Mois de la littérature libanaise : bilan

Whoooouaaa ! Je ne m’attendais pas à un tel engouement, à un tel intérêt, à une telle curiosité pour la littérature libanaise !! Il y a quelques mois, quand j’ai lancé cette idée de mois thématique, je n’y connaissais rien. J’ai beaucoup appris sur ce petit pays. Je ne dirais plus jamais « On dirait Beyrouth ! » Même si une partie de la ville a été détruite par la tragédie que l’on connaît.

Je remercie toutes les lectrices (eh oui que des femmes !) qui ont fait sortir de l’ombre cette littérature majoritairement francophone et pourtant si méconnue en France. La littérature libanaise dans toute sa diversité a été mise en lumière sur les réseaux sociaux et les blogs grâce à votre curiosité et à votre énergie ! Ce mois était sans sponsors ni boostage de posts , comme je l’ai déjà vu. 🙄 On peut donc être d’autant plus fières !

On a même eu une allusion à ce mois thématique dans le quotidien le plus connu au Liban, L’Orient-Le jour (dont j’ai croisé l’histoire dans Le roman de Beyrouth d’Alexandre Najjar, d’ailleurs), grâce à Tia du compte IG « Tête littéraire » que l’on a connue lors de la catastrophe du port et une cagnotte organisée par Emmanuelle du blog « Les Carpenters racontent » en octobre. Ce mois fût aussi l’occasion d’échanges spontanés avec quelques auteurs libanais, tels Camille Ammoun ou Diane Mazloum. Et avec vous toutes, en particulier celles que je n’aurais sans doute jamais croisées sur les réseaux sans le Liban : Karine, Emmanuelle ou Carole, en particulier. 😘 En ces temps de confinement-couvre feu et de restrictions de liberté qui restreignent aussi les échanges IRL lors de rencontres littéraires , ce fut une bonheur d’échanger avec vous ! Je remercie également Anne-Lucie pour son enthousiasme !

Joli échantillonnage des livres lus pendant ce mois thématique

La plupart des chroniques de chacune est disponible sur Instagram sous le hashtag #moisdelalitteraturelibanaise . J’ai également mis sous chacune de nos lectures ou auteurs communs, les liens vers les blogs et comptes Instagram.

Pour ma part, j’ai chroniqué 10 livres sur les 12 lus.

On a beaucoup lu, mais on n’a pas encore tout lu ! Alors, comme une évidence devant la beauté de cette littérature, majoritairement d’une très grande qualité, je crois qu’on est déjà quelques-unes à vouloir renouveler l’expérience l’an prochain ! De quoi mûrir les envies de lectures dont on n’a pas encore les livres. En attendant, on garde un oeil sur le Liban et on ose espérer que d’ici là, la justice sera rendue !🤞

A l’an prochain ! 🙋‍♀️

En mars je vous emmène en Irlande et me suis mise au travail ce week-end !

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Canción – Eduardo Halfon

Traduit par David Fauquemberg

« J’arrivais à Tokyo déguisé en Arabe. (…) J’étais au Japon pour participer à un congrès d’écrivains libanais. En recevant l’invitation quelques semaines plus tôt, après l’avoir lue et relue pour être bien certain qu’il ne s’agissait pas d’une erreur ou d’une plaisanterie, j’avais ouvert l’armoire et y avais trouvé le déguisement libanais – parmi tant d’autres déguisements – hérité de mon grand-père paternel, natif de Beyrouth.« 

