American Predator – Maureen Callahan

Traduit par Corinne Daniellot

J’aurais aimé que ce livre soit un polar, une fiction. Mais c’est une histoire vraie ! Croyez-moi, après une lecture pareille, on devient peut-être un peu parano. J’ai terminé ma lecture lors d’un périple entre la France et un pays hors UE, en me disant que dans le train, il y avait peut-être un tueur.🥶 Bon, ce qui est rassurant, si on peut dire, c’est que cette sordide « histoire » se passe aux États-unis, qui a vu naître tellement de serial killers, qu’on peut s’interroger… Il y en a très peu en France, du moins, on pense, mais si c’est comme cette affaire ahurissante ce n’est pas très rassurant non plus.😱

En effet, c’est vraiment un hasard qui a mis au jour Israël Keyes. Le 1er février 2012, par une nuit glaciale dont l’Alaska a le secret, Samantha Koenig, 18 ans, disparaît subitement. Elle travaillait dans un café d’Anchorage depuis 1 mois. C’est sa collègue qui donne l’alerte quand elle ne la trouve pas le lendemain. La brigade criminelle (Anchorage Police Department) est sur l’affaire, avec une stagiaire, et Serge Payne, agent du FBI . Aucune alarme n’a été déclenchée par Samantha, son petit ami est interrogé mais n’a aucune info, à part une querelle d’amoureux. Il est rapidement mis hors soupçon. Le visionnage de la caméra montre une scène étrange. Un homme imposant, une voiture, Samantha les mains en l’air, ils repartent ensemble très calmes. L’ADP pense un instant que Samantha n’est peut-être pas une victime. Le père commence à prendre les choses en main devant les supputations un peu débiles de la police. Il balance la disparition de Samantha sur Facebook. Une voiture est identifiée, retrouvée, finalement par l’ADP qui craint un retentissement médiatique de l’affaire et l’avis de l’opinion publique. Un homme est intercepté sur le parking d’un hôtel et interrogé. Il avoue facilement. Le lecteur connaît donc quasiment dès le début le coupable.

A l’instar de l’ADP et du FBI, c’est une lente descente aux enfers qui commence. Israël Keyes a l’habitude de commencer ses histoires par la fin. Il conclut un pacte avec la police : il veut la peine de mort. Il ne veut pas que l’affaire soit livrée aux médias. Il racontera tout. Dans le détail. Ses parents étaient carrément tarés, membres successivement de multiples sectes, des Mormons aux Amishs, pour les plus connus. Ils vivaient en marge de la société, en total autarcie. Israël, comme ses nombreux frères et soeurs ne connaissent rien de la modernité : pas de télé, pas de cinéma, pas de musique etc. Comme l’héroïne des Ravissements de Jan Carson, son enfance a été abîmée par des fondamentalistes religieux. Pourtant, c’est le seul enfant à avoir rapidement un comportement déviant, pour finir par devenir un tueur en série. On suppose que ses premiers meurtres ont été perpétrés à l’adolescence, après avoir franchi un cap dans le sadisme pervers. Mais personne ne s’aperçoit de rien. Ils sont plusieurs dans sa tête, au moins deux, c’est lui qui le dit. De toute façon, il ne va pas à l’école, il n’est pas identifié officiellement sur les registres des naissances (je ne sais pas comment ça se passe aux États-unis), bref, officiellement il n’existe pas. Jusqu’au jour où il décide de rentrer dans l’armée. C’est à ce moment qu’il se rend compte qu’il n’a pas été élevé comme les autres, devant les réactions étonnées de ses camardes. Il rencontre d’autres types pas franchement recommandables. Il découvre l’alcool, le LSD, mais est capable de garder le contrôle même complètement ivre. Il a des capacités et une intelligence hors normes. Comme beaucoup de serial killers, d’ailleurs.

Keyes explique aux flics comment il est parvenu à ne jamais laisser de traces de son passage après les meurtres, comment il n’a jamais été pincé, comment il choisit ses victimes. Comment de nombreuses personnes lambda ont croisé son chemin et échappé à la mort de justesse, par hasard. Le hasard, c’est l’autre « jeu » de Keyes. Pas de profils types. Ça peut être toi ou moi.😱

Brièvement on a l’impression qu’il est devenu quelqu’un de bien quand il devient père, que la naissance de sa fille l’a transformé. Évidemment, c’est un leurre.

