Ce genre de petites choses – Claire Keegan

Bill Furlong vit à New Ross depuis toujours. Nous sommes en 1985 en Irlande où les fermetures d’usines et autres licenciements vont bon train. Cependant Bill a beaucoup de chance : il vend des produits de chauffage, du charbon au bois, en passant par la tourbe et les affaires fonctionnent bien ! Bill a la quarantaine, il est marié et heureux avec Eileen dont il a 5 filles. Bill a de la chance, c’est un peu comme s’il avait une bonne étoile qui le suit depuis sa naissance : son sort aurait pu être tout autre. Sa mère, enceinte à 16 ans, a été bannie par ses parents mais accueillie par son employeur, une veuve protestante propriétaire d’une « big house ». Sans enfant, elle s’occupera de Bill comme s’il était son fils. Une âme généreuse qui évitera donc le pire à la mère et au fils dans cette Irlande étriquée des années 40. Mais 40 ans plus tard, rien n’a changé…

Claire Keegan s’attache à décrire soigneusement un environnement d’habitudes. Les gens vaquent à leurs occupations sans réfléchir, de manière mécanique. Il en est de même dans le foyer de Bill : nous sommes en pleine période de Noël, ça ronronne. Eileen prépare le traditionnel gâteau irlandais de Noël, puis demande à ses filles d’écrire leurs lettres au Père Noël… Le jour d’après elle s’occupera des tartelettes. Bill est très occupé à l’extérieur, le froid arrive et les commandes vont bon train. Un jour où il livre au couvent, il surprend des jeunes filles à genou en train de cirer le sol. Elles semblent en piteux état, des gueuses en uniforme d’un autre temps. Troublé par cette scène, Bill se remémore son passé chez Mrs Wilson. Noël le renvoie aussi au Noël où il avait reçu en cadeau Un chant de Noël de Dickens…

Bill essaie de parler de cette scène à sa femme, assez peu encline à l’écouter sur ce genre de petites choses… Comme pour la pauvreté galopante que Bill observe autour de lui (les clients lui demandent des crédits ou lui font des cadeaux en nature faute de pouvoir payer), la réponse est qu’il y a des gens qui ont le chic pour se mettre tout seul dans des situations difficiles.

Bill continue son train-train, hanté par la scène qu’il a vu, jusqu’au jour où un deuxième événement va déclencher quelque chose en lui, le grain de sable bénéfique qui va perturber la routine et le pousser à agir en sachant pertinemment que dorénavant rien ne sera comme avant : il risque de perdre des clients, de se faire des ennemis, de se mettre le clergé sur le dos, de se faire jeter par sa femme, mais il s’en fout : il le fait. Et ramène le soir de Noël un cadeau pas comme les autres. L’imagination vous appartient puisque le récit se termine là-dessus. (J’extrapole un peu sur ce qui risque de se passer, d’ailleurs…).

Les personnages de Claire Keegan ne sont pas des gens méchants ou mal intentionnés. Ce sont juste des Irlandais ordinaires coincés dans les carcans qu’on leur a inculqués, d’une société corsetée par l’Eglise et l’emprise qu’elle s’est permise sur la vie privée des gens. A tel point qu’ils sont gênés à l’évocation de certains sujets jugés tabous. Par la peur aussi. Bill finit par mettre sa morale catholique en phase avec ses actions pour en finir avec l’hypocrisie, se sentir en phase avec sa conscience profonde. Il a eu la chance de ne pas être un enfant bâtard maltraité ou vendu à l’étranger à des personnes fortunées en mal d’enfant. L’autrice montre comment finalement cela va l’aider à franchir le pas et à écouter ce que lui dicte son coeur en dépit de ce que la société pourra en penser.

« Était-ce possible de continuer durant toutes les années, les décennies, durant une vie entière, sans avoir une seule fois le courage de s’opposer aux usages établis et pourtant se qualifier de chrétien, et se regarder en face dans le miroir ?« 

« Cette histoire est dédiée aux femmes et aux enfants qui ont subi la claustration dans les blanchisseries de Magdalen en Irlande ». Certains vont dire que c’est du déjà-vu, un topos de la littérature irlandaise contemporaine. Je ne suis absolument pas d’accord avec cette vision des choses. Certes d’autres écrivains ou cinéastes irlandais ont déjà évoqué le sujet. Néanmoins, la plupart des archives sur le sujet ont disparu. Donc il n’y aura jamais trop d’écrits. Le héros ordinaire de cette histoire est un homme, ce qui me plaît aussi. Claire Keegan rappelle en note qu' »on ignore combien de filles et de femmes ont été cachées, incarcérées et forcées de travailler dans ces établissements : 10 000 est l’estimation la plus basse. (…) On ne sait pas combien de milliers de nourrissons sont morts dans les foyers pour mères et bébés (…) Il a fallu attendre 2013 pour que le gouvernement irlandais, en la personne d’Enda Kenny, présente des excuses. » Ah oui, au fait, il y a un clin d’oeil à Enda dans l’histoire qui m’a fait sourire ! 😁

La force de ce récit est d’aborder les choses avec du recul, de manière dé-passionnée, tout en dénonçant les faits mais avec subtilité. Il y a aussi un clin d’oeil à Dickens dans cette histoire.

Bref, j’ai adoré et je vous le recommande.

