Le doute – S. K. Tremayne

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Traduit par Isabelle Maillet

Suite au décès de leur fille Lydia, Angus et Sarah Moorcroft décident de quitter Londres, pour refaire leur vie sur un îlot perdu du sound of Sleat, entre l’île de Skye et Mallaig, à l’ouest de l’Ecosse. Angus (comme son nom l’indique) est écossais et sa grand-mère lui a légué une vieille maison, sur cet îlot nommé Torran, entouré de vase. La civilisation la plus proche se situe sur la minuscule l’ile d’Ornsay, que l’on peut rejoindre à pied quand la marée est basse. Tout en faisant bien attention à mettre ses pieds en dehors de cette vase mouvante prête à vous engloutir au moindre faux pas… Ce coin réputé pour ses violentes tempêtes mais aussi ses magnifiques paysages, qui ont fait fantasmé Sarah, d’origine anglo-américaine.
Voilà pour le décor.

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La petite Lydia a une soeur jumelle, exactement identique : Kristie. Oui, me direz-vous, les vrais jumeaux se ressemblent. Sauf que celles-ci ne sont à tel point identiques que leurs parents ont un tel mal à les reconnaître qu’ils ont dû trouver un système pour les distinguer : un système de couleurs. Elles ont les cheveux tellement blonds qu’ils sont presque blancs, les yeux bleus perçants. Leur surnom est « les jumelles de glace » (The Ice Twins, titre original). Leur caractère n’est pas semblable : c’est aussi ce qui permet de les différencier.
Quand le roman commence, Lydia est morte depuis 14 mois. Les Moorcroft font leurs bagages et déménagent donc à Eilean Torran, séparément. Leur idée est de retaper cette vieille baraque pour sauver leur couple et survivre au décès de leur fille. Un moyen aussi de sauver psychologiquement la jumelle survivante. Mais très vite, Kristie adopte un comportement étrange, affirme être Lydia, fait des crises d’angoisses et d’identité, entend des voix, parle seule à quelqu’un qu’elle seule peut voir. Scolarisée à l’école d’Ornsay, elle est rejetée et moquée par ses camarades. Les parents voient rouge, sont désemparés.
Le récit alterne entre le point de vue de Sarah et celui d’Angus. On découvre peu à peu leur faille : ce ne sont pas des personnages parfaits ; ils ont des secrets qu’ils se cachent mutuellement, ne sachant pas que l’autre « sait » déjà. Cela va en s’empirant pour Sarah le jour où sa fille survivante affirme qu’Angus a eu un comportement déplacé vis-à-vis de l’autre jumelle. De l’amour à la haine, il n’y a qu’un pas. Mais peut-on croire les paroles d’une enfant de 7 ans ? De son côté, Angus est persuadé que Sarah est responsable de la mort de sa fille. Et qui est vraiment leur fille survivante : Lydia ou Kristie ?

Un thriller particulièrement réussi : on sent vraiment l’angoisse monter et la trouille vous envahir. Comme tout bon thriller digne de ce nom, de multiples rebondissements sont au rendez-vous. Le tout allié à la météo et aux paysages sauvages, aux couleurs changeantes et incroyables de ce bout d’Ecosse : c’est ce qui fait l’originalité de ce livre et c’est ce que j’ai aimé, encore plus que l’intrigue. Etre plongée dans cette ambiance iodée dans un paysage grandiose mais cruel, où la maison elle-même est un personnage à elle toute seule ! L’apothéose est la tempête monumentale qui éclate, offrant le dernier rebondissement à l’histoire. Du moins c’est ce qu’on croit. Mais il faut lire le roman jusqu’à la dernière page !! Quelques touches de gaélique écossais pour parfaire l’ambiance et le tour est joué !

J’ai apprécié cette lecture de pur divertissement, juste avant d’embarquer en direction de Lewis en passant par Skye via le petit village de Mallaig, sur le Sound of Sleat, justement ! 🙂

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La plage d’argent, près de Mallaig (c)

A noter que l’îlot où est situé la maison des Moorcroft est purement imaginaire mais l’auteur(e) s’est inspiré(e) de Eilean Sionnach, près d’Isleornsay à Skye.
Jeu de mots dans le nom de famille, je me le suis demandé aussi, mais c’est peut-être un nom de famille courant en Ecosse…

Vraiment prenant et scottish, au-delà même des quelques clichés, qui font qu’on pardonne à l’auteur. L’auteur(e)? qui publie ici sous un pseudonyme tout en étant un(e) auteur(e) britannique à succès. Je ne vois pas qui c’est.

Livre découvert sur le blog de Mélo ! Merci 😉

Pour ce qui est de Lewis, j’en parle bientôt (je suis rentrée hier, avec tant de belles images en tête et dans l’appareil photo : c’était magique !  Un rêve réalisé !

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Vengeance – Benjamin Black (série « Dr Quirke » tome 5)

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Traduit par Michèle Albaret-Maatsch

Un jour Victor Delahaye,  riche patron d’une société dublinoise, emmène le fils de son associé Jack Clancy faire un tour en bateau. Pourtant, le jeune Davy n’a pas le pied marin et n’aime pas la mer. Mais il se laisse embarquer. Pour ajouter à sa frayeur, voilà qu’après un étrange monologue, Victor Delahaye sort un flingue et se tire une balle dans la poitrine, laissant Davy dans une panique effroyable, un cadavre sur les bras. Coup de chance, il s’en sort avec une insolation.

Les Clancy et les Delahaye font partie du paysage dublinois depuis longtemps  :  « Les Clancy et les Delahaye étaient proches depuis aussi longtemps qu’on pouvait se le rappeler. Au début du siècle, Samuel Delahaye et Philipp Clancy s’étaient associés pour affréter des vraquiers chargés de charbon du Pays de Galles; un peu plus tard, Samuel Delahaye avait perçu le potentiel de l’automobile et les deux partenaires avaient ouvert un des premiers grands garages du pays en embauchant des mécaniciens d’Angleterre, de France et d’Italie. Les affaires avaient prospéré. Mais si les deux entrepreneurs étaient censés être de même poids, tout le monde avait su d’emblée que Samuel Delahaye était le patron et Phil Clancy son administrateur. »  La mort de Victor Delahaye plonge les deux familles de la bourgeoisie irlandaise dans les interrogations et les introspections. L’ inspecteur Hackett est chargé de l’enquête, avec son médecin légiste préféré, notre bon vieil ami Quirke, qui est enfin de retour pour ce cinquième tome, après 3 ans d’absence en France !

