La neige noire

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A travers les mots de Marina Boraso

Barnabas Kane est un fermier du Donegal. Mais à seize ans, il était « employé sur les chantiers des gratte-ciel » de New York, alors en pleine explosion de construction immobilière. Il y rencontra sa femme, Eskra. Ils ont maintenant un fils, Billy, et vivent dans ce comté d’Ulster. Nous sommes dans les années 40, la guerre faire rage, la restriction est à l’oeuvre, la vie est dure. Pourtant, ce n’est presque rien à côté de ce qui va arriver à cette famille. Dès le début du roman, on sent une menace diffuse. La jument semble s’être blessée, Billy s’est coupé et Barnabas qui pioche la terre, ramasse un caillou qui ressemble au croc d’une bête archaïque. Et puis c’est le drame : la grange prend feu de façon inexplicable, un homme y trouve la mort : le vieux Matthew Peoples, un employé de Barnabas. Mais aussi toutes les vaches, seul bien de la famille sur cette terre aride et inhospitalière. Un sillage de feu qui ne va pas s’en tenir là et incendier le quotidien des Kane, en les consumant lentement à travers un récit hors normes.

C’est le premier roman que je lis de Paul Lynch et je ne suis pas encore tout à fait sûre de m’être remise de cette plume époustouflante qui vous laisse sans voix.  Le genre de livre, où, sonné après l’avoir refermé, vous vous demandez ce que vous allez bien pouvoir lire après ça.

L’Irlandais est amateur de longues phrases proustiennes, pour décrire l’austère Donegal, où la terre et les hommes sont liés comme d’un seul bloc, où le passé est ancré dans le présent, où les ossements font partie de la vie. Les personnages du village sont rudes et entourbés : d’« antique[s] faciès modelé[s] par la langue du vent et de la pluie. Sous le parchemin de [leur] peau, ce ne sont pas des os qui se devinent, mais du bois de tourbe, comme s’il[s] avai[en]t été engendré[s] par la mousse. » Des êtres de pierre, d’os et de cendres. Des fantômes d’un autre temps, dont le plus menaçant ne cessera de répéter à Barnabas, en parlant des ruines des maisons de la Famine dont il a pris les pierres pour tenter de reconstruire sa grange : « Ces pierres, ce sont nos ossements ». Pour lui, c’est un « vol [qui] ne peut entraîner [qu’]une malédiction », car « prendre ces pierres, c’est profiter du malheur d’autrui. Elles font partie de la terre, ce sont nos antiques reliques qui doivent rester dans nos mémoires », rugira le vieux Goat Mclauglin. Barnabas, ahuri, expliquera que lui aussi il est menacé par la faim et que prendre ces pierres qui ne servent plus à personne, c’est sauver sa vie et celle de sa famille ! Rien à faire, on lui répondra de se méfier de la colline…
Les personnages de ce village sont complètement effrayants. Même la veuve du vieux Matthew Peoples ressemble à une sorcière qui jette des sorts, n’hésitant pas ravager sa chevelure mèche après mèche devant tout le monde, quand Eskra l’accuse d’être responsable de la mort de son chien, Cyclope, d’avoir massacré ses abeilles par une attaque de guêpes, d’avoir volé ses draps neufs pour remettre ceux cendrés par l’incendie, où on semble apercevoir le visage du vieux Matthew. Ces villageois d’un autre monde (d’un outre monde) en voudront à mort à la famille Kane : tous les prétextes sont bons pour ne pas les aider, ils leur reprocheront d’être des « faux pays » (des immigrés). La miséricorde de Dieu, c’est juste à la messe (mais il n’est jamais question de messe dans le roman), pas au quotidien. Un coup de scalpel de Paul Lynch sur l’hypocrisie de ces personnages monstrueux.

Un roman couleur de cendres où l’ancienneté du paysage, les montagnes semblables à des « créatures archaïques remuant dans leur sommeil, invent[en]t en rêve leur propre mythologie ».