Maureen Callahan, journaliste d’investigation, montre également comment les querelles de clocher de la police et du FBI et autres décisions absurdes ont nuit à l’enquête, fait échoué certaines tactiques pour découvrir toutes les victimes de Keyes. Officiellement, il y en a onze. Mais en vérité certainement beaucoup plus à travers tous les États-unis. Car le psychopathe avait comme stratégie de mettre de la distance entre le lieu du meurtre et le cadavre de sa victime.

On ne saura jamais l’entière vérité sur cette affaire puisque le monstre est resté maître jusqu’au bout, en faisant une douzième victime officielle : vous saurez qui en lisant ce livre, pas très reposant d’un point de vu nerveux, mais très bien écrit et qui se lit vraiment comme un thriller – dont on aurait aimé que le true crime soit une fiction, en fait.

L’affaire Keyes ne sera jamais classée. Le profil psychologique de ce mec reste en partie brumeuse. Ça file vraiment la frousse, d’autant plus quand on ne fait pas spécialement confiance en l’être dit humain.

Grand Prix de littérature policière 2022.

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Quand tu écouteras cette chanson – Lola Lafon

Lola Lafon décide de passer une nuit dans le musée Anne Frank à Amsterdam, où se trouve la fameuse Annexe où la famille Frank a vécu terrée avant d’être déportée. Toute la famille va périr dans les camps de concentration, de faim, de froid. Seul Otto Frank, le père d’Anne a survécu, est revenu à Amsterdam. Lola Lafon ne sait pas vraiment pourquoi elle a eu cette idée de passer une nuit là, dans cette ancienne maison peuplée de fantômes. On le découvre, comme elle, à la fin.

Tout le monde (ou presque) a lu le fameux journal d’Anne Frank, étudié par des centaines de collégiens en France. On garde tous en mémoire qu’il s’agit du journal intime d’une adolescente juive qui décrit son quotidien dans l’Amsterdam occupée par les nazis. Lola Lafon, après avoir rencontré la dernière survivante ayant connu la jeune fille, apporte un éclairage nouveau et déconstruit l’image un peu naïve qu’on nous a donné à l’école. Anne Frank savait déjà qu’elle voulait être écrivain. Ce n’est pas un simple journal qu’elle a laissé, mais bien une oeuvre destinée à être lue : un témoignage travaillé, réécrit et malheureusement en partie détruit, éparpillé, quand les nazis ont découvert l’Annexe. C’est Otto Frank qui fera tout ce qui est en son pouvoir pour rendre hommage à sa fille, qu’il découvre sous un nouveau jour, en faisant publier son journal, après reconstitution partielle.

Ma première rencontre avec Lola Lafon, à force de lire des éloges. Je n’ai pas lu le résumé du livre, je ne savais pas de quoi exactement il était question, un secret bien gardé par un titre énigmatique : Quand tu écouteras cette chanson, énigme résolue uniquement dans les dernières pages.

Lola Lafon à son tour rend hommage à la famille Frank en nous faisant découvrir ce père, mais aussi Margot, la sœur aînée d’Anne. Elle explique aussi que le journal, dans certains pays, et à certaines époques, a été édulcoré concernant la sexualité naissante de la jeune fille, mais aussi de toute trace de judéité. L’image a été remodelée. Avant, heureusement, d’être plus proche de la vérité, et notamment de réelle personnalité de cette jeune fille mature pour son âge et au caractère bien trempé. Vivre deux ans et demi terrée, cachée, avec 7 personnes, et arriver à penser à la postérité, à ce qu’on va laisser derrière, il faut quand même être doté d’une force mentale peu commune.

Lola Lafon mêle à ce récit sur la vie de la famille Frank, celle de sa propre famille, par petites touches, sans pour autant faire de calque, le point commun étant la judéité laïque et la déportation. Bizarrement, je n’ai pas réussi à m’intéresser vraiment à cette dimension du livre, contrairement à La carte postale d’Anne Berest. C’est certes un livre différent, avec un angle d’attaque différent (Anne Berest mène une véritable enquête, ici c’est davantage dans le spirituelo-philosophique ). La chute est celle d’une perte, qui donne son titre au récit. Et qui est la raison pour laquelle Lola Lafon a passé une nuit dans un endroit peuplé de fantômes. J’ai été assez déconcertée et j’ai trouvé que c’était un peu tiré par les cheveux.