Hackett est toujours vêtu de « son sempiternel costume bleu brillant plus que jamais au niveau des coudes et des genoux », remarque Quirke, qui « préfèr[e] ne pas songer à l’aspect du fond de son pantalon ». 🙂 J’ai adoré retrouvé l’humour pince sans rire des deux compères, qui observe la société qui les entoure avec suspicions, jusque dans le contenu de leur assiette : « Passez-moi la moutarde, là-bas, demanda Hackett, car, je l’affirme devant Dieu, ce machin a le goût de deux bouts de carton fourrés avec une tranche de lino moisi. » Miam !

L’enquête de Hackett s’annonce coton car fouiller dans les secrets de famille de la grande bourgeoisie nécessite de les prendre avec des pincettes. Un roman noir qui donne l’occasion à Benjamin Black de nous faire pénétrer dans une big house au coeur des années 50. Les personnages sont tous étranges, semblent jouer des rôles. Il y a même deux frères jumeaux, Jonas et James,  à l’allure inquiétante, voire maléfique qui se ressemblent tellement qu’on ne les distingue que par la bague portée par l’un. Il y a une veuve dans le rôle de la ravissante idiote, une soeur déprimée et une belle amante.

Benjamin Black met un peu son héros en arrière plan dans ce volume pour focaliser l’histoire sur l’ambiance entre ces deux familles où l’orgueil rivalise avec la peur et le doute quand une deuxième cadavre apparaît. Il y a du Agatha Christie dans cette histoire. Quelque cousin de l’arsenic aussi pour faire peur aux trop curieux (une fois encore, Phoebe, la fille de Quirke, va payer la curiosité de son père…).

Pourtant, quand Quirke entre en scène, il ne fait pas les choses à moitié. C’est un personnage complexe et contradictoire. Il ne rate jamais une bêtise parce qu’il est faible, a conscience de sa faiblesse et de l’erreur qu’il commet au moment même où il agit. Un tombeur de dames ? A moins que ce ne soit l’inverse, avec de jolies femmes qui font ce qu’elles veulent de lui. Hackett lui en veut de toujours avoir le don de se mettre dans le pétrin tout seul ! Il y a à plusieurs reprises une allusion au liseron, qui a quelque chose à voir avec ces femmes fatales….

Un roman noir qui fait la part belle à l’ambiance. Le genre de roman qui plaira à ceux qui aiment les belles tenues, les ambiances enfumées et les femmes fatales des années cinquante. Et Agatha Christie. Subtile mélange.

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L’ambiance prend le dessus sur l’intrigue, dont le dénouement a finalement peu d’importance. Le tout saupoudré d’une touche d’humour noir irlandais. J’ai passé un bon moment.
J’ai eu du mal à trouver ce livre en librairie, c’est bien dommage que cette série écrite tout de même par le grand auteur qu’est John Banville soit si peu visible ! Pour ceux que ça intéresse : la BBC 1 a adapté ces romans noirs avec Gabriel Byrne dans le rôle du docteur Quirke (personnellement, je ne vois pas du tout Quirke à travers les traits de cet acteur ; Quirke est beaucoup plus costaud) .

Vivement la suite…. 🙂

 

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Un an de rencontres littéraires

Nous voici en plein été, en pleine période de vacances, une pause estivale également pour les rencontres littéraires et l’occasion de faire un petit résumé de mon année (histoire d’en garder une trace aussi).

Septembre :

Un incroyable Festival America où j’ai passé deux jours et enfin pu rencontrer en chair et en os, le fameux Colum McCann qu’on ne présente plus : je m’en suis donné à coeur joie d’assister à une majorité de conférence auxquelles il était convié. Elles étaient toutes dotées d’un petit supplément d’âme par la présence de cet écrivain à l’humanisme hors normes. Le petit « plus » dans cette cuvée fut de le trouver tout seul pendant 3 secondes un dimanche matin, d’échanger quelques mots, de faire dédicacer Etre un homme ( Ed. 10/18) et d’être toute émotionnée d’être sortie de moi-même pour trouver le courage d’aller lui parler sans trop savoir ce que j’allais bien pouvoir lui dire.  🙂 .
L’autre bonne surprise, fut la présence de l’Américaine d’origine irlandaise Alice McDermott, dont j’ai lu Someone (publié aux éditions de la Table Ronde)

 

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Septembre encore, à la Librairie Gallimard à Paris, rencontre avec Emma Cline accompagnée de son éditrice Alice Déon, pour présenter The Girls (éditions de la Table Ronde), un roman que je n’avais pas encore lu au moment de la rencontre, mais que je voyais sur les réseaux sociaux, et dont je lisais d’excellentes critiques.

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Je n’ai pas regretté ma soirée, puisque l’intelligence, la finesse et la maturité d’Emma Cline ont fini de me convaincre qu’il fallait que je lise ce livre. 🙂 🙂 Magnifique décor, en plus cette librairie. Il me semble que le roman sort en poche chez 10/18 en septembre. Autant dire que c’est une raison de plus pour ne pas s’en priver !

Octobre

Rencontre avec Olivier Truc venu présenter la suite du Détroit du loup, une série de polars qui met en scène les Sames et la police des rennes.  Je rentrais de Suède, j’avais commencé à lire Le dernier Lapon (pas encore fini, pourtant c’est bien !), c’était un bon complément de voyage et Olivier Truc est passionnant à écouter.