Voici les premières lignes du récit d’Eduardo Halfon dont j’ai fait la rencontre – réussie – avec Deuils en 2018, puis avec l’adorable Halfon Boy en 2019. Eduardo Halfon est de nationalité guatémaltèque. Ses récits sont, entre autres, une (en)quête familiale. Comme il le dit lui-même, Canción est très difficile à résumer. Ce qui m’intéressait dans ce livre, vous l’aurez deviné, c’est le Liban. Mais je me doutais que cela ne se passerait pas là-bas. Dès la page 14, le narrateur déclare : « Mon grand-père libanais n’était pas libanais. J’ai commencé à le découvrir ou à le comprendre il y a quelques années, à New-York, alors que je cherchais des pistes et des documents concernant son fils aîné, Salomon (…) » En effet, en 1917, quand le grand-père débarque à New York, était de nationalité syrienne, car le Liban n’existait pas en tant que tel. « Mon grand-père disait toujours, (…) qu’il était libanais (…) bien que le Liban, en tant que pays, n’eût été créé qu’en 1920, c’est-à-dire trois ans après le départ de Beyrouth de mon aïeul et de ses frères. Jusqu’à cette date, Beyrouth faisait partie du territoire syrien. Donc, d’un point de vue juridique, ils étaient syriens. Ils étaient nés syriens. Mais ils se disaient libanais. Peut-être pour une question de race ou de groupe ethnique (…) Peut-être pour une question d’identité. Ainsi je suis le petit-fils d’un Libanais qui n’était pas libanais.« 

Cette autofiction, qui fait partie d’une mosaïque familiale dans laquelle l’auteur sonde ses origines, mène l’enquête tel un détective, nous embarque au Guatemala où son grand-père a émigré et a fait fortune. A un moment de sa vie, dans ce pays en proie à la guérilla, il est enlevé par trois révolutionnaires, dont un certain Cancion , surnommé ainsi non pas parce qu’il chantait, mais parce qu’il tenait une boucherie.

Eduardo Halfon excelle à jouer sur les fausses pistes et dans l’art du déguisements, des masques. Je ne sais pas mais il y a également comme une ambiance qui se rapproche du western spaghetti entre la figure emblématique de Rogelia Cruz, révolutionnaire Miss Guatémala – ayant concouru à Miss Univers en Californie ! – , et Cancion maitre boucher, l’Opération Tomate, nom de code donné par les guérilleros pour l’enlèvement du grand-père… Ou une parodie de western pour dédramatiser cette sordide histoire de kidnapping. Les personnages révolutionnaires du récit sont également des personnes réelles, au destin dramatique. A la fois bourreaux et victimes. Vous ajoutez à cela un bouge où le narrateur a pris racine…

Et puis, un peu brusquement vous vous retrouvez au Japon, où le narrateur est avec une Japonaise dans le cadre du congrès des écrivains libanais… J’avoue qu’à partir de ce moment, j’ai lâché et je me suis perdue en route ! Sans doute trop imprégnée de l’ambiance au Guatémala. Sans doute aussi, faut-il lire plusieurs fois ce livre pour le comprendre en totalité, remarquer certains détails qui nous auraient échappés ! On en apprend un peu plus sur le Guatémala avec un chouïa de Liban.

Cela dit, j’aime toujours la plume d’Eduardo Halfon et son art du pied de nez !

Alors, libanais ? Ou pas libanais ? Allez hop, dans le Mois de la littérature libanaise – repoussé jusqu’au 15 février. 🤭

Merci aux éditions de La Table Ronde.

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Toute une histoire – Hanan El-Cheikh

Traduit par Stéphanie Dujols

C’est le seul livre d’expression arabe que j’ai lu dans le cadre de ce mois libanais, mais quel livre ! Très différent tant par le sujet, le style et l’ambiance de tout ce que j’ai lu auparavant en matière de littérature libanaise. Ce n’est pas un roman mais un récit autobiographique. C’est tout simplement la vie de la mère de l’autrice. C’est le livre que sa mère lui avait demandé pour donner la parole aux femmes du peuple.

Kamleh est née dans une famille libanaise chiite très pauvre du sud Liban, dans les années 20. A onze ans, elle est vendue par son père à son beau-frère, suite à la mort de sa soeur aînée. Déjà la fillette se rebelle, elle ne comprends pas. En vain, elle est mariée de force et dès qu’elle devient une femme, elle est violée le jour de ses noces. Elle devient mère à 15 ans. Depuis qu’elle a été vendue, elle a quitté son village de Nabatiyeh pour aller vivre à Beyrouth avec sa belle-famille. Elle rencontre Mohamed, un jeune poète dont elle tombe éperdument amoureuse. Mohamed n’est d’ailleurs pas que poète mais occupe aussi un poste à la frontière israélienne. Les deux tourtereaux s’envoient des lettres enflammées, vont au cinéma pour voir des films égyptiens qui enflamment l’imagination de Kamleh et lui insuffle finalement l’énergie dont elle a besoin pour braver les interdits. Kamleh est analphabète et c’est grâce à ses amies qu’elle correspond avec Mohamed.

