Just kids – Patti Smith

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Traduit par Héloïse Esquié

Une chronique écrite en 2011 dans le cadre de la pré-sélection pour le Grand Prix Elle à laquelle je participais.

Je connaissais de nom Patti Smith chanteuse de rock. Et j’ai découvert dans cette autobiographie la Patti Smith d’avant la scène internationale. Une jeune femme issue d’un milieu très modeste, née dans les quartiers nord de Chicago « pendant le grand blizzard de 1946« , mère à dix-neuf ans, qui place son enfant pour lui donner un avenir meilleur que celui qu’elle ne peut assumer. Le point de départ d’une nouvelle vie pour elle :  elle abandonne ses études universitaires et part à New York. Son chemin va croiser celui de Robert Mapplethrope qui va changer sa vie à tout jamais.
Patti Smith livre ici une autobiographie qui est le récit d’un apprentissage, celui de la vie, de la découverte de soi à travers de l’amour et  l’art : « J’ai vécu pour l’amour, j’ai vécu pour l’art », dit-elle.  C’est une Patti Smith  fan de Rimbaud, qui écrit des poèmes et dessine que l’on découvre là. Arrivée à New-York elle s’aperçoit très vite que la vie d’artiste sera moins facile qu’elle ne l’imaginait. Elle exerce des petits boulots miteux qu’elle peine à trouver, dort dehors, croise les personnages fantasques, hauts en couleurs de l’underground. Elle s’interroge, elle doute à plusieurs reprises d’elle-même : « Je voulais être artiste mais je voulais que mon art fasse une différence. » Mais elle vit un amour d’une sincérité touchante avec Robert Mapplethrope, avec qui elle forme un couple fusionnel malgré les coups durs et la vie qui les séparera : Robert découvre son homosexualité qu’il ne cache pas à Patti, et, des années plus tard, en 1989, décèdera du sida. Jeunes, ils s’étaient promis de prendre toujours soin l’un de l’autre et apparemment, ils n’ont pas failli.
Patti Smith avait promis à Robert d’écrire leur histoire et ce livre est un très bel hommage à celui qui est devenu un grand photographe américain. Un style à la fois très simple et très poétique, accessible à tous. Un témoignage sur une époque artistique aussi, celle des Doors et d’Andy Warhol. La manière d’écrire et la sincérité de Patti Smith m’ont touchée. J’ai découvert quelqu’un d’autre que l’icône du rock que je connaissais de nom. Ce livre donne envie de voir un peu plus ce que fait Patti Smith actuellement en tant que « performeuse et artiste visuelle », mais aussi écrivain.

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La soirée que j’ai passée hier confirme ce que je disais en 2011 : plus que jamais envie de découvrir Patti Smith artiste visuelle et écrivain (qui depuis a publié d’autres autres ouvrages autobiographiques, comme Glaneurs de rêves (2014) et le fameux M Train qui a suscité la rencontre-débat d’hier. Elle a confié vouloir se consacrer totalement à l’écriture désormais. J’ai découvert une Patti Smith généreuse, modeste, blagueuse. Et magnétique. Exactement comme je l’imaginais. Elle nous a offert une soirée inoubliable.  J’en reparle bientôt avec M Train qui, bien évidemment a rejoint ma PAL. 🙂

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Rentrée littéraire hiver-printemps #3

Rentrée littéraire, troisième épisode ! 🙂
Ca continue en force avec de la littérature irlandaise et des petits nouveaux découverts un peu par hasard !
Je découvre actuellement la plume échevelée du Belfastois Paul McVeigh, avec Un bon garçon, aux éditions Philippe Rey, qui, pour l’instant, me fait beaucoup rire.
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Extrait éditeur : « Irlande du Nord, fin des années 80, en plein conflit entre catholiques et protestants à Ardoyne, quartier difficile de Belfast. Mickey, le narrateur, vit sa dernière journée à l’école primaire avant les vacances d’été. Bon élève, il se réjouit d’avoir été admis dans une Grammar school – collège « d’élite » –, et d’échapper ainsi à ses condisciples actuels. Mais, lors d’un surréaliste rendez- vous chez le directeur, il apprend que son père a dépensé l’argent censé payer sa scolarité. Ce sera donc St. Gabriel, le collège de base fréquenté par son grand frère et tous les gamins du coin. »

Une autre découverte pour moi : Mary Morrissy avec Les révolutions de Bella Casey, aux Editions de la Table Ronde. Un petit tour dans l’Irlande du XIXe siècle ne pouvait que m’attirer… Et hop, un de plus dans ma PAL 🙂 .

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Extrait éditeur : « Bella Casey, aînée d’une fratrie protestante irlandaise, a tôt fait de comprendre que l’étude est le meilleur moyen de s’arracher à son sort en cette fin de dix-neuvième siècle. La musique, la littérature, l’école normale ― autant d’échappatoires pour cette jeune fille intelligente et ambitieuse qui doit faire fi des brimades de sa mère. La future institutrice a d’humbles projets : épouser un homme attentionné, avoir des enfants, préserver le lien avec son petit frère Jack, le miraculé. Mais la vie n’est pas toujours comme on l’espère. »

Et puis, je l’ai déjà annoncé mais maintenant j’ai une quatrième de couverture qui évoque le sujet du nouveau polar de Sam Millar : Un sale hiver aux éditions du Seuil. Une plume de Belfast (encore), bourrée d’humour, bien qu’elle fasse dans le noir de chez noir. Le troisième volume des aventures de Karl Kane.
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Extrait éditeur : « Un sale hiver aborde la question de la vengeance : comment vivre avec soi-même lorsqu’on envisage de passer à l’acte, ou après qu’on a franchi le pas ? Qu’est-ce qui pousse un être humain à en tuer un autre, froidement, avec la conviction que ce geste est justifié ? C’est au lecteur d’en décider. Il neige fort sur Belfast quand tôt le matin, en allant chercher le lait et les journaux sur son paillasson, Karl Kane trouve porte une main sectionnée devant sa porte. »

Enfin, un roman qui n’est pas une nouveauté mais que je viens de découvrir en fouillant sur le net et dont personne n’a parlé : Bohane, sombre cité de Kevin Barry aux éditions Actes Sud, publié en 2015 :

