Journal d’Irlande – Benoîte Groult

Je sais depuis longtemps que Benoîte Groult avait quelque chose à voir avec l’Irlande pour avoir lu 2 de ses romans, La touche étoile, en particulier . J’ignorais quel était exactement ce lien. J’ai compris quand a été publié en 2018, et après sa mort, Journal d’IrlandeCarnet de pêche et d’amour 1977-2003. Benoîte Groult et son mari Paul Guimard ont acheté une maison en 1977 en Irlande, après y être venus pendant plusieurs étés en camping camping-car. Pas n’importe où la maison, dans l’une des plus belles régions d’Irlande, le Sud-ouest , mais aussi l’une des plus touristiques : précisément, le comté de Kerry. Benoîte est férue de pêche. C’est pour cela qu’elle vient en Irlande chaque été pour quelques semaines, guère davantage, taquiner le bouquet (= crevette rose), la crevette (=crevette grise), le crabe vert, le touretau (=le crabe pas vert), le lieu, le maquereau…

Benoîte, dans ton journal, sérieux, tu n’arrêtes pas de brailler après la météo du Kerry, car il brouillasse, il bruimasse, il « drizzle ». J’ai envie de te dire que tu n’as choisi ni la bonne région ni la bonne saison pour assouvir ta passion de la pêche à pied. Tu as choisi la région la plus humide, en particulier ce petit bout perdu de Kerry à Bunavalla, près de Waterville. Forcément, dès qu’il pleut, on n’y voit plus ses pieds car ça fait du brouillard avec la mer. Je le sais, je l’ai vécu plusieurs fois, j’ai fait trempette dans la mer en plein brouillard, ça te réveille un mort et l’avantage c’est que personne ne te voit si au gré des vagues ton maillot de bain a décidé de vivre sa vie. 😄 C’est pas pour rien qu’il y a par là un paradis des surfers. C’est pas un coin pour la bronzette, tu vois.

Tu m’as pas mal fait rire, tu m’as pas mal agacée aussi avec ton caractère de cochon. J’ai souvent eu le sourcil en accent circonflexe, mais j’ai lu ton journal avec intérêt car cela m’intéresse toujours d’avoir un regard français sur un pays de coeur. On croise beaucoup de monde chez toi. Il manquait juste Pierre Perret, qui a une maison dans le Connemara. C’est mon presque voisin et c’est drôle de savoir que lui aussi adore l’Irlande.

Tu m’as filé plusieurs indigestions de bouquets et autres crabes. J’ai pensé à la surpêche. À l’épuisement de nos océans. Sans blague, tu es pire qu’un bateau de pêche industrielle quand tu t’y mets !😉 Mais, sur la fin de tes années irlandaises, tu remarques que l’industrie de la pêche commence à faire des ravages dans ton Paradis, avec cet élevage de saumons qui pollue, l’eau devient algo-mousseuse, un peu dégueu, quoi. Les crustacés se font plus rares, la pêche à pied plus compliquée.

J’avoue que c’est surtout la fin de ton journal, à partir des années 2000, qui a retenu mon intérêt. Les réflexions et l’humour noir, je sais pas, sont meilleurs. Tu évoques la canicule de 2003, qui a sévi en août, alors que tu viens récupérer tes dernières affaires avant le départ définitif. Quelle ironie ! Je l’ai vécueclà-bas, moi, cette canicule de cet été-là. Mémorable. Après 26 ans de pluie, tu écris : « Rien n’a changé dans le pré, mais l’été presque caniculaire, ici aussi, a transformé les jardins et donné un aspect normal aux arbres, fuchsias et autres verdures. On ne voit pas la souffrance des végétaux, cette année. L’Irlande va peut-être être la plus grande bénéficiaire du fameux réchauffement de la planète.«  C’était peut-être pour fêter le départ ? Si je te dis que l’été 2021 a été encore pire…

Globalement, ton journal m’a un peu ennuyée. Seule le dernier tiers a retenu mon attention. Peut-être que je l’ai trouvé trop personnel (en même temps, c’est un journal), j’étais presque gênée par instants, de voir débouler ton amant connu de ton mari, dès que ce dernier avait quitté les lieux. Trop intime sans doute. Et puis des pages entières ne mentionnant que la pluie et les kilogrammes de crustacés pêchés ont fini par me lasser. Moi qui cherche une maison en Irlande, un petit truc très simple sans faire la fine bouche, pour mes vieux jours, plus de 2 mois par an, je t’ai trouvée très gâtée et finalement très difficile.

Mais tu m’as fait rire. « Le drame de l’Irlande, c’est qu’elle me rend laide ! Visage et jambes débrunis, cheveux comme une empilage de toiles d’araignée, joue blafardes comme le ciel et l’ennui. Je me demande chaque matin où est la vérité : dans le miroir de ma salle de bains, où je suis a faire peur, ou dans celui de ma chambre, beaucoup plus flatteur ? »

« Très fortes rafales cette nuit. Je retousse. Ce climat me ronge les poumons : je ne guérirait qu’en France. »

« L’Irlande est un pays épuisant. Il faut être jeune ou fou, ou ivrogne, ou abruti, pour y survivre : ou mieux, les quatre à la fois! »

Enfin, pas du meilleur goût la couverture avec Mitterrand, pourtant très absent du journal, sauf 1 jour en 26 ans (heureusement). C’est un peu rebutant. C’est sans doute pourquoi j’ai traîné à lire ce livre malgré sa parution en poche.

Une lecture en demi-teinte, entre rire et agacement. C’est assez bizarre, comme impression ! En tout cas, apocalyptique pour n’importe quel néophyte qui croira que l’Irlande est un pays invivable, arriérée, débile. Sachez que c’est faux, Benoîe abuse !😂

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N’importe où sauf ici – Rob Doyle

Traduit par Alice Zeniter

Voici un livre qui vous propose un drôle de voyage. Mais je vais d’abord faire une remarque sur l’indication de la couverture : « Roman traduit de l’irlandais« . Je suis un peu désolée de lire que ce livre est traduit de l’irlandais !!🙄 Le titre original est Threshold. Jusqu’à preuve du contraire, c’est de l’anglais et pas du gaélique ! Terme qui signifie, « seuil, commencement ». La bévue est rectifiée dès qu’on ouvre le livre : « traduit de l’anglais (Irlande) par Alice Zeniter. Ouf ! Concernant la catégorie, c’est un roman et non une autobiographie. On tend à penser à une autofiction puisqu’on retrouve un narrateur nommé Rob et que certains éléments ne sont pas étrangers à la vie de l’auteur, comme un certain séjour à Zagreb, des séjours à Berlin (où l’auteur habite aujourd’hui) et la nationalité irlandaise. Mais finalement peu importe. Il s’agit d’une fiction et on ne va pas s’amuser à croire que tout ce que raconte le narrateur est vrai, vécu, disséquer le vrai du faux. On s’en fiche.