Décembre

Le sacro-saint Salon de Montreuil dédié à la littérature jeunesse, où j’ai passé deux jours. Un bon moment en compagnie des traducteurs qui avaient organisé quelque chose pour sensibiliser les jeunes lecteurs à la traduction, faire connaître leur travail, etc. Une rigolade avec l’Anglais Will Mabbitt et sa série romanesque déjantée. J’ai assisté à pas mal d’autres conférences, notamment celle avec les auteurs de la série à succès U4, par curiosité ; j’ai fouiné dans les stands et fait de belles découvertes. Je suis rentrée avec un butin qui a dû allonger mes bras de 50 cms.  🙂 Sans doute mon meilleur salon de Montreuil.

 

 

Janvier

Par une météo glaciale, Donal Ryan a su réchauffer l’atmosphère par sa présence au Centre culturel irlandais de Paris, et son humour, so irish,  qui donne furieusement envie de lire Une année dans la vie de Johnsey Cunliffe à ceux qui ne l’auraient pas fait. 16003302_1406917746017082_3958608056146523440_nMoi, ça va sans dire que j’ai déjà lu ses deux romans traduits (l’autre, étant Le coeur qui tourne, d’ailleurs adapté au théâtre à Dublin !).

Février

J’ai été gentiment invitée par les éditions Flammarion Jeunesse à la soirée de lancement du roman de Marie Pavlenko, Je suis ton soleil . Beaucoup de monde, des blogueurs, des journalistes, des libraires, une ambiance festive aux Frigos de Paris, c’était sympa ! La maison d’édition avait vraiment mis les petits plats dans les grands.

 

 

Mars
Premier festival franco-irlandais de Paris au Centre culturel irlandais, sur la thématique « New writing, New style », avec du beau monde, traduit ou pas, français ou irlandais et la présence de Dermot Bolger, vu pour la première fois en vrai ! 🙂 Vivement le prochain roman traduit ! Paul Lynch, (dont le troisième roman, Grace,  sort actuellement aux Etats-Unis et sera publié en 2018 chez Albin Michel), Lisa McInerney (Hérésies glorieuses, sort pour la prochaine rentrée littéraire aux éditions Joëlle Losfeld), Rob Doyle, Paul McVeigh, Mike McCormack nous ont fait le plaisir de venir jusqu’à nous, ici, à Paris, aux côtés de Léonor de Recondo, Julie Kerninon !! J’en oublie, c’était tellement riche ! 2 jours de voyage littéraire en Irlande en restant à Paris et un accueil comme seul sait le faire l’île d’Emeraude. Vivement l’an prochain !

 

 

Mars, ce fut aussi Livre Paris où j’avais juré que je n’irais pas puisque Reed Expo pratique des prix d’entrée exorbitants et a refusé systématiquement les accréditations aux blogueurs (sauf les VIP qui ont au moins 5000 visiteurs uniques par mois, ce genre de chose, où l’on vous demande de faire du chiffre avant toute chose, comme si tenir un blog était le job qui vous fait vivre et non pas un loisir). Mon agacement silencieux a dû faire vibrer des ondes car à ma grande surprise, j’ai eu droit à une invitation à la soirée d’inauguration par le biais de mon travail. Le genre de chose qui ne se refuse pas ! 🙂 Et zou ! c’était parti pour une belle soirée entre bulles pétillantes, rencontres, discussions, bouquins et j’ai recommencé le dernier jour, gentiment invitée.

 

Juin

Le bond de joie de la chaise où j’étais assise quand j’ai vu qu’Anne Enright était invitée le 7 juin au Centre culturel irlandais pour parler de son dernier roman, The Green Road/ L’herbe maudite, que j’avais dévoré quelques mois avant.
C’était hyper chouette, Anne Enright est pleine d’humour, de bonne humeur, elle lit ses textes avec malice, bref, ce ne fut que du bonheur ! La présence de France 24 qui demandait aux gens, aux Irlandais de Paris entre autres,  ce que représentait Anne Enright pour eux, c’était aussi une surprise !

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J’aurais aimé aller à la rencontre avec Colm Toibin, c’était prévu et planifié, mais parfois, on ne fait pas ce qu’on veut quand on a un job qui vous occupe bien aussi.

A mon tour de faire une pause, dans une île ventée qui me fait rêver depuis que j’ai lu les romans écossais de Peter May. Une vraie expédition dont je me réjouis depuis quelques mois. Le plus difficile sera de quitter la France avec ses transports en vrac permanent…

(c) toutes les photos ont été réalisées par moi-même

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Nos âmes jumelles/Nos âmes rebelles – Samantha Bailly

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Une chronique double sur une série ado dont j’ai englouti les deux volumes dans la semaine.
Lou et Sonia se rencontrent sur internet, par le biais d’un forum qui publie des fanzines. Elles sont toutes les deux en classe de première. Lou est passionnée par le dessin et Sonia rêve de devenir écrivain. Leurs caractères sont diamétralement opposés : Lou est timide, discrète, renfermée ; au lycée, elle est moquée par les autres élèves, elle prend des antidépresseurs pour tenir le coup ; Sonia est exubérante, coquette, s’intéresse à la gente masculine et ne se laisse pas marcher sur les pieds. Toutes les deux sont de brillantes élèves.  Sonia est première littéraire par choix ; Lou est dans la filière scientifique, non pas par goût pour les sciences, mais poussée par sa mère qui estime que c’est ce qui ouvre le plus de voies. Celle-ci la tanne pour qu’elle fasse ensuite une prépa. Sonia est encouragée par son prof de français, un type hors norme pour un prof, qui l’encourage dans l’écriture. Sonia est un peu délaissée par ses parents.

Sur le forum « Trame », dédié aux fanzines, les deux adolescentes décident rapidement d’associer leurs talents et de lancer un blog pour y publier des strips. Lou dessine, Sonia écrit les textes de Trames jumelles qui raconte les anecdotes de leur vie quotidienne en BD.  Elles relayent le blog sur les réseaux sociaux pour se faire connaître. Lou et Sonia finissent par prendre la décision de se rencontrer dans la vie réelle, non tout à fait sans appréhension. Si elles se sont un peu confiées sur leur vie respective et leur problème, finalement, elles ne se connaissent pas : leur amitié repose sur leur passion artistique.