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Extrait éditeur : « 2053. Loin de sa grandeur d’autrefois, la ville de Bohane, sur la côte ouest de l’Irlande, est à genoux, gangrenée par le vice et partagée selon des lignes tribales. Des poches bourgeoises subsistent, mais c’est dans les bas-fonds et les arrière-cours de Smoketown, dans les tours du quartier de Northside Rises et les sinistres marais du Big Nothin’ que bat le coeur de la cité. Pendant des années, Logan Hartnett, le boss du gang Hartnett Fancy toujours tiré à quatre épingles, a maintenu la ville sous sa poigne. Mais le vent de la discorde se lève : on raconte que son vieil ennemi est de retour en ville ; ses fidèles hommes de main commencent à faire preuve d’ambition ; et sa moitié voudrait qu’il raccroche et file droit… Tout ça sans compter sa mère. Roman visionnaire qui mêle de nombreuses influences, du cinéma au roman graphique et des légendes celtiques aux sagas, Bohane, sombre cité s’inscrit au coeur de la littérature irlandaise. »

On m’a soufflé que Bohane, en vrai c’est Limerick ! Ca ne peut donc que m’intéresser puisque c’est ma ville d’adoption… Je suis donc hyper-intriguée !

Pour terminer, un petit tour aux USA, avec le retour de Patti Smith, écrivain de talent dont j’avais dévoré Just Kids il y a quelques années et découvert une artiste hors du commun, au-delà de l’icône du rock dont je ne connaissais à peu près que le nom.
Elle revient avec un livre, un road trip : M Train, aux éditions Gallimard.
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Extrait éditeur : « Patti Smith a qualifié ce livre de «carte de mon existence». En dix-huit «stations», elle nous entraîne dans un voyage qui traverse le paysage de ses aspirations et de son inspiration, par le prisme des cafés et autres lieux qu’elle a visités de par le globe.
M Train débute au ‘Ino, le petit bar de Greenwich Village où elle va chaque matin boire son café noir, méditer sur le monde tel qu’il est ou tel qu’il fut, et écrire dans son carnet.

Cerise sur le gâteau pour moi : j’ai eu la chance d’avoir une place pour la rencontre-débat au théâtre de la Bastille à l’occasion de la sortie du livre. Il y avait trois heures de file d’attente à la librairie Gallimard mardi dernier où elle dédicaçait son livre. Apparemment, pour ce soir c’est complet. Je ne me doutais pas trois secondes qu’il y aurait une cohue pareille. Je n’aime pas la foule mais le reste prend le dessus ! 🙂

Un beau printemps littéraire en perspective.


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Le crime – histoire d’amour – Arni Thorarinsson

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Traduit de l’islandais par Eric Boury

Mon troisième rendez-vous avec Arni Thorarinsson. Le titre m’a intriguée. Ma curiosité en matière de littérature islandaise a fait le reste.

Frida vit à Rekjavik avec une amie. Elle vient de finir ses études, elle a 18 ans et lui annonce qu’elle décide de prendre en main sa vie. On comprend que son amie a des atomes crochus avec la mouvance anarchiste. Ailleurs, dans son lit, un homme fait un cauchemar. Il reçoit un appel furieux avec ce message : « Je suis sur internet ». Une femme en veste de velours rouge usé et en jean, ivre, se donne en spectacle dans la rue.  Un psychologue maître de conférence. Une lettre.

Difficile pour le lecteur de prendre ses repères à cause d’un récit très fragmenté et in medias res qui n’identifie pas clairement les divers personnages et leur contexte. Difficile aussi d’en dire beaucoup sans tout révéler de l’intrigue, qui se constitue comme un puzzle et dont on aura les tenants et les aboutissants vraiment au fur et à mesure, mais cela tarde à venir.
Une histoire d’amour qui a viré au drame. Un crime aux yeux de la société. Le poids du tabou qui fait taire les protagonistes, innocents. Un divorce, un abandon et une fuite en avant destructrice. Une enfance et des vies ruinées. Une promesse faite de tout révéler le jour du dix-huitième anniversaire. Une histoire de gènes. Une envie de vengeance.  Trois personnages esquintés.
Arni Thorarinsson met en balance cette tragédie familiale avec la procréation médicalement assistée. Réflexion intéressante.

Pour le reste, j’avoue que ce roman noir me laisse une impression de récit trop « éparpillé » pour tenir vraiment le lecteur en haleine. On commence à avoir des pistes très tard et je suis restée très (trop) longtemps à me poser des questions sur le sens de cette histoire. Ca part un peu dans tous les sens, avec nombre de personnages secondaires, des quiproquos, et l’histoire dans l’histoire de la famille de Frida (l’histoire de sa grand-mère qui raconte ce qui lui est arrivé). A cause de cela, j’ai eu du mal à m’attacher aux personnages, qui sont pourtant des écorchés vifs ayant des vérités intéressantes à dire.

J’ai regretté que la réflexion initiée par l’auteur ne soit pas plus approfondie. Il ne fait que l’effleurer. Pourtant je sais qu’il aime scruter la société islandaise.

En conclusion : intéressant sur le fond mais décousu. J’ai lu mieux de l’auteur !

Je préfère la série avec le journaliste meneur d’enquêtes, Einar.

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Captifs – Kevin Brooks

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Traduit par Marie Hermet

Linus, adolescent fugueur, propose son aide à un handicapé, dans une gare londonienne où il a l’habitude de zoner. Très mauvaise idée ! Il se réveille enfermé dans un endroit inconnu, sans fenêtres ni portes, composé de six chambres, une salle de bain avec toilettes, une cuisine équipée. Dans un placard, il trouve 6 assiettes, 6 grandes tasses à thé, les couverts assortis, le tout en plastique. Pas de miroir. Pas d’interrupteur. Pas d’accessoires. Une horloge. Un ascenseur qui ne mène nulle part. Un bourdonnement. L’air est lourd et humide. Très vite, arrivent dans cet endroit une petite fille de 9 ans qui-veut-sa-maman, une jeune femme qui se-la-raconte, un consultant alcolo et arrogant, un junkie, un vieil homme, noir, homosexuel, malade et… borgne – tant qu’on y est 🙂 !
Il s’avère que tout ce petit monde est enfermé dans un bunker. Avec des caméras partout. Mais partout : même dans les toilettes. Aucune intimité. Les personnages s’interrogent sur l’identité du kidnappeur et ses motivations :
« Un psychopathe.
Un pervers.
Un collectionneur. De gens.
Qu’est-ce qu’il veut ?
Nous observer.
Nous tuer.
Nous garder comme animaux de compagnie. »

Nous connaissons ce qui se passe dans cet endroit grâce au journal intime tenu par Linus (le titre original du roman est d’ailleurs The Bunker Diary).

