sans pour autant suivre les faits de manière chronologique. Les pièces du puzzle se mettent en place au fil des pages.

Cette histoire vraie hantera vos nuits. Vous serez marqué au fer rouge par cette page peu glorieuse de l’histoire de la Nouvelle-Zélande. Il a fallu un article d’un journaliste pour ébranler l’opinion publique et contribuer à l’abolition de la peine de mort dans le pays.

NB : j’ai remarqué que certains passages de mes chroniques sont mis en surlignage. Sachez que ce n’est pas mon fait, mais que c’est un truc automatique de WordPress, super moche ! Je n’ai pas encore réussi à régler le problème.

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Coups de coeur et excellentes lectures 2022

Si vous êtes à la recherche de vraiment bonnes lectures pour vous-même ou pour offrir à Noël, voici ce qui, moi, m’a fait vibrer en 2022. La plupart des titres sont chroniqués – et bizarrement d’autres non. Serai-je un chouilla fouillis ? C’est plutôt que j’ai enchaîné les lectures motivantes sans avoir le temps d’écrire dessus – et ensuite j’ai oublié, dans mon emploi du temps bien chargé – puis je suis tombé malade (épisode encore non achevé).

Coups de coeur, livres que je ne prêterai à personne de peur de ne jamais les revoir – j’abuse, il y en a un qui n’est même pas à moi ! 😂 :

Le meilleur du beaucoup aimé :

Un 1er roman très réussi, entre le Kaszakstan, Paris, la Grèce. Une histoire d’exil, une fois encore, entre autres. Je ne peux que vous inviter à le découvrir.

Voilà pour l’échantillon inspirant de mon année littéraire 2022. Je retourne à ma lecture actuelle : le seul et unique roman de W. B. Yeats, John Sherman (éditions La Coopérative)qui ne manque pas de mordant !

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Le blog a 13 ans

Octobre et novembre en lectures

Le blog fête aujourd’hui ses 13 ans et d’une drôle de manière puisque je suis au fond de mon lit terrassée par le fameux virus… tout ça parce que les gens sont incapables de penser aux… autres ! Qu’un virus, ça ne reste pas sur toi et que ça se transmet, en particulier celui-ci, surtout quand on fait comme si de rien n’était ! Bref, je suis particulièrement en colère, et surtout bien caput ! Autant vous dire que le masque que je mettais toujours dans les transports, va s’afficher dorénavant ailleurs. Au bureau, par exemple. Aheum ! En cas de doute, quand on est normal, on met un masque…

En tout cas, c’est encore une fois où je me rends compte que la littérature a le pouvoir de vous faire évader. J’ai terminé les mémoires de Bono (Surrender), hier et j’ai globalement bien aimé même si la traduc est parfois bizarre : ma surprise de trouver  » danse du ventre » et « danseuse du ventre ». Un peu has been. On dit plutôt « danse orientale » et danseuse orientale, me semble-t-il. Ensuite il reste un mystère non élucidé à ce jour sur l’aménagement de la tour Martello à Bray, achetée par Bono : clairement 2 salles de bain ou 2 chiottes ? 😄 Je pense que c’est 2 salles de bain parce que je ne vois pas quelqu’un présenter sa maison en annonçant fièrement qu’elle a 2 chiottes. Mais ça fait débat. Autrement, j’ai surtout aimé quand Bono évoque Dublin, sa famille, sa musique et sources d’inspiration, un peu moins sur ses engagements politico-associatifs parce que ce n’est pas ce qui m’intéresse le plus concernant U2 et que surtout c’est très détaillé, long, un brin assommant. Je suis assez surprise que Bono ait été à Nice le jour de l’attentat du 14 juillet 2016 et le 13 novembre à Paris. J’ai envie de dire : pas de pot !

J’ai commencé ce matin un livre prêté par mon papa – dont le coeur du sujet n’est pas dans mes habitudes de lecture, mais c’est quand on est coincé au fond de son lit qu’il est temps de se lancer dans l’histoire de la bombe A, de la fission nucléaire ! : L’île au bonheurhommes, atomes et cécité volontaire, de Harry Bernas . Un livre sur fond de souvenirs personnels au temps où le nazisme et le fascisme ravageaient l’Europe jusqu’au drame de Fukushima. L’occasion de me rentre compte également que le monde est petit !🙂

Globalement mon mois de novembre littéraire n’a pas été génialement bon puisque j’ai enchaîné les déceptions. Au point que je n’ai pas envie de chroniquer ces livres qui m’ont déçue. Heureusement, un immense coup de coeur en octobre avec le roman de Colm Toibin, vous le savez déjà.

Il n’y a plus qu’à souhaiter une bonne continuation au blog. J’ai envie de refaire des petits reportages irlandais. Comme du temps du feu Magique Irlande (2005-2009), mon premier blog.

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