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Trouvailles de reconfinement… et de rentrée littéraire

Même pas eu le temps d’écrire le traditionnel billet de rentrée littéraire ! Mais il n’est jamais tout à fait trop tard pour bien faire, surtout quand on est re-con-finé (re-confit ? re-con-fi-nez, choissisez ce qui vous convient le mieux !) tout le week-end et que le reste du temps on doit aller bosser, comme si de rien n’était.
Bref, devant l’Absurde, on a besoin de lectures, même si là aussi, ça se mérite d’avoir une nouveauté sous la main ! N’empêche, dans cette ambiance surréaliste, le ministère de la culture a décidé à l’arrache dans le milieu de la semaine de donner la possibilité aux libraires indépendants de livrer gratuitement leurs clients. C’est donc avec joie que je me suis rendue sur le site leslibraires.fr pour commander…. le dernier Claire Keegan, Ces petites choses-là, traduit par Jacqueline Odin, aux éditions Sabine Wespieser sorti le 5 novembre et faire par la même occasion travailler une librairie de mon département. Je n’étais pas si rassurée avec le Colissimo livresque (j’ai eu trop de soucis avec Colis Poste), mais tout s’est passé à merveille. J’attendais ce livre depuis de nombreux mois ! Je n’étais même plus certaine qu’il sortirait, vu les circonstances.

« En cette fin d’année 1985 à New Ross, Bill Furlong, le marchand de bois et charbon, a fort à faire. Aujourd’hui à la tête de sa petite entreprise et père de famille, il a tracé seul sa route : élevé dans la maison où sa mère, enceinte à quinze ans, était domestique, il a eu plus de chance que d’autres enfants nés sans père.Trois jours avant Noël, il va livrer le couvent voisin. Le bruit court que les sœurs du Bon Pasteur y exploitent à des travaux de blanchisserie des filles non mariées et qu’elles gagnent beaucoup d’argent en plaçant à l’étranger leurs enfants illégitimes. Même s’il n’est pas homme à accorder de l’importance à la rumeur, Furlong se souvient d’une rencontre fortuite lors d’un précédent passage : en poussant une porte, il avait découvert des pensionnaires vêtues d’horribles uniformes, qui ciraient pieds nus le plancher. Troublé, il avait raconté la scène à son épouse, Eileen, qui sèchement lui avait répondu que de telles choses ne les concernaient pas.Un avis qu’il a bien du mal à suivre par ce froid matin de décembre, lorsqu’il reconnaît, dans la forme recroquevillée et grelottante au fond de la réserve à charbon, une très jeune femme qui y a probablement passé la nuit. Tandis que, dans son foyer et partout en ville, on s’active autour de la crèche et de la chorale, cet homme tranquille et généreux n’écoute que son cœur. »

Autre trouvaille de confinement, islandaise, cette fois : La Lectrice disparue de Sigridur Hagalin Bjornsdottir (l’autrice qui a écrit L’île). Le livre vient de sortir en plein confinement, aux éditions Gaïa, traduit par Eric Boury. J’attends de le recevoir. Commandé le même jour que le livre de Clarie Keegan, dans une autre librairie, réputé envoyé, mais no news. Pas pressée, j’ai des réserves, tellement contente d’avoir pu le commander et qu’on me l’expédie…

« Edda, une jeune Islandaise, disparaît un beau matin, abandonnant son mari et leur bébé. Quand la police découvre qu’elle s’est rendue à New York, son frère Einar part à sa recherche. Ce sauveteur chevronné a l’habitude de pister des disparus, mais il évolue cette fois-ci dans un environnement étranger et sa dyslexie ne lui facilite pas la tâche. Peu à peu il comprend que la disparition de sa sœur est liée à sa vieille obsession pour les textes et que la clé pourrait se trouver dans un livre. Mais lequel ? Naviguant entre l’Islande des années 1990 et le New York contemporain, cette enquête aux allures de thriller décrit le lien spécial qui unit certains êtres et aborde la question de l’influence de l’écrit sur le développement humain, nos interactions avec les autres, et celle de sa possible disparition dans le monde connecté. Subtil, imaginatif et profond. »

Sinon, quelques autres sorties irlandaises, repérées avant même qu’elles soient publiées mais dont je n’ai pas parlé. Le deuxième roman de Mary Costello, La Capture, traduit par Madeleine Nasalik, aux éditions du Seuil. Trouvé d’occasion via Marketplace sur Amazon, et vendu par …. un libraire. Aheum ! Quelle ne fut pas ma surprise quand je pensais commander à un particulier. Le 1er roman de l’autrice ne m’avait pas emballée plus que ça, je ne suis pas sûre que celui-ci le soit davantage, mais je suis curieuse !

« Luke O’Brien, professeur de lettres et spécialiste de Joyce auquel il rêve depuis des années de consacrer un livre, est en pleine crise existentielle, en proie à l’angoisse de la page blanche et aux tourments provoqués par une vie amoureuse compliquée. Il a quitté Dublin pour s’installer dans une vieille demeure à la campagne, au bord de la rivière Sullane, sur les terres familiales dont il est le dernier héritier, non loin de sa chère tante Ellen.
Un matin, une jeune voisine frappe à sa porte : Ruth. Coup de foudre. Soudain la vie reprend, s’emballe, s’illumine d’espoirs que Luke croyait à jamais disparus de son existence. Mais lorsqu’il présente la nouvelle élue de son cœur à sa tante Ellen, celle-ci réagit mal. Très mal. Et exige qu’il cesse immédiatement de la fréquenter. Pourquoi ? En cherchant à répondre à cette question, Luke va s’engager sur un chemin intérieur vertigineux.
Portrait de l’artiste en jeune homme égaré à la croisée des chemins, bouleversante histoire d’amour et de fantômes, doublée d’une méditation sur notre place au sein de la nature et du cosmos, La Capture confirme, après Academy Street (Seuil, 2015), l’immense talent de Mary Costello, qui compte désormais parmi les plus importantes figures du paysage littéraire irlandais. »

Et puis John Boyne, dont je dévore actuellement Les fureurs invisibles du coeur, traduit par Sophie Aslanides, paru au Livre de Poche, 850 pages. Un bonheur d’humour qui parle de choses très sérieuses, comme le droit à la différence, la quête d’identité. Un clin d’oeil à de nombreux écrivains irlandais, dont Brendan Behan (plus alcoolo que jamais mais également très vulgaire avec la gente féminine, John Boyne ne l’aimerait-il pas, était-il comme ça, je me pose la question ?). On croise également Edna O’Brien, ou du moins une référence à son oeuvre paru dans les années 60 et qui fait beaucoup causer… Bref, je me régale ! J’en reparle bientôt. En attendant un autre roman a paru en mai ou juin… L’audacieux Monsieur Swift, chez J.C. Lattès dont je n’aime pas la couverture !Sans doute ce qui me fait reculer à l’achat depuis de nombreux mois.