« Nous « correspondions« , non pas entre Le Caire et le Liban comme dans Larmes d’amour, mais entre Bhamdoun et Beyrouth. J’avais mis la fille des voisins dans la confidence : elle me lisait ses lettres et écrivait les miennes. »

Kamleh est une femme au caractère entier : avec elle, pas de demi-mesure ! Malgré son manque d’instruction elle sait se qu’elle veut et ne s’en laisse pas compter. Même si son frère et tous les hommes de sa belle-famille la surveillent, elle ruse pour leur échapper et ment sans vergogne à son mari. Elle veut vivre son amour pour Mohamed entièrement, quitte à se brûler un peu les ailes au passage, mais qu’importe ! Le risque c’est la vie résume assez bien Kamleh ! Et la perfection, c’est fade ! Kamleh n’est pas parfaite et c’est ce qui la rend attachante. Elle rit, elle crie, elle pleure, elle piétine, elle cajole, elle embrasse, elle se moque, elle crâne… Quand elle est à Beyrouth, elle voudrait être à Nabatiyeh et quand elle est à Nabatiyeh, elle voudrait être à Beyrouth. Son horizon de voyage va s’élargir quand ses enfants adulte décideront de voler de leurs propres ailes…

Elle décide de divorcer et part vivre avec Mohamed dont elle aura plusieurs enfants, abandonnera ses deux filles aînées à son ex-mari.

C’est une histoire qui vous emporte grâce au personnage envoûtant de Kamleh dont on suit la vie pendant trente ans. Je l’ai adorée, avec son caractère bien trempé et ses « fumages » de narguilé ! C’est un bien beau témoignage d’une vie de Libanaise chiite. Il y a des drames au rendez-vous car la vie n’est pas un long fleuve tranquille. Un récit émouvant, en particulier la fin. On perçoit également en toile de fond, par de breves allusions l’Histoire du Liban. C’est une histoire d’amour et de liberté – mais aussi d’émigration. On est assez scotché par le destin de cette femme.

Une belle découverte que je vous recommande sans hésitation ! Hanan El-Cheikh a écrit beaucoup d’autres livres, qui sont traduits ! Youpi !

Toute une histoire a obtenu le prix Lorientales en 2011 et le prix du roman arabe cette même année. Mérité !

Je vous rappelle que le Mois de la littérature libanaise est prolongé jusqu’au 15 février à la demande générale ! Enjoy !

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Mars, mois irlandais ☘

Cela fait déjà quelques semaines que j’y songe. J’ai hésité car je manque un peu de temps mais… Mais l’Irlande me manque tant. Jolie équation. L’an dernier, comme tout le monde, je pensais que la pandémie aurait tiré sa révérence au printemps 2021. Aheum ! Le chemin est encore long et les frontières viennent de se refermer sur nous pour une durée indéterminée. L’Irande est confinée jusqu’au 5 mars et ensuite, personne ne sait vraiment ce qui se passera. C’est un crève-coeur. Le vent, la pluie, les moutons à tête noire, les sentiers tourbeux, les coups de soleil (si!, si!), les sourires irlandais, les panneaux en gaélique, les îles irlandaises, l’océan, la riviera, les musées, les concerts, les promenades…

Je n’ai pas pu aller en Irlande depuis novembre 2019, je devais y retourner plusieurs fois en 2020. J’ai des tonnes de vouchers Aer Lingus. Mais on est cloué au sol. Et le tourisme en Irlande est sinistré, je peux vous le dire…

Alors…

En mars (mois irlandais par excellence !) je vous propose de partir en Irlande quand même : à travers sa littérature bien sûr, mais aussi tout le reste !

Partir en Irlande à travers ses films, sa musique, sa cuisine… Sortez vos vieux DVD, visionnez les films que vous n’avez pas vus, lisez et relisez les livres qui vous inspirent, racontez vos anecdotes irlandaises si vous en avez envie, sortez vos albums photos, partagez vos recettes…

Bref, partir en Irlande par tous les moyens légaux sans test PCR ni quarantaine !

