Dernière nuit à Soho – Fiona Mozley

Traduit par Laetitia Devaux

Voilà un roman anglais qui déménage, si on peut dire ! Hot Stew est le titre original. Vous reprendrez bien un peu de piment ?

Precious et Tabita habitent Soho, vous voyez le quartier ? N’importe qui parti en vadrouille à Londres est tombé un jour sur ce quartier populaire, avec des enseignes qui piquent les yeux. Rappelez-vous, dans les années 90, il y avait même à Paris, un magasin de ce nom qui vendait des trucs un peu limite… Soho est ce que Pigalle est (était ?) à Paris. Seulement voilà qu’une riche pimbêche de 25 ans a des vues sur Soho. Comme partout en Europe, les centres-villes populeux s’embourgeoise avec des opérations immobilières calculées pour attirer les « bobos » et les « bling-bling » . Nettoyage, destruction, mise au rebut (je trouve que c’est carrément ça) de la population qui ne peut plus payer.

Fiona Mozley choisit de raconter la vie d’un immeuble à Soho, quasiment de la cave au grenier, avant que tout ne vole en poussière. Precious est une prostituée indépendante, dans une sorte de maison close, sans maquerelle qui chapote les filles. Elle vit dans un appartement sous les combles, avec son amie Tabita, juste au-dessus de son lieu de travail. Elle se sent en sécurité, ce n’est pas du tout comme si elle tapinait dehors, sous l’emprise d’un proxénète. C’est un choix qu’elle a fait. Du moins c’est ce qu’elle dit. Avant elle travaillait comme esthéticienne. En tout cas, elle a du caractère, tout comme Tabita et les autres travailleuses du sexe. Alors le jour où la pimbêche a dans la tête de les expulser en faisant grimper les loyers et puis raser ce vieil immeuble branquignole, autant vous dire que les filles retroussent leurs manches pour une manif haute en couleurs et mots piquants !

Nous croisons une foule de personnages, dont des SDF, qui vivent « underground ». Ils vont souvent par deux (les personnages) comme des couples (c’est la remarque que je me suis faite pendant la lecture sans vraiment trouver d’explication). Tous ont en commun d’avoir été écorché par la vie, de diffentes façons. Même l’affreuse Agatha, fille de truand… C’est vraiment la pire.

Il se passe aussi des choses étranges, un peu irréelles, voire même complètement, qui m’ont interloquée. Il n’y a pas d’explication claire à la disparition de la SDF Cheryl, dont une policière pense qu’elle a été enlevée par un réseau de trafic sexuel, ou qu’elle est morte. Nous, lecteur, savons ce qui lui est arrivée. Puis elle réapparaît. Et puis c’est tout.

Il y a de vraies surprises dans ce roman, jusqu’au bout !

C’est une histoire dense, avec une foule de personnages que la narration croise, qui parfois m’a laissée sur le trottoir, mais m’a souvent fait sourire et également émue. Une belle fresque sociale sur le Soho d’aujourd’hui, symbole des quartiers populaires en lutte pour garder leur âme.

J’avais adoré Elmet, le premier roman de l’autrice. J’ai beaucoup aimé celui-ci aussi, mais peut-être un petit peu en-deçà du premier. Une chose est sûre : je penserai à ce roman la prochaine fois que je mettrai les pieds à Soho. 🤗

Dernière petite remarque : un minuscule détail de traduction qui m’a amusée : une mouette en train de finir « pâté des Cornouailles« . Je vois tout à fait le mot VO : Cornish pasty, fameuse spécialité de Cornouaille, qui est en réalité pas du tout un pâté mais un friand… Je peux vous en raconter un rayon sur les Cornish pasties, dans toutes leurs déclinaisons (à la chair à saucisse, à la confiture….) mais bon on va pas en faire un cake…😂

En sus, une petite photo de Londres, il y a 15 jours. J’adore cette ville tellement vivante et variée.

Oxford Street

Ma prochaine chronique sera sur le dernier roman de Colm Toibin, Le magicien, une bonne pavasse de 600 pages qui se dévore ! Il me reste 200 pages. 2 autres Irlandais ont rejoint ma Pile à Lire : La surface de l’eau de Neil Hegarty que j’ai écouté au CCI et Actrice d’Anne Enright. Il y a également un Sam Millar jeunesse sorti depuis le mois d’août : Black’s Creek. Il me le faut !!!

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Neige sur Ballyglass House – John Banville

Traduit par Michèle Albaret-Maatsch

Grand bonheur de voir la parution d’un nouveau roman noir de John Banville, dont j’ai lu tous ceux de la série « Docteur Quirke », qu’il a écrit sous le pseudonyme non dissimulé de Benjamin Black. J’étais donc surprise de voir un roman noir sous son vrai nom de plume.  J’ignore s’il a abandonné la stratégie de séparer son côté écrivain de polar d’écrivain de roman définitivement mais ce n’est pas un subterfuge éditorial. Je voudrais en revanche savoir pourquoi. Je n’ai pas trouvé la réponse à ce jour.

Comme toujours avec John Banville,  écrivain de roman noir, on est dans l’Irlande des années 50. L’histoire se déroule précisément entre l’été 1947, l’hiver 1957 essentiellement et se clôture brièvement à l’été 1967. 20 ans. Et l’obesssion du 7. Je me suis également interrogée.