« Dans un hôtel berlinois, Maurice Swift rencontre par hasard le célèbre romancier Erich Ackerman qui lui confie son lourd passé, et lui permet de devenir l’auteur qu’il a toujours rêvé d’être.
Quelques années plus tard, Maurice Swift s’est enfin fait un nom ; il a désormais besoin de nouvelles sources d’inspiration. Peu importe où il trouve ses histoires, à qui elles appartiennent, tant qu’elles contribuent à son ascension vers les sommets.
Des histoires qui le rendront célèbre, mais qui le conduiront aussi à mentir, emprunter, voler. Ou pire encore, qui sait ? »

Autre sortie irlandaise à venir début 2021 : Constellations – Eclats de vie, de Sinéad Gleeson traduit par Cécile Arnaud, à paraître aux éditions de La Table ronde, le 11 février. C’est de la « non fiction » comme on dit maintenant. Je pense que ça ressemble au livre d’Emilie Pine Notes à usage personnel, ou au dernier Maggie O’Farrell I am, I am, I am. A suivre, mais je suis très curieuse de découvrir ce livre !

Je pense aussi que dans le cadre du mois de la littérature libanaise en janvier, je vais peut-être pouvoir parler de Cancion, d’Eduardo Halfon, à paraître aux éditions de La Table ronde, aussi, le 14 janvier. A voir.

En parlant de littérature libanaise, j’ai lu beaucoup de livres en octobre, dont l’excellent Beyrouth 2020, journal d’un effondrement de Charif Madjalani (paru chez Actes Sud en septembre ou octobre) que je vous recommande chaudement. On reparle de littérature libanaise en janvier, de toute façon ! Merci à toutes celles qui me suivent et se sont lancées dans l’aventure, via le blog ou Insta! Merci aux Libanaises qui me filent de tuyaux. A signaler également : un bel article dans le magazine Lire de novembre sur la littérature libanaise.

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Ouvrez les librairies ET les enseignes vendant des livres !

Dessin de Joann Sfar

Confinement N°2 depuis le 30 octobre. Déjà il a fallu accuser le coup !

Librairies fermées. Cri de guerre généralisé des libraires et du monde du Livre qui s’offusquent . Ok. 1er jour du confinement : les librairies s’aperçoivent que les grandes enseignes culturelles (Fnac, Cultura etc.) sont ouvertes. Et que les gens peuvent s’y procurer des livres, et dans les rayons des supermarchés aussi. Re-cri de guerre sur le thème de la concurrence déloyale, de l’injustice. Soit. C’est vrai, c’est injuste. Ça gueule tellement que… le gouvernement interdit la vente des livres aux grandes enseignes et aux supermarchés !! Je cauchemarde !!

Je vis dans une petite ville de banlieue parisienne sans librairie. Aucun libraire n’a voulu s’y installer, ce qui est tout de même incompréhensible car ce n’est pas un coupe-gorge. Cela ferait du bien à de nombreux lecteurs boulimiques, comme moi, d’avoir facilement accès à des livres et surtout de pouvoir trouver une ambiance « librairie », les conseils de professionnels, d’autres lecteurs. Ce serait le lieu de lien social et culturel qu’il nous manque ici, et qu’aucun réseau social ou grande enseigne ne peut remplacer.

Donc voilà, mon seul moyen d’acheter des livres ici, d’avoir un grand choix est de prendre ma voiture et d’aller à Cultura ou au Furet du Nord (toppissime ce Furet, d’ailleurs, même si ce n’est pas de la librairie indépendante). Si je veux trouver une librairie, je dois aller beaucoup plus loin. Pas pratique quand on travaille. Alors c’est souvent à Paris que j’achète des livres, souvent après le boulot, quand j’ai le temps, car pas de librairies non plus dans le quartier où je travaille. Le plus près est d’aller dans le quartier latin. J’avais la « fâcheuse » tendance d’y traîner 😊 quand on n’était pas dans cette crise sanitaire sans fin, qu’il y avait encore des rencontres littéraires. Une autre vie, quoi ! Tout est différent maintenant.

Si avant, ce n’était pas si évident d’acheter des livres facilement, maintenant c’est carrément foutu avec la fermeture de tous les rayons livres des grandes enseignes et des librairies !!! Je ne veux pas commander sur des sites en ligne car la Poste, cette épicerie bas de gamme qu’est devenu ce service public qui n’en est plus un, m’a joué plus d’un tour avec les livraisons qui vont de la perte de colis à défoncer la boîte aux lettres pour le faire rentrer dedans… On vit dans un monde où tout est devenu compliqué. Mon plan B est ma liseuse, qui vaut tous les clic & collect du monde ! Au moins, on est sûr d’avoir son livre sans délai ni complications. Sauf que ce n’est pas pareil que fureter entre les rayons de livres à la recherche de perles rares et qu’en plus, il est impossible de prêter un ebook sans prêter sa liseuse !🙄 En plus, ça reste assez cher pour ce que c’est : un fichier informatique.

Donc, comme bon nombre de concitoyens, on est privé de livres et du plaisir des rayons livresques, quel qu’ils soient ! Je rejoins Joann Sfar avec son dessin et je vais même plus loin : ouvrez les librairies ET LES ENSEIGNES VENDANT DES LIVRES ! Je comprends les libraires (du moins certains, je passe sur ceux qui pensent que le monde tourne autour de leur librairie et que tout lecteur achetant ailleurs est un connard !) mais ce n’est pas que les librairies qu’il faut ouvrir. Chacun est libre d’acheter où il veut. On est en démocratie (même si en ce moment je me pose beaucoup de questions !). Un libraire est un commerçant. La concurrence est là. Et alors ?