Si j’ai trouvé l’éclairage nouveau sur Anne Frank et sa famille instructif, son histoire toujours aussi émouvante, le devoir de mémoire parfaitement réussi pour cette page très sombre de l’Histoire, je suis restée à l’extérieur pour le reste, avec un sentiment final de déception. Je sais que ce n’est pas l’avis majoritaire. 😉

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Les ravissements – Jan Carson

Traduit par Dominique Goy-Blanquet

Rappelez-vous : Les lanceurs de feu, le premier roman de Jan Carson traduit en français en 2021 avait été un de mes coups de coeurs de l’année, une vraie révélation ! Enfin quelque chose qui changeait dans la façon de narrer le réel, en particulier la vie en Irlande du Nord, par le prisme du réalisme magique. J’avais été bluffée. J’attendais donc avec impatience ce deuxième roman.

Nous sommes en 1993, le 25 juin, l’école s’achève pour les enfants de la petite bourgade de Ballylack, en Irlande du Nord. Pourtant l’été ne va pas se dérouler comme ils le pensaient. Un mystérieux mal va frapper les enfants les uns après les autres et les tuer. Ça commence avec une fièvre glandulaire. Les adultes sont aux abois. La panique paranoïaque s’installe : qui sera le prochain ? On dépêche un Paddy du Sud pour enquêter sur l’affaire. Nous sommes immergés dans la communauté protestante d’Irlande du Nord, orangiste, mais pas que. Les parents d’Hannah, gamine de 11 ans au centre du récit, sont des fondamentalistes. Hanna, à qui l’autrice laisse la parole au premier et dernier chapitre, explique qu’elle se sent exclue, à part, à cause de la religion intégriste de ses parents : « Notre espèce à nous, c’est les chrétiens charismatiques évangélistes. Ça veut dire que nous croyons au salut et à l’Enfer, à Jésus et au Saint-Esprit. Dans notre Eglise, les femmes portent des chapeaux. On utilise la Bible avec des mots anciens, mais on chante des choeurs modernes avec le rétroprojecteur. On parle des langues, ça s’appelle glossolalie, et on se tient les mains pour les prières à une intention spéciale. On ne croit pas au cinéma et au chewing-gum. (…). Notre espèce de protestants n’est pas populaire. «  Je préfère vous laisser découvrir tout ce à quoi Hannah n’a pas droit plutôt que d’énumérer mais c’est impressionnant et surtout effrayant !! Pourtant ses parents ne pensent pas être de mauvais parents, ils pensent avoir la bonne éducation pour leur fille. Malgré tout, c’est de la souffrance qu’ils engendrent. Et c’est bien le point de tous ces gamins qui vont mourir : être les victimes des adultes.

Alors que les mômes agonisent au fil du récit, ils rendent à chaque fois visite à Hannah. Transformés. En un autre eux. Je ne peux pas en révéler davantage sous peine de spoiler.

J’ai été emportée par cette histoire aux multiples rebondissements, écrite avec beaucoup d’humour et d’ironie. Jan Carson rend hommage aux enfants d’Irlande du Nord et fustige la religion, le sectarisme du pays mais aussi le racisme. Les gamins de ce roman sont drôles, étonnants, espiègles, parfois bêtes comme les ados qu’ils ne deviendront jamais. Ils deviennent eux-mêmes une fois qu’ils se sont échappés dans un autre espace-temps hors de portée des adultes. Le gang des EM (Enfants Morts), c’est quelque-chose !😜 Les adultes, quant à eux, sont pathétiques. Du début à la fin, ils ne changent pas, ne comprennent rien, sont carrément chiants. La solitude et la souffrance d’Hannah restée dans le monde des vivants, sont décrites avec finesse et minutie. On s’attache au personnage, qui ressemble le plus à sa créatrice (elle l’a dit).

Je ne peux que vous conseiller de vous jeter dans cette histoire (pas par la fenêtre !). Un bon petit pavé de plus de 400 pages écrit tout serré, mais qui nous obsède dès qu’on le pose. N’y aurait-il pas un peu de sorcellerie dans la plume de Jan Carson ?