Dans le premier volume, Nos âmes jumelles, nous suivons Lou et Sonia pendant une année scolaire en première ; puis Nos âmes rebelles enchaîne sur l’année suivante jusqu’aux résultats du bac. Chaque chapitre s’ouvre sur quelques lignes que les jeunes femmes s’adressent des années plus tard, et qui laissent deviner ce que leur a apporté leur amitié. Le lecteur suit donc la vie des deux adolescentes au lycée, en famille, avec leurs copains, leur premières fois,  et puis (un peu) leur progrès en tant qu’artiste.

On s’attache aux personnages, c’est indéniable.  Mais au fil de ma lecture j’ai été partagée par deux sentiments contradictoires : une petite voix me disait que c’était plaisant et une autre qu’il manquait un petit quelque chose. J’ai mis un petit moment à déterminer le pourquoi de mon sentiment mitigé  : eh bien finalement, c’est parce que tout arrive un peu trop facilement à ces deux nénettes. Elles sont tout de suite repérée par l’administratrice du site à cause de leurs textes et dessins ; elles sont bonnes élèves (certes leurs parents sont un peu à l’ouest mais ce ne sont pas des cas sociaux non plus ! ) ; elles ont des déboires sentimentaux (comme tous les ados) ; [attention spoiler, mais j’ai pas le choix] : elles réussissent les doigts dans le nez le bac avec chacune une mention ; Sonia intègre la Sorbonne mentionnée comme la meilleure fac de lettres (ça fait un peu cliché!) ; Lou réussit la sélection drastique des Gobelins, la sacro-sainte école de l’image ; on pourrait penser qu’elles vont devoir chercher un logement type CROUS ou moyennant finances pour leurs études supérieures : eh bien non ! Comble de la chance, la grand-mère de Sonia lègue à sa petite-fille son grand appart à Paris…  ; côté artistique, Lou a sympathisé avec sa mangaka favorite au salon d’Angoulême et celle-ci propose de donner le lien du blog à son éditeur et l’éditeur finit par les contacter…
En fin de compte, la seule déconvenue de Lou et Sonia sera que l’éditeur va leur dire qu’il y a du potentiel mais qu’il y a encore du boulot avant que BD soit publiable. L’occasion d’un troisième volume sans doute !

Quelques thématiques sont abordées : évidemment l’amitié et la création artistique (mais la difficulté de la création artistique justement gagnerait à être accentuée) mais aussi l’homosexualité, le harcèlement, l’identité numérique…

En résumé c’est une histoire d’amitié sympathique, mais l’ensemble manque de péripéties, d’un peu de piment et de suspense pour être totalement crédible. J’aurais voulu aussi que l’aspect création artistique soit davantage au premier plan : par moments, on part vraiment très loin de ça…
Une série ado qui ronronne trop à mon goût, avec des héroïnes  nées sous la bonne étoile.

 

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Long week-end – Joyce Maynard

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Traduit par Françoise Adelstain

Henry, 13 ans, vit seul avec sa mère, Adèle. Son père a refait sa vie et a d’autres enfants. Adèle vit recluse chez elle. Elle se contente d’aller faire des courses au supermarché, version « on se dépêche », avec son fils quand le frigo est vide. Nous sommes au début du Labor Day, week-kend prolongé aux Etats-Unis : 5 jours. Le temps est caniculaire. Henry et Adèle sont partis faire des courses au supermarché, justement. Henry est abordé par un homme qui lui demande  s’il « [veut] un coup de main » (il est en train de lire  Play-Boy notre ado 🙂 ) Au début Henry le prend pour un employé du supermarché, mais il y a un truc qui cloche : « Il portait la chemise des employés de Pricemart – rouge, avec le nom inscrit sur la poche. Vinnie. Et puis, j’ai vu que sa jambe saignait, au point que le sang avait traversé le tissu du pantalon et imprégnait la chaussure, ou plutôt la savate ». L’homme lui répond le plus naturellement du monde qu’il est tombé par la fenêtre… Henry trouve cette histoire bizarre – mais à cette époque, tout lui semble bizarre. Il propose son aide. L’homme fait mine de faire des manières mais accepte. Henry le présente donc à sa mère, ne sachant pas si elle va accepter de lui porter secours car Adèle peut avoir des réactions totalement opposées pour une même situation. Bref, c’est une femme étrange. L’homme explique à Adèle, qu’en échange, il pourra lui donner un coup de main pour des trucs (changer un ampoule, par exemple). Il se présente : il s’appelle Frank.

C’est sur cette rencontre improbable et pour le moins bizarre que débute le roman de Joyce Maynard. On apprend rapidement par les medias (en même temps qu’Henry et Adèle)  que Frank est un dangereux évadé doublé d’un assassin. Une récompense est offerte pour qui aidera les forces de l’ordre à le retrouver. Pourtant, les agissements de Frank sont absolument contraires à ceux d’un tueur.

L’autre chose assez improbable c’est qu’Adèle, qui vit seule et recluse depuis des années, va tomber amoureuse de cet homme. C’est Henry qui narre cette histoire. Henry se lie immédiatement d’amitié avec Frank. Entre eux, le courant passe très bien, bien mieux qu’avec son père. Quant à nous, on doute bien évidemment de la sincérité de cet homme vis-à-vis des sentiments qu’il dit avoir pour Adèle. Au début Henry ne se pose pas de question de ce genre : pour lui, c’est évident. Sauf qu’une trouble fête incarnée par une gamine de son âge, qui passe ses journées à la bibliothèque, va semer le trouble dans on esprit : « C’est sexuel, dit Eleanor. Les rapports sexuels, ça trouble le cerveau des gens qui en ont. Ils ne voient plus les choses normalement. » Elle lui parle manipulation, hypnotisation, drogue « sexuelle ». La gamine est charmante : elle est à la bibliothèque pour savoir comment poursuivre ses parents en justice. 🙂 .
Pendant ce temps, Frank et Adèle décident de se marier, de déménager. Bref, la grande vie après 5 jours de vie commune, même pas. On se dit que c’est dingue et pas très crédible.

Pourtant, Joyce Maynard creuse ses personnages, nous dévoile leur passé au fur et à mesure pour expliquer pourquoi ils sont ce qu’ils sont. Quel est le grain de sable qui a modifié  leur existence, leur regard sur la vie et les autres.