Une forme d’organisation s’installe dans l’enfermement.  Chacun arrive à cohabiter, malgré quelques tensions. Leur motivation est l’espoir de pouvoir s’échapper de ce trou à rats. Tout ça est facile tant qu’on a le ventre plein, qu’on n’a ni trop chaud ni trop froid, qu’on est propre et en bonne santé. Les idées claires. Tant qu’il y a l’espoir…
Mais tout devient beaucoup plus compliqué quand une tentative d’évasion individuelle entraine une dégradation des conditions de vie et que tout le monde se met à en souffrir…

Le bandeau sur le livre annonçait un roman « ignoble et dangereux », d’après The Telegraph et « monumental », d’après The Times. Je me méfie toujours des grands mots sur les bandeaux. Mais j’avoue que c’est mérité !
J’étais prévenue que ce thriller empêche de dormir.  J’ai eu du mal à trouver le sommeil. Parce que ce thriller est addictif, certes. Mais pas que. C’est atroce et cela empêche de dormir parce que Kevin Brooks place le lecteur dans une position inconfortable. Qui est le kidnappeur et qu’observe-t-il ? La même chose que nous ! Et grâce à qui ? Au journal tenu par Linus ! Alors pourquoi lit-on ce livre ? On est se sent comme un abominable lecteur-voyeur ! On est réduit à ça.

En outre, si l’histoire est absolument terrible et le tortionnaire de ces personnages absolument machiavélique et ignoble, il y a aussi de l’humour noir dans ce roman.
Je me suis aussi demandé si Kevin Brooks ne flirtait pas avec une forme de parodie, par moments. Linus, (qui doit son prénom à la BD Les Peanuts !) est un vrai jeune héros au grand coeur, courageux, intelligent, consciencieux : il écrit son journal jusqu’au bout du bout, même si à la fin, on n’a plus de numéros de pages ! Le vieil homme borgne vaut le détour. Le consultant est à flinguer (oups !), la jeune femme à claquer (re-oups). On aime bien le junkie, qui est peut-être le seul personnage assez sympa, avec la petite fille, et Linus. Le vieil homme d’abord sympathique, devient inquiétant dans son comportement, mais on ne sait pas si c’est à cause de sa maladie (il a une tumeur au cerveau !).
Bon, je vous renvoie aux pages 174-175 pour savoir ce que ça fait quand on mange de la nourriture droguée à un truc qui vous fait vous sentir « bizarre pas complètement désagréable. Mais pas bizarre sympa non plus. Juste bizarre bizarre. Comme sur une autre planète. » 🙂 Je me suis demandé si on avait mis quelque chose dans mon potage, parce que c’est assez incroyable l’impression que j’ai eue avec ce passage : c’est tout à fait ça.
D’ailleurs, peut-être que ça se ressent encore dans ma chronique tordue…

Un thriller plein de sensations, couronné « la très prestigieuse médaille Carnegie » outre-Manche.
Je ne me suis pas ennuyée trois secondes.

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Le lagon noir – Arnaldur Indridason

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Traduit par Eric Boury

Nous sommes en 1979. Une femme venue soigner son psoriasis dans un lagon, dont la boue aurait des vertus bienfaisantes, se retrouve avec un cadavre dans sa baignoire naturelle. Ce n’est peut-être pas le meilleur remède pour soigner la peau ! Celui d’un homme bien amoché, qui plus est. La police est alertée et voici Marion Briem et notre cher Erlendur Sveinsson en route pour de nouvelles aventures.

Ce volume fait suite aux Nuits de Rekjavik. Erlendur a 33 ans, il vient de divorcer et grâce aux talents démontrés dans l’enquête précédente, il n’est plus simple agent de circulation : il travaille officiellement à la Criminelle, aux côtés de Marion. Sauf que notre Erlendur solitaire adore aussi mener des enquêtes officieuses, pour tenir des engagements mais aussi par intérêt obsessionnel pour les gens qui disparaissent et dont on n’a jamais retrouvé trace. Erlendur a d’ailleurs « confié [à Marion] sa passion pour les récits des épreuves affrontées par les voyageurs perdus dans les montagnes » . Il collectionne les livres où il est « question des gens pris dans les violences climatiques de l’Islande ». Tous les lecteurs qui ont lu les premiers volumes des aventures d’Erlendur savent pourquoi il s’intéresse tant à cela…
Nous aurons donc droit non pas à une enquête mais à deux ! Celle sur le cadavre trouvé dans le lagon et celle sur Dagbjört, une jeune fille disparue sur le chemin de l’Ecole ménagère 40 ans auparavant.
Dagbjört longeait chaque jour le sinistre Kamp Knox aujourd’hui disparu pour se rendre à l’école : des baraquements « construits pendant la Seconde Guerre mondiale, à l’époque où l’Islande était occupée, d’abord par l’armée britannique, puis par les Américains ». « Ils avaient connu une seconde vie inattendue à la fin de la guerre, pour pallier la pénurie  de logements qui régnait en ville. Après le départ des soldats, les Islandais s’étaient installés dans ces baraques de tôle ondulée »(…) Ces quartiers étaient de véritables bidonvilles ».  « Les gens qui y vivaient étaient surnommés les Kamparar et on leur reprochait de sentir mauvais, de puer le Kampari. »
Le cadavre trouvé dans le lagon est celui d’un Islandais qui travaillait sur la base militaire américaine de Kekjavik.
Le point commun de ces enquêtes nous amène à la présence américaine en Islande, hier et en 1979, en pleine guerre froide.
L’occasion pour Arnaldur Indridason d’évoquer la pénurie en Islande, le rationnement au lendemain de la guerre pour les Islandais pendant que les Américains, eux, ne souffraient pas de cela, au contraire : les trafics allaient bon train, des jeans, des disques, en passant par des choses beaucoup moins catholiques…
L’occasion aussi d’évoquer le racisme, la méfiance et la défiance des Islandais vis-vis des militaires américains, une présence militaire qui divise la nation de la petite île en deux camps : les « pour » et les « contre » la présence américaine. Les préjugés. La misère. La jalousie. L’arme nucléaire (hum, jalousie + arme nucléaire, c’est détonnant !).