L’inspector detective Saint John Strafford est dépêché par un temps neigeux et glacial jamais vu depuis longtemps, dans le manoir du colonel Osborne, dans un coin paumé du Wexford. Un prêtre, père Tom Lawless, a été retrouvé mort dans la bibliothèque.  On pense tout de suite à Un cadavre dans la bibliothèque d’Agatha Christie. Il n’y a pas grand chose à dire de plus à ce sujet, si ce n’est qu’on débute avec un cadavre – dans une bibliothèque – et que l’histoire voudrait qu’on cherche le meurtrier. C’est ce qu’a bien l’intention de faire Strafford. Vivent au manoir, le colonel en retraite,  sa 2e épouse Sylvia, sa fille Lettice, son fils Dominic, en visite, étudiant en médecine à Trinity. La cuisinière, Mme Duffy. Un palfrenier marginal Fonsey, occupe une caravane. Il y a un pub qui est aussi un hôtel où Strafford a loué une chambre.

Comme Stafford, les Obsorne sont protestants. C’est assez étrange qu’un prêtre catholique soit retrouvé chez eux. Mais on apprend que le prêtre était un ami de la famille. Soit disant un amoureux des chevaux…

Nous savons qu’en plus d’avoir été égorgé, Lawless a été émasculé. Bien évidemment, les autorités ne diront pas l’entière vérité. Pensez donc ! Strafford interroge les différents personnages. Mais on ne peut pas dire qu’il mène vraiment une enquête. Il est dérangé par cette impression de théâtre en carton-pâte. Tout lui paraît artificiel, jusqu’aux vêtements du colonel. C’est un peu comme si les personnages étaient sortis d’un roman. C’est plutôt l’adjoint de Strafford, Ambrose Jenkins qui s’occupe en réalité de l’enquête, jusqu’au moment où…. il disparaît !

On retrouve l’ironie mordante de John Banville, son humour dévastateur. Un roman noir plein de subtilités en dépit d’une apparente simplicité. Et un bon coup de griffe à l’église et ses représentants. Un roman d’ambiance, des personnages bien évidemment pas aussi lisses qu’ils voudraient le laisser croire.

Je me suis beaucoup amusée, j’ai jubilé de voir de brèves allusions au docteur Quirke, me demandant s’il allait entrer en scène. Il était parti en lune de miel. Je ne sais plus vraiment où je l’ai laissé la dernière fois, mais des petites allusions à la fameuse série que seuls les vrais amateurs de littérature irlandaise auront lue, était tout à fait plaisante ! On retrouve également, en arrière plan, le Detective Chief Superintendant Hackett…

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Mes fantômes et moi – Gabriel Byrne

Traduit par Diane Meur

« Mon père travaillait chez Guinness. La brasserie sentait de drôles de choses appelées levure et houblon, dont on faisait une bière, le porter. »

Gabriel Byrne nous livre ses mémoires, celles de l’Irlande des années 50, dans les faubourgs de Dublin, mais aussi à Londres, alors qu’il avait l’idée saugrenue de faire son séminaire pour devenir prêtre : un avenir idéal pour beaucoup de parents irlandais à l’époque, l’homme d’église étant quelqu’un d’influent. Nous suivons aussi l’auteur à Hollywood, New-York, bref aux USA où il a posé ses valises, trouvé sa voie après avoir été repéré sur les planches, à Londres. Il a auparavant beaucoup galéré, de Dublin à Londres et de Londres à Dublin. Incroyable. On n’imaginait pas.

C’est un livre qui au tout début m’a paru un peu « gentillet ». Mais il ne faut pas s’y fier et mon avis a rapidement viré dès que l’auteur commence à gratter le vernis. D’une famille très modeste et pieuse, éduqué de manière un peu vieillotte (sans qu’il ne jette aucunement l’opprobre sur ses parents), il évoque ses traumatismes d’enfance, d’adolescent et de jeune homme qui se cherche, ses fêlures qui laissent une trace durable dans sa vie. L’abus des hommes d’église sur les garçons – on parle beaucoup de Magdalen mais un peu moins du sort des jeunes de sexe masculin en littérature, – son alcoolisme, la maladie de sa soeur, l’odeur de l’hôpital psychiatrique et la manière dont étaient traités les malades, le trac maladif qui le paralysait avant d’entrer en scène, la célébrité et les travers d’un système…

Gabriel Byrne a la plume pudique mais non dépourvue d’humour. Il est émouvant. On le sent intègre. Il faut aussi une dose de courage pour se mettre à nu, briser l’illusion de l’image de l’acteur véhiculée par les médias.

J’ai bien aimé alors que j’y allais pas du tout sûre que ça me plairait. Mais voilà que maintenant j’ai envie de me refaire une petite séance de ses films les plus connus, d’Excablibur à Usual Suspect . Je crois avoir vu que ces mémoires sont aussi devenue un monologue théâtral à Londres.

Le livre est en lice pour le Prix Femina étranger 2022. A suivre !