Paul Lynch réactualise avec un immense talent le roman gothique (qui n’a pu que me faire penser aux romans de Dermot Bolger, soit dit en passant !). La noirceur laisse parfois place à l’humour : quel délicieux moment de lecture ai-je eu avec l’anecdote du « beurre des tourbières » en tartine !
(Le beurre des tourbière existe bel et bien : c’est le beurre en baratte que les gens avaient mis dans la tourbe pour le conserver et qu’on a retrouvé des centaines d’années après dans la tourbière. On peut en voir dans les musées irlandais.)
Sans parler des cotes de boeufs qu’un villageois offrent avec insistance à Barnabas qui a vu toutes ses vaches carbonisés sur pied… Le lecteur rit jaune, comme le personnage. Je me suis aussi attachée aux animaux qui peuplent ce roman, au même titre que les humains, les larmes aux yeux pour Cyclope, le chien borgne des Kane.

La famille Kane n’est pas parfaite mais on les plaint d’autant d’accablements, de se heurter sans cesse à des murs d’incompréhension. Pourtant Paul Lynch ne fait de cette famille une famille modèle : Barnabas a fait une bêtise qui participe de sa perte sans en avoir touché mot à son épouse; Eskra est aussi le reflet de son mari;  Billy raconte sa vie d’ado dans un carnet et quelque chose que personne ne sait, sauf deux autres…
Un univers de personnages mystérieux. A ce titre, la fin révèle une surprise. Un livre où l’on ne s’ennuie pas une minute car Paul Lynch ménage du suspense.

J’ai fini ma lecture le coeur au bord des lèvres.

Un roman que je classe comme un immense coup de coeur et qui m’a fait découvrir un écrivain au talent hors du commun.

A lire absolument.

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Des vies parallèles

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A travers les mots de Josée Kamoun

Lara a quarante ans, son compagnon vient de la quitter, un an auparavant elle a perdu sa mère. Bref, de quoi avoir le moral dans les chaussettes. Et elle l’a. Un jour, en zappant les programmes de télévision, elle tombe sur un reportage sur la catastrophe de Tchernobyl, où les survivants et les familles des décédés sont interrogés. A ce moment précis, ce qu’elle appelle « l’effet Tchernobyl » se produit dans son esprit. Loin de cautériser les plaies de sa vie, ce reportage les ouvre comme elles ne l’ont jamais été. Les souvenirs de son enfance et adolescence et le secret de ses parents qu’elle a découvert à l’âge de 12 ans remontent à la surface.
C’est grâce à l’atelier d’écriture auquel elle participe pour « sauver » ses dimanches qu’elle parvient à poser des mots sur ses blessures. L’idée d’écrire tout cela. Mais très vite elle s’interroge, se rend compte que dans la réalité les souvenirs remontent en vrac, sens dessus dessous, de manière anachronique, alors que dans une fiction, ils sont bien rangés, se succèdent de manière claire et ordonnée.
Elle s’aperçoit aussi de l’effet du temps sur les événements, le jeu de la mémoire qui transforme la réalité, atténue ou accentue certaines choses.

Lucy Caldwell est nord-irlandaise. C’est le premier roman que je lis d’elle, découverte par hasard en me examinant les rayonnages d’une grande librairie, assez surprise de trouver un nom si inconnu dans cette grande enseigne, et le dernier exemplaire de la pile ! Trop tentant, surtout quand on voit le nom de Belfast (et se dire que pour une fois ce n’est pas un polar sanglant).

J’ai aimé la mise en abyme du travail de l’écrivain et l’originalité de la construction de ce roman raconté à la première personne du singulier (Lara s’interroge sur comment écrire le secret de ses parents et les répercussions sur sa vie à elle, et sur sa vie d’adulte), puis, au milieu du livre, le basculement à la troisième personne pour donner la parole à sa mère par le truchement de la fiction.