Le titre original du roman est Kamp Knox : « souvenir de l’occupation étrangère et de la pauvreté islandaise ». Cela résume bien le livre que j’ai apprécié avant tout pour cette page d’histoire islandaise. J’ai un peu été déçue par les résolutions des intrigues et les motifs des crimes qui manquent un peu d’imagination à mon goût de la part de l’auteur. Un peu l’impression qu’Arnaldur Indridason ne savait pas trop quoi en faire et nous plaque un bon vieux truc bien classique.

Un « Arnaldur » que j’ai encore beaucoup aimé même s’il n’est peut-être pas mon préféré. Cela dit, on ne s’ennuie pas !
J’ai longtemps pensé à La Femme en vert à travers le personnage Dagbjört. Mais c’était idiot, parce qu’elles sont très différentes. Seule la présence étrangère en Islande les rapproche.

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Maintenant ou jamais – Joseph O’Connor

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Traduit par Carine Chichereau

Fran Mulvey et Robbie Goulding se rencontrent dans une université de la banlieue de Londres dans les années 80. Tous les deux sont irlandais. Fran est un orphelin viêtnamien, il a connu la maltraitance. Fran et Robbie vivent à Luton, une ville où « quand tu branch[es] ta bouilloire, ça diminu[e] l’éclairage des lampadaires, dans la rue ». Ambiance ! Robbie, bien que né Dublin, « enfant du milieu d’une fratrie de trois » considère que sa ville d’origine est Luton, depuis que ses parents en 1972, sont « partis vivre en Angleterre à la suite d’une tragédie familiale ». Tout de suite, Robbie est fasciné par l’énergumène excentrique qu’est Fran, avec ses fringues flashy et abracadabrantes, son maquillage, sa contestation permanente de tout, des artistes et écrivains connus et reconnus, son rejet de l’ordre établi, quel qu’il soit, sans parler de ses frasques sexuelles. Après s’être fait viré de la fac pour outrage, entraînant dans son sillage Robbie, les deux larrons décident de monter un groupe, The Ships in the Night. Ils auditionnent plusieurs musiciens amateurs et ce sont les jumeaux Trez et Sean qui les rejoignent dans le groupe. Robbie est immédiatement attirée par la belle Trez, violoniste de talent doublée d’une tête bien pleine aussi.

Le livre que nous tenons entre nos mains, ce sont les mémoires écrites par Robbie en 2012, où il tente de raconter ces cinq ans qui ont fait prendre un virage inattendu à sa vie et l’ont changé à tout jamais. Ces cinq ans où il a été le guitariste des Ships, groupe amateur sorti de l’ombre comme un éclair après un acte manqué qui a failli le faire mourir, adulé du jour au lendemain, ayant connu un succès aussi inattendu que phénoménal, avant de se désintégrer comme une météorite. L’histoire d’un drame aussi.
Robbie est aujourd’hui un cinquantenaire, père de Molly, divorcé de Michelle, son ex-femme américaine, avec qui il reste malgré tout en bons termes. Il n’a jamais revu Fran depuis le drame. Un jour il reçoit un message de Trez qui lui avoue qu’elle va remonter sur scène à Londres et qu’il faut qu’il se joigne à elle. Ils se revoient à Paris. Trez use de tout son charme pour convaincre celui qui est encore, toutes ses années après son amoureux transi n’ayant jamais avoué ses sentiments (mais elle sait tout, évidemment!)… Le groupe se reforme, mais sans Fran. Mais… (je ne vais pas en dire plus parce que la fin de ce roman est aussi ce qui en fait sa force).

J’ai tenté de lire ce livre dans les transports mais j’ai vite arrêté. Ce Joseph O’Connor là a besoin de toute votre attention : le récit est dense. Robbie intègre dans ses mémoires de bribes de la dernière interview de Fran, le point de vue de sa fille Molly, des extraits de son journal intime à lui dans les années 80.Il donne aussi la parole à Trez et à Sean.  Des parenthèses s’invitent aussi dans le texte pour donner des précisions.
Ce roman est aussi à lui seul un vrai jukebox : on a de la musique en fond sonore tout le temps de la lecture. Le titre original est d’ailleurs The Thrill of it All, titre à succès de Roxy Music. J’aurais bien aimé qu’il y ait un glossaire de tous les groupes et chanteurs cités parce que c’est tout simplement phénoménal ! Je n’en connais pas un tiers mais ils existent ou ont tous existé. Il y a même un clin d’oeil à Sinead O’Connor (qui est la petite soeur de Joseph).Bref, il y a le son ! 🙂
Pourtant, qu’on ne s’y trompe pas : ce n’est pas un roman sur la musique ou sur l’histoire de la musique. J’ai lu ça dans un article des Frères James des Inrockuptibles. Ce n’est pas mon ressenti et d’ailleurs, puisque j’ai assisté à la présentation du roman par Joseph O’Connor himself, je me souviens qu’il l’avait dit.
C’est un roman sur l’amitié, sur la trahison, sur la rivalité, sur l’insouciance, sur le tourbillon de la vie. Mais aussi sur les blessures d’enfance et les drames familiaux (Fran a été un enfant abandonné doublé d’un enfant maltraité, Robbie a perdu sa soeur) et la manière dont tout cela ressurgit dans la vie adulte. Et sur la création artistique.
Je me suis beaucoup attaché au personnage de Robbie, celui qui a le plus souffert du drame qui verra la disparition du groupe. J’ai eu plus de mal avec Fran que j’ai trouvé arrogant, sans gêne, dominateur, le type qui se la raconte en écrasant les autres. Je lui en ai voulu pour son égoïsme. Mais la fin est un coup de théâtre…
Trez est un femme libre qui mène sa vie comme elle l’entend, avec talent.