Je déplore le chacun pour soi, la jalousie et tous les trucs malsains qui en découlent. L’immense ignorance de ceux qui imaginent que tout le monde descend en bas de chez soi pour acheter des bouquins. Ça reste un luxe inaccessible à beaucoup, pas forcément faute de moyens (ceux qui n’ont pas l’argent ne franchissent pas les seuils de libraires, malheureusement). La fracture sociale est ignorée dans les beaux quartiers, où l’on trouve généralement des librairies. Ça braille contre Amazon (je n’achète plus depuis au moins 10 ans sur ce mastodonte), mais on comprend que certains le fassent quand c’est la solution à leur envie de lecture. On parle d’Amazon, mais jamais de Momox, basé en Allemagne qui casse le prix des livres, neufs ou d’occasion… Certains devraient clairement descendre de leur perchoir. C’est un fait. Leur seul argument de défense étant de fustiger les lecteurs qui achètent sur Amazon en disant que c’est leur choix de société. Un peu simpliste, voire carrément carricatural. Ceux-là, je n’acheterai pas chez eux. D’ailleurs quand en même temps, ils vendent leurs livres via ebay, ça me laisse songeuse. Ebay, c’est pas un gros truc pourri, fait pour engranger du pognon ? C’est bizarre comme procédé quand on dit vouloir défendre le local. Bref, en vérité, leur élitisme et leur contradictions les regardent et s’ils coulent ils auront le temps de réfléchir à leur vision du monde. Apparemment, ce n’est pas de rendre le livre accessible à chacun.

En tout cas, plus un livre disponible à l’achat autour de moi. 🤨Ceci n’est pas possible… On est où ?

Bref, rendez-nous nos livres !!!

Les bibliothèques sont fermées et personne ne gueule ! C’est étrange !

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Une histoire des loups – Emily Fridlund

Traduit par Juliane Nivelt

Pour une fois, je vais citer la 4e de couverture : « Madeline, adolescente un peu sauvage, observe à travers ses jumelles cette famille qui emménage sur la rive opposée du lac. Un couple et leur enfant dont la vie aisée semble si différente de la sienne. Bientôt, alors que le père de famille travaille loin, la jeune mère propose à Madeline de s’occuper du garçon, de passer avec lui ses après-midi, puis de partager leurs repas. L’adolescente entre petit à petit dans ce foyer qui la fascine, ne saisissant qu’à moitié ce qui se cache derrière la fragile gaieté de cette mère et la sourde autorité du père. Jusqu’à ce qu’il soit trop tard. »

L’image de couvertue et le mot « lac » m’ont accroché le regard et décidé à lire ce livre qui est un premier roman, paru en France lors de la rentrée littéraire de l’an dernier.

Madeline parle de cette histoire une fois adulte, des années après. Dès le début, on sait qu’il y a eu un problème puisqu’elle évoque un procès. Elle parle de sa scolarité, notamment d’un professeur, M. Grieson, qui a succédé à un autre, juste avant Noël. Un professeur d’Histoire charismatique qui décide de faire participer ses élèves au tournoi de L’odyssée de l’Histoire. Il faut que ce soit quelque chose d’illégal en rapport avec la Constitution. Madeline décide de parler des loups. M. Grieson paraît déconcerté et répond : « Évidemment. Tu es une fille de quatorze ans (…). Vous avez toutes un faible pour les loups et les chevaux. J’adore. » Aux yeux de l’adolescente, cet homme est énigmatique, du moins il l’intrigue. « Les loups n’ont absolument rien à voir avec les hommes, en fait. S’ils le peuvent, ils les évitent », dit-elle à la fin de son exposé. A l’automne suivant « le scandale Grieson » éclate. On ne sait pas exactement ce qui s’est passé mais Lily, l’amie de Madeline est mêlée à tout ça. Par les ragots, on apprend qu’il a été accusé de pédophilie dans l’établissement où il exerçait précédemment. Il est licencié.

Quand elle n’est pas au lycée, Madeline garde Paul, le petit garçon des nouveaux voisns qui habite de l’autre côté du lac, dans ce coin boisé du Minesotat. Elle sympathise avec Patra, qui élève son fils quasiment seul, son conjoint étant toujours en déplacement pour son travail. Le gamin est étrange, presque effrayant. On se demande longtemps (trop longtemps) où est le problème. L’allusion au procès qui a eu lieu revient périodiquement sans qu’on soit vraiment davantage renseigné sur son objet.

Emily Fridlund déroule son roman avec une technique proche du sfumato. Un flou artistique appliqué au texte qui pourrait plaire s’il ne durait pas si longtemps. J’ai relativement bien accroché à la première partie du roman, pour cette ambiance mais je me suis noyée dans le lac dans la deuxième partie, j’ai perdu le fils du pourquoi du comment. Heureusement, il y avait une jolie peinture de cette région des Finger Lakes, de cette nature boisée et sauvage.

Il est question de maladie, de manipulation, de trahison, d’injustice, d’homicide. Mad a eu la malchance de croiser des gens pas clairs sur le chemin de son adolescence, qui continueront à la hanter indéfiniment dans sa vie adulte.

Un roman où je me suis finalement globalement ennuyée et dont il me reste peu de choses quelques semaines après l’avoir refermé.

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Tops & flops

J’ai beaucoup lu ces derniers mois, peut-être encore plus que d’habitude mais pas forcément eu le temps voire la motivation pour les chroniquer et aussi peut-être parce que faire des chroniques sur des livres qui n’en valent pas la peine n’est pas franchement enthousiasmant.