La rencontre d’un taulard qui s’échappe pour ne plus être reclus et d’une recluse qui s’enferme chez elle toute seule comme une grande, sans verrous ni surveillance. La seule personne que cette femme rencontre un jour où elle sort de chez elle, c’est un fugitif. C’est assez peu banal ! Pourtant, ils ont beaucoup de points communs. Ensemble, ils vont tenter, à leur manière de recouvrer la liberté et le bonheur. Vous voyez déjà les violons etc. Eh bien pas tout à fait.

On est happé par le doute, on se demande si cette femme se fait avoir, on attend un drame caché en embuscade. Il y a un drame effectivement. La manipulation psychologique est l’un des thèmes et une des forces du roman. Il y a des criminels qui savent garder les mains propres de toute marque de sang…
Et puis il y a cet adolescent en train de se construire, qui a peur qu’on lui vole sa mère. Un gamin balloté entre deux parents séparés.

J’avoue que cette histoire d’amour bouclée en cinq jours m’a parue énorme. Cependant, le passé des deux protagonistes peut expliquer, en partie, que ce soit plausible. Finalement, on décide d’y croire, ou pas.

Un suspense magnifique, ceci est indéniable. Un ado qui se découvre. Une fin pleine d’optimisme. Un bon moment de lecture avec ce thriller, sur un fond de romance pas banale.

« La véritable drogue – j’ai fini par m’en convaincre – était l’amour. Un amour exceptionnel, que rien ne pouvait expliquer. »

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Concours littérature ado

Hier, dans une enveloppe dodue m’attendaient deux romans ados que j’ai déjà eus, lus, aimés et chroniqués ♥ – je ne sais pas trop ce qui s’est passé mais sur le coup, j’ai cru que c’était la rentrée littéraire 🙂 .71+kOhhNa3L  15740862_1374681462574044_833697046025588725_nJe me suis dit que, finalement, un bon moyen de vous faire découvrir le tome 1 des Filles de Brick Lane de Siobhan Curham  et Comment je suis devenue célèbre en restant chez moi! de Caitlin Moran était d’organiser un petit concours. :).

Une manière aussi de vous mettre un tout petit peu dans le bain, si vous le souhaitez, pour la rentrée littéraire, puisque  le tome 2 des Filles des Brick Lane (« Sky ») sort le 30 août. (J’en reparle bientôt parce que évoquer de la rentrée littéraire début juillet c’est trop tôt : il faut savoir ménager un peu de suspense et puis juillet-août c’est plage, pas cartable !).

Revenons au concours…

Les règles :

∗ Il faut être blogueur littéraire et résider en France métropolitaine  ;
∗ Vous devez choisir de concourir pour un des deux livres  – donc pas pour les deux afin qu’il y ait 2 gagnants et pas un seul, question de faire le maximum d’heureux ;
∗ Vous devez répondre à la question sur le livre ;
∗ Vous devez m’envoyer la réponse sur la boîte mail du blog : maeve.2005@yahoo.ie (en me précisant « concours littérature ado » en titre) et me mettre le lien de votre blog ;

Le gagnant pour chaque livre sera tiré au sort parmi les bonnes réponses ;
Vous avez jusqu’au 14 juillet inclus pour participer.

Et c’est tout.

Les questions :

Venons-en aux questions tellement difficiles, que vous allez vous faire des noeuds au cerveau, j’en suis sûre 🙂 :

Les filles de Brick Lane : quelles sont les deux passions d’Ambre ?

Comment je suis devenue célèbre en restant chez moi ! : à quel âge Morag Narmo/Caitlin Moran a écrit ce livre ?

Bien évidemment, vous trouverez les réponses en lisant les chroniques que j’ai écrites sur ces livres.

Bonne chance !

 

 

 

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Comment je suis devenue célèbre en restant chez moi ! – Caitlin Moran

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Traduit par Marie Hermet

Cela commence d’abord par une introduction : « Vous savez comment après avoir lu des tas de livres, vous commencez à penser que… qu’il est peut-être temps d’en écrire un vous aussi ? »
A treize ans, la narratrice  estime  qu’il est temps de se donner sa chance,   » de passer de lectrice à écrivain ». Seulement, le chemin fut semé d’embûches :
« Voici tout ce que je ne savais pas lorsque j’ai commencé à écrire mon livre – ce livre-ci – en juillet 1988.
1) On ne peut pas écrire un livre en un jour. Ca m’a fichu un coup terrible parce qu’à l’époque, j’étais persuadée que c’était possible. (…) J’ai fini par terminer le livre au cours de l’été 1990, deux ans plus tard. C’est parce que j’avais fini par comprendre ceci :
2) Pour un auteur, il est très utile de savoir comment l’histoire se termine avant de commencer à écrire.  Et aussi de savoir avec qui ça se passe. Il est bon de connaître les personnages et d’autres détails (…).

Il est très important de lire l’introduction du livre pour comprendre la suite. Et je souligne que la narratrice, dans cette introduction parle de « ce livre-ci ». A quinze ans, elle a fini par l’achever, se faire éditer. Ainsi est-elle devenue « lectrice et écrivain ».

La suite, c’est le livre écrit par cette gamine de quinze ans à l’époque : The Chronicles of Narmo, le titre original du livre, publié en 1992. On va suivre pendant un an la vie d’une famille nombreuse : 5 gamins, dont un bébé malicieux, 2 chiens,  1 chat – et deux parents.
Un jour Morag Narmo explique à sa mère que le lycée c’est « contraignant, limitatif et pas très sympa ». Après moult réflexions, où la mère se voit déjà en néo-hippie,  les parents décident de tenter l’expérience de l’école à domicile. Sauf que dans cette tribu de « Gonk » turbulents, les choses virent rapidement au chaos.

Caitlin Moran peint avec un humour décapant quelques anecdotes de son adolescence à la maison. Elle a écrit son premier roman à l’âge de quinze ans et il n’est pas trop difficile de faire le rapprochement avec le livre que nous lisons ni même avec le personnage de Morag Narmo.