Je vous parle bientôt du 2e livre irlandais que j’ai lu en septembre : le dernier roman noir de John Banville ! J’entame bientôt Le magicien de Colm Toibin. Et n’oubliez pas que sort jeudi 6 octobre, La surface de l’eau de Neil Hegarty, l’occasion d’une rencontre au Centre Culturel irlandais à 19h30 ce même jour. Et sinon au Dublin Book Festival de Dublin en novembre (c’est vraiment drôle car je serai à Dublin aussi à ce moment-là ! ) . En attendant, je suis vraiment à la bourre dans mes chroniques. 😏 Mais ça va viendre…

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La carte postale – Anne Berest

Un an après tout le monde, j’ai lu la fameuse Carte postale d’Anne Berest, roman sorti à la rentrée littéraire 2021 et qui vient tout juste de sortir au format poche. C’est en écoutant l’autrice, sa soeur Claire et Lélia, leur mère, évoquer l’histoire de ce livre et de leur famille lors de la remise du Grand Prix des lectrices ELLE que j’ai eu envie de me faire ma propre idée. J’avais lu quelques posts blasés lors de la sélection du Goncourt (oui, il a été en sélection du Goncourt, ce bouquin), sur le thème « elle nous parle de la Shoah comme si on était des ignares, en plus c’est mal écrit blablabla « . Je suis en profond désaccord avec ce genre de propos, tout simplement parce que, malheureusement, il y a des ignares – et ensuite parce que le roman est bien davantage qu’un livre sur l’extermination des Juifs. Bref, une semaine après l’avoir terminé, je suis encore hantée par cette histoire !

C’est un roman tiré d’une histoire vraie, celle des aïeux de Claire Berest, dont elle ignorait tout jusqu’au jour où une mystérieuse carte postale, avec 4 noms inscrits dessus, arrive dans la boîte aux lettres de sa mère, Lélia, en 2003. La carte date des années 90. La graphie est intrigante. Lélia révèle à ses filles l’histoire d’Emma, Noémie, Ephraïm et Jacques Robinovitch. Ce sont les grands-parents, oncle et tante de Lélia. Déportés à Auschwitz. Leur famille avait fui la Russie au début du XXe siècle, en raison de la recrudescence de l’antisémitisme. Ephraïm et Emma décident d’aller vivre en France, après que leurs propres parents aient trouvé refuge en Palestine. Ephraïm et Emma sont Palestiniens. Ils arrivent en France, donc, pays des Droits de l’Homme, n’est-ce pas ? C’est pourtant une erreur fatale. Leurs enfants s’intègrent très bien, sont de brillants élèves. Ephraïm rêve de naturalisation. Mission impossible. La situation mondiale se dégrade.

Ce livre est une enquête familiale et historique ; le style est precis, journalistique, efficace. C’est aussi la transmission d’un secret de famille, une enquête qui va se poursuivre de mère en fille, un passé enfoui, trop douloureux, la volonté de Lélia de protéger ses enfants (c’est du moins ainsi que je l’ai ressenti). C’est un questionnement sur la judéité, l’identité. L’essentiel du roman se passe du point de vue contemporain. L’effet est, entre autres, un regard croisé sur le passé, l’éducation. Lélia a élevé ses enfants de façon laïque : pas de religion à la maison ni à l’école. Elle les traînait à la Fête de l’Huma etc. Ce qui fait qu’ils avaient des « lacunes » (si on peut appeler ça ainsi !)

Un livre très riche que je ne restitue pas forcément très bien, très émouvant jusqu’à la dernière ligne, (émouvoir n’était peut-être pas le but premier recherc6, évidemment !!), passionnant, dévorant, marquant.

Un coup de coeur phénoménal. A lire et à faire lire. Il mérite amplement les nombreux prix qu’il a reçus.

NB : lisez aussi Gabriële tout simplement parce qu’on la retrouve et surtout son « fameux » fils, le père de Lélia. C’est une pièce supplémentaire au puzzle. Quelle famille !

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Une heure avant la vie – Svetlana Pironko

« Il faut que je te dise : celui qui mange de la viande d’ours une fois n’aura plus jamais peur dans sa vie. » Voilà ce que dit un jour papa à sa fille. Nous sommes quelque part en Asie Centrale, où la steppe est « comme un tapis multicolore pendant les premiers jours de mai. Couverte de tulipes sauvages. Jaune, blanc, rouge. A perte de vue. » C’est dans cet univers sauvage que grandit la petite Luciole, au milieu des loups, des saïgas (antilopes), des saxaouls, des lacs gelés en hiver et des serpents d’eau. Entourée de ses parents, de ce papa qui l’emmène partout et d’un petit frère, un fragile P’tit Prince. Mais un jour, il faut partir : papa est appelé pour une mission ailleurs. Luciole est arraché à cet univers et se retrouve dans un immeuble gris. Mais devant la bibliothèque de son père, elle découvre une échappatoire. Elle vient de terminer L’adieu aux armes d’Hemingway et découvre Paris est une fête. Elle décide que « Paris est la capitale du monde. Et [que] c’est là qu’elle veut être. » Joli programme !

Une heure avant la vie de Svetlana Pironko est un roman qui fait voyager. Ça parle d’enfance, de littérature, de construction de soi, de deuils, de nouveau départ. « Une heure après la mort, notre âme évanouie sera ce qu’elle était une heure avant la vie » : cette citation de Savinien Cyrano de Bergerac a inspiré le titre, au premier abord un peu singulier, de ce beau roman. L’histoire d’une femme libre qui se façonne grâce à sa passion immodérée pour la littérature, les voyages, les grands espaces et Paris, le tout dans l’amour inconditionnel de son père.