Dans la rubrique flop :

Toute la Toile s’enflamme pour Là où chantent les écrevisses qui raconte l’histoire d’une fillette qui grandit seule dans les marais de Caroline du Nord, devient une femme à l’écart de la société. 2 mois après avoir terminé ce roman best seller en voie d’adaptation au cinéma, il ne m’en reste pas grand chose si ce n’est quelques agacements et éclats de rire devant l’état de mièvrerie de ce roman, d’où mon incompréhension assez immense quand je vois des lectrices aguerries se pâmer devant ce livre. 🙂 Bon, on est quand même aussi plusieurs à ne pas l’avoir aimé ! Je n’ai pas aimé la tournure facile de cette histoire, sans vraiment de recherche, le manque de profondeur tant du style que des personnages. L’autrice laisse divaguer sa plume sans vraiment de recherche de cohérence. La fin me semble complètement invraisemblable. Bref, rien que le titre du livre aurait dû m’alerter ! Pour l’aspect Nature Writing, j’ai lu vraiment mieux ailleurs, ça n’a rien de transcendant.
Extraits : « Elle avait donné sa chance à l’amour ; maintenant elle voulait seulement remplir les espaces vides. Alléger sa solitude tout en protégeant son coeur. »
« Une partie d’elle-même avait envie de l’embrasser maintenant, de sentir sa vigueur contre elle. »
OMG ! L’heure est grave ! 🙂
« Elle voulait qu’il la touche de la même façon. Sa respiration s’accéléra. Personne ne l’avait jamais regardée comme il l’avait fait. Pas même Tate. » (Purée, si ça c’est pas du cliché très bas de gamme, c’est quoi ? 🙂

Dans la joie et la bonne humeur, recueil de nouvelles de l’Irlandaise Nicole Flattery est un univers assez particulier dans lequel je n’ai pas su rentrer et ce qui était censé être de l’humour m’a laissée de marbre. Lu et oublié ! 😦

Les fantômes de Reykjavik de mon chouchou Arnaldur Indridason : je n’en reviens pas d’avoir eu du mal à terminer ce livre, moi qui les dévore ! Le problème est que c’est une nouvelle série, le 2e tome, avec l’inspecteur en retraite Konrad. Sauf que dans mon esprit, ça s’embrouille avec l’histoire d’Erlendur. Ceci explique sans doute cela. J’avais pourtant bien accroché au 1er volume.

Attachement féroce ou les relations familiales et mère-filles compliquées et agitées de la famille juive de l’autrice, dans le Bronx. Elle raconte la vie du quartier, celle de ses parents communistes. J’ai eu des hauts et des bas avant de m’ennuyer franchement. Vivan Gornick n’a pas su me faire entrer dans la sphère de sa famille, lui donner la dimension universelle que j’attendais. Je me passerai de la suite.

Dans la rubrique top :

Complètement conquise par la plume sauvage et iodée de Catherine Poulain et son Grand Marin qui vous embarque en Alaska dans l’univers des marins pêcheurs, qui sent la sueur et le poisson, l’alcool et le machisme. Une femme dans leur univers, c’était pas gagné ! Un bol d’oxygène qui vous fait voir du pays.

Bouleversée par Le Consentement de Vanessa Springora. Je comprends mieux pourquoi certains éditeurs ont fait du tri dans leur catalogue depuis. Quelle claque !

Entre eux de Richard Ford, que j’ai lu avant de me rendre à l’Intime Festival de Namur pour en écouter la lecture par Reda Kateb est une merveille. C’est poignant sans tomber dans le pathos. Un magnifique hommage à ses parents, écrit en deux partie, à deux moments différents : le récit sur son père (mort en février 1960 d’une crise cardiaque) a été enclenché en 1981 lors de la mort de sa mère d’un cancer du sein. Le plus récent est celui qui est le plus loin dans le temps. L’histoire d’un marchand d’amidon, (devenu marchand d’amidon par hasard, si ma mémoire est bonne) toujours sur la route, où il rencontre sa femme et continue avec elle jusqu’à la naissance inattendue de Richard qui va bouleverser leur mode de vie. La famille part vivre dans le Sud, à La Nouvelle Orléans, alors que les racines familiales sont plutôt dans l’Arkansas et d’ascendance irlandaise du côté de son père. Un beau témoignage de la vie au début du 20e siècle, avec quelques photos.

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Le mois de la littérature libanaise

Pour changer d’horizon littéraire, un petit tour à la découverte de la littérature libanaise en janvier prochain. Les récents événement au Liban m’ont brisé le coeur. C’est un pays qui m’attire depuis longtemps sans que je puisse expliquer exactement pourquoi, si ce n’est le mélange de culture et peut-être parce que j’apprécie beaucoup sa cuisine !!! En revanche, je connais très mal sa littérature.

Je me suis dit que lancer un mois de la littérature libanaise serait un moyen de se cultiver, mais aussi de rendre hommage aux Libanais – qui ont tant souffert ces derniers temps – à travers leurs femmes et hommes de lettres. Ce serait aussi un moyen de voyager, faute de pouvoir aller au Liban ou n’importe où ailleurs en ce moment à cause de la crise sanitaire mondiale qui entrave beaucoup notre liberté d’aller et venir.

La langue officielle du Liban est l’arabe depuis l’indépendance, en 1943. Cependant, le français n’a pas disparu, il est toujours présent dans la constitution libanaise et il est la deuxième langue du pays, employée notamment dans l’enseignement. Après quelques recherches en matière de littérature, il s’avère que quasiment tous les auteurs que j’ai trouvés sont d’expression francophone. Il y a en a également d’expression arabe, il faut que je creuse. Je sais que je peux compter sur Tia , libanaise du compte Instagram Tête Littéraire pour me renseigner, entre autres. Voilà, je pense que ce serait chouette de faire un pont littéraire entre la France et le Liban, les instagrammeuse libanaises sur le web sont nombreuses et c’est sympa d’échanger ensemble. Je suis stupéfaite par leur connaissance de la littérature française, alors que moi, nous les Français, sommes plutôt incultes en matière de littérature libanaise.