Le premier roman, Les lanceurs de feu, est disponible depuis peu au format poche, chez J’ai Lu je crois. J’ai vu la couverture : franchement dommage qu’elle révèle carrément un des mystères de l’histoire…🙄 Mais, c’est une bonne occasion pour commencer à lire Jan Carson.

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Dégradation – Benjamin Myers

Traduit par Isabelle Maillet

En partant à Londres, évidemment je voulais lire de la littérature anglaise. J’ai entamé Le royaume désuni de l’excellentissime Jonathan Coe, mais il est sur ma tablette, donc pas très pratique à trimballer. Donc il fallait que je dégote un livre de poche léger. Celui-ci dormait sur mes étagères depuis l’été 2020, acheté dans une librairie de Granville.

Dégradation de Benjamin Myers se passe dans les landes désolées du Yorkshire. C’est exactement ce qui m’a poussé à acheter ce polar

Quand on dit « Yorkshire  » on pense immédiatement aux soeurs Brontë et à la poésie de Wordsworth. Oubliez ! Jetez aussi votre tasse de thé et vos envies de littérature romantique échevelée (entendons-nous : j’adore la Brontë Family, j’ai même visité leur maison et tout et tout, et une de celles de Wordsworth ! ). C’est dans un univers beaucoup plus glauque que nous embarque l’auteur, qui préface pourtant son livre d’une citation de D. H. Lawrence : « L’amour sacré est désintéressé, détaché de toute quête égoïste. Celui qui est amoureux sert l’être aimé et recherche la fusion en communion parfaite avec lui. » Trompeur une fois encore. C’est une drôle d’histoire d’amour que l’on va suivre. A la veille de Noël, une jeune fille disparaît au coeur de la lande désolée des Yorkshire Dales. Le détective Brindle est envoyé dans ce dernier endroit sauvage d’Angleterre pour aider la police locale, bien peu habituée aux disparitions dans ce coin paumé mais tranquille. Qu’est-il arrivé à Melanie Muncy, la fille du garagiste ? Steven Rutter, un fermier célibataire, crasseux, reclus et rejeté attire son attention.

Le lecteur sait depuis le début ce qui est arrivé à Melanie, contrairement au détective. On plonge dans l’horreur qui va crescendo. Benjamin Myers épluche au scalpel la vie du coupable. Une mère cintrée, un univers underground dans ce coin paumé comme on n’en imaginerait jamais. Je ne peux pas en dire vraiment davantage sous peine de spoiler.

Après cette lecture, vous ne verrez jamais plus les cochons de la même manière (personnellement, je n’ai rien appris de nouveau, mais trop de gens pensent que ce sont des animaux sympas et inoffensifs !🥴). J’ai parfois eu le coeur au bord des lèvres à la lecture de scènes très crues, tendance gore ou porno. Beurk ! La fin de l’histoire m’a laissée un peu perplexe, ou plutôt sur ma faim. Il y a un côté un peu bâclé et brouillon. Parfois je me suis aussi paumée en chemin…

Vous aimerez ce livre si vous aimez les polars avec du gore (et du goret ! Lol😅 ), mais moi je n’ai pas été passionnée par cette sordide histoire, avec un chouïa trop de délayage qui m’a fait trainer en longueur sur les 406 pages du format poche.

Une déception, donc.

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Les enragés – Paola Nicolas

1886, Paris. Jules Rouyer, un jeune garçon vient de décéder. Quelques jours auparavant, il a été mordu par un chien atteint de la rage. L’histoire en serait restée là s’il n’avait pas reçu les nouvelles injections du vaccin rabique mis au point par Louis Pasteur et l’équipe du docteur Roux, récemment mis en oeuvre sur l’homme.

Une grosse claque pour Pasteur, mais une aubaine pour ses détracteurs. En effet, un certain nombre de médecins ont des thèses opposées à la lutte contre les épidémies par l’hygiène et la vaccination. Pour eux, vacciner, c’est tuer.

Ce livre, qui est un roman, restitue les souffrances engendrées par la rage, que de nos jours on a complètement oubliées. Les symptômes atroces qui précèdent une mort certaine, qu’elle soit animale ou humaine. L’autrice restitue également très bien le débat médical, philosophique, et académique qui a eu lieu. Du moins, c’est ce qui est largement sous-entendu dans ce roman.