Une histoire pleine de love, de déclaration d’amour mais avant tout de liberté, d’autodérision et de répliques qui font mouche dans les soirées chics ! 🤗 Il y a des scènes parfois « exotiques », comme une journée de mariage (marquante) chez les nomades d’Asie Centrale ou décalées dans le Paris bohème. C’est émouvant, drôle et parfois aussi un peu coquin. 🙂

« Un homme lui tend la main et se présente :
_ My name is Clavell. Edward Clavell.
Elle tend la sienne et dit :
– Pleased to meet you. My name is Bond. James Bond. »

C’est ma première lecture de la rentrée littéraire et j’ai adoré ! J’ai suivi intrépide Luciole jusqu’au bout de la nuit dans cette histoire finement tissée.

C’est le premier roman de quelqu’un qui en connaît un rayon sur le monde du livre. Svetlana Pironko a eu le courage d’inverser les rôles en prenant la plume. C’est un super challenge qui, à mon sens, a le mérite d’être relevé avec une oeuvre de qualité. (Je n’ai été payée par personne pour dire cela ! 😉 )
J’espère qu’il y en aura un prochain.

Svetlana vit entre Paris et Dublin.

Une belle découverte publiée aux éditions du Passeur.

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Rentrée littéraire automne 2022 : mes choix

J’ai beaucoup lu cet été mais je n’ai pas publié la moitié des chroniques de mes lectures et peut-être que je ne le ferai pas car j’ai encore des trips en perspective, que j’ai envie de lire plutôt que d’écrire, que mon ordinateur trop vieux devient vraiment poussif.

Sur les réseaux, la rentrée littéraire bat déjà son plein depuis la mi-août alors que la plupart des bouquins ne sont même pas sortis et ça me saoule aussi ces gens qui veulent créer des tendances, une mode littéraire alors que les auteurs dont il est question n’ont besoin d’aucune publicité, ne sont peut-être pas les meilleurs. Pour le forcing sur le dernier Sally Rooney, que franchement, même s’il me restait une demi-idée de vouloir tester ce 3e roman vendu à plus de 23€ (ça commence à devenir franchement indécent le prix des bouquins !!! ), ben là, il ne m’en reste aucune envie, même en dégotant une occasion. J’ai lu quelques avis mitigés, ce qui me conforte aussi dans cette idée. J’aime pas les arnaques, encore moins littéraires ! 🙂 Certains doivent revoir leur stratégie marketing : c’est un peu lourdingue !

Je regarde cette rentrée littéraire avec un oeil distant (entre les fausses nouveautés qui sont des rééditions dont le nouvel éditeur se garde de bien de le dire) et les mastodontes qui publient tous les deux ans en littérature française….

Mes choix sont assez restreints. Je serai exhaustive pour la rentrée littéraire irlandaise car elle est peu visible et que cette année il y a de nouveaux auteurs traduits. Mais je ne me jetterai pas sur Colm Toibin mais plutôt sur John Banville pour les connus ! C’est un roman noir et j’adore ses romans noirs ! Je regrette que la suite de la série « docteur Quirke » ne soit plus publiée…. Il faut que je pense à regarder à Dublin la prochaine fois !

Voici les parutions irlandaises pour septembre et octobre. Il faut aussi ajouter également Neil Hegarty, La surface de l’eau (chez Joelle Losfeld) dont la couverture est encore un mystère pas définitif. Pour le résumé, c’est ICI. Pour les autres cliquez sur la légende des couvertures !

Voici mes choix pour les publications hors littérature irlandaise :

Svetlana Pironko, avec qui j’ai en commun de faire des aller-retour entre Paris et Dublin assez souvent mais jamais en même temps !, publie son premier roman Une heure avant la vie, aux éditions du Passeur le 1er septembre

Le pitch : « une femme-luciole qui parcourt le monde, des steppes d’Asie centrale jusqu’à Paris et plus loin encore. Intrépide, elle puise sa force dans l’amour inconditionnel de son père et dans des livres qui ont le pouvoir de changer une vie. »

L’auteure vit entre Paris et Dublin. Après avoir été traductrice, agent littéraire et éditrice, elle signe son premier roman. De son enfance au Kazakhstan, elle a gardé l’amour des grands espaces et des longs voyages. Elle s’épanouit dans la sérénité des aéroports, où il fait si bon lire et écrire, mais elle aime plus que tout revenir à son port d’attache, Paris. 

J’avais dévoré le 1er roman de Fiona Mozley, Elmet, c’est donc tout naturellement que je vais lire le second, Dernière nuit à Soho qui m’accompagnera sans doute dans mon prochain trip à Londres ! Pour le résumé, c’est ICI !

On ne présente plus Mike Kitson, c’est une évidence qu’il faut lire son troisième roman, Poids plume !
On en parle ICI

Je me suis procuré deux bouquins en VO, vu tout l’été sur l’étal des libraires irlandais : Strange flowers de Donal Ryan et Snowflake de Louise Nealon. Les 2 ont ramassé des prix mais en France, on est à la traîne…

Plusieurs livres de la rentrée littéraire 2021 sont sortis en poche. Ils ont rejoint ma PAL :

Bonne rentrée !