Pour ma part, je compte vider un peu ma PAL irlandaise et découvrir quelques nouveautés tout juste parues ou à paraître.

Mars sera donc irlandais, carrément à l’impromptu car je n’ai rien préparé à ce jour 🤭 mais il reste un mois pour prendre de l’avance, un peu !!

Je n’ai aucun programme prémédité.

Pour les idées de lecture, vous devriez trouver votre bonheur sur le blog, catégorie « Littérature irlandaise » ou « Littérature nord-irlandaise ». Je mettrai en avant les livres que j’ai le plus appréciés un peu plus tard.

Pour les films, j’ajouterai une liste ici ultérieurement mais je peux déjà vous dire qu’il y a de quoi se régaler…

Afin que je repère tout le monde, me dire sur le blog ou sur Insta si vous comptez participer. Je sais que certains sont déjà intéressés. Il n’y a pas de contrainte de nombre de livres à lire ou de films à regarder. Chacun fait ce qu’il veut.

#moisirlandais

Failte !

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Sous la tonnelle – Hyam Yared

« Issue d’une famille émigrés arméniens ayant fui Constantinople dès le début du génocide perpétré par l’Empire ottoman, tu avais épousé un Libanais. Un commerçant en tapis, en tissus et en meubles. (…) Tu l’appelais ton Phénicien aux yeux sombres« .

Le 13 juillet 2006, la narratrice s’est réfugiée sous la tonnelle de sa grand-mère qui vient de décéder. La maison de la défunte est ouverte pendant trois jours pour permettre les condoléances à la famille. La jeune femme, elle, préfère, au grès des cartes, lettres et dessins restituer la mémoire vive de son aïeulle. Mais finalement c’est une toute autre personne qu’elle va découvrir. Il y a bien sûr la grand-mère qu’elle connaissait, mais également toute sa part d’ombre, ou plutôt son jardin secret qui va nous être révélé. Via un homme, inattendu.

C’est un roman foisonnant que propose Hyam Yared, un peu à la manière de Shererazade, où la multiplicité des récits, des histoires dans l’histoire et des histoires dans l’Histoire, vous perdent un peu en route, mais pas totalement ! C’est surtout un beau portrait de femme qui a retenu mon attention.

Cette femme, veuve à la trentaine, ne s’est jamais laissé abattre par les coups du sort, que ce soit le décès de son mari d’un stupide arrêt cardiaque ou par la guerre civile. Sa maison est située pile poil au point de jonction entre Beyrouth Est et Beyrouth Ouest, point stratégique convoité par les milices de tous bords. Elles auraient bien voulu qu’elle dégage, cette femme ! Mais elle tient à sa liberté ! Elle reste dans sa maison sur la zone de démarcation.

« Toute une horde de chacals lorgnaient sur ton lopin de terre. Ils avaient mis une croix à son emplacement. »

« Dès 1985, tu fus condamnée à une solitude radicale. Les lignes de démarcation devinrent impraticables. Tu mis un terme aux visites qui aiguisaient la curiosité de tes détracteurs. » Eh oui, car cette grand-mère qui a hérité des histoires de massacres de ses ancêtres arméniens ne voulait pas, en dépit du danger, prendre parti pour l’une ou l’autre faction en guerre. Elle parvient à se faire accepter d’eux mais c’est sa propre famille qui voit rouge, s’obstinant à vouloir la sortir de là. Les visites qu’elle reçoit sont l’objet de récit parfois cocasses.

Et puis, il y a cette femme secrète que personne ne connaît. Celle qui a juré de rester fidèle à son mari défunt, donc de ne pas se remarier. Sans doute pour être dans les convenances de la société. Mais c’est sans compter sur les sentiments, qui eux, font fi des convenances ! C’est ainsi qu’un certain Youssef émerge du récit, qui prend par la même occasion une tournure inattendue. Cette grand-mère était une amoureuse. Elle a vécu un amour clandestin, romantique et fou. Et une souffrance.