L’histoire en elle-même reste assez banale :une histoire de double vie, d’un homme qui n’a pas pu faire un choix entre deux femmes et celle d’une femme trop amoureuse mais très malheureuse de la situation pour arriver à se sortir toute seule du piège qui se referme sur elle, s’enfonçant toute seule de plus en plus.
Le personnage de la mère de Lara agace et fait pitié à la fois, évidemment, en raison de la situation dans laquelle elle se met.
S’il n’y avait eu que cette intrigue, j’aurais jugé ce roman peu original. Mais il y a tout le reste et quelques jolies phrases qui atteignent leur but par la vérité qu’elles évoquent ou le comique de la caricature volontaire :

« La fiction nous permet d’échapper à nous-mêmes pour aller vers le monde. »

« Les maîtresses sont des femmes fantasques, follement séduisantes et françaises. »

Et puis, il y a Belfast (une ville que je déteste) :

« Des journées pareilles, on n’en a pas à Belfast, surtout en septembre. On n’en a déjà pas en juillet, ni en août, putain ! Tu sais qu’ils vendent des vacances aux Egyptiennes sur l’idée que la douce pluie irlandaise fera des merveilles sur leur teint. S’il ne pleut pas au moins la moitié du temps, on les rembourse. »

« En jouant des coudes, nous nous sommes faufilés dans une venelle pavée, encadrée par d’énormes paniers de fleurs suspendus ; elle était noire de monde.
« C’est le Duke of York, m’a-t-il crié. Ils ont de bons groupes en live, le jeudi, si jamais tu reviens. » Nous avons fendu la cohue et tourné à droite dans une rue plus large, et il m’a désigné des bars au passage. Le Black Box, qui avait une bonne programmation musicale, lui aussi ; le Spaniard, et puis, là-bas, le Merchant Hotel, mais celui-là, je le connaissais puisque j’étais descendue au Premier Travel Inn, en face. (…) le marché Saint George, particulièrement intéressant le samedi, avec des tas de stands dans l’esprit des marchés ruraux, un poissonnier correct, divers étals de gâteaux et de produits artisanaux ».

Il est rare qu’on présente Belfast comme une ville sympathique. Personnellement je ne suis pas encore capable d’avoir cette approche.

Un roman nord-irlandais qui n’est pas un polar, construit de manière originale pour mettre à nu le processus de création de l’écrivain.
A découvrir.

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Peace, Love, Freedom

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(dessin génial de Sophie Lambda)

 

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Les premières aventures de Sherlock Holmes : L’ombre de la mort (tome 1)

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A travers les mots de Marie Hermet

Le jeune Sherlock Holmes est envoyé par son frère aîné, Mycroft, le temps d’un été, chez son oncle, dans le fief familial des Holmes. Sherlock traîne un peu des pieds, mais Mycroft lui explique que c’est pour son bien : leur mère est malade et leur père doit partir faire la guerre aux Indes. Sherlock a toute confiance en son frère. Afin que le jeune homme poursuive ses études, Mycroft fait engager un précepteur, Aymus Crowe. Sherlock ne le sait pas encore, mais cet homme va l’aider à devenir un détective hors normes en lui enseignant l’art de l’observation, de la logique et de la déduction. Il se trouve qu’il est aussi le père d’une charmante jeune fille qui monte à cheval comme un homme : Virginia. Cela ne peut que plaire à Sherlock ! Il croise sur son chemin un gamin des rues de son âge, orphelin, Matty, qui deviendra son compagnon d’aventures et son meilleur ami.Et voilà tout ce petit monde entraîné dans une bien étrange affaire…

Il se passe en effet des choses étranges. Sherlock découvre le cadavre d’un homme recouvert de bubons, dans la forêt; puis deux autres avec les mêmes symptômes, près d’une usine à vêtements. Et puis il y a cet étrange poudre jaune près des cadavres… Tout laisse à penser à un début d’épidémie de peste bubonique ou de variole. Mais il y a aussi ces ruffians qui rapidement vont s’en prendre au jeune Sherlock, pour la première fois de sa vie confronté à la mort.