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Gabriële – Anne et Claire Berest

Gabriële. Un magnifique prénom. Une orthographe qui sort de la norme et vous accroche l’oeil autant que la couverture du livre. Un hors-normes qui sied parfaitement bien à celle qui le porte ! Gabriële est une jeune femme presque sans foi ni loi, au début. Elle fait ce qu’elle veut faire : de la musique. Quitte à forcer les portes. Elle se fiche bien de ce que l’on pense d’elle, en cette fin de siècle décadent (XIXe), pour attraper l’autre et vouloir y faire émerger des idées nouvelles en matière artistique. Elle est intelligente et a un caractère bien trempé. Il en faut. Le siècle est un chouïa mysogine et entrer au conservatoire pour y faire carrière est à peu près quelque chose d’impensable ! Pourtant elle va y arriver.

Cependant, elle ne s’attend sans doute pas du tout à ce qu’il va lui arriver, avec ses idées bien arrêtées. Se marier Fonder et avoir des mômes , non merci ! Quelle entrave !

Pourtant, sur le chemin de sa vie, elle va croiser un certain Francis Picabia. Assez sûr de lui le gars. Pas trop du genre modeste. Gabriële laisse tout tomber pour lui. La fusion des esprits, vous voyez…. Pour lui, elle sera tout : sa muse, sa tête pensante, sa machine à idées, la mère de ses enfants, son épouse, et presque sa mère quand il ne va pas bien, ce petit biquet !

Claire et Anne Berest ont longtemps ignoré leur lien de parenté avec ce couple. Leur mère ne leur parlait jamais d’elle, la mère de son père. La raison est donnée dans le livre. J’imagine que ce fut un choc et une surprise. Elles ont mené l’enquête pour remettre Gabriële sur le devant de la scène, la faire sortir de l’ombre de son illustre mari.

C’est un récit très fouillé, la documentation est importante. C’est une histoire également magnifiquement écrite. Nous sommes immergés dans l’ambiance artistique des années 1910, notamment le « chaudron » cubiste. Nous croisons de nombreux artistes connus : Apollinaire, Duchamp, en particulier qui vont former une bande de potes (et même un peu plus, n’est-ce pas mon cher Marcel)… J’ai apprécié cette dimension intéressante.

Quant à Picabia lui-même : horripilant à mon goût. Maniaco- dépressif. Difficile à vivre, c’est le moins qu’on puisse dire. Gabriële est également une femme étrange, paradoxale. Pas vraiment une femme aimante envers ses enfants. Pas qu’elle les déteste, mais ce sont un peu des êtres qu’elle regarde de loin, un peu perplexe, si on peut dire. Du genre « mais qu’est-ce que c’est que ces choses ? » L’art et ses questionnements passaient avant.

Un récit qui m’a globalement plu. Pourtant, comme pour Rien n’est noir de Claire Berest, je me suis parfois perdue dans les méandres de quelques longueurs. A mon humble avis, le livre aurait gagné à être plus court. La jolie plume et l’aspect documentaire en font tout de même un beau livre qu’on n’oublie pas tout de suite une fois fermé !

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Un été en Irlande avec W. B. Yeats

Je triche un peu, je n’ai pas passé un été complet en Irlande avec Yeats. Mais je reviens de 9 jours entre Dublin et Sligo, sac au dos et chaussures de marche aux pieds, sous des températures exceptionnelles et 3 minutes de pluie ! 🙂 J’avais décidé tout cela en janvier, alors que nous étions dans la énième vague de restrictions covidesques. Partir à Sligo quelque jours, petite ville où je suis passée il y longtemps, en 2004, en coup de vent. J’avais un souvenir assez flou : la statue de Yeats, la Garavogue qui traverse la ville.J’y suis allée pour les mythiques paysages, évoqués par l’homme de lettres. Mais je ne pensais pas qu’il m’emboiterait le pas à ce point !

Arrivée à Dublin avant de partir pour Sligo, je passe devant la National Library of Ireland et je vois… une immense affiche sur un exposition sur Yeats ! 🙂 Je sortais tout juste d’une géniale expo sur Seamus Heaney à la Bank of Ireland (également non prévue), poète dont je connais très mal l’oeuvre mais qui a en commun avec Yeats d’être Prix Nobel de Littérature. Heaney a acheté une lampe ayant appartenu à Yeats. Ce dernier a inspiré en partie son oeuvre. Ce jour-là, à Dublin, la température est exceptionnellement élevée : 27 degrés d’une humidité qui rend l’atmosphère particulière. Je n’ai jamais connu la capitale irlandaise accablée pas la chaleur (même pas en 2003 où il a pourtant fait très chaud). Je tombe en plus sur deux expositions qui se répondent comme un écho ! Il y a quelque chose de magique dans l’air ! Toutes les expositions nationales sont gratuites. Le bâtiment est magnifique. Gros moment d’émotion de voir l’original du Crépuscule celte, de voir un pop-up d’artiste illustrant The Stolen Child, d’entendre la voie de Yeats, de voir Maud Gonne et sa fille Iseult, une reconstitution de la bibliothèque du poète, beaucoup d’anciennes éditions de ses livres….

Le lendemain, direction Sligo en train. Près de la gare, on est accueilli par le poète. Le voyageur en quête du centre-ville lui tourne le dose. Retournez-vous pour l’apercevoir, avec Maud, un peu plus loin.

Je trouve Maud un peu ratée, mais le street art n’en est pas moins impressionnant par sa dimension.