On peut dire que la couverture et la quatrième de couverture de l’édition française ménagent bien la surprise et que l’horizon d’attente du lecteur peut être un peu perturbé –  sauf si vous aimez les (bonnes) surprises, comme moi !
Le format du livre, aux coins arrondis suggère un carnet d’écriture. Il fallait y penser.
Cependant, la couverture de la première publication du livre en 1992 est plus suggestive sur le contenu réel :

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Une lecture distrayante qui plaira à ceux qui cherchent quelque chose d’original ou une lecture à plusieurs niveaux. J’ai bien aimé : c’est très dialogué, c’est truffé d’humour, c’est déjanté à la sauce britannique. On a parfois l’impression que ça vire au cartoon car les aventures de cette famille nombreuse et turbulente partent inexorablement en vrille.  La vie avec une tribu de Gonk n’est pas un long fleuve tranquille, mais cela développe l’imagination.

Pour les écrits d’une adolescente de quinze ans, c’est impressionnant.

Il n’y a plus qu’à espérer que ce livre sache aiguiser l’imagination des écrivains en herbe qui se cachent derrière les jeunes lecteurs à qui est destiné l’ouvrage (à partir de 12 ans ; moi je dirai un peu plus tard quand même…). Une lecture à plusieurs niveaux en tout cas.

Pour en savoir plus sur Caitlin Moran, qui est, entre autres, journaliste et critique littéraire au Times, c’est ICI.

Merci à Flammarion Jeunesse.

 

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Baby Love – Joyce Maynard

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Traduit par Mimi Perrin

Années 70,  dans une ville paumée de l’Amérique profonde, l’histoire de Wanda, Sandy, Tara et Jill, quatre adolescentes comme les autres, si ce n’est qu’elles sont déjà mère ou en passe de le devenir. Sandy est d’ailleurs déjà mariée à Mark, et maman d’un petit Mark Junior. Wanda et Tara sont mères  célibataires. Jill se pense enceinte de Virgil : elle a du retard dans ses règles et n’a connu aucun autre garçon.  Le bébé est le centre de la vie de ces jeunes mères, bien évidemment.

Pourtant, oubliez le prince charmant, la vie de famille de rêve :  la romance  en prend un coup sous la plume Joyce Maynard, qui décrit sans tabous ni concession bien -pensante la vie de ces héroïnes du quotidien, qui bataillent pour tenter de faire face. Wanda est celle qui est la plus paumée face à son nouveau statut de mère : son bébé, le plus fragile de tous, né de plus avec une tâche de naissance, sera le bébé secoué et frappé ; elle-même sera victime d’une vieille femme et d’un employeur libidineux. Tara, aussi belle que sa petite Sunshine, frappera, bien malgré elle,  l’oeil de Greg, artiste peintre trentenaire, en couple avec une journaliste, Carla. Sandy racontera sa grossesse dans les moindres détails, et sa vie de jeune femme célibataire à Carla, fascinée, elle qui n’est pas mère. Jusqu’à ce que justement, le doute s’installe sur une possible maternité, alors que Greg s’avoue qu’il n’aime plus Carla. Quant à Jill, lorsque sa grossesse sera confirmée, n’aura qu’une obsession : avorter (puisque Virgil l’a larguée dès qu’elle lui a annoncé l’événement), et cacher tout ça à ses parents chez qui elle vit. A côté de chez Jill, vient d’emménager une femme seule qui agrégera tous les fantasmes de son père et le désespoir de sa mère. Une femme seule, amoureuse autrefois de son prof de fac quand elle était étudiante, qui l’a abandonnée. Une rupture qui l’a détruite : sur un coup de folie, elle répond à une petite annonce pour célibataire. Pas de pot : l’auteur de l’annonce est un fou échappé d’un asile. Une autre folle hante ce récit : Mrs Ramsey, une vieille dame intégriste, anti-avortement, en mal de petit-enfant, prête à kidnapper et à faire chanter leur mère en menaçant de diffuser des photos obscènes les concernant, grâce à une manigance montée de toute pièce…

Baby Love est le premier roman de Joyce Maynard (publié en 1981). J’avais dévoré L’homme de la montagne (2014) et Les filles de l’ouragan, qui sont beaucoup plus récents. J’ai dévoré celui-ci aussi, mais je m’y suis perdue par moments, sans doute à cause des nombreux personnages et d’une écriture qui alterne toutes les histoires de chacun dans un même chapitre, les séparant juste d’un paragraphe. Néanmoins, on s’attache à ces adolescentes, enferrées dans leur condition de mère. Avec un faible pour Jill, qui est la seule à décider le plus difficile : renoncer à le devenir dans l’immédiat. Avec tous les risques que cela comporte. Je ne peux pas vous spoiler la fin du roman mais ce n’est pas très optimiste…

Quant aux hommes, pour les plus jeunes, ils semblent pris au piège d’un statut de père qu’ils ne se sentent pas capables d’assumer. La fuite comme solution est leur seul horizon.  A cet âge-là, on préfère s’amuser que d’avoir une famille à charge. Quant aux plus âgés, ils paraissent frustrés.

Il y a beaucoup d’hormones et de sexe dans ce roman. Mais les corps ne sont pas sublimés (hormis celui de Tara qui rayonne par sa beauté hors du commun) : les traces de la grossesse ne sont pas cachées ou voilées, les nausées, les montées de lait, la peau tendue qui semble prête à éclater, les vergetures, le masque de grossesse, les contractions, le retour de couche : vous n’échapperez à rien ! 🙂 Même pas aux effets de l’irruption d’un bébé dans une relation de couple. Quant aux scènes d’amour, oubliez le genre romance qui sublime l’acte : je ne vous fait pas de dessins…

J’aime les romans de Joyce Maynard pour leur côté sans concession et leur touche féministe avec des héroïnes fortes. Celui-ci n’est pas mon préféré à cause de l’enchevêtrement de personnages et d’histoires un peu trop serré par moments qui fait perdre le fil de l’intrigue. Il est aussi dommage que le côté thriller arrive vraiment trop tard , sur la fin du roman, pour soutenir vraiment l’attention du lecteur. Du coup il y a un effet « plaqué » qui manque de crédibilité (oui je sais, c’est super mal dit !)