Pour le pitch, c’est l’histoire d’un mec (lol) qui veut écrire un livre et qui cherche l’inspiration quitte à franchir la frontière de la légalité. C’est quelqu’un qui n’est jamais bien où il est. Alors il n’arrête pas de voyager, d’aller sur les traces des hommes de lettres sur lesquels il voudrait écrire, ou qu’il voudrait imiter. Il fatigue un peu par son inconstance. On va faire deux sortes de voyage avec lui : le légal : passer les frontières, aller à Dublin, Paris, Berlin, Barcelone, Sicile… et un autre voyage plus particulier, sous psychotropes divers. Champignons hallucinogènes, tramadol, vallium, LSD et la DMT. Alcool, aussi. Ce qui ne veut pas dire que le narrateur est stone à longueur de pages mais il y a tout de même des expériences particulières dans lesquelles il vous entraîne qui ne sont pas piquées des hannetons ! Je pense que la visite du palais de Tokyo, lors de l’exposition de l’artiste Tino Sehgal est mémorable pour moi. Je ne sais pas si je pourrais retourner là-bas sans avoir un peu la trouille !! 😄

C’est un roman qui vous promène dans un underground littéraire. Tout un catalogue de personnalités apparaissent : Ciroran, Bataille, Bolano, Breton (un peu )… J’en oublie sûrement. C’est un livre bourré d’humour (noir), normal, c’est un auteur irlandais ! Mais aussi pétries de scènes hard (n’ayez pas peu de tomber dans quelques scènes pornos ou scatos ). Deux voix s’expriment. On comprend à la fin qui est cette deuxième voix qui apparaît en alternance. C’est un livre sur la folie aussi. On croise des gens bien à la masse !

Rob Doyle n’a pas peur de provoquer le lecteur. Il ne fait pas dans la nuance mais dans l’exagération. On n’est pas forcément d’accord avec ses propos mais j’avoue que j’ai globalement aimé ce roman, malgré quelques longueurs, surtout pour le dernier chapitre.

Je me suis promis de regarder d’un peu plus près la pelouse de Phoenix Park à Dublin.😂

Ce livre plaira aux amateurs de voyages particuliers.

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Les amours dispersées – Maylis Besserie

C’est bien connu en Irlande, « WB », autrement dit William Butler Yeats pour les néophytes, est LE poète, le roi, le plus grand, l’éternel poète de l’Irlande parmi les poètes irlandais. Enterré à Drumcliffe, petit village du mythique comté de Sligo blotti au pied du mont Ben Bulben, tous ceux qui l’admirent, les Irlandais comme les touristes, vont lui rendre hommage par centaines chaque année. On connaît la célèbre épitaphe au-dessus de son tombeau (qui a également donné son titre à un livre de Michel Déon, Cavalier, passe ton chemin !). W. B. Yeats est le poète de l’Irlande éternelle, celle des fées, des banshee, du petit peuple caché, de la reine Maeve, des enfants de Lir, d’Innisfree. C’est aussi l’homme farouchement attaché à l’indépendance de l’Irlande, celui qui deviendra sénateur pour défendre la cause. C’est aussi le fondateur de l’Abbey Theatre. Voilà, Yeats, c’est l’Irlande. Il résume à lui seul, son histoire, son folklore, sa mythologie, la formidable création artistique engagée qui a accompagné la lutte pour l’indépendance.

Mais W. B. Yeats, c’est aussi un amoureux non aimé en retour. Une blessure profonde qui finalement va être le terreau de sa fertilité créative et de la beauté de ses textes. La belle Maud Gonne se bat pour la cause irlandaise. Il sera à ses côtés. Toujours. De façon un peu dingue.

Pourtant qui aurait douté du contenu de son tombeau ? Maylis Besserie se plonge dans une drôle d’histoire véridique. WB est mort en 1939 à Roquebrune-Cap-Martin, dans le sud de la France. Il avait demandé à sa femme de l’enterrer en France puis que sa dépouille soit déposée en Irlande, au pied du mont Ben Bulben, dans le comté qu’il chérissait tant. Mais la guerre a contrarié un peu les projets et c’est seulement en 1948 que Yeats est rendu à l’Irlande, dans un incroyable imbroglio diplomatique découvert plus tard. Le scandale éclate en 2015 quand Daniel Paris, fils de diplomate, petit-fils de Paul Claudel (!) découvre le pot aux roses. Le corps du poète aurait fini dans la fosse commune et ce sont les restes éparpillés de plusieurs personnes qui auraient fait le voyage en Irlande dans le tombeau de Yeats. A ce moment-là, Madeleine, jeune femme de Roquebrune vient d’enterrer une voisine, ce qui la renvoie à une autre personne chère à son coeur, sa propre grand-mère. Dans une demi-somnolence, elle la voit s’extirper de son cercueil et virevolter. Jeanne, la survivante à la malédiction. « Les proches sont tombés comme des mouches, à la fleur de l’âge, comme s’ils n’étaient pas faits pour durer dans ce monde. La mère de Madeleine n’a pas échappé à la malédiction, elle les a quittés peu après sa naissance, rejoignant des oncles, des tantes, des jeunes du caveau.(….) Seule sa grand-mère, l’invincible Jeanne, a tenu bon. » Pourtant Jeanne a un secret. Madeleine, est à la fois intriguée par le mystère qu’elle vient d’entendre et en colère. Comment a-t-on pu manquer autant de respect aux familles et aux morts? Elle ne connaît rien à l’Irlande, ni à Yeats. Avec d’autres habitants, elle fonde l’association Les Dispersés pour enquêter sur cette affaire. Ce qu’elle ignore, c’est qu’elle va être en quelque sorte le medium entre les monde des morts et celui des vivants. Au moment même où dans le cimetière de Saint-Pancrace naissent Les Dispersés, « un oiseau, sans doute un faucon pèlerin, fait tournoyer ses ailes mouchetées dans l’air chargé de particules fines. Il survole le mur et se pose sur une stèle érigée en souvenir du passage du poète dans le cimetière. Ses serres recouvrent une licorne ailée, saisie au beau milieu de sa foulée aérienne, sous laquelle on lit : William Butler Yeats 1886-1939. Il la frappe de son bec comme pour interrompre la course folle de la créature dans les airs et pique la pierre jusqu’à la lézarder.

Ce roman abolit la frontière entre la vie et la mort, entre le réel et le merveilleux, comme adorait le faire W. B. Yeats, adepte des sciences occultes. Maylis Besserie emporte avec beaucoup de talent le lecteur à travers un incroyable voyage entre la France et l’Irlande. L’Irlande envoûtante. Celle qui vous fait déclamer des vers au coin d’un verre de stout. Elle donne la parole à Yeats, incroyablement ressuscité sous nos yeux. On l’entend se raconter à travers des lignes d’une beauté poétique remarquable. La notion de temps est abolie, comme souvent en Irlande où le présent et le passé ne font qu’un.