C’est un roman qui abolit les frontières, baladant le lecteur de l’Angleterre à l’Irlande, de l’Amérique à la France en passant par le Vietnam. Fran et Robbie sont chez eux partout. Joseph O’Connor dit qu’il se considère avant tout comme un écrivain de langue anglaise plutôt que comme un écrivain irlandais. Pourtant ce roman est terriblement et irrésistiblement irlandais par son humour :

« (…) en Angleterre, quand on a de la dignité, il faut se montrer très prudent, car les gens peuvent croire que vous vous prenez au sérieux »
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« J’ai déjà remarqué ce curieux entêtement chez beaucoup  de personnes de culture irlandaise. Nous aimons conserver la preuve de ce que nous avons raté : des photos de mariage, une médaille miraculeuse, un passeport. »

« Quand une personne refuse de chanter, c’est qu’elle se dissimule. »

« Le contraire de non, ce n’est pas oui, c’est peut-être. »

« Chanter, ça change les choses. Ca permet d’effacer les frontières. »

« Je ne sais pas si vous avez jamais tenté de fumer une substance destinée à préparer des sauces et des bouillons mais je vous le déconseille. Non seulement vous en retirerez une honte éternelle, mais en plus votre urine sentira la cuisine pendant une semaine. »

« Une petite info : faut jamais emmerder un Irlandais. Il est patient, c’est un Paddy. Il va te niquer la tronche. Faut pas oublier son histoire. « 

« Parce que moi, mon père, je l’aime, c’est vraiment un mec admirable. C’est le genre Irlandais hypersensible, avec une imagination débordante, qui se sent insulté de partout. »

J’ai refermé ce livre en me disant que j’allais sûrement m’ennuyer dans mes prochaines lectures. Je ne l’ai pas lu, je l’ai dégusté ! Un roman drôle et émouvant à la fois qui vous tire une petite larme à la fin. Aussi sympathique que son auteur, qui nous a offert un bel après-midi au Centre culturel irlandais de Paris, en toute simplicité !

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Joseph O’Connor au Centre culturel irlandais le 19 février 2016

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#Livre Paris ou comment se tirer une balle dans le pied

Comme l’an dernier et comme l’année d’avant j’ai demandé mon accréditation pour aller au salon du livre de Paris. « Accréditation » est un bien grand mot parce qu’en réalité c’est une demande d’entrée gratuite.
Eh bien, « l’équipe du Livre Paris » (ça a changé de nom, mais on ne peut pas dire que ça change grand chose !) me dit cordialement d’aller me rhabiller, pour parler poliment dans un charmant mail complètement impersonnel que nous sommes plusieurs blogueurs littéraires à avoir reçu (j’apprécie le terme « cordialement » complètement inapproprié et bien hypocrite, tout à fait à l’image du reste) :

« Cher(e) M***
Nous avons le regret de vous informer que votre dossier n° **** n’a pas été validé. Cependant, si vous le souhaitez, il vous sera possible d’accéder au Salon avec un tarif préférentiel (6€ au lieu de 12€). Présentez ce courriel à l’accueil Presse du Salon afin de de bénéficier du tarif préférentiel.

Pour toute question vous pouvez écrire à accreditationpresse@facondedepenser.com, en précisant votre n° de dossier.Cordialement,
L’équipe de Livre Paris »

On me propose de me pointer avec cette m***de à la caisse pour avoir une réduction. Je m’en vais dès que j’ai fini ce coup de gueule leur dire ma façondepenser, justement.
Je suis de la vieille école, je compte parfois encore en francs. Donc pour rentrer au salon du Livre Paris, il faut payer plein pot : 84 francs pour aller acheter des bouquins ! (ou 42 francs si on est étudiant ou blogueur-gros-lecteur sans amour propre)…
Je me demande vraiment si l’équipe de Livre Paris réfléchit 3 secondes à la politique qu’elle met en place et qui ne berne personne.
Je me demande si les organisateurs aiment vraiment les livres et les lecteurs !  Je pense plutôt qu’ils aiment uniquement le fric (et en avoir toujours plus)…
Faire rentrer le max de fric dans les caisses quitte à prendre les lecteurs pour des dindons de la farce. J’appelle ça se tirer une balle dans le pied par une politique basée sur une logique mercantile à outrance au lieu d’être avant tout une vraie manifestation culturelle dédiée à la promotion de la lecture :  pas de lecteurs, pas de salon (pour paraphraser le slogan des auteurs en colère : « pas d’auteurs, pas de livres »).
Le lecteur n’a pas besoin d’eux. On a même de moins en moins besoin d’eux pour rencontrer des écrivains, assister à des débats. Mon QG préféré depuis quelques temps, c’est d’ailleurs le Centre culturel irlandais de Paris qui organise de chouettes rencontres littéraires gratuites dont on ressort des étoiles plein les yeux. C’est aussi le Salon du livre et de la presse de jeunesse de Seine-Saint-Denis qui ne crache pas sur les blogueurs littéraires et leur donne une entrée gratis facilement et sans contrepartie. Certains sont mêmes invités pour l’organisation de débat (je l’ai vu cette année) pour faire part de leur expérience de lecteur etc. Une toute autre politique que celle de Livre Paris : un vraie politique culturelle.

Je lis entre 50 et 60 livres par an et je ne suis pas assez bête pour aller payer 12€ une entrée dans un salon du livre (ni même m’estimer très satisfaite qu’on fasse semblant de me faire une remise exceptionnelle à 6€).
Il y a deux ans, j’avais obtenu une accréditation sans problème. Cela fait maintenant deux ans que ce salon du livre se fout de notre gueule de lecteur.

EDIT du 12/03 : j’oubliais de préciser que côté association culturelle professionnelle, le tarif proposé par les organisateurs du salon est de 8,50€. Ce qui confirme ce que je dis plus haut.

Pas de lecteurs, pas de salon .