Le roman débute dans la campagne anglaise de la fin du XIXe siècle mais rapidement le lecteur prend la route vers la capitale, Londres, pour pousser jusqu’à… Cherbourg ! Un bon road trip comme je le aime et une vraie surprise d’atterrir en Normandie et d’apprendre que Sherlock est français pas sa mère !
Un bon road trip parce que ce roman jeunesse est très bien documenté sur l’Angleterre de l’époque, donc on est rapidement immergé dans l’ambiance, on va jusqu’à sentir l’odeur de la bière et le bourdonnement des abeilles. Oui, vous avez bien lu : des abeilles. Et si vous n’y connaissez rien en la matière, vous en apprendrez un rayon… Et qui dit abeille, dit pollen :
« Les abeilles (…) prennent le pollen et le transportent jusqu’à la ruche sous forme de petites balles attachées à leurs pattes arrières. Les plantes en bénéficient parce que chaque abeille, en volant de fleur en fleur, laisse tomber un peu de pollen provenant des étamines de l’une et du pistil de l’autre. C’est ainsi que l’abeille aide à la reproduction. Sur leurs pattes arrières, les abeilles ont des poils qui forment une sorte de petit panier ; elles malaxent le pollen pour former des petites pelotes. C’est ce qu’on appelle le « pollen d’abeille ». »
J’ai trouvé ces explications très claires pour le jeune lecteur (et terriblement d’actualité!).
Une aventure qui vous entraînera aussi un peu vers l’histoire de l’Empire britannique, qui n’a pas que des amis…

A cet aspect documentaire s’ajoute un suspense trépidant : on ne s’ennuie pas une minute.

On garde dans un coin de l’esprit le Sherlock Holmes adulte créé par Conan Doyle. Le jeune Sherlock Holmes inventé par Andrew Lane n’a rien de fantaisiste. L’écrivain explique son intention à la fin de l’ouvrage : « Mon intention, dans le livre que vous avez entre les mains, et dans ceux qui vont suivre, est de trouver à quoi ressemblait Sherlock avant que Conan Doyle ne le présente au public. Quel genre d’adolescent était-il ? Quelles écoles a-t-il fréquentées, et qui étaient ses amis (…) Arthur Conan Doyle a très peu parlé des années de Sherlock, et la plupart de ses émules en ont fait autant. On ne sait pas grand chose de sa famille ou de l’endroit où il a vécu. Nous savons qu’il descendait par sa mère du peintre français Vernet, et qu’il avait un frère, Mycroft, qu’on rencontre dans certaines histoires. Cela m’a donné la liberté de créer pour Sherlock une histoire compatible avec les indices que Doyle nous a laissés, et aussi avec l’homme que son personnage allait devenir ». Riche idée !

Ce premier volume des aventures du jeune Sherlock Holmes est publié depuis peu au format poche par Flammarion Jeunesse.

Moi, je me suis régalée avec ce roman d’ambiance et d’aventures ! Il saura plaire à tous les amateurs de littérature anglaise.

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Tout ce qui est solide se dissout dans l’air

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A travers les mots de Carine Chichereau

4e de couverture : « Dans un minuscule appartement de Moscou, un petit prodige de neuf ans joue silencieusement du piano pour ne pas déranger les voisins. Dans une usine de banlieue, sa tante travaille à la chaîne sur des pièces de voiture et tente de faire oublier son passé de dissidente. Dans un hôpital non loin de là, un chirurgien s’étourdit dans le travail pour ne pas penser à son mariage brisé. Dans la campagne biélorusse, un jeune garçon observe les premières lueurs de l’aube, une aube rouge, belle, étrange, inquiétante. Nous sommes le 26 avril 1986. Dans la centrale de Tchernobyl, quelque chose vient de se passer. Le monde ne sera plus jamais le même. »

Un roman irlandais qui se passe dans l’ex-Union soviétique, ce n’est pas tous les jours que l’on voit cela. Un premier roman de surcroît d’un jeune écrivain irlandais (36 ans), paru il y a peu dans son pays natal et rapidement traduit un peu partout. De quoi aiguiser ma curiosité…

Pourtant, si je me jette souvent sur les romans irlandais et que je les avale avec gloutonnerie en quelques jours, je dois avouer que ce pavé de plus de 400 pages a eu le pouvoir de durer plusieurs semaines entre mes mains.