Néanmoins, malgré ces quelques défauts, c’est un agréable moment de lecture. J’ai depuis des lustres Un long week-end dans ma PAL et aussi l’autobiographie de l’auteure, (Devant moi le monde), qui a partagé un moment de sa vie avec Salinger. Je ne peux que me réjouir de ne pas encore avoir tout lu d’elle. Un livre de Joyce Maynard est d’ailleurs prévu pour la rentrée littéraire, aux éditions Philippe Rey et Les règles d’usage sort au format poche. Youpi !
Espérons que cette Américaine francophile  – et parfaitement francophone – fasse un petit tour en France pour nous présenter son dernier livre…

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La dernière frontière – Howard Fast

 

 

Traduit par Catherine de Palaminy

Après vous avoir fait grelotté il y a quelques jours dans un coin perdu des montagnes Rocheuses, vous allez vous prendre un coup de chaud avec ce ce roman de l’Américain Howard Fast : La dernière frontière. Ecrit en 1941, il figure parmi les classiques de la littérature dédiée à la cause indienne aux Etats-Unis. Les éditions Gallmeister ont réédité en 2014, au format poche, cet excellent ouvrage d’abord paru chez 10/18.

En postface, Howard Fast explique comment lui est venu l’idée de ce livre, lui, connu comme un grand défenseur de la question indienne dans son pays. En lisant Powder River, de Struthers Burt : « Un paragraphe de ce livre me permit de soupçonner, ce qui avait peut-être été, de toute l’histoire de l’humanité, le plus grand des combats contre l’adversité, et me révéla aussi cette épopée ».

Nous sommes en juillet 1878 quand débute le récit. Il fait une chaleur accablante et poussiéreuse dans ce coin des Grandes Plaines que l’on appelle aujourd’hui Oklahoma, où ont été parqués les Cheyennes. La météo habituelle d’un plein été, où la terre est cuite par le soleil, les rivières asséchées, l’herbe jaunie, les pins rabougris. Les Texans se sont appropriés les riches vallées du Wyoming, plus au Nord, le territoire natal d’une partie de la nation cheyenne (qui se divisent en 2 groupes, dont une vit plus au sud).  Ce que l’on nomme aujourd’hui l’Oklahoma était réputé pour être « le plus ingrat de tous les pays des plaines ». Le Congrès réserva  ce lieu si accueillant… aux Cheyennes qu’il déportèrent là-bas et le dénomma « Territoire indien ». On voudrait se débarrasser d’indigènes encombrants qu’on ne s’y prendrait pas autrement, n’est-ce pas ?
Les Cheyennes  n’ont pas le droit de sortir de ce territoire. Eux qui était un peuple de chasseurs de bison et de cultivateur, se voient en prison à ciel ouvert, sur cette terre hostile, dont ils ne supportent pas le climat, tombent malades de la malaria et crèvent de faim.
Pourtant, par une chaude journée, où « le soleil en fusion paraissait vouloir se laisser tomber du ciel métallique et sans nuages », où « la terre s’envolaient en petites bouffées de fine poussières rouge », 300 Cheyennes décident de rentrer chez eux, dans les Blacks Hills du Wyoming. Panique à l’agence (sorte de structure qui est chargée de veiller sur la réserve). Au début, les agents en charge de l’agence pensent avoir affaire à un mirage dû à la chaleur. « Ils avaient à peu près terminé leur repas lorsque Miles, qui était assis en face de la fenêtre, vit des Indiens à cheval qui s’approchaient de la maison. Il eut d’abord l’impression que ses yeux le trompaient, qu’il était dupe d’un mirage. Une vingtaine d’Indiens à demi nus et peinturlurés, sur des poneys squelettiques et dont la maigreur allait de pair avec celle de leurs cavaliers, s’avançaient au milieu de vagues de poussière saturées de soleil ; les poneys paraissaient flotter sur le ventre au-dessus d’un nuage route. » « Serger reconnut les deux vieux chefs qui les conduisaient : Dull Knife [à gauche ci-dessous] et Little Wolf [ à droite]. »

 

 


Les deux vieux chefs cheyennes, expliquent sans animosité qu’ils rentrent chez eux, dans les Black Hills et pourquoi :  « Combien de temps devons-nous rester ici ? disait Little Wolf d’un ton monocorde, sans jamais élever la voix. Jusqu’à ce que nous soyons tous morts ? Vous vous moquez de mes hommes qui restent sous leurs huttes, mais que voulez-vous qu’ils fassent ? Travailler ? La chasse est notre travail; nous avons toujours vécu ainsi et n’avons jamais eu faim. Aussi loin que les hommes peuvent se souvenir,  nous avons habité un pays qui était le nôtre, un pays de prairies, de montagnes et de forêts de grands pins. Il n’y avait pas de maladies et peu mouraient. Depuis que nous sommes ici, nous avons tous été malades et beaucoup sont morts. Nous avons souffert de la famine et nous avons vu les os de nos enfants percer leur peau. Est-ce donc si affreux qu’un homme veuille retourner chez lui ? Si vous ne pouvez nous donner la permission de partir, laissez quelques-uns d’entre-nous aller à Washington dire ce que nous endurons. »

Bien évidemment, personne ne les écoute et c’est tout un mécanisme qui se met en place. Les agents de la réserve préviennent les soldats et c’est le début d’une course poursuite qui s’achèvera en avril 1879. De manière tragique, vous vous doutez bien. 3000 Cheyennes affamés et affaiblis contre 14 000 soldats. Rien de moins. La chose qui fait sourire, c’est que malgré leur nombre largement supérieur, les soldats auront bien du mal à repérer les traces des Indiens.