« J’ai senti le parfum de son Irlande emporter mon âme au-delà de l’horizon, au-delà de la mer, la verser dans les lacs et les rivières du Sidh, au bord des îles merveilleuses battues par des vents désolés. J’étais apprenti poète, caché par le père, caché par le peintre, John, dont les toiles azur couvertes de satyres se couchaient sur mes rêves juvéniles. Quand l’auguste silhouette de six pieds de haut, la souveraine soufflée de boucles bronze, a frappé, j’ai ouvert.
Elle est entrée comme une ombre. Elle a glissé et s’est fichée dans mon oeil, entre mes paupières que la poussière a refermées. Comme l’eau dans le bois. Maud s’est insinuée, elixir divin : une goutte pour chacune de mes pensées. Lionne majestueuse, elle s’est enfoncée dans la maison, le visage fendu par la lumière froide de Londres. »

J’ai adoré suivre la petite troupe de Français des Dispersés qui mettent pour la première fois les pieds en Irlande, à Sligo et Dublin. Je les regardais faire d’un air amusé (genre : mais nan les gars, prenez le bus pour aller à Drumcliffe, pas le taxi ! 🙂 )Touchés par « la cocaïne des tourbières » pour reprendre l’expression de Hervé Jaouen, ils font un voyage qu’ils n’auraient jamais imaginé et qu’ils n’oublieront jamais. J’ai adoré revivre l’Histoire de l’Irlande à travers Yeats, dont l’esprit est parfaitement restitué.

Mon coeur va à ce livre, qui m’a tenue éveillée tard la nuit, bercée par cette prose merveilleuse. Une histoire extrêmement bien écrite, une écriture très travaillée qui ne laisse rien au hasard. Maylis Besserie, à l’instar de W. B. Yeats, invite à jeter un autre regard sur la mort.

C’est le deuxième volume d’une trilogie irlandaise, si j’ai bien compris, dont le premier volume (chroniqué ici même), Le tiers temps, est dédié à Samuel Beckett (Goncourt du Premier Roman). C’est l’un de mes coups de coeur 2021. Le troisième volume sera consacré à Bacon. J’ai un gros regret qui est de ne pas avoir pu assister à la rencontre au Centre culturel irlandais pour des problèmes très prosaïques. Peut-être pourrais-je me rattraper avec un enregistrement de l’entretien.

Je vous invite très chaudement à lire ce roman qui donne envie de (re)plonger dans la poésie de Yeats mais aussi de découvrir ses contes (récemment traduits en français) que j’ai en VO. Ils seront dans mon sac à dos cet été car je pars pour le comté de Sligo (c’était décidé avant de lire ce livre mais là j’y suis à 3 millions de pourcent !), visité très brièvement en 2004.

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Voyage en territoire inconnu – David Park

Traduit par Cécile Arnaud

Aujourd’hui, je vous emmène en balade du côté de l’Irlande du Nord, avec la découverte d’une nouvelle plume traduite en français. David Park nous embarque un jour de blizzard d’une densité exceptionnelle pour un Voyage en territoire inconnu. Intrigant, n’est-ce pas ?

Nous sommes à la vieille de Noël. Qui ne rêve pas d’un Noël blanc ? C’est ce qu’il se passe entre Belfast et l’Angleterre. Mais ce n’est pas vraiment un plaisir : une tempête de neige bloque tous les transports terrestres et aériens. Les avions sont cloués au sol. Tom et Lorna sont très inquiets pour leur fils Luke, étudiant resté coincé à Sunderland. Il est malade. Pas trente-six solutions. Tom va embarquer sa voiture sur un ferry pour récupérer son fils et le ramener à la maison. Un thermos, des sandwichs, de la musique et il se lance sur la route glissante.

Nous suivons le père de famille dans une Odyssée enneigée qui ne sera pas une longue ligne droite. Des rencontres fortuites et ce GPS le font changer de trajet, le retarde, le disperse. Un voyage en noir et blanc pour Tom, photographe professionnel habitué à immortaliser les moments inoubliables, à les mettre en scène. Lui-même a dans l’esprit un événement inoubliable. Mais dont il se serait bien passé, qu’il voudrait effacer de sa mémoire. Finalement, ce voyage va le confronter à ce qui l’étouffe depuis trop longtemps. Un exil intérieur jusqu’aux tréfonds des bleus de l’âme. Son trajet est celui d’une absence, d’un absent qui pourtant hante l’habitacle de la voiture et peuple ses nuits.

David Park distille des indices, tels des cristaux de neige, fait monter un suspense et une tension discrètement ténus qui ne nous lâche pas, sans se départir d’une plume douce qui étonne.

Une histoire de relation père-fils, de mots qui s’envolent comme des coups de poing, d’un drame qu’on a senti poindre mais pour lequel on a été dans l’incapacité de réagir à temps. D’un événement qu’on a tu. Une quête de rédemption qui éclaire d’un angle nouveau le voyage de Tom pour ramener un autre enfant à la maison, sain et sauf, cette fois.

J’ai adoré ce premier roman de David Park traduit en français et qui mérite à être davantage connu. L’auteur est multi- primé au Royaume-Uni et Roddy Doyle en est un fervent admirateur !

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Une arche de lumière – Dermot Bolger

Traduit par Marie-Hélène Dumas

Devinez où j’étais ces quinze derniers jours ? Très souvent entre le comté de Mayo, Dublin, le Wexford, l’Espagne, le Maroc, Londres et le Kenya avec… Eva.

Dans la famille Goold Verschoyle, je voudrais la fille cadette ! Mais oui, souvenez-vous de Toute la famille sur la jetée du Paradis dont je vous ai parlé en 2012 je crois. C’est avec cette incroyable fresque historique, sociale et familiale que j’ai fait la connaissance de Dermot Bolger, au fin fond du comté de Donegal. C’est avec plaisir tout à fait certain que j’ai retrouvé cette « suite » (même si Dermot Bolger se défend d’avoir écrit une suite et revendique plutôt un portrait de la fille cadette de la famille). N’empêche, on l’avait laissé mariér malgré son esprit libre, mère de 3 enfants, embringuée avec un certain Freddie Fitzgerald dont elle porte désormais le nom. Le bonhomme est à peu près tout le contraire d’Eva. Elle ne sait pas vraiment pourquoi elle est « rentrée dans le moule » de la société bien bien-pensante de l’époque en épousant cet aristocrate éculé. Les temps changent en Irlande, mais pas Freddie ! Nous la retrouvons en 1949, en train de faire ses valises à la quasi-veille de son demi-siècle. Les enfants sont élevés, adultes. Elle peut désormais tenir la promesse faite à sa mère celle du droit au bonheur. Ce quu ne veut pas dire délaisser ses enfants. Francis aura tant besoin d’elle ; Hazel est tellement « tout feu, tou flamme ». Mais remettons tout ça dans le contexte de l’époque : en Irlande, le divorce n’existe pas, une femme est mineure à vie, dépendante de son époux jusque pour avoir un passeport. Bon, c’était kif-kif en France… Eva quitte donc Freddie. Ce n’est pas si facile dans son esprit le moment venu, où elle le regarde dormir dans la même pièce qu’elle. Malgré leurs disputes, elle n’a pas de haine pour lui, juste de la colère, des reproches, mais aussi de l’affection, toujours. C’était juste pas le bon numéro, celui tiré par dépit amoureux. Lui, finit par se réveiller et n’est pas surpris de la voir le quitter. Il lui dit qu’il va s’atteler « à fermer [Glanmire House] correctement, sinon les Gitans entreront et emporteront tout » . Ce manoir transformé en maison de chasse est la seule chose qu’il reste à Freddie, le parent pauvre du clan Fitzgerald qui détient le gigantesque et somptueux Turlough Park. Il est alcoolique, il a un pied bot, il est dans le dénigrement de la société irlandaise qui change en ces années 50.