Devant l’Ulster Bank, je tombe sur la fameuse statue en bronze; bien différente dans mon souvenir où je la voyais plus grande et en meilleur état. Je la trouve petite, délavée et poussiéreuse, presque abandonnée. Dans un dépliant de l’office du tourisme, j’apprends que la statue a été érigée devant la banque parce que lorsque Yeats a reçu le Prix Nobel, il a dit du bâtiment où il était qu’il lui rappelait l’admirable architecture de l’Ulster Bank de Sligo.

Je visite le Sligo County Museum, petit musée municipal, totalement gratuit une fois encore, qui m’a fait penser au Little Museum of Dublin. Il y a beaucoup d’objets locaux légués par les gens. Et il y a aussi beaucoup de choses sur W. B. Et quelques photos de lui qu’on n’a pas l’habitude de voir.

J’ai renoncé à aller à la « Societé Yeats » : le premier jour, c’était fermé ; le 2e jour, les bénévoles (?) avaient apparemment d’autres préoccupations que de recevoir les visiteurs. J’ai horreur d’avoir l’impression de déranger !

Je pars plutôt à Drumcliff au pied du mythique Ben Bulben, à une dizaine de kilomètres de Sligo par la N15. Plusieurs bus desservent le lieu, mais faites attention aux horaires : on est à la campagne, ils sont souvent en retard ou en avance, ou ne passent pas ! Ne pas miser sur le dernier bus donc ! Prendre plutôt un bus public (National Transport for Ireland – NTI : 2,50€ one way (1 aller) contre 4€ pour la même chose avec un dépôt à la gare routière et non en centre ville !). Vous pouvez prendre le bus public juste au coin de l’Ulster Bank sur Markievicz Road. Autre détail : à la campagne, le nom de l’arrêt est rarement mentionné dans le bus : n’hésitez pas à demander au chauffeur de vous signaler le vôtre, c’est plus prudent !! Après quelques minutes de bus, vous arrivez au site monastique du VIe siècle, où est enterré Yeats (ou pas, cf. le roman totalement « vrai » de Maylis Besserie, Les amours dispersées, chroniqué ici même). Cela doit faire 3 fois que je viens sur ce site. J’ai observé les cars de touristes déposés à la va-vite et remontant au pas de course, alors que le lieu, d’un romantisme échevelé et d’un calme absolu dès qu’on s’éloigne de la N15, invite au contraire à ralentir le rythme. C’est tellement beau. Il y a un mini-balade à faire près de la rivière, évoquée par Yeats dans un poème.

Au pied du Ben Bulben

(….)
Sous la cime nue de Ben Bulben
Au cimetière de Drumcliff Yeats repose.
Un de ses ancêtres y fut jadis recteur,
Près de là une église,
Au bord du chemin une vieille croix.
Nul marbre, ni banale inscription ;
Dans le calcaire d’une carrière voisine
Selon sa volonté, ces mots sont graves:

Jette un froid regard
Sur la vie, sur la mort
Cavalier, passe ton chemin !


4 septembre 1938
(Traduction : Jean Briat)

Et nous, bougres d’imbéciles, nous faisons tout le contraire ! On vient le voir. Qu’il nous pardonne ! 🙂

Le lendemain, je pars pour un promenade à pied, direction le Lough Gill, près de la ville de Sligo. La Garavogue se jette dans le lac. Je pense pouvoir arriver jusqu’au lac, distant d’environ 8 kilomètres, en passant par Hazel Wood. Encore des lieux rendus célèbres par Yeats. L’occasion d’admirer les jeux de lumières infinis sur l’eau, de s’étonner de ces montagnes pas comme les autres et si proches l’une de l’autre. Le Benbulben, le Knocknarea, avec la tombe de la reine Maeve en guise de petit chapeau !

Malgré tout, je n’arrive pas jusqu’au lac. Le chemin s’arrête, il y a une route trop fréquenté à mon goût pour y marcher en toute sécurité. Il y a bien ce qui ressemble à un sentier de l’autre côté de la route, mais qui grimpe dans la colline, donc pas franchement au niveau du lac. Je reviens sur mes pas, ne me lassant pas du paysage féérique. J’ai vu un petit ponton à bateau indiquant en début d’après-midi chaque jour, une croisière d’une heure sur le Lough Gill, avec le Rose of Inisfree ! Je croise les doigts pour que ce ne soit pas une blague. C’est un peu le bout du monde ici, Sligo. Un tourisme local, aucun Français, pas de masse, pas de touristos débilos. Que des Irlandais du Nord ou du Sud en vacances. Je suis la seule francophone. Et c’est à moi qu’on vient demander des renseignements pour les tickets ! 🙂 Bonjour les accents … Ici, c’est pas de la tarte; je vous assure. A duck = a docks. Le canard n’est pas un dock. Bref, je me suis amusée pendant le temps d’attente. Et on a vu arriver le bateau. Smile sur tous les visages. Je pense qu’on avait tous des doutes sur la véracité de la chose, surtout quand à l’heure dire : rien ! Mais on est en Irlande. Etre en retard, c’est normal. Un super équipage de 2 personnes très sympathiques, même si je saisissais un mot sur douze. Une ambiance familiale. Des gens qui déclamaient les vers de Yeats. L’équipage qui passait aussi la poésie et des infos sur le poète. Et du soleil. Des capitaines de quelques minutes le temps d’une photo. Et des paysages….

Très chouette promenade. Comme un rêve réalisé.