J’ai cependant regretté d’avoir quasiment l’impression de revivre la période covid (non achevée) : la guerre des nerfs entre les antivax et le reste de la population, les arguments à deux balles des premiers, les infox qui intoxique davantage que le virus, les guerres de laboratoires (il n’y a pas ce dernier point dans le roman). Je me suis interrogée sur la frontière entre la vérité et la fiction parce que je trouvais que l’autrice avait tendance à vouloir absolument calquer tout ça sur la période actuelle.

On apprend quelques infos sur Pasteur : il était hémiplégique suite à un accident et il a perdu ses enfants suite à des maladies. Mais c’est vraiment en filigrane.

Le fil de l’intrigue est de savoir de quoi est vraiment mort le petit Rouyer : du vaccin ou d’une insuffisance rénale, maladie antérieure et ignorée à sa vaccination.

J’ai globalement bien aimé ce livre malgré quelques longueurs, notamment scientifiques et judiciaires et le défaut de vouloir calquer cet épisode « enragé  » sur la période contemporaine. Peut-être lirai-je un autre livre sur le sujet pour me faire une idée plus précise.

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Un profond sommeil – Tiffany Quay Tyson

Traduit par Héloïse Esquié

Mississippi, 1977, à White Forest, Roberta, Willet et Pansy se rendent en forêt, sur les lieux d’une ancienne carrière, noyée au fond d’un lac. C’est l’été, il fait chaud. Pansy, la plus petite, se baigne en faisant la planche. Roberta part cueillir des baies, pendant que Willet vit sa vie. Roberta vit un moment des plus étranges, est prise dans un orage foudroyant et aperçoit une créature. Elle perd connaissance et quand elle revient à elle, son obsession est de retrouver son frère et sa soeur. Cependant, Pansy reste introuvable. Volatilisée comme par magie. Il faut dire que la carrière est un lieu qui alimente les conversations, un lieu maudit pour les habitants, un lieu où les esprits rôdent. Cette ancienne carrière a été creusée par des esclaves : un lieu qui sent la mort, la souffrance et le sang. Clem, la grand-mère de Bert, Willet et Pansy, personnage à cheval entre la chamane et la hippi est quasiment la mémoire de White Forest, raconte très bien les histoires et connaît les remèdes du fond des âges… Elle cache aussi un secret.

L’intrigue débute sur la disparition de Pansy, gamine qui est différente des autres membres de la famille, même physiquement, et petite dernière chouchoute de la mère de Bert et Willet. Sa disparition fait voler la famille en éclat. Le père, professionnel dans la production de faux billets, disparaît. La mère sombre dans une profonde dépression. Bert et Willet se retrouvent rapidement livrés à eux-mêmes et mènent l’enquête pour retrouver leur soeur. Les années passent. Ils changent. Mais Bert ne lâche rien. Elle ne sait pas qu’elle va déterrer un secret, découvrir la vérité sur ses racines, celle de leur famille. Entre le Mississippi et la Floride.

Tiffany Quay Tyson connaît bien le Mississippi dont elle est originaire. Son roman est bien davantage qu’une enquête sur une disparition. C’est le prétexte pour parler du passé sombre de cet Etat américain, meurtri par le racisme. Et c’est toujours le cas. Elle joue subtilement sur la couleur de la peau (je ne peux pas en dire davantage), insinuant par là que personne ne connaît, finalement, la vraie « couleur » de son sang. Elle nous embarque dans un road trip jusqu’aux mangroves des Everglades en Floride, où j’ai vécu un moment hors du temps. Elle rend hommage aux laissés-pour-compte. On côtoie des personnages cabossés et on découvre une famille qui est peut-être le résumé de l’histoire tourmentée du sud des États-unis. Elle joue sur l’imagination du lecteur, à la frontière du fantastique avec également un peu de folklore.

Si j’ai trouvé au début que l’intrigue patinait un peu, j’ai ensuite plongé dans cette histoire envoûtante, même si je pense que le livre aurait gagné à être un peu plus court.

J’adore les romans américains des Etats du Sud (Nouvelle-Orleans, Mississippi, Floride). J’adore les romans qui évoquent les Premières Nations. Je n’ai pas été déçue !