Nous allons suivre Eva jusqu’à l’an 2000. Une traversée du demi-siècle qu’il lui reste à vivre, comme femme libre, qui se cherche une place dans la société, qui s’interroge sur le rôle d’une femme délivré e des liens du mariage, qui interroge la notion de bonheur. Eva est une rêveuse qui souhaite réaliser ses rêves. Elle va comprendre que la réalité est parfois rude. Elle va se relever inlassablement de chaque coup dure, rebondir et repartir sur de nouvelles voies. Artiste peintre, elle veut libérer l’imagination des enfants grâce à la peinture dans cette société irlandaise corsetée. Puis elle se cherche dans l’écriture. Mais c’est difficile pour une femme à l’esprit aussi libre qu’elle de se faire accepter par les éditeurs. Finalement, elle va se créer un univers bien à elle, dans une caravane surnommée L’Arche de lumière par sa petite-fille. Elle va être un âme réconfortante pour les gens un peu paumé dans la vie, pour les âmes esseulées quelles qu’elles soient, humaine ou animale. Ceux qui ne savent pas trop comment se trouver, se sentir bien dans une société pas toujours simple. Un jour, elle rencontre un certain Donal, jeune chômeur d’une vingtaine d’années qui voudrait être écrivain… Devinez qui c’est ! 😉

Pour ceux qui l’ignorent, et c’est ce que rappelle Dermot Bolger dans la postface de l’ouvrage, c’est qu’il s’est inspiré d’une histoire vraie. Eva a été inspirée par Sheila. Toute la famille a existé. Les noms ont été changés pour tout un tas de raison, notamment le fait que c’est tout de même bien difficile de savoir qui est exactement quelqu’un (on ne sera jamais dans son esprit), tout comme il est difficile de se connaître complètement soi-même. Sheila a finalement été le mentor de Dermot Bolger, celle qui lui a donné la force de réussir dans son projet alors qu’il était ouvrier et chômeur. Bon, mais tout ça est la dimension supplémentaire du récit que l’on apprend à la fin.

J’ai mis 2 semaines à lire ce livre, à traverser un demi-siècle en compagnie d’Eva. Il se passe tellement de choses dans sa vie si riche, mais aussi très tragique. On ne s’ennuie pas, c’est incroyablement raconté, avec, par instants, un sens du suspense qui vous assomme ! On se prend, à l’instar d’Eva, quelques coups durs ! Ses sentiments sont ainsi parfaitement bien retranscrits, sans que l’on tombe dans le larmoyant, parce que, même quand elle est dans des moments d’abattement profond, il y a toujours une petite lumière au fond d’elle qui reprend le dessus et la vie reprend. C’était génial de vivre dans cette caravane trimbalée du Mayo au Wexford, jusqu’au dernier moment où cela fût possible. J’ai quitté à regret Johnny le chien, et tous les chats qu’elle a hébergés. En revanche, j’ai eu quelques surprises avec la traduction quand j’ai lu le mot « Gitan » à plusieurs reprises. J’ai eu le pressentiment que le mot employé n’était pas tout à fait exact. Je voyais poindre le mot « tinker » dans la version originale. Et bingo, c’était bien ce mot qu’a employé Dermot Bolger (donc pas le mot « gypsy » ou « travellers ». Il n’y a pas de Gitans en Irlande dans les années 50-60, encore moins au fin fond du Mayo. Il y a des retameurs, des ferrailleurs nomades qui vendent leurs services. Ils sont spécialistes du travail des métaux. Rafistolent les outils agricoles, fabriquent des boites de conserves… Ce sont des Irlandais, avec des bouilles qui vont avec, si je puis dire. J’ai lu (en diagonal) un livre sur le sujet, écrit des universitaires américains : Irish Travellers, the unsettled life, de Sharon Bohon Gmekch et George Gmelch, Indiana University Press, 2014, qui raconte entre autres, l’origine sémantique du mot « tinker« , liée aux métaux et l’évolution de leur vie. Ils ont été très discriminés quand ils ont commencé à chercher du travail en ville, dans les années 70 et c’est devenu un mot péjoratif. En tout cas, bien que la communauté des gens du voyage irlandais soit complexe, ce ne sont pas des Gitans – et pas des Roms non plus, même si de nos jours, vous pouvez croiser des Roms à Dublin.

Dermot Bolger a mis une dizaine d’années pour écrire ce roman envoûtant. Alors je lui pardonne quelques répétitions.

C’est un incroyable voyage dans le temps et l’histoire de l’Irlande que je vous invite à faire, sur les pas d’une femme hors normes très attachante. J’ai beaucoup aimé et je pense que c’est un livre dont on se souvient longtemps, comme Toute la famille sur la jetée du Paradis.

Vous pouvez visiter la maison mère du clan Fitzgerald : Turlough Park, qui devenu un musée national. Je pense qu’il a fusionné avec le terrain/manoir qu’Eva/Sheila a vendu à quelqu’un sur la même longueur d’ondes qu’elle. Il voulait en faire une réserve naturelle, un truc tendance bio etc. Je n’y suis jamais allée mais il paraît que c’est très bien.

(Il est tard, ma chronique a sans doute des coquilles et des maladresses mais je corrigerai plus tard..😉)

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Rentrée littéraire d’hiver

Cette année, on est fichtrement gâté pour cette rentrée littéraire d’hiver, avec plus de 500 publications ! Une des conséquences du confinement de 2020 ? Peu importe car on va avoir besoin de littérature pour tenir le coup, garder de l’espoir puisque 2022 commence plutôt mal. Obligation de 3 jours sur 5 de télétravail jusqu’au 22 janvier. Ça veut dire moins sortir, moins voir du monde et tenter de ne pas se laisser broyer par les difficultés et l’hécatombe covidesque au boulot – je suis la seule rescapée !😵 Donc, vive la bonne littérature ! Je suis d’autant plus heureuse qu’une librairie indépendante a ouvert près de chez moi et elle reçoit des auteurs. 🥂✌ Enfin ! On attendait ça depuis tellement longtemps !