Quelques repérages pas du tout exhaustif sur la richesse de la littérature libanaise :

Mauvaises herbes de Dima Abdallah vient de sortir pour la rentrée littéraire. Villa des femmes de Charif Majdalani m’est chaudement recommandé par Tia ; L’âge d’or de Diane Mazloum se passe dans les années 70 ; Les vies de papier de Rabih Allamedine a eu d’excellentes critiques ; Anima est une pièce de théâtre sublime, selon les dires de l’instagrameuse Camille M.

Donc, si cela vous tente, n’hésitez pas à me laisser un commentaire. En tout cas, sur IG, il y avait pas mal d’enthousiasme, j’espère donc que vous serez de la partie. 🙂 Le mois de janvier vous laisse une marge pour vous organiser, moi la première !

NB : j’ajouterai des idées de lecture au fil du temps je pense. Je suis partante pour des conseils d’auteurs libanais de langue arabe, ce qui pêche dans ma liste ci-dessus.

Mise à jour du 3 octobre :

Les livres ci-dessus sont de langue française (sauf celui d’Hassan Daoud). Dans de grandes enseignes, comme la FNAC, c’est assez bizarrement réparti entre rayons « Maghreb (sic !)-Moyen Orient » et « Littérature francophone ». Ni très cohérent, ni très facile pour s’y retrouver. D’autant que je n’en ai pas trouvé une grande variété de choix en rayon, à part les nouveautés ou Amin Maalouf. Autant se rendre en librairie ou faire des commandes en ligne sur les sites des libraires etc.

Littérature libanaise de langue arabe :

Dans la catégorie roman graphique :

La guerre des autres : Bernard Boulad est né en Egypte, a vécu à Beyrouth qu’il a quitté la veille de ses 16 ans, en novembre 1975.
On ne présente plus Zeina Abirached, que je n’ai pourtant jamais lue.

Mise à jour du 4 octobre :

Littérature libanaise traduite de l’anglais (comme Rabih Alameddine, d’ailleurs) et féministe !

Mise à jour du 31 décembre :

Hanan El-Cheikh est de langue arabe. C’est intéressant également pour la diversité. Camille Ammoun quant à lui, est francophone et lauréat du prix France-Liban, avec Ougarit paru en 2019. Octobre Liban a paru à la dernière rentrée littéraire aux éditions Inculte.

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Les limons vides – Le livre de Dina 1 – Herbjorg Wassmo

Traduit par Luce Hinsch

Deuxième roman que je lis de l’autrice norvégienne Herbjorg Wassmo (après Cent ans). J’entame la saga dite du » Livre de Dina » qui comprend 5 volumes. Je pense d’ailleurs que je vais avoir du mal à me procurer le deuxième volume qui n’existe plus que compilé avec les autres. Le marché de l’occasion devrait venir à ma rescousse. Je ne comprends pas trop ces bizarreries éditoriales. Il y a peut-être même un sixième livre qui s’appelle Le testament de Dina. Bref, je suis un peu perdue. N’empêche, j’ai dévoré ce premier tome de moins de deux cents pages.

Dina, une gamine du nord de la Norvège des années 30 du XIXe siècle, devient un chat sauvage indomptable après un traumatisme subi qui lui fera perdre la parole. Je ne vous dis ni lequel, ni les circonstances du drame (la 4e de couverture en dit d’ailleurs trop et reflète assez mal le contenu puisque Dina n’est pas une recluse) Elle vit avec son père, commissaire, veuf. Le père ne sait pas comment gérer sa fille qui n’en fait qu’à sa tête. La seule chose qu’il ne veut pas, qu’il ne supporte pas, ce sont les cris et les pleurs. Il n’a plus la capacité à les supporter – il y a une raison liée à ce que je ne peux vous révéler. C’est aussi un homme à femmes qui se remarie assez vite après le décès de son épouse, Hjertrud. Dagny, la second épouse, ne fait pas bon ménage avec cette petite sauvageonne, qui lui en fait voir de toutes les couleurs. Le commissaire décide d’embaucher un percepteur, M. Lorch, qui apprendra à compter, à lire et à jouer de la musique à Dina. Un premier miracle se produit quand elle entend la musique, qui peut exprimer ce qu’elle ne peut dire avec des mots. Et ce fait même lui fait recouvrer la parole.

Si le commissaire souhaite le meilleur pour sa fille tout en ne sachant pas comment la gérer, il commet quand même quelque chose d’assez dingue : il cède à son ami Jacob, 48 ans, Dina, 16 ans, comme épouse. Le pauvre type ne sait pas ce qui l’attend ! C’est bien ce qui est cocasse dans cette histoire. Il y a quelques scènes croquignolettes…

Herbjorg Wassmo nous dresse un portrait haut en couleur d’une gamine puis d’une jeune femme qui n’a pas de limites ! Non pas qu’elle soit une femme libre au sens où elle serait consciente de l’être, mais parce qu’elle est traumatisée, ce qui lui est arrivé la poursuit encore et toujours. C’est une vraie furie pétrie de douleur qui ne fait de cadeau à personne. Pas qu’elle soit méchante, mais elle n’a pas d’éducation. Elle ne connait pas les convenances de la vie en société. Il y a un côté naïf et spontané chez elle. En même temps, c’est quelqu’un de très intelligent. Un sacré caractère. Une sorte d’Atilla en jupon (quand elle en a un !). Partout où elle passe, l’herbe trépasse. Lol ! Dina sème la mort sans le vouloir. Le livre commence sur un accident de traineau et se termine là dessus. Elle découvre aussi des bizarreries dans les comptes de Jacob, alors que lui, gros bêta, n’a rien vu. J’ai hâte de découvrir la suite de l’histoire !!