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Enael – tome 1 : L’appât – Helen Falconer

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Traduit par Marie Hermet

Enael vit dans un village de l’ouest de l’Irlande, dans la province du Connaught. Elle est une adolescente comme les autres (du moins le croit-elle), qui va au lycée, envoie des textos en rafale à ses copines, avec qui elle parle fringues et garçons. Un jour, elle découvre derrière un muret de pierres sèches un médaillon dans lequel elle se reconnaît bébé. Sur  ce médaillon est gravé le prénom « Eva ». C’est le prénom qu’il y a sur son état civil même si tout le monde l’a toujours appelée « Enael ». Elle est d’autant plus intriguée que toutes les photos de famille avec elle ont été perdues lors du déménagement de Dublin pour venir s’installer ici, à la campagne. Elle essaie le médaillon et a une vision d’elle avec sa meilleure amie, Carla, quand elles étaient enfants, jouant à suivre le chemin des fées, « une bande étroite où l’herbe était plus pâle » qui commence exactement de l’endroit où se trouve Enaël.
Un jour où elle se rend avec Carla à l’anniversaire d’une copine de bahut, Enael aperçoit  « une petite silhouette qui déval[e] la colline ». Puis plus rien. « Mais bientôt la petite silhouette réappar[ai]t. Arrivée en bas de la côte, elle travers[e] la tourbière pour se diriger vers la route, non sans difficultés. » Très vite, Enael est persuadée qu’il s’agit d’une petite fille et qu’elle est en danger. Elle se lance à son secours, convaincue qu’elle s’est réfugiée sous un bosquet d’aubépines…
Tout le monde se moquera d’elle parce qu’elle reviendra bredouille, écorchée et trempée de s’être jetée dans la mare naturelle cachée sous les aubépines… On lui dit qu’elle croit aux lutins, ce genre de choses…
Enael, s’aperçoit qu’elle développe des pouvoirs. Une nuit, elle est « réveillée par des petits doigts glacés sur son poignet »… Le début d’une aventure incroyable, dont son seul confident sera Shay Foley, le garçon taiseux par qui elle est attirée.

Deux gamins pas tout à fait comme les autres qui vont vous entraîner dans le monde de Tir na Nog : la terre de la Jeunesse Eternelle, l’un des Autres Mondes de la mythologie irlandaise.
Il y en a en effet plusieurs : « Sous l’océan, vers l’Ouest, se trouvent les îles saintes. Sous le Munster c’est la terre des morts. Mais sous le Mayo et le reste du Connaught, il y a la terre de la Jeunesse éternelle, Tir na Nog et c’est là que sont allées les fées ». Et  Lebor Gabala Erenn, le livre qui raconte les conquêtes d’Irlande est aussi celui dans lequel se trouve de la légende des fées (pour faire simple, parce que c’est compliqué !).

Je ne vais pas y aller par quatre chemins : j’ai absolument adoré ce roman fantasy, mais version fantasy intelligente, c’est-à-dire très bien documenté, tiré du vrai folklore irlandais et de la mythologie du pays tout en étant très divertissant et aussi très imaginatif.

Helen Falconer éblouit le lecteur par l’univers de couleurs, les personnages et créatures du monde de Tir na Nog. Elle envoûte avec un bon suspense, une pincée de romance sans faire dans le débile mais dans l’humour (le baiser qui fait décoller, ah! ah !). Elle ajoute un soupçon de mystère identitaire. Et nous voilà piégé jusqu’à la fin de l’histoire !

En même temps, nous sommes dans une Irlande réaliste et contemporaine : de quoi se méfier la prochaine fois qu’on se balade à la campagne… Selon votre vraie identité, il y a encore des passages accessibles pour rejoindre Tir na Nog, sachez-le !

Un roman qui familiarise avec la mythologie et le folklore irlandais. Et apprend quelques superstitions irlandaises aussi :
« Quand il était petit, sa grand-mère avait insisté pour qu’on accroche le tisonnier au-dessus de son berceau. Il fallait empêcher les fées de venir le voler, en y déposant à la place l’un des leurs, un changeling« , un enfant-fée.
Les fées emmènent les enfants et ils deviennent des sheogs dans Tir na Nog. Ces fées sont malfaisantes, ce sont les fameuses banshees qui « viennent des collines sacrées, (…) volent les nourrissons pour les vendre au diable, et elles laissent des bébés de l’enfer à la place. On les reconnaît très bien : ils sont roux comme l’incendie et ils ont le coeur mauvais ».
A Tir na Nog, les banshees adorent les sheogs : « de temps en temps, on en voit toute une charrette : ils vont se promener »  🙂

Vous croiserez aussi des lenanshees, les fées de l’amour, qui tuent à petit feu ceux qui ont un faible pour elles…
Le roman s’ouvre d’ailleurs sur la légende d’Oisin, et les personnages en parlent eux-mêmes : « Enael, tu te souviens de la légende d’Oisin ? C’était un héros de Fianna. Il a suivi la fée Niamh dans le Royaume de la Jeunesse Eternelle. Il pensait qu’il s’était absenté trois ans, mais quand il est revenu, des centaines d’années s’étaient écoulées. »  Un beau clin d’oeil !

Une manière originale d’aborder la quête d’identité, les secrets de famille, la perte d’un enfant, l’amour,la différence, qui sont aussi les thématiques sous-jacentes de l’intrigue.

Un livre magique et envoûtant dont j’attends la suite avec impatience ! Un roman qui plaira aux fans de l’Irlande, entre autres.

Pour l’anecdote : mon exemplaire est un miraculé : je l’ai sauvé de justesse de la poubelle dans laquelle il a été jeté par un voisin malfaisant qui l’a trouvé par erreur dans sa boîte aux lettres. Je soupçonne fortement cet abruti d’être un dullahan : un démon qui porte sa tête sous son bras, qui sent le vomi et le pourri (c’est sûr, ça n’aide pas à réfléchir quand on n’a pas la tête sur les épaules et de la pourriture à la place du cerveau !!). Je me demande comment cette créature est arrivée là, mais il reste des passages entre le monde de Tir na Nog et le nôtre…

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La campagne du Mayo et le mont sacré Croagh Patrick

Mille mercis à Flammarion Jeunesse .