Darragh McKeon possède une belle plume, qui a le pouvoir de distiller un malaise de plus en plus pénétrant. A la manière des particules radioactives des réacteurs de la centrale de Tchernobyl, en quelque sorte : un malaise qui vous irradie. Mais contrairement aux personnages, votre vie de lecteur ne sera pas en danger, mais la sensation est garantie ! On sent qu’il se passe quelque chose de grave mais sans pouvoir mettre exactement le doigt sur la cause du malaise, du moins au début.
Le récit est éclaté entre la vie de plusieurs personnages. Un chirurgien qui s’évertue à opérer jusqu’à l’étourdissement, pour sauver les vies des victimes de la centrale nucléaire, comme pour conjurer sa vie conjuguale réduite en miette. Un adolescent part pour la première fois chasser l’oie avec son père. Un petit génie du piano est réduit à jouer en silence. Une journaliste dissidente à la carrière brisée « paye » son esprit contestataire en travaillant à l’usine.
Un récit fractionné entre Moscou, Minsk, Tchernobyl (et son village martyr),Paris; entre 1986, avant 1986, et aujourd’hui.
Un réacteur nucléaire en fusion et un gouvernement soviétique qui s’acharne à étouffer une affaire gravissime comme on cacherait de la poussière sous un tapis.
Aveuglement, peur, silence, violence larvée et mort sont les thèmes majeurs de ce roman.
L’atmosphère est étouffante. Il faut un moment pour entrer dans le roman qui ne se donne pas dès les premières pages.

La catastrophe de Tchernobyl comme écho lancinant de la fin de l’Union soviétique. On sent que Darragh McKeon a travaillé son sujet, que sa documentation est importante. Il lui a d’ailleurs fallu dix ans pour écrire son livre.

Un roman habile, savamment construit et bien documenté. Mais j’avoue que je ne me suis pas parvenue à m’attacher aux personnages. Je n’ai pas vraiment appris des choses que j’ignorais sur l’Union soviétique et la gestion calamiteuse de la catastrophe de Tchernobyl. L’originalité du roman réside dans la métaphore (est-ce d’ailleurs le bon terme ?) entre la centrale nucléaire en fusion et la fin de l’Union soviétique.

Bref, je suis un peu restée sur le bord du trottoir, tout en ayant conscience que ce roman était réussi et exigeant. Ce n’est pas tous les jours qu’un livre  me laisse ce sentiment, aussi ambigu soit-il.

En exergue du roman, deux citations qui éclairent le titre et le sens du roman :

« Tout ce qui est solide, bien établi, se volatilise, tout ce qui était sacré se trouve profané, et à la fin les hommes sont forcés de considérer d’un oeil détrompé la place qu’ils tiennent dans la vie et leurs rapports mutuels. »
Karl Marx, Friedrich Engels, Le Manifeste communiste .

« A mon sens, la radioactivité est une véritable maladie de la matière. En outre, c’est une maladie contagieuse. Qui se propage. Si l’on approche d’atomes sains ces atomes déphasés, s’effondrant sur eux-mêmes, alors ceux-ci à leur tour cessent de mener une existence cohérente. C’est à l’échelle de la matière la même chose que la décadence de notre culture ancienne au sein de la société : une perte des traditions, des distinctions et des réactions attendues. »
H. G. Wells, Tono-Bungay

L’avis de Lettres d’Irlande et d’ailleurs, avec qui je couvre cette rentrée littéraire irlandaise 2015 fort prolifique !

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