The lake Isle of Inisfree

Allons, je vais partir, partir pour Inisfree.
Et y bâtir une petite hutte d’argile et de rameaux tressés :
J’aurais là-bas neuf rangs de fèves, une ruche pour
l’abeille à miel,
Je vivrai seul dans la clairière embourdonnée d’abeilles.

Là-bas, j’aurai un peu de paix, car la paix tombe
doucement
Des voiles du matin sur le chant du grillon ;
Là-bas minuit n’est que miroitement et midi y rougeoie
d’une pourpre lueur,
Là-bas le soir est plein des ailes de linottes

Allons je vais partir, car nuit et jour j’entends
L’eau du lac clapoter en murmures légers sur la rive ;
Arrêté sur la route ou sur les pavés gris,
Je l’entends dans le tréfonds du coeur.

(Traduction de Jean Briat)

Une petite ambiance à la Robinson, ou plutôt à la Walden de Thoreau. Ce n’est pas un hasard.

Il a pourtant bien fallu que je retourne à Dublin. Ce ne fut pas pour autant une punition, mais après 3 jours au calme d’une petite ville au bord de l’eau dans la campagne irlandaise, la foule des touristos et des mômes par centaines envoyés en pseudo-colo linguistiques fut assez difficile. On a fait avec. Un petit tour à la plus mignonne librairie de Dublin, The Winding Stair (j’ai découvert que le nom de cette librairie indépendante faisait aussi référence à un recueil de poèmes de Yeats, décidement !! 🙂 ) Il y a aussi un « Escalier en spirale » à Sligo, mais je n’ai pas eu le temps de le chercher.

Je me suis offert la biographie sur le poète que j’ai vu partout (5€ partout aussi). Je ne sais pas ce que ça vaut mais pour le prix, ça vaut le coup de tenter l’expérience;

Quelques jours plus tard, je me suis rendue à la magnifique Hugh Lane Gallery, musée de peinture de la ville de Dublin (free entrance une fois encore !). J’ai découvert, entre autres, un portrait de Yeats, peint par son père John.

Je rassure tout le monde : je n’ai pas fait un séjour monomaniaque !!! J’ai fait beaucoup d’autres choses que de me laisser entraîner par WB ! (Et même pas tout ce que j’aurais voulu encore faire). Mais c’est l’occasion de s’apercevoir, qu’à l’instar de Joyce, il est partout.

Bien entendu, j’avais emporté un peu de lecture : quoi de mieux que les Contes et légendes d’Irlande de Yeats (édition Amazon traduit par Sylvie Aubert). Il y a 2 volumes. J’ai lu le premier. C’est croquignolet à souhait ! J’ai adoré l’histoire de Teig O Cathan et le cadavre (d’après Douglas Hyde) et Les cages des âmes d’après T. Crofton Croker, qui met en scène une sirène mâle, c’est-à-dire un merrow. Un merrow, c’est très laid, raison pour laquelle, les sirènes femelles préfèrent les hommes ! Ils ont « les dents vertes, les cheveux verts, des yeux de cochons, et le nez rouge »….

Désolée pour les photos qui ne sont pas d’une qualité au top mais je n’avais que mon smartphone à tout faire. Je suis partie avec un sac cabine.Comme j’aime.

Un conseil si vous envisagez un séjour à Dublin : choisissez plutôt une Guesthouse car le petit-déjeuner est compris dans le prix ! Je suis tombée dans une très belle GH dans un quartier populaire qui a priori ne payait pas de mine. Mais l’intérieur était magnifique et le breakfast au top ! Si vous ne voulez pas vous ruiner, sachez aussi qu’il faut réserver tôt. Sinon, il vous restera les hébergements les plus chers. Même chose pour un billet d’avion.

Je refais mes valises. J’ai des chroniques en retard. J’espère me rattraper….

Carpe diem !

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Padania blues – Nadia Busato

Traduit de l’italien par Karine Degliame-O’Keeffe

Barbie vit à Ogno, une petite ville paumée de la vallée du Pô, entre champs et usines. Elle est née là et n’a jamais quitté ce coin. Elle passe son temps à rêver d’autre chose, tout en travaillant dans un salon de coiffure, à regarder son père, ce looser culotté, scotché toute la journée devant la télé, revenu au bercail après deux ans d’absence, comme si de rien n’était. Ou plutôt depuis que l’Ukrainienne l’a jeté. Elle regarde sa mère qui courbe l’échine sans rien dire, encaisse, comme si c’était normal. Barbie est coquette. Une vraie caricature de l’Italienne obsédée par son look. Elle a un complexe : ses seins. Elle sait son effet sur la gente masculine. Elle rêve de rencontrer un photographe qui la rendra célèbre. Mais en attendant, elle travaille au salon de coiffure avec son meilleur pote, Maico. Ils échafaudent des plans et entretiennent leur culte du corps. Quitte à prendre des risques.

Oubliez la carte postale de l’Italie glamour, voyez au-delà des apparences. Nadia Busato nous entraîne dans un univers malsain, l’envers du décor de l’Italie dite riche, de l’Italie du Nord. Nous sommes en 2011, une certaine Italie de Berlusconi, de la téléréalité, de la crise économique. Derrière le glamour, le noir ! L’autrice réduit au carton-pâte le décor de péplum et en fait une bouillie pour raconter un drame. Cette histoire de Barbie, diminutif de Barbara (révélé assez tard dans le récit), elle la tire de faits divers. Elle a tout rassemblé pour en faire une seule histoire, celle des femmes italiennes réduites à l’état d’objet sexuel sans même qu’elles s’en aperçoivent. Elles rêvent de Cinne Città, de la grande vie, des flashs et du glamour mais la réalité est la prostitution., la drogue et un bidon d’essence… Voilà en vrai ce qu’offre la Ligue du Nord. Du rêve, du mirage mais pas du tout d’arriver à réaliser ses rêves d’épanouissement personnel. Avec la bénédiction de la gente masculine, pour une grande partie. Le machisme italien en prend pour son grade sous la plume de Nadia Busato.