Je vous présente déjà les parutions en vue concernant la littérature irlandaise. Je suis déjà en train de dévorer Une arche de lumière de Dermot Bolger, roman paru le 6 janvier, qui est la suite de Toute la famille sur la jetée du Paradis. Une fois encore, vous pouvez lire l’un sans avoir lu l’autre, les éléments essentiels sont rappelés au début du livre. Ce livre met sur le devant de la scène Eva, la fille cadette de la famille anglo-irlandaise bienfaisante Goold Verschoyle. Eva est la plus rêveuse, une artiste dans l’âme. Une femme éprise de liberté mais qui s’est rangée par convention dans les liens du mariage avec Freddie Fitzgerald. C’est ainsi que nous l’avions laissée. A présent, elle décide de mettre à exécution ses envies de liberté. Une façon de savoir qui elle est vraiment. Je ne peux que vous recommander de faire la connaissance de Dermot Bolger si ce n’est pas déjà fait !

Traduit par Marie-Hélène Dumas

Et voici la suite en matière de littérature irlandaise et assimilée . J’avais adoré Le tiers temps de Maylis Besserie sur les derniers jour de Beckett. Donc je ne peux pas rater celui sur Yeats.🤩 A paraître le 13 janvier.

Un roman sur le discret W. B. Yeats et le mystère qui entoure son cercueil
Un nouveau venu d’Irlande du Nord. A paraître en février chez La Table Ronde

Joie de voir le deuxième livre de Conor O’Callaghan à paraître en mars (tant qu’on y est, je vous mets les premières bonnes nouvelles du printemps !)

Encore un nouvel auteur irlandais enfin traduit en France : Rob Doyle, que j’avais écouté lors d’un festival au Centre culturel irlandais. Il ne pensait pas être un jour publié à Paris. Comme quoi…. Il est décrit par l’éditeur comme l’auteur le plus original. J’espère pas au point que ce soit incompréhensible… À suivre ! A paraître en janvier.

Ce n’est pas le 1er livre de Rob Doyle, mais le 1er publié en France par le Diable Vauvert et traduit par Alice Zeniter, rien que ça !!

Un roman devenu quasiment un classique de la littérature irlandaise, Entre toutes les femmes de John McGahern est réédité en avril ! Je l’ai en version Albin Michel, acheté lors de sa parution. Je ne sais pas si c’est le même traducteur…

Enfin, Perrine Leblanc, journaliste québécoise nous parle de l’Irlande du Nord dans son roman Gens du Nord, à paraître le 22 février

Un petit aperçu en vrac du reste qui me fait fichtrement envie ! Beaucoup de nordiques, avec l’incontournable romancier poétique Jon Kalman Stefansson traduit par notre Eric Boury national ! Je suis un peu beaucoup en retard avec les deux sur mes étagères et toujours pas lus, mais bon, c’est un auteur que j’aime beaucoup. C’est déjà dans les bacs des libraires.

Très curieuse de découvrir Sjon et cette incarnation du Mal dans Blond comme les blés . Ça sort le 21 janvier.

Traduit par Eric Boury

Voilà, c’est déjà pas mal ! Et vous, que comptez-vous lire ?

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Bilan 2021

Je n’ai rien vu passer, le temps semble s’être accéléré en 2021, année covidée une fois encore. Mais heureusement les confinements et autres couvre-feux se sont arrêtés en début d’année (en mars ? je ne me souviens même pas). Tous les commerces ont rouvert. Les vaccins ont fait leur apparition.On pensait s’en sortir. Dire bye bye à ce foutu virus qui mute (normal, c’est un virus !). Mais vous connaissez la suite…

Malgré cela, 2021, ce fut la joie de retrouver une activité culturelle normale. Les rencontres et festivals littéraires. Cela n’a pourtant pas bien commencé. Coup manqué pour Quai du Polar qui a annoncé Arnaldur Indridason et quelques autres pointures étrangères, avant de faire savoir que les intéressés ne pouvaient pas venir. J’ai vraiment été déçue par Arnaldur, soyons clair. Quant aux organisateurs, j’ai envie de dire que lorsqu’on est un peu sérieux, on évalue les risques ! On évite d’inviter des auteurs étrangers si c’est pour décevoir les lecteurs par la suite. Juin, c’était peut-être encore trop tôt. J’ai tout annulé.

Tout a vraiment redémarré en septembre et là je me suis régalée : Colum McCann, Paul Lynch, Donal Ryan au Centre culturel irlandais. Merci à Colum, et à son ami et musicien violoniste Colm Mac Con Iomaire d’avoir fait venir le soleil à Paris en ce samedi après-midi de septembre, c’était magique après une année et demie d’obscurité ! Puis je suis allée pour la première fois au Livre sur la Place à Nancy, sous un soleil de plomb ! J’ai assisté à plusieurs tables rondes consacrées à la rentrée littéraire, dont une rencontre avec le génial Johathan Coe et je me suis fait dédicacé le dernier Sorj Chalandon. La sublime ville de Nancy fait le reste pour que mon week-end littéraire soit totalement réussi ! Et puis, l’apothéose de cette année bien noire fut de retourner à Dublin et de me faire un trip culturel, sous contrainte de réservations à gogo mais j’ai réussi ! Quelle joie que les mots ne peuvent pas vraiment exprimer, en fait. J’y suis allée au bon moment. Un mois après mon retour, c’est plus compliqué…

Côté lecture, j’ai lu 55 livres – davantage que l’an dernier (50) et j’en ai chroniqué presque autant (52 chroniques, contre 40 l’an dernier) – seuls quelques-uns sont passés à l’as par manque de temps ou d’inspiration, notamment le sublime Silence de la mer de Vercors. J’ai dévoré Le coeur de l’Angleterre de Jonathan Coe dont je reparlerai. Je suis actuellement dans une dystopie, Dans l’Etat sauvage, de l’Américaine Diane Cook.