Petit remarque : cette histoire n’a rien à voir avec chantent les écrevisses, que je n’ai d’ailleurs pas du tout aimé. Un profond sommeil est beaucoup plus profond, travaillé. Mettre ce genre d’annonce sur la couverture doit faire vendre…

Tiffany Quay Tyson au Festival America 2022 (à gauche)
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Rentrée irlandaise d’hiver

Bonne année 2023 ! 🥳

Après 21 livres de littérature irlandaise ou assimilés lus en 2022, et 53 livres lus en 1 an, voici, pour bien commencer 2023, les trois sorties irlandaises repérées ces derniers temps et qui sont déjà sur les étagères des libraires depuis…. aujourd’hui !! Trois d’un coup !Olé !💃

Pour en savoir davantage, cliquez sur le titre :

Les ravissements de Jan Carson, éditions Sabine Wespieser ;

Ligne de fuite de Sara Baume, éditions Noir sur blanc (dommage que le site éditeur ne soit pas à jour) ;

Ce que Majella n’aimait pas, de Michelle Gallen, éditions Joëlle Losfled. Mystère sur l’orthographe de Magella avec 1 J ou 1 G. Apparemment avec un J.

Les lanceurs de feu, le 1er roman de Jan Carson paru en France avait été un coup de coeur, alors son deuxième va être le premier livre que je vais lire. L’autrice sera au Centre culturel irlandais le 31 janvier. Les réservations se font comme d’habitude sur leur site.

Dans un autre registre, on ne va pas se mentir, mais le prix des livres suit le prix de l’inflation et même pour les passionnés de lecture, ça commence à être un peu « chaud » pour le porte-monnaie. 😥 C’est un peu stressant pour l’avenir du Livre. Je ne vais donc peut-être pas tout lire aussi rapidement que d’habitude, sauf si je trouve un plan B. Il me reste d’ailleurs deux livres de la rentrée littéraire d’automne (Actrice d’Anne Enright et Black’s Creek Sam Millar) et un certain nombre de ma petite PAL (oui, je n’ai pas un PAL de 100 ou 400 bouquins, c’est ridicule ce genre de truc) que j’ai envie de lire dont Le maître de Colm Toibin.

J’ai créé des listes sur les nouveautés en matière de littérature irlandaise sur Babelio, qui sont complétées au fur et à mesure. Il y a déjà une liste de 10 livres pour la rentrée d’automne 2022.

Edit du 12 janvier : un petit nouveau dégoté aujourd’hui, Keith Ridgway , Un choc, aux Éditions Phébus (cliquez sur le titre pour en savoir davantage)..

NB : Les ravissements et Ligne de fuite sont déjà sur mes étagères grâce à un plan B, je vous en parle bientôt, donc, quand j’aurai terminé Les enragés de Paola Nicolas et Le royaume désuni de ce cher Jonathan Coe ❤. Je pars à Londres pour le week-end, peut-être un petit reportage dans le quartier hautement littéraire qui va me servir d’hébergement, on verra…🤗

Edit du 17/01 : nouvelle mise à jour avec 2 nouvelles découvertes irlandaises : le deuxième roman de Claire-Louise Bennett, Caisse 19 (que je ne pense pas lire, j’avoue) et le 1er roman traduit (par qui ?, mystère!) de Louise Kennedy, Troubles à paraître le 1er mars.

Edit du 1er mars : nouvelle parution irlandaise le 3 mars !🤩 Un livre conseillé par Colum McCann : Les champs brisés de Ruth Gilligan aux Éditions du Seuil

Je mets régulièrement à jour sur Babelio, la liste des publications irlandaises 2023 : https://www.babelio.com/liste/29040/Nouveautes-irlandaises-2023

Prochaine chronique : un roman américain, Un profond sommeil, de Tiffany Quay Tyson que j’avais écoutée au dernier Festival America.