Le pouvoir tentera d’effacer cette bavure en modifiant les faits lors de l’interview accordé par le général Sherman aux représentants du New York Herald.  Mais heureusement que, même à cette époque, il y avait quelques Blancs dévoués à la cause indienne, en particulier un journaliste du Daily Herald d’Ohama, dans le Nebraska, pour écrire, dans l’éditorial du 17 janvier 1879 que « cette affaire cheyennes est dans la ligne de toute la politique du Bureau des Affaires indiennes. C’est une honte pour les Etats-Unis ».  Malheureusement, tout fut assez vite oublié, comme toute chose encombrante pour un pouvoir en place. On peut remercier Howard Fast d’avoir romancé cette histoire vraie pour faire ressurgir la vérité à travers une enquête qu’il a mené lui-même, malgré les difficultés qui se sont dressées, en particulier la barrière du langage : « Les très vieux Indiens qui se souvenaient de l’évasion vers le nord n’avaient jamais appris à s’exprimer correctement en anglais. Ils parlaient encore leur langue complexe et merveilleusement musicale, mais je ne rencontrai personne ou presque capable de m’aider à la traduire clairement. »

J’ai appris beaucoup de choses que j’ignorais. Je m’intéresse à la cause indienne depuis un moment, mais malgré cela je reste ignorante car je ne lis pas assez de romans de ce type, à la fois instructif et divertissant, pour dénoncer une ignominie qui perdure.  Les nations indiennes vivent toujours dans des réserves aux Etats-Unis. Au Canada, c’est un peu différent mais guère plus car elles sont discriminées et jalousées (à cause de quelques maigres avantages fiscaux). Bref, le racisme n’est pas mort, malheureusement.
En 2005, j’ai passé quelques jours de vacances dans un camp en plein air avec une tribu  indienne québécoise (qui parlait français, bien sûr, leur deuxième langue maternelle). Un classique que peut faire n’importe quelle personne se rendant au Québec car les Indiens sont reconvertis dans le tourisme, mais de manière intelligente. En tout cas, dans ce camp, ce n’était pas du Disney, mais un coin sympa pour se reposer, faire du sport et se cultiver.  Un moyen pour les Indiens de faire passer un message… Le chef, (Gervais) un sacré conteur, mais aussi un intellectuel qui vient souvent à Paris pour faire entendre la cause de son peuple. Choc culturel, étonnement, révélation que ces minorités font partie de notre Histoire, à nous, les « maudits Français » mais dont aucun livre scolaire ne nous apprend l’existence. Il faut avoir la chance de pouvoir voyager pour la découvrir (ou celle de s’intéresser à cette littérature dédiée, (une pensée pour Le dernier des Mohicans, dévoré quand j’étais ado).
Et puis, une pensée aussi pour nos Amérindiens français de Guyane !! Il y a quelques semaines, un reportage pendant les grèves a accordé quelques minutes de paroles à cette minorité qui a déclaré qu’elle se sentait oubliée de Paris….
Et que dire de nos ghettos à « minorité visibles » qui ne disent pas leur nom…

Pour revenir à Howard Fast et à La dernière frontière : un roman qui vous embarque, avec une foule de personnages du côté des Blancs (on s’y perd un peu mais c’est pas grave car on suit le fil de la cavalcade tout de même). Instructif et divertissant. Un bel hommage à la question indienne. On aurait presque envie d’apprendre le cheyenne en terminant ce roman.  Une lecture qui, je pense, va rester ancrer dans mon esprit.

Sympathique la ligne éditoriale de Galleimester dont c’est le deuxième roman qui garnit ma bibliothèque ! 🙂

PS : question de traduction, je n’ai pas compris le pourquoi de la graphie « whiskey ». Je ne peux qu’imaginer que c’était l’orthographe de la VO. On n’est pas en Irlande donc c’est étonnant.

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On ne mange pas son meilleur ami – Simone Lia

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Traduit par Marie Hermet

Marcus est un ver de terre. Il rencontre Louis, « un gros oiseau mal coiffé » qui ressemble à un poulet, à un moment critique : il s’apprête à en faire son déjeuner.
Marcus vous demande : « Qu’est-ce que vous feriez si vous étiez un ver, avec un oiseau à deux centimètres de votre nez, le bec ouvert tellement grand qu’on voyait jusqu’à ses amydales ?
Vous feriez peut-être comme moi. Je lui ai adressé un grand sourire, et j’ai lancé de ma voix la plus chaleureuse : Bonjour ! »
Toujours pour sauver sa peau, Marcus se met à faire la conversation . En faisant parler Louis, il apprend rapidement que ce gros oiseau dodu se prend pour un flamant rose et que son rêve est d’aller au lac Nakuru, au Kenya, où vivent ses congénères flamants roses, dans la réserve naturelle de Masai Mara.
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Pour lui, sa vie est là-bas. Seulement, il est incapable de lire une carte. Marcus, le ver de terre le plus intelligent de la galaxie, lui propose de l’accompagner (avec dans l’idée de se sauver, évidemment).

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Let’s go ! Le début d’une rocambolesque aventure où les relations entre Marcus le ver de terre et Louis, le gros oiseau pouletesque vont se transformer. 19221780_1605986659443522_3486476363943770604_o

Un roman sur le thème de l’amitié, mais aussi la solidarité, l’entraide, la gentillesse, tout simplement, dans un univers loufoque, décalé et tendre. Sachez que le modèle de Marcus le vers de terre n’est rien d’autre que… Robert le Bruce ! 🙂 Je n’ai pas trouvé de kilt dans l’histoire mais beaucoup d’humour, avec des dessins à la fois tout mignons et rigolos. Le portrait (des vers de terre ) Français n’est pas en reste : ils sont gentils mais un peu à la masse ! Je suis assez d’accord avec cette idée 😉 .19250444_1605985846110270_3900032410627615500_oUn roman qui respire la bonne humeur !
« L’une des choses que je préfère chez Louis, c’est que je peux lui dire toutes les idées qui me passent par la tête. Jamais il ne dira : « Quelle idée ridicule ! » ou une réflexion horrible de ce genre ! »

Simone Lia, qui a commencé à dessiner à l’âge de 13 ans, est également l’auteur des dessins de son livre. Elle vit et travaille à Londres et certains de ses dessins sont exposés à la Tate Britain de Londres et aussi partout en Europe.

La belle nouvelle, c’est que le roman est en présélection pour un prix du Salon du livre et de la presse jeunesse de Seine-Saint-Denis 2017 (le Salon de Montreuil) !
A lire de 9 ans à 99 ans !

 

 

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