Il faut dire que j’ai beaucoup bougé, visité et marché. Redécouvrir Amboise sous l’aune de Léonard de Vinci, y découvrir un château caché, château Gaillard, dont la visite a été faite par son propriétaire et mécène). Je suis allée deux fois en Bretagne (en mars, juste pour voir la mer et respirer de l’air iodé alors qu’on était confiné le soir, puis cet été dans la très jolie baie de Paimpol, pour marcher et me baigner, visiter les ruines de la très belle abbaye de Beauport reconvertie en site éco-culturel. Ce fut peut-être la seule semaine où le soleil a été radieux en Bretagne. J’ai fui la grisaille parisienne avec une escapade à Trouville, sur la trace de Marguerite Duras, Proust et Flaubert.Je suis retournée dans Hautes-Alpes où je n’étais plus allée depuis au moins 20 ans. J’ai été dépitée par le Bassin d’Arcachon et sa foule agglutinée comme des veaux de mer sur le sable. Le genre qui me fait dégager avant même de le dire. En plus il a fait moche ! Même en Ile de France, j’ai (re)découvert le patrimoine local : la Propriété Caillebotte, La Feuilleraie de St Exupéry; à Paris, la Maison Balzac, le musée Marmottant Monet pour la sublime expo sur le peintre danois Peder Severin Kroyer, le musée Cognac Jay, le musée Carnavalet rénové, l’Hôtel de la Marine sublimement remis dans son jus 18e siècle, l’Hôtel de Soubise qui sert de musée aux Archives nationales de France, le Petit Palais pour voir la très belle expo sur le peintre russe Ilya Répine et enfin l’incroyable collection des frères Morozov à la Fondation Vuitton.
A Dublin, j’ai visité l’expo sur Jack Yeats « Painting & Memory » à la National Gallery of Ireland, où je n(avais pas remis les pieds depuis 2003. Jacks Yeats est le frère de William et j’admire la variété de son oeuvre. Je suis également allée à la Grande Poste Centrale pour voir l’expo sur la Rébellion de 1916, dans le musée qui a ouvert à l’occasion du centenaire, A Witness History. C’était très bien fait, pédagogique et vivant, avec des supports multiples. J’ai visité le très attendu (par moi) Museum of Literature Ireland ouvert depuis septembre 2019. Excellent. Il y a une expo consacrée à Ulysse depuis décembre. Ce musée consacre une grosse partie à Joyce et il y a une petite chasse au trésor à faire pour retrouver des scènes emblématiques d’Ulysse disséminées dans certaines pièces. Pas facile de les interpréter quand on n’a pas lu entièrement cette oeuvre. Pour ma part, actuellement, j’en ai lu 10 chapitres. J’en reparlerai… Malgré la contrainte des réservations obligatoires, j’ai tenu mon programme.

Côté littérature irlandaise et apparentée, j’ai lu 15 livres, il me semble. Après une année morne, ce fut enthousiasmant ! De nombreux coups de coeur, d’ailleurs ! Tout est chroniqué (sauf le dernier Edna O’Brien sur le coupe Joyce, qui m’est tombé des mains).

Côté blog justement, les stats sont en hausse. Il a reçu 7671 visites à l’heure où j’écris (7390 l’an dernier au 31/12) dont 170 en provenance d’Irlande – je suis intriguée un petit peu 🙂 . 138 personnes sont désormais abonnées au blog (dont 4 par mail que vous ne voyez pas), soit + 21. Je ne peux pas dire si ces gens viennent lire les articles, cela dit. Il a reçu 253 commentaires (dont les miens) contre 189 l’an dernier. Je précise que je n’ai pas mis ma famille et mes potes sur coup. 🙂 Que je ne coupe pas non plus mes articles pour faire monter le nombre de vues. La plupart des visiteurs n’arrivent pas là par Instagram. Mais d’abord en premier lieu par les moteurs de recherche (plus de 5000 fois), par les abonnements, puis par… Facebook (387 fois !, contre 83 fois pour Instagram) et par Bibliosurf (112 fois).

Comme quoi, les blogs, pas morts ! Loin de la ronde d’effets de style de Boosksta, où il y a tout et n’importe quoi. Où ça s’abonne comme ça se désabonne . Les montagnes russes, moi ça me donne le tournis ! Je crois que j’ai cumulé à un peu plus de 405 abonnés au moment du Mois de la littérature libanaise, mais ça ne veut pas dire grand chose. Je dois être à 394 actuellement. CQFD. Je préfère la qualité à la quantité, de toutes façons. Je déteste les extrêmes, quels qu’ils soient. Les ayatollahs. (Sauf pour la vaccination LOL!). Je déteste aussi le consensus. Le fait que le livre à la mode doit forcément n’avoir que des avis positifs. Je déteste la malhonnêteté, le vol. Les gens qui s’approprient volontairement les idées des autres sans les citer avec un simple hashtag. Heureusement, ça ne me concerne pas mais c’est un beau reflet des dérives des réseaux sociaux. C’est du gros fake. Bref, je préfère toujours les blogs littéraires à Bookstagram. Je crois qu’il y a de plus en plus de photos autres que des livres sur mon profil IG. Du coup, j’ai reçu des propositions de partenariats étranges. OMG ! En vrac : moi « vendre » des bougies parfumées, des vêtements de sport, faire des photos pour des sites de voyage inconnus de gens inconnus autoproclamés PDG de leur société d’auto-entrepreneur, où on m’a fait miroité plein d’avantages. Eh, les gars, contrairement à vous j’ai un boulot dont je vis. J’ai eu des moments de fou rire !! Je passe sur les attachés de presse que je ne connais pas, qui envoient des mails pour me proposer des livres et ne m’envoient pas les livres… Pas grave, mais ça laisse perplexe. Heureusement, j’ai eu également de belles surprises et aussi de beaux échanges.

J’ai organisé trois mois thématiques dont deux ont super bien marché (Le mois de la littérature libanaise et le Mois irlandais. Le troisième, sur le « Nature Writing », alors que j’avais pourtant fait un rapide sondage, positif, a été un flop. C’est beaucoup de boulot. J’étais un peu déçue. J’avoue que je n’ai pas trop le temps de faire du « teasing ». Voilà encore une des dérives de Booksta. Je ne me relancerai pas là-dedans.

Pour 2022, je ne sais pas ce que vous souhaitez, mais moi, c’est pas compliqué : voyager comme avant, passer davantage de temps en Irlande. Avoir autant, sinon davantage de coups de coeur littéraires que cette année. Avoir toujours la possibilité d’assister à des rencontres littéraires, d’aller au musée. Le petit supplément d’âme de toute vie ordinaire, quoi ! En 2021, j’ai arrêté de prendre des notes de mes lectures avant de rédiger les chroniques. En 2022, je vais les reprendre car ça permet un peu plus d’analyse. Je vais aussi essayer d’arrêter de rédiger avec mon smartphone, sur l’appli WordPress, ça met le souk dans la mise en pages, d’autant que la dernière version n’est pas géniale.

La rentrée littéraire d’hiver approche avec un nombre de publications démentiel. J’ai hâte, surtout pour la littérature irlandaise – je n’ai pas encore vraiment regardé le reste avec attention ! Je ferai un petit topo très bientôt. Mais je suis ravie de voir que W. B. Yeats va être au programme.

En attendant, je vous souhaite un bon réveillon non confiné (ça s’arrose !) et que l’année 2022 vous soit meilleure que 2021.

Excellente année livresque !

A bientôt.


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Mes meilleures lectures de l’année

Allez un petit coup d’oeil dans le rétroviseur pour mettre en lumière les livres qui ont marqué mon année 2021. Ceux que j’aimerais que tout le monde lise ! Mais en fait c’est le très bon du très bon car j’avoue que l’année littéraire fut vraiment excellente.