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Il y a un an Hiroshima. – Hisashi Tôhara

Traduit par Rose-Marie Makino

Drôle de lecture de fin d’année alors que l’heure est à la fête ! Oui mais… Il y a une guerre dont Poutine menace régulièrement d’utiliser l’arme atomique. Ce n’est pas pour me plomber le moral que j’ai lu ce témoignage d’une cinquantaine de pages, d’un homme qui était adolescent au moment des faits, le 6 août 1945. Juste parce que je n’avais jamais rien lu sur Hiroshima, associée définitivement au premier usage de l’arme atomique. C’est un événement sur lequel les manuels d’Histoire de ma génération passaient rapidement, même chose pour la collaboration d’une certaine police française avec le régime nazi. Il y a toute une littérature qui parle d’Hiroshima de nos jours. Je voulais un témoignage.

Hisashi Tôhara n’a pas écrit pour être publié. C’est sa femme qui a retrouvé ces notes 3 ans après sa mort. Il n’a jamais parlé de cet événement. Ce livre a été publié en 2010 et a paru en 2012 en France. Cinquante-et-une pages qui décrivent l’état de stupeur, l’incompréhension, l’ignorance, la souffrance et les dégâts humains à long terme. Les Japonais n’ont jamais pu mesurer vraiment ce qui leur arrivait.

L’auteur a écrit ces notes 1 an après les faits. Il avait 18 ans et se rendait au lycée avec un ami, il allait prendre le train. Mais « en un instant, les alentours s’eclairerent au point qu'[il] en fu[t] aveuglé« . « En même temps qu’un grondement sourd montant de la terre, je sentis ma nuque brûler d’une douleur intense. » « La lumière n’en finissait pas de s’écouler. D’innombrables particules de lumière. De tous côtés elles m’assaillaient. Des particules de lumière éblouissantes, dorées avec des reflets rouges. » Hisashi ne comprend pas ce qui se passe, alors que la lumière disparaît d’un coup et que résonnent des cris et qu’une fumée noire envahit tout, plongeant les gens dans une épaisse obscurité. Puis, des maisons aplaties et une sensation de brûlure intense l’oblige à plonger la tête dans des cuves de récupération d’eau.

« Dans les rues, les gens couraient en tous sens. Des femmes et des enfants pleuraient et gémissaient. Ils avaient d’horribles brûlures au visage, qui les rendaient méconnaissables.  » Il raconte aussi la pluie noire radioactive qui a suivie. Les visages gonflés et violacés, les cheveux grillés, les distinctions entre homme et femme impossible à faire. Les gens pensaient que les avions ennemis avaient arrosé Hiroshima d’essence. Incapables de pouvoir imaginer l’impensable, les dégâts de la pire arme que l’espèce humaine a créé pour se réduire elle-même à néant. Faut vraiment en tenir une couche…

Une lecture glaçante mais nécessaire pour se rappeler ce que l’Homme est capable d’infliger à ses semblables. Et on sait qu’aujourd’hui, cette arme n’a pas été interdite.

Sur ce, je vous souhaite un bon réveillon et vous dis à 2023 !

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Albert Black – Fiona Kidman

Traduit par Dominique Goy-Blanquet

J’ai peut-être écrit ma chronique sur mes meilleures lectures de l’année 2022 un peu trop tôt ! Je ne soupçonnais pas qu’une – effrayante – pépite dormait sur mes étagères depuis un an.

C’est la première fois que je lis un roman de Fiona Kidman, autrice néo-zélandaise née en 1940. Je ne sais même pas si j’avais déjà lu de la littérature néo-zélandaise, d’ailleurs, mais c’est une entrée en la matière que je ne pourrai pas oublier.

Albert Black est un roman tiré d’une histoire vraie, une histoire qui va faire basculer la justice en Nouvelle- Zélande. Cette histoire va être celle de la dernière exécution, la dernière peine capitale de l’histoire du pays.

Oubliez la belle image de carte postale que vous avez de la Nouvelle-Zélande. Derrière les paysages paradisiaques se cachent, dans les années 50, des histoires tragiques, des injustices, des autodafés, du racisme envers les migrants européens, notamment irlandais et écossais, venus chercher là une vie meilleure. 1954, le gouvernement conservateur rétablit la peine de mort dans le pays, la peine capitale par pendaison, pour soi-disant éradiquer la délinquance et la dépravation des moeurs.