« Il y a trop de passions en Orient pour que les rêves ne se transforment pas en chaos » lui écrit Youssef depuis Paris.

J’ai apprécié ce roman qui, une fois encore, est très riche. Dense, un peu trop par le nombre de personnages secondaires, des histoires secondaires reliées au récit de la narratrice.

Un livre sur des femmes fortes et libres, de grand-mère en petite-fille. C’est finalement ce qui m’a plu. Hyam Yared possède un style très agréable : normal, elle est poétesse aussi ! Elle a également écrit un autre roman : L’armoire des ombres, paru avant celui-ci

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Prolongation

Le #moisdelalitteraturelibanaise est prolongé jusqu’au 15 février !

Logo périmé !😂
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Le mois de la littérature libanaise en images

🇱🇧 A une semaine de la fin, petit retour en images sur ce mois thématique. Je ne pensais pas qu’il susciterait un tel engouement !! Merci pour votre enthousiasme !🥰 Je crois qu’on a tous appris pas mal de choses en sortant des sentiers battus pour mettre sous les projecteurs une littérature méconnue en France, alors qu’elle est majoritairement francophone. L’aventure continue ! Mon emploi du temps est très chargé mais mon enthousiasme tout autant. En billet de clôture je rassemblerai tous les liens pour les auteurs que nous n’avons pas eu en commun. Pour les auteurs et livres communs, j’ai ajouté les liens sous mes chroniques.

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Le roman de Beyrouth – Alexandre Najjar

Encore un livre d’Alexandre Najjar et cette fois c’est un roman historique. Nous suivons une famille à travers 3 générations, en particulier un jeune garçon qui au fil du temps deviendra journaliste et par la même occasion le narrateur de l’histoire. L’histoire n’est qu’un prétexte pour raconter l’Histoire en majuscule de ce petit pays qu’est le Liban. Le roman de Beyrouth puisque tout a commencé là, quand le Liban n’existait pas à proprement parlé ou plutôt se résumait au Mont-Liban.

« Beyrouth, comme un sémaphore sur la rive est de la Méditerranée. Surplombée par des cimes laiteuses – « Liban vient de laban (lait caillé) – et des collines plantées de pins parasols et d’oliviers, Beyrouth, ville médiane entre mer et montagne, entre Orient et Occident (…) ».

Il est difficile voire impossible de résumer ce livre très dense mais très intéressant qui plaira à tous ceux qui sont férus d’Histoire. Si par moments je me suis perdue entre les lignes, je n’ai pourtant pas totalement décroché car on se laisse entraîner, poussé par un esprit de curiosité. J’ai appris beaucoup de choses (peut-être pas tout retenu non plus, c’est sûr !) mais je vais finir, au fil de mes lectures par connaître Beyrouth comme ma poche ! La Place des Canons dont j’ai croisé le nom dans d’autres livres n’a presque plus de secrets pour moi.

Il est bien sûr question de la France, des relations entre les deux pays, mais aussi de la Syrie. Il est question de décolonisation et des voisins forts en gueule, exacerbant les extrêmismes de tous bords après la Seconde guerre mondiale. Le livre commence au milieu du XIXe siècle et se termine le 1er janvier 2001. L’Histoire n’a pas fini de s’écrire puisque, comme le remarque l’auteur à la fin de l’ouvrage, à peine publié, on assassinait Rafic Hariri. Que dire sur tout ce qui s’est passé ensuite ?

Il est question des communautés : druzes, sunnites, chiites, maronites qui cohabitent, et de préjugés…

Il est question de L’Orient et Le Jour, les deux quotidiens nationaux concurrents, chacun avec une conception opposée du journalisme, qui vont fusionner en L’Orient-Le Jour : « (…) Georges Naccache décida de ventre L’Orient que Le Jour avait réussi à détroné. Ghassan Tuéni s’en porta acquéreur, mettant ainsi un terme à la rivalité légendaire opposant les deux quotidiens. (…) »

Alexandre Najjar achève de vous faire voyager en parsemant sa prose de mots en arabe. (C’était déjà la cas avec Le chant du ténor).

Enrichissant est le mot qui convient pour ce livre.