 

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Rentrée littéraire hiver-printemps #2

Suite de quelques repérages…

Tout d’abord, résolution de l’énigme Joseph O’Connor que j’annonçais sans en savoir plus il y a quelques semaines et surtout sans savoir que j’allais… le rencontrer, lui serrer la main et me faire dédicacer le roman !!  Un grand merci au Centre culturel irlandais de Paris pour l’après-midi trop classe qu’il nous a offert, une fois de plus !
A vos agendas, car le roman Maintenant ou jamais sort officiellement le 3 mars, aux éditions Phébus

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Extrait de la présentation éditeur :  » Robbie et Fran se rencontrent au début des années 80 dans les couloirs d’une université de la périphérie londonnienne. De leur amitié naît l’idée d’un groupe que rejoignent rapidement les jumeaux Sean et Trez, The Ships in the Night. Portés par les excentricités de Fran, un tube planétaire et une tournée mythique en 1986, leur trajectoire météorique marquera l’histoire de la musique populaire de la décennie. »

On reste en Irlande avec le dernier Kate O’ Riordan (dont j’ai Pierres de Mémoire qui m’attend) avec La fin d’une imposture aux éditions Joëlle Losfeld, paru depuis le 15 février, repéré par « Lettres d’Irlande et d’ailleurs » (mais 4 voire 6 yeux valent mieux que 2 en matière de littérature irlandaise ! ) :

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Extrait de la présentation éditeur : « La vie de Rosalie et de Luke s’est délitée voici quelques mois après la révélation de l’adultère commis par Luke. Mais l’annonce de la mort de Rob, leur fils, lors d’un voyage en Thaïlande provoque un séisme familial. Les mois qui suivent sont un cauchemar dans lequel Rosalie doit apprendre à composer avec la perte de son fils, un contexte conjugal compliqué et aussi la dépression de Maddie, sa fille. Cette dernière se juge coupable de la mort de son frère mais refuse d’expliquer pourquoi à ses parents. Elle se lie avec un gang de filles particulièrement violentes. »

Un nouveau venu en France, Colin Barrett, Irlandais de 34 ans, avec Jeunes Loups, sorti aux éditions Rivages :

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Présentation éditeur : « Nés dans la violence, ces jeunes loups ont la rage au coeur. La petite ville d’Irlande où ils vivent leur promet un destin perdu d’avance. Mais ils résistent, apprennent à aimer, à fuir, à rêver de lumière. En sept nouvelles ciselées à la perfection, Colin Barrett s’impose en digne successeur de Raymond Carver ou de Ken Loach. Dans un monde sans horizon, la possibilité de l’inventer existe toujours, et l’écrivain est là pour saisir les pas de côté, les silences qui donnent à chaque homme et chaque femme traversant ce livre une force hors du commun. « 

Quand je ne suis pas en Irlande, je suis littérairement attirée par l’Islande et d’habitude, en février on a un nouvel opus des aventures d’Erlendur, ou de ses collègues. Mais cette année, il faudra attendre le 3 mars le retour d’Arnaldur Indridason, avec Le Lagon noir, aux éditions Métailié (damned !, ma lecture fétiche de vacances d’hiver va devenir une lecture de printemps !)

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Mais je vais pouvoir me rattraper avec un autre Islandais dont j’ai déjà  lu deux ou trois polars : Arni Thorarinsson, qui se débrouille très bien aussi avec son héros journaliste. Je ne sais pas si c’est une nouvelle aventure de ce personnage mais le titre m’intrigue : Le crime – histoire d’amour (ah ouais ?)
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Extrait de la présentation éditeur : « La nuit avant sa mort il n’a pas dormi beaucoup. A-t-il même dormi ? Est-ce que son rêve ne signifiait pas qu’il avait dormi ? Ou ce n’était pas un rêve ? Quand il s’est réveillé, la peur était toujours palpable. S’il s’est réveillé. S’il a effectivement dormi. Le cadavre n’était pas reconnaissable. En tout cas il ne pouvait pas l’identifier d’un simple coup d’oeil. » Avant ils étaient heureux, une famille heureuse, et puis ils l’avaient appris et leur vie était devenue un enfer. Ils ont tout caché, surtout pour leur fille, mais se sont engagés à lui parler le jour de ses 18 ans. « 

Côté thriller, j’ai, dans ma liseuse depuis un moment, l’histoire d’un jeune qui a un bout d’Iphone resté planté dans son cerveau suite à un accident : Iboy de Kevin Brooks. Je ne l’ai pas encore lu même si le sujet me fait sourire, mais saurai-je résister après celui-ci : Captifs, qui sort le 10 mars aux éditions Super 8 ?
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Extrait de la présentation éditeur : « Linus, 16 ans, se réveille un matin sur le sol d’un sinistre bunker souterrain. Sans eau, sans nourriture… et sans la moindre explication. Manifestement, il a été kidnappé. Pour quel motif ? Et qu’attend-on de lui ?
Les jours passent. D’autres détenus, n’ayant apparemment rien en commun, sont amenés par un ascenseur,. Une petite fille. Un vieil homme malade. Un toxicomane. Un autre homme, une autre femme. Capturés en pleine rue, comme lui. Nourris, désormais, constamment surveillés. Et incapables de comprendre ce qu’ils font en ce lieu.
Bientôt, et tandis que le temps commence à perdre sa réalité, une horrible vérité se fait jour. Il ne s’agit plus de sortir – c’est manifestement impossible. Il s’agit de survivre. Ensemble. Le plus longtemps possible. En espérant obtenir une réponse à la seule question qui vaille : Pourquoi ?  » 

Enfin, le visuel du dernier Sam Millar, Un sale hiver, à paraître le 7 avril au éditions du Seuil est enfin dévoilé. Affaire à suivre….
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Je vais parler festival littéraire pour terminer avec « Le Marathon des mots«  à Toulouse qui consacre 4 jours, du 6 au 9 avril, à la littérature et au théâtre irlandais. Avec du beau monde, du très beau monde. Si vous voulez rencontrer Paul Lynch, Joseph O’Connor, Eimear McBride, Claire Keegan, Darragh McKeon et d’autres, et que vous êtes dans le coin, c’est le moment ! Chanceux Toulousains !!
Je déplore juste que Toulouse soit si loin, (Londres et Dublin sont plus plus accessibles pour moi alors qu’aller à Toulouse revient à partir en Australie ou presque),  et que cette programmation ait lieu en semaine (ben oui, quoi…, snif !!).

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L’homme provisoire – Sebastian Barry

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Traduit par Florence Lévy-Paolini

Nous sommes à la fin des années 50, non pas en Irlande, mais au Ghana, ex-Côte de l’Or, premier pays à avoir gagné son indépendance. Jack McNulty, tour à tour, officier dans l’armée britannique,  ingénieur des colonies,  et observateur à l’ONU tente d’écrire l’histoire de sa vie. Il est Irlandais de Sligo, frère d’Eneas McNulty. Dans les années 20, à 19 ans, il est tombé éperdument amoureux de Mai, une jeune femme qui est tout son contraire : elle possède un caractère bien trempé, de l’audace, est issue d’une classe sociale favorisée, passionnée, exerce le métier d’enseignante en Grande-Bretagne (mais revient souvent à Sligo où elle rencontre Jack) et a la réputation d’être la plus belle femme du coin. Jack est banal, timide, s’est engagé dans l’armée faute de savoir vraiment quoi faire d’autre mais il ne sait pas encore que cela va ruiner sa vie. Un peu comme par miracle, Mai accepte la demande en mariage de Jack,  lâche son travail pour le suivre en Côte de l’Or. Le début de la fin.