Pas de chance car c’est en Nouvelle-Zélande qu’un jeune Irlandais protestant de Belfast voit son avenir. A 18 ans, juste après la parade orangiste, il embarque pour Wellington. Adieu pays sectaire ! Il trouve du travail, puis décide d’améliorer sa vie un peu plus en allant à Aukland. Tout se passe bien, il fait des rencontres, a quelques amourettes, garde une maison en l’absence de sa propriétaire. Il est donc logé gratuitement. Mais celle-ci exige qu’il n’y ait aucune visite, et encore moins des petites amies. Les voisins le sauront et lui rapporteront les faits si cela se produit, dit-elle. Bonjour l’ambiance ! Les jeunes se retrouvent le soir dans les bars, les garçons lorgent les filles et les filles jacassent sur eux. Tout ce petit monde s’amuse comme il peut dans un pays à la morale étriquée et néanmoins ça picole sec.

Albert Black rencontre un autre migrant, à qui il décide de rendre service le temps qu’il trouve un nouveau logement. Seulement, le mec n’est pas vraiment un ange. Colérique et jaloux, et un certain goût pour la bagarre. Il calque son personnage d’un roman américain interdit. C’est à peu près le seul côté sympathique qu’on peut lui trouver. « J’ai vingt-quatre ans et j’encule tous ceux qui osent me dire ce que je dois faire. » Albert est pris au piège avec ce type dont le passé et l’origine restent flous.

Les choses tournent doublement vinaigre entre eux. Pour des broutilles. Une histoire de filles. Dans une ambiance pas claire, noyée dans les brumes de l’alcool, McBride est tué. Black est accusé de meurtre. Il est emprisonné, jugé et [spoiler] pendu. Il avait 20 ans. Il s’imaginait un avenir ici, non sans avoir eu le mal du pays. Mais ce n’est pas dans les rues de Belfast qu’il trouvera la mort…

Fiona Kidman décrit avec minutie le procès de l’accusé, le côté rocambolesque et malsain, ces témoins pas franchement clairs dans leurs propos, un avocat qui se démène pour démontrer l’inexactitude des faits décrits. La mère d’Albert fait une pétition depuis Belfast pour sauver la vie de son fils. Elle rencontre une personne qui milite contre la peine de mort.

On suit la vie du condamné, on s’immisce dans ses pensées. C’est incroyablement stressant, parce que la retranscription de ce qu’a pu vivre ce jeune est très réussie.

Ce n’est pas un livre dans lequel on plonge immédiatement. Il m’a fallu le laisser infuser une centaine de pages pour remettre ce qui m’était donné à lire, dans l’ordre. C’est assez dense parce que tout est soigneusement décrit sans pour autant suivre les faits de manière chronologique. Les pièces du puzzle se mettent en place au fil des pages.

Cette histoire vraie hantera vos nuits. Vous serez marqué au fer rouge par cette page peu glorieuse de l’histoire de la Nouvelle-Zélande. Il a fallu un article d’un journaliste pour ébranler l’opinion publique et contribuer à l’abolition de la peine de mort dans le pays.

NB : j’ai remarqué que certains passages de mes chroniques sont mis en surlignage. Sachez que ce n’est pas mon fait, mais que c’est un truc automatique de WordPress, super moche ! Je n’ai pas encore réussi à régler le problème.

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Coups de coeur et excellentes lectures 2022

Si vous êtes à la recherche de vraiment bonnes lectures pour vous-même ou pour offrir à Noël, voici ce qui, moi, m’a fait vibrer en 2022. La plupart des titres sont chroniqués – et bizarrement d’autres non. Serai-je un chouilla fouillis ? C’est plutôt que j’ai enchaîné les lectures motivantes sans avoir le temps d’écrire dessus – et ensuite j’ai oublié, dans mon emploi du temps bien chargé – puis je suis tombé malade (épisode encore non achevé).

Coups de coeur, livres que je ne prêterai à personne de peur de ne jamais les revoir – j’abuse, il y en a un qui n’est même pas à moi ! 😂 :

Le meilleur du beaucoup aimé :

Un 1er roman très réussi, entre le Kaszakstan, Paris, la Grèce. Une histoire d’exil, une fois encore, entre autres. Je ne peux que vous inviter à le découvrir.

Voilà pour l’échantillon inspirant de mon année littéraire 2022. Je retourne à ma lecture actuelle : le seul et unique roman de W. B. Yeats, John Sherman (éditions La Coopérative)qui ne manque pas de mordant !

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