Le style est cru, clash, violent. On s’en prend plein la poire (pour dire les choses poliment !). La fin est un coup de poing. Attention à l’oeil au beurre noir !

Je me suis laissée entraîner dans ce drame sans pouvoir rien faire, si ce n’est de regarder les personnages aller au casse-pipe. Une lecture avec laquelle j’ai eu des hauts et des bas, avant d’être rattrapée au vol par la fin qui m’a laissée pantoise.

Un roman qui ne va pas faire des heureux dans le monde du tourisme de Padanie. 🙂

Merci aux éditions de La Table Ronde.

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Crazy Brave (Le chant de mes combats) – Joy Harjo

Traduit par Nelcya Delanoë
et Joëlle Rostkowski

« Autrefois, j’étais si petite que je pouvais à peine voir au-dessus de la banquette arrière de la Cadillac noire que mon père avait achetée avec l’argent du pétrole extrait en terre indienne. (…) C’est vers cette période que j’ai appris à parler. C’est alors que quelque chose a changé ma relation avec la rotation de la Terre. Et chamboulé la façon que j’avais de regarder le soleil.  »

Ce livre n’est pas un roman mais la première partie de l’autobiographie de la poétesse amérindienne Crazy Brave (Joy Harjo) qui divise son récit à travers les quatre point cardinaux : Est, Nord, Ouest, Sud. A partir du moment où elle a commencé à parler, le temps s’est aboli ; portée par les mélodies de Miles Davis, bercée par un tournillon d’étoiles, son âme s’est envolée plus haut, vers l’univers de ses ancêtres.

Joy Harjo, de père creek et de mère cherokee, a grandi dans les années 50, dans la petite ville creek de Tulsa, sur la rivière Arkansas. La musique y est partout. Comme pour conjurer le sort de la déportation des Creeks, « chassés du Sud au XIXe siècle. En arrivant sur ces terres nouvelles, ils y avaient apporté leur feu sacré. (…) Chaque âme porte en elle un chant. ( …) Tulsa porte un chant qui monte de la rivière Arkansas vers la tombée du jour. »

Nous suivons la vie incroyablement compliquée de l’autrice, qui a subi la tyrannie de son beau-père, après le divorce de ses parents. Homme violent, alcoolique, il terrorisait toute la famille. Pour fuir cette univers invivable, elle demande a être inscrite dans un internat amérindien pour le lycée. Ainsi, elle part à Santa Fe, au Nouveau-Mexique . Une nouvelle vie s’ouvre à elle : elle se forge progressivement une âme d’artiste au contact d’autres communautés indiennes. De nouvelles amitiés se créent. « Nous formions une génération unie de jeunes artistes, ce qui ne nous empêchaient pas d’avoir à affronter nos différences tribales et historiques. Les étudiants sioux restaient entre eux. Les Pawnees, qui étaient leurs ennemis traditionnels, les évitaient autant que possible, jusqu’au jour où ils se retrouvaient à devoir partager un chambre ou à travailler à une oeuvre côte à côte dans le même atelier. »

Le lecteur est immergé dans le monde amérindien contemporain, pétri de misère et de son lot d’alcool et donc de déchéance et de violence. Joy Harjo devient mère très jeune, à 17 ans. Elle se retrouve enfermée dans des tâches ménagères et se rend très vite compte que ce n’est pas la vie qu’elle souhaite. Elle n’a pas de boulot. Le père de son fils travaille dans une pizzeria. Il est cheerokee et vit avec sa mère, qui ne voit pas d’un très bon oeil l’arrivée de Joy. Et c’est un cercle de violence qui se reproduit . Elle trouve un petit boulot dans une station-service et se barre, travaille dans un hôpital, reprend des études à l’université, rencontre le père de sa fille. Le quitte.

Joy Harjo raconte comment l’art, finalement, l’a sauvé de la misère, psychologique, comment il lui a permis de survivre en tant qu’Amérindienne, dans un monde où les hommes sont violents. Comment il lui a permis de s’engager pour le changement de la condition féminine.

Au début, j’ai eu un peu de mal à entrer dans le récit, entrecoupé de poèmes, habité par l’esprit chamanique de l’autrice. Mais plus j’ai avancé dans cette histoire personnelle, plus j’étais captivée. Je l’ai déjà dit, je m’intéresse à la condition et à l’histoire amérindienne. C’est un truc qui me fascine. J’ai eu cette chance de rencontrer lors de deux voyages au Canada, à l’Est et à l’Ouest, plusieurs communautés, complètement inconnues de nous en Europe, surtout à l’Ouest, en Colombie Britannique. Je lirai sûrement la suite de l’autobiographie de l’autrice, qui vient de paraître aux éditions du Globe.

Une belle découverte que je vous conseille.

Joy Harjo enseigne aujourd’hui l’écriture créative à l’université du Tennessee. Quel parcours !

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