Herbjorg Wassmo écrit sans s’encombrer de tabous. Il y a pas mal de scènes sulfureuses, cocasses voire drôles. Son récit galope comme un cheval indompté, à l’image de son héroïne. On ne s’ennuie pas 5 minutes. Un livre qui plaira à ceux qui aiment l’action.

Désolée mais je n’ai plus les caractère spéciaux (ou du moins je ne les trouve plus dans le nouvel éditeur tout pourri de WordPress), dont, pas de O avec un trait dans le prénom de l’autrice)

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De nos ombres – Jean-Marc Graziani

« Sûrement ne verront-ils qu’un foutu brouillard, ceux qui me liront, que des ombres, des formes diffuses dans un vent de neige, un vent de cendres…
Chaque fois elle me ramène à un endroit perdu où elle n’a rien à faire, l’histoire que je veux écrire. Une plage où je vois les miens attablés et qui me regardent comme s’ils attendaient de moi quelque chose. J’ai beau fermer les yeux pour les faire disparaître, quand je les rouvre, le flou de l’éblouissement passé, ils sont encore là à m’attendre.
Cette histoire n’a rien à voir avec eux, et pourtant je reviens. Elle n’a rien à voir avec eux mais, si je m’éloigne pour la suivre, je les vois hausser les épaules, souriants mais déçus… »

Ainsi s’exprime l’écrivain qui s’apprête à écrire son histoire. Elle débute à Bastia, en 1954 où Joseph, douze ans, se met à entendre des voix. Il n’en parle à personne, mais Mammo, son arrière-grand-mère devine. Elle sera la complice de l’aventure dans laquelle va plonger Joseph, celle de la résolution de mystères familiaux, la révélation de secrets de famille et bien davantage que cela. Un angelot au pied d’un lit (plutôt horripilant, cet angelot, d’ailleurs !), un anneau, un vieux disque dans un grenier, une photo, une chimère qui aime la tarte aux poires, un saint mutilé, un fou, un sage, des justes, des femmes fortes et tant d’autres surprises vous attendent au fil des pages…jusqu’à la surprise finale !

Joseph et Mammo vous entraînent dans les ruelles du vieux Bastia, à Saint-Florent et dans le Cap corse. L’auteur-narrateur déroule la bobine de son histoire mais s’embrouille, s’égare et le dit ! L’histoire se multiplie en plusieurs histoires, son imagination s’emballe. Il voulait raconter l’histoire de Joseph, l’enfant qui entend des voix mais sa plume l’entraîne ailleurs. Il s’excuse. Il s’excuse auprès de vous et auprès de ses personnages ! 🙂

« Il me fallait quelqu’un pour ouvrir cette porte, amener la clé. J’aurais pu la cacher sous une pierre du jardin, dans le ventre gonflé d’un poisson ou dans le creux d’un arbre. Le gamin l’aurait retrouvée. Il trouve toujours ! Mais, un matin, je t’ai imaginée à ta fenêtre et ton regard m’a bouleversée.
Ma fille de papier, je te demande pardon. Un moyen, tu n’étais pour moi qu’un moyen, une astuce inventée pour faire avancer l’histoire mais, mot après mot, je me suis attaché à toi plus que je ne saurais dire. (…) Encore un mot, un dernier mot, ma fille, pour t’apprendre ce dont tu ne pourrais te souvenir : que tu es de l’automne, du 15 octobre de cette année. »


Je vous présente donc Lucia :

« Aussi loin que sa mémoire portait, elle avait toujours vécu ici, dans cet appartement, à regarder les bateaux ondoyer, appuyée au rebord d’une fenêtre. Dans la journée sans fin que paraissait être sa vie, c’était sa seule occupation. Elle aurait voulu trouver autre chose, n’importe quoi, même s’abrutir à force de ménage, mais la poussière aussi semblait fuir cet endroit. Lire, elle avait essayé, mais c’était peine perdue. La couverture du livre qu’elle avait attrapé, vierge de tout titre, était resté entre ses doigts, ses pages effondrées sur elles-mêmes voletant comme de la fibre d’amiante. »

De nos ombres est un roman en clair obscur, qui sort de l’ordinaire. On est tour à tour dérouté, enchanté, effrayé, intrigué, triste, amusé, stupéfait. Des histoires à une page d’Histoire. Je ne veux pas trop en dire. 🙂

La mise en abyme du jeu d’écriture, de l’écrivain se débattant avec son histoire et ses personnages, s’amusant aussi avec le lecteur, renvoie au pouvoir de l’écriture, à la « magie » de la littérature et du fait de raconter des histoires (tradition orale aussi, en Corse comme ailleurs). Un roman foisonnant, une plume malicieuse dotée d’une forte puissance évocatrice qui a le don de réveiller les morts, vous entraîne hors des sentiers battus. De nos ombres. Tout est dit ! 🙂

Une belle découverte de la rentrée littéraire. Lisez-le !

Pour ceux qui ont la chance d’être en Corse, l’auteur sera demain dimanche 13 septembre au festival Libri Mondi de Bastia. (Je ne suis sponsorisée par personne !)

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Retour à Martha’s Vineyard – Richard Russo

Traduit par Jean Esch

Ma première lecture de la rentrée littéraire ! Et quelle lecture ! Je connaissais déjà les nouvelles de Richard Russo, mais je ne l’avais encore jamais vu à l’oeuvre dans un roman. Autant dire tout de suite que je ne suis pas déçue !

Retour à Martha‘s Vinyard est un bon pavé de presque 400 pages en grand format. Je ne pensais pas plonger dans un voyage aussi dense, aux Etats-Unis, de nos jours, mais surtout dans les années 70. J’ai emporté le livre à peu près partout où je me suis déplacée ces derniers temps, il a même fait un voyage en Belgique ! Dès que je l’ouvrais, je n’étais là pour personne.