Mon quatrième rendez-vous avec Sebastian Barry dont je dévore à chaque fois la prose majestueuse, triste, mélancolique, poétique. Après Un long long chemin tellement magnifique, On Canaan’s Side (lu en VO, ça m’arrive parfois!), et Le Testament caché à qui je dois ma sélection comme jurée du Grand Prix des Lectrices de Elle en 2011, je me suis embarquée dans ce roman, qui était dans ma Pile irlandaise depuis sa sortie, mais dont le titre, finalement, parce qu’il me laissait perplexe, a fait que je ne me suis pas jetée dessus tout de suite (c’est étrange parfois la réaction qu’on peut avoir face à trois mots !).

Le récit promène sans cesse le lecteur : des années 20 en Irlande, aux années 50 au Ghana, suit la courbe des pensées pas toujours claires de Jack, qui essaie d’analyser son mariage et sa vie gâchée, abandonné, avec comme seul compagnon son majordome Tom et… le whisky. Il faut donc être quand même assez concentré dans sa lecture ! Mais si le début a été un peu rude pour moi, surtout qu’on échappe de justesse à une noyade en pleine mer pendant la Seconde Guerre mondiale, où le bateau de Jack est torpillé par l’ennemi, on refait rapidement surface, embarqué par la prose délicieuse de Sebastian Barry.

L’écrivain nous fait assister au naufrage du couple Jack-Mai, noyé non pas par la mer, mais par l’irruption de la guerre et de l’alcool dans leur couple, auquel s’ajoute la perte d’un enfant : Mai va toucher la folie du bout des doigts, Jack ruiner le foyer tout en étant quasiment absent tout le temps, à cause de son engagement (d’où le titre !), mais cela ne l’empêche pas de s’endetter et de se battre tout ivrogne qu’il est devenu, sans même s’en rendre compte. Quand il aura conscience de sa déviance et de celle de son épouse, c’est trop tard. Averti pourtant à plusieurs reprises par la meilleure amie de Mai du comportement inquiétant de cette dernière, il n’aura rien fait. Juste mis à l’abri ses deux filles, devenues grandes avant qu’il ait le temps de s’en apercevoir puisqu’il est absent. La maladie fera le reste…

On pourrait détester ce couple et pourtant on a plutôt de l’empathie pour lui, voire de la pitié. On croise le destin d’autres personnages de la famille McNulty, en particulier celui de Roseanne dont l’histoire est contée dans Le testament caché et on se rend compte que Jack ne sait rien de la vérité la concernant. Il n’arrête pas de plaindre son cousin, le « pauvre Tom », époux de Roseanne. J’en ai voulu à Jack, en me disant : « Mon coco, si tu savais ! » 🙂

Il est assez difficile de résumer les histoires de Sebastian Barry, toujours assez denses, et encore plus quand on a déjà lu ses romans précédents où certains personnages des histoires précédentes, font très fugacement irruption dans l’histoire qu’on est en train de lire et qu’on essaie de se souvenir l’histoire de chacun !

J’ai été surprise d’être propulsée au Ghana, apprécié d’en apprendre un peu davantage sur l’histoire de ce pays, (en lisant de la littérature irlandaise !), de suffoquer sous son climat, puis de repartir me rafraîchir dans le comté de Sligo, en particulier le jour d’une tempête de neige historique et magnifiquement décrite.

Sebastian Barry n’a pas son pareil pour narrer les drames, tout en poésie, mélancolie, le genre de prose qui vous laisse les larmes aux yeux (sans toutefois être dénué, parfois, une pointe fugace d’humour).

Quelques extraits qui évoquent mieux le roman que tout mon bla-bla maladroit :

« J’imagine que vous vous êtes fait une couleur ? dit-elle en regardant mes cheveux roux. Et puis, qui êtes vous ? Partout où je vais, j’ai l’impression que vous surgissez comme un diable qui sort de sa boîte » (Même pas peur, Mai !)

« Hier soir, j’ai de nouveau prêté ma moto Indian à Tom Quaye parvce qu’il allait danser à Osu. Il vit dans une petite cabane en tôle quelque part derrière les palmiers, à peine à une minute d’ici. Il portait un costume tellement chic que les gens vivant à l’ouest du Shannon en auraient été stupéfaits. »

« Que cette terreur galopait dans ses veines comme un rat et lui ôtait tout semblant de sérénité ou de plaisir. Que dans sa tête, sa tête elle-même, la douleur pesait comme un seau rempli de poison. Ensuite, après quelques gins de plus, lentement, lentement, tout devint de ma faute et, au milieu de la nuit, elle me lança à la tête la vieille horloge murale, puis elle lança le chat, n’ayant rien d’autre sous la main, et je bus jusqu’à l’hébétement, et le matin, après m’être réveillé seul au salon, je m’aventurai dans l’entrée où je trouvais Ursula au pied de l’escalier, considérant sa mère inconsciente là où elle était tombée, à un moment indéterminé des heures perdues de la nuit, ni un ange tombé du ciel ni un démon jailli de l’enfer, mais un être humain tourmenté. »

« J’aimerais mieux connaître les rouages du monde relatifs aux émotions. Je pense pouvoir dire sans risque que je suis capable de construire un pont au-dessus de n’importe quelle rivière, je sais tenir compte des courants probables, même pendant la saison des pluies, je connais les contraintes sur le métal et la pierre, aucun pont construit par mes soins ne sera jamais emporté ni ne s’écroulera sous un poids excessif. Je ne suis toutefois pas certain de pouvoir dire la même chose de mon coeur ou du coeur de qui que ce soit. »

Il me reste  lire Annie Dunne et Les tribulations d’Eneas McNulty pour être tout à fait au point sur l’histoire de famille.

En tout cas, j’ai toujours autant de plaisir à retrouver la plume de Sebastian Barry que tout fan de littérature irlandaise se doit de lire !

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