Tous ces livres sont chroniqués ici même, bien entendu. C’est parti…

❤❤❤
Méga coup de ❤❤❤ . Le livre de non-fiction qui m’a le plus impressionnée, par le courage de son autrice

❤❤❤
Incroyable hommage à Samuel Beckett et découverte d’une autrice française qui sait parler des grands hommes de la littérature irlandaise.
❤❤❤ Chef-d’oeuvre absolu
❤❤❤ Ma révélation nord-irlandaise et belfastaise 2021.
Vive le réalisme magique !
Magnifique ❤❤❤
❤❤❤ Prix Jean-Monnet 2021
Et auteur inscrit au palmarès des chouchoux irlandais depuis son 1er livre.

❤❤❤ Instructif et engagé
❤❤❤ Très belle plume libanaise pour ce récit autobiographique émouvant.

Belle découverte libanaise de langue arabe.

❤❤❤ Sorj Chalandon écrit toujours avec ses tripes. Je l’aime bien pour ça, même si je sors en pièces détachées. Et en plus, on apprend toujours des choses.
❤❤❤ On ne présente plus ce livre ni l’engagement écologique de Dan O’Brien. J’ai cherché longtemps dans le ciel la trace de la petite faucon pèlerin dont il est question.
❤❤❤ Un classique qui m’a obsédée en rando dans le paimpolais. J’ai revécu mon voyage en Islande d’un autre point de vue dans cette histoire tragique d’amour et de marins bretons.
Thriller détente excellent.
❤❤❤ Jolie plume et bonnes jambes, écrivain-voyageur avec qui j’aimerais bien travailler !
Livre plus édité. Je me suis régalée de découvrir St Ex par les yeux de celle qui le connaissait le mieux. Et de revisiter mes environs par ses yeux.
❤❤❤ Le livre qui m’a le plus émue.
❤❤❤ Un étonnant Paul Lynch aux allures de thriller et aux échos écologistes.
❤❤❤ Émouvant témoignage d’un auteur majeur de la littérature libanaise sous forme d’un journal qui se termine au-delà de ce qu’il pouvait imaginer
❤❤❤ Le Liban d’avant la guerre civile en roman. Très instructif.

Vivement 2022 ! Je sais qu’il y a déjà de jolies promesses pour nous évader de l’ambiance morose 2021.

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Mes dernières bonnes feuilles 2021… peut-être !

La fin de l’année arrive à grands pas et je n’ai pas eu le temps de chroniquer tout ce que j’ai lu ces dernières semaines.

Coup de ❤ pour Le ghetto intérieur

Pourtant j’ai eu un coup de coeur avec la découverte du Ghetto intérieur de l’écrivain argentin Santiago H. Amigorena. J’ai mis plusieurs jours à me remettre de ce récit très fort, que l’on comprend autobiographique. C’est l’histoire de Vicente Rosenberg, jeune Polonais de Varsovie, qui décide de partir vivre en Argentine en 1928. Sa mère n’a pas voulu suivre. Le reste de la famille reste en Pologne. Vicente fait sa vie à Buenos Aires, il y fonde une famille. Vit bien, profite. Pourtant, en Pologne, Vicente avait un bel horizon à l’époque. Sa mère, Gustawa Goldwag « en bonne mère juive, rêvait d’un fils médecin et d’un autre fils avocat « . Mais Vicente veut voir du pays, quitter le Vieux Continent. « (…) Lui qui aimait tant plaisanter sur les Juifs restés dans le shtetlech, bien que parfois il se sentît lui-même antisémite, supportait mal l’antisémitisme de ses compatriotes polonais« . En effet, Vicente a participé à la dernière guerre pour sauver la Pologne. Il est Polonais avant d’être juif. Ce n’est pourtant pas un vantard. Il ne revendique pas ses exploits militaires devant ses amis argentins. Mais « comment tolérer que de jeunes étudiants inscousciants, parce qu’ils étaient polonais de souche, puisse se moquer de lui, qui, aux côtés du maréchal Pilsudski, avait combattu pour libérer leur patrie ? » On découvre que Vicente a eu un problème personnel d’intégration que n’ont pas ressenti ses frères, soeurs, parents. Depuis l’enfance, il a été brimé par ses bévues (rendre une copie en yiddish au lieu de la rendre en polonais, tout simplement parce ignorance car tout le monde dans son quartier de Chelm parle yiddish). Son engagement patriotique n’aura servi à rien. En partant en Argentine, c’est une façon de mettre tout ça à distance. Il oublie le yiddish qui devient une langue étrangère. Il est dorénavant argentin. Point. Pourtant, l’Histoire va le rattraper. La Deuxième Guerre mondiale éclate. On mure les Juifs dans un ghetto à Varsovie. Vicente apprend tout cela par les lettres de sa mère, de plus en plus alarmantes, puis de plus en plus rares. On affame les Juifs, dans le ghetto où les nazis parque volontairement jusqu’à la surpopulation. Les maladies se propagent. Vicente est de plus en plus inquiet. Il perd sa joie de vivre. Il a des échos de déportation. Mais c’est le flou, le brouillard. Les nouvelles arrivent difficilement de l’Europe. Vicente est submergé par un ghetto intérieur, se mure dans un silence qui l’étouffe mais dont il est difficile de le faire sortir.

C’est un récit incroyablement émouvant que nous livre Santiago H. Amigorena, qui questionne d’une plume sublime les questions de l’identité, de la culpabilité, du poids du silence qu’on ne parvient pas à briser. De l’absurdité des choses et du monde. J’ai adoré la manière dont il souligne certaines débilités sur l’identité juive. « (…) je ne voudrais jamais vivre dans un pays il n’y aurait que des Juifs. Mais n’est pas le problème. Ce que je voulais dire, c’est que c’est ridicule d’imaginer ça [avec le recul historique, la lectrice se marre de ce qu’il va se passer après la guerre et c’est l’un des points forts du livre]. C’est absurde de vouloir nous définir de cette façon. Techniquement on est juifs. Mais pratiquement, on ne l’est pas. Que nos mères soient juives peut impliquer, pour certains, que nous aussi nous le soyons, mais ça n’empêche pas que pour d’autres, cela peut ne rien vouloir dire du tout. D’ailleurs, imagine à quel point cette définition est ridicule : si je me marie avec une goy, mais enfants ne seront pas juifs, mais si eux, à leur tour, tout goyim qu’ils soient, ils épousent une Juive, j’aurai des petits-enfants juifs ! C’est pas aberrant, ça ? »

Ce livre est à mettre dans toutes les mains, en particulier des « zemmouriens », vous savez, ces bestioles grâce auxquelles un gros facho-nazo-prout se déclare à la présidentielle, pétri l’imbécilité et d’ignorance volontairement crasse pour faire passer ses idées nausabondes auprès des masses ignorantes et idiotes, scotchés sur les réseaux sociaux. 😒 Ce livre est un sacré rappel de l’histoire de ce que l’on appellera plus tard la Shoa. C’est très documenté sans être difficile à lire (au-delà de l’émotion suscitée), car Santiago H. Amigorena écrit d’une manière très simple (qui ne signifie pas simpliste). A lire un jour où on a le moral, clairement. Mais c’est plus facile à lire que Semprun ou Primo Levy, parce que l’angle est différent et que ce n’est pas directement un déporté qui s’exprime mais sa descendance par le prisme à peine voilé d’une pseudo-fiction. Un de mes coups de ❤ 2021 !