Le roman commence par un long prologue d’une vingtaine de pages qui nous présente les trois protagonistes : Lincoln, Teddy et Mickey. Tous les trois ont 66 ans en septembre 2015, au moment où Lincoln invite Teddy et Mickey pour un séjour sur l’île où sa mère avait une maison, qu’il veut à présent vendre : Martha’s Vinyard. Le point commun des trois hommes : ce sont des amis de longue date qui se sont rencontrés dans la très chic Université du Connecticut, Minerva, réservé aux étudiants bien nés alors qu’eux trois étaient boursiers. Ils sont originaires de différents Etats américains, ont des personnalités différentes, des histoires personnelles différentes et exercent à présent des métiers qui n’ont rien à voir les uns avec les autres.Lincoln est agent immobilier, Teddy éditeur indépendant et Mickey musicien et ingénieur du son. C’est en travaillant dans les cuisines de la résidence des Theta qu’ils ont fait connaissance. Les Theta sont une sororité du campus, une sorte de club de filles. ou plutôt de confrérie. Ces confréries réunissent les étudiants d’un même sexe sur la base de valeurs communes.C’est là aussi que les étudiants s’amusent, à travers des fêtes alcoolisées…

C’est dans la sororité de Theta que Lincoln, Teddy et Mickey ont rencontré Jacy et en sont tous les trois tombés fou amoureux. Jacy va hanter progressivement les pages du roman, focaliser l’attention du lecteur, ferrer le récit dans une sacrée intrigue qui flirte avec le thriller : lors d’un week-end à la fin de leurs études, les trois jeunes hommes avaient passé une week-end à Martha’s Vineyard avant que la vie ne les sépare. La grande absente de ce dernier rendez-vous d’étudiant fut Jacy. Volatilisée. Dès lors, on comprend ce que sont venus chercher, un peu malgré eux, les trois potes devenus sexagénaires en revenant à Martha’s Vineyard. Qu’est-il arrivé à Jacy ? Le mystère qui les hante en secret depuis tant d’années sera-t-il levé ? Si plus jeunes ils buvaient des bières, peut-être les Bloody Mary les mèneront-ils à la confidence…

Retour à Martha’s Vineyard est une fabuleuse histoire d’amitié mais aussi… de trahison. Un roman plein de nostalgie et de tendresse. J’ai adoré !

La plume dense et ciselée de Richard Russo s’attache aux détails et parvient à restituer en toile de fond de son intrigue, l’ambiance des années 70 américaines, avec la guerre du Vietnam, les concerts, l’alcool et la drogue. « Jan Joplin s’enfilait un litre de Southern Comfort à chaque concert. Les Who bousillaient leurs guitares sur scène. Jim Morrison se fouettait devant le public. Liberté, on n’avait que ce mot à la bouche. »

Bref, jetez-vous dessus !

Merci aux Editions de La Table Ronde.

J’espère arriver à faire un billet de rentrée littéraire. J’ai vraiment beaucoup lu au mois d’août, j’ai aussi continué à bouger pas mal (qui a fait une rentrée littéraire en Belgique pour l’adorable Intime Festival ? 😉 ) ; j’ai des tonnes de chroniques en retard. Mais aussi un emploi du temps digne d’un ministre. J’ai envie de tout faire mais malheureusement, les journées n’ont que 24 h. 🙂

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Esprit d’hiver – Laura Kasischke

Traduit par Aurélie Tronchet

J’aime bien lire les Grand Prix des Lectrices ELLE des années passées. En qualité de jurée, j’avais lu un autre roman de Laura Kasischke, En un monde parfait, qui m’avait laissé plutôt indifférente et n’avait d’ailleurs pas été primé. J’ai redonné sa chance à l’autrice avec celui-ci, lu il y a déjà plusieurs mois. Ce livre a obtenu le prix cité, en 2014, catégorie « roman policier ».

L’histoire se passe en 24 h, le jour de Noël et de blizzard. Un huis clos mère-fille entre Holly (la mère) et Tatiana la fille, qui va faire remonter le passé à la surface. Comme j’arrive après tout le monde, je ne vais pas en écrire des wagons ! Laura Kasischke joue à merveille avec les non-dit et l’ambiguïté. Elle donne au personnage au centre du récit, Tatiana, un prénom qui tend vers le fantastique folklorique puisqu’il signifie « reine des fées » en russe. Elle insiste (lourdement) sur la couleur des lèvres de cette adolescente, une enfant aux lèvres et paupières bleues.On est intrigué, c’est certain, d’autant que Tatiana n’est pas vraiment sympathique vis-à-vis de sa mère, assez agressive, comme si elle voulait régler ses comptes en ce soir de Noël, en l’absence de son père, partis chercher ses parents à lui, en ce jour de blizzard et qui tarde à revenir. La fête tombe à l’eau et l’humeur de Tatiana suit la courbe de la déception.

L’histoire est raconté du point de vue d’Holly. Elle plonge là où tout a commencé, en se demandant si « quelque chose les aurait suivis depuis la Russie jusque chez eux ». C’est en Sibérie que tout commence, dans un orphelinat où les riches américains en mal d’enfants peuvent s’offrir de quoi combler leur frustration.

Laura Kasischke lève le voile sur un tabou, sur une honte : un trafic d’enfants finalement, du moins à la limite de cela, puisque cet orphelinat est spécial. Holly y a vu quelque chose qu’elle pensait enfoui à jamais, comme un mauvais rêve ou une hallucination, mais qui va remonter à la surface dans ce face à face avec celle qui est devenue sa fille. Le passé ne s’efface jamais. Une évidence que va découvrir Holly, de manière terrifiante.

La presse a révélé les horreurs des orphelinats roumains du temps de Ceaucescu. Pourtant, personne n’a dénoncé ce qui se passait (ou se passe encore ?) dans les orphelinats de Sibérie.

Un roman à suspense qui distille son angoisse de manière réussie, même si de nombreuses répétitions alourdissent parfois cet effet au profit d’un peu d’agacement. La fin est trash. Une lecture agréable mais néanmoins pas inoubliable.

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