J’ai également lu La fille qu’on appelle de Tanguy Viel, roman publié pour cette rentrée littéraire d’automne. Sans trop savoir de quoi ça causait car la quatrième de couv est assez susccinte.

Verdict : dans la mouvance des romans tendance « Me too », dont j’avoue que je sature un peu (pas parce qu’il ne faut pas dénoncer, mais parce que l’édition s’est engouffrée là-dedans un peu trop et que c’est devenu la dernière tendance. Tanguy Viel a une écriture originale, qui désarçonne un peu au début. Puis on plonge dans l’histoire de ce boxeur amateur qui a connu ses heures de gloire par le passé et s’apprête à faire son grand retour sur le ring. C’est le chauffeur du maire. Sa fille, Laura, a décidé de revenir vivre avec lui. Mais elle n’a pas de boulot et a besoin d’un logement. C’est une belle jeune femme. Quelques années auparavant, elle a été approchée par des mecs qui lui ont promis une belle carrière dans le mannequinat. On devine rapidement qu’elle s’est fait avoir. Les griffes libidineuses sont partout. Vivent tranquillement leur vie. Jusqu’au jour où la fille décide de porter plainte contre le maire de cette ville cossue, où le patron du Casino sait faire magouille avec le maire. Le retour du boxeur va se faire. Mais pas forcément comme prévue. La fin est rageante. Un bon roman, sans coup de coeur.

Une petite déception

J’ai assisté au Livre sur la Place à Nancy à une table ronde. C’est ainsi que j’ai découvert Lilia Hassaine. C’est l’histoire d’une famille algérienne qui émigre en France dans les années 50. Ils obtiennent un logement en HLM, ce qui est le luxe de la classe ouvrière à l’époque. Français et immigrés vivent ensemble et se côtoient, s’entraident dans la cité, sans discrimination. Les deux derniers enfants sont des jumeaux. Une grossesse non voulue et déjà beaucoup de bouches à nourrir. La voisine, Eve, devenue une amie de la famille, est stérile. La mère lui donne un des jumeaux. Il s’appellera Daniel. Celui qui lui reste se nommera Amir. Les années passent. 1970-1975, le chômage de masse fait son apparition. Les Français quittent la cité grâce à l’accession à la propriété. Les immigrés se retrouvent entre eux. Pendant que la discrimination et le racisme font leur apparition. Le père doit renoncer à une promo à l’usine, poussé par ses compatriotes eux-mêmes qui lui mettent des bâtons dans les roues en lui disant que ce serait un enfer pour lui par rapport aux Français. Années 80 : Amir est un élève brillant. Il intègre des études de médecine. Mais il doit travailler car son père, décédé, a laissé le peu qu’il possédait à.. Daniel. La mère fait des ménages. C’est difficile. Grâce à une de sa mère, Amir trouve du travail comme boulanger. Le matin, avant les études, il fait le pain pour le propriétaire de la boulangerie. Et il se passe un truc que je ne vais pas vous spoiler mais qui finalement a été l’effet too much pour moi ! A présent, la drogue coule à flots dans la cité, les overdoses y sont monnaie courante car les jeunes ne trouvent pas de boulot.

Je pensais lire un roman beaucoup plus fouillé sur les causes à effets. Finalement j’ai trouvé un livre qui énonce des faits (pas faux), déjà connus mais qui reste en surface. Il manque une dimension d’analyse vraiment fouillée. L’histoire avec le boulanger est assez dingue pour être totalement crédible. Un haut pouvoir symbolique mais c’est carrément caricatural ! C’est dommage ! J’attendais beaucoup plus. L’intégration est une chose complexe, difficile qui ne peut pas être traitée avec simplicité. Mais c’est un roman intéressant tout de même.

Voilà pour une chronique 3 en 1. 😁 Je ne referai pas une chronique de Transatlantic de Colum McCann car je me suis aperçu que je l’avais déjà lu… et chroniqué !🤣

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Le blog a 12 ans ! Je vous emmène à Dublin

Je ne suis pas trop derrière les écrans en ce moment, même si je lis beaucoup. Juste envie de prendre l’air… pour retourner en Irlande après 2 ans d’absence. Un certain stress avant le départ avec toute la paperasse sanitaire à remplir, différente entre la France et l’Irlande. Et surtout l’insistance d’Aer Lingus pour nous faire télécharger une application où l’on devait mettre la preuve de nos démarches et vaccination, à coup de QRCode. Finalement, personne ne nous a rien demandé – à part le pass sanitaire en France, reine du contrôle). Peut-être que c’était parce que le « job » était fait. Mystère.

Pour les 12 ans du blog, ce sera donc… quelques photos de Dublin, dont je suis revenue hier… pour repartir !😁

Une visite que j’attendais depuis longtemps du nouveau Museum of Literature Ireland (MoLi, jeu de mots en référence à Molly Blum), ouvert en septembre 2019.

Le MoLi est situé dans les anciens locaux de l’ université catholique de Dublin,
Newman House
Extrait d’une immense farandole d’écrivains, auteur de théâtre et poètes irlandais
Le lien littéraire entre Paris et Dublin
La toute première édition d’Ulysse !
Précieux manuscrits de James Joyce, résultat de la collaboration entre la National Library et l’University College of Dublin

A Dublin, encore davantage maintenant qu’avant (je trouve), la littérature est partout. Jusque dans la Guest House que j’avais réservé, sans savoir que le « paquet » était mis sur les écrivains irlandais dans la déco, en particulier sur Oscar.😁

Les mouettes de Dublin ne se laissent pas impressionner par les chantres de la littérature !
Du côté de Pearse Station
La plus fameuse statue d’Oscar à Merrion Square
Fresque murale à Temple Bar
Dans le quartier d’Ha’Penny Bridge
Dans la fameuse très chic librairie de Dawson Street
Les pattes d’Edna devant un théâtre près de Grafton Street
Dans la Guest House

Bien entourés pour prendre une collation ou le breakfast !

En attendant le prochain départ, si on ne nous remet pas sous cloche d’ici là 😓, je suis plongée dans Transatlantic de Colum McCan mais aussi le ardu Ulysse depuis plusieurs mois. En tout cas l’Irlande ça se lit, mais ça se vit aussi !

Chronique blog-anniversaire en forme d’excuse parfaite pour dévoiler quelques photos de mon périple. 😇

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