L’avis d’Anne sur Berlin 36 du même auteur, ICI

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Mauvaises herbes – Dima Abdallah

Elle a peur de le perdre, elle serre sa petite main sur le doigt de son géant. Pas besoin de parler, elle sent toutes ses émotions. Elle sent quand il a peur, quand il est tendu, quand il est stressé car il faut fuir. Ses petites jambes ont alors du mal à suivre. Beyrouth, 1983. Des pluies d’obus ou de tirs, imprévisibles. L’instant c’est la vie dans ce chaos. Avec ses parents, ils n’habitent plus dans leur appartement. Mais dans celui que des amis absents leur ont prêté.

« Les seuls moments où j’ai un peu peur, c’est quand il faut s’arrêter devant les soldats. Ils font des gestes des bras et des mains pour dire si on peut passer ou s’il faut s’arrêter. Ils arrêtent les gens pour leur poser des questions que je ne comprends pas bien. Ils demandent souvent où on va et je ne vois pas bien ce que ça peut bien avoir comme importance. Ils demandent aussi les papiers d’identité et ça non plus je ne comprends pas bien pourquoi. Je ne vois pas ce que ça peut bien leur faire, de savoir comment on s’appelle et quand on est né. Parfois ils crient sur mon géant et il n’y a rien que je déteste plus au monde, qu’on crie sur mon père. »

« Une fois en route, je me retournais souvent pour voir si elle avait peur, mais elle restait calme, comme d’habitude, et me souriait de temps en temps. A mi-chemin de la maison, je lui ai dit que le marchand de glaces était sûrement fermé à cette heure-ci. Demain on irait tous les quatre prendre un gros cornet de glace italienne au bord de la mer. Elle n’a pas insisté. Elle n’a pas répondu. Après une énorme détonation, je l’ai vue dans le rétroviseur, toujours calme, les deux mains sur les oreilles. »

Une petite fille et son père que l’on va suivre pendant une trentaine d’années. Entre le Liban et la France. Séparés mais finalement connectés l’un à l’autre, chacun dans leur solitude. Quand les choses deviennent trop insupportables au Liban, le père décide d’envoyer sa femme et sa fille à Paris. Pour leur assurer un avenir meilleur. Lui, il est journaliste, écrivain, poète. Quelque chose comme cela. La petite fille grandit. Déjà au Liban, elle se sentait différente. Très introvertie, elle reste à l’écart dans la cour de l’école. En France, elle déteste qu’on lui pose plein de question et qu’on la prenne en pitié.

« Les différents sont encore plus seuls à Paris qu’à Beyrouth. (…) J’ai passé six mois à me dire que je voulais rentrer. Je sais que je ne risque rien ici, il ‘y a pas de guerre, je suis en sécurité et c’est déjà pas mal. Je suis grande, je comprends très bien ces chose-là (…). Peut-être qu’un jour viendra, si je reste ici, où je me serais si bien habituée que je prlerai aussi bien français qu’arabe. Peut-être même que mon français, qui est déjà meilleur à l’écrit que celui de mes camarades de classe, évoluera jusqu’à commener à grignoter ma langue maternelle. Dans quelques années, je me mettrai peut-être à rêver en français. Je suppose que mon accent va vite disparaître(…) ».

Elle se lie d’amitié avec une fille qui affiche toujours un sourire était cousu sur son visage. Les deux solitudes se lient d’amitié. Mais finalement, il y a un tel gouffre destructeur…

Dima Abdallah parle d’enfance en ruines, de solitude, de différence, de liberté, celle de rester qui on est quitte à ne pas rentrer dans le moule, mais aussi de souffrance, de cette souffrance justement d’être en rupture de ban. De déracinement. Elle parle aussi de relation père-fille. De paternité. De regrets. De l’inquiétude d’être père dans un pays en guerre et puis d’être père d’une jeune femme exilé et qu’il sait fragile. Une histoire de déchirure sans fin.

C’est un magnifique roman, écrit comme une partition de musique. Car oui, il y un rythme, une musique dans la plume de Dima Abdhallah. Un roman douloureux mais aussi sensuel où l’odeur du jasmin et la marjolaine qui vous ramènent au pays.

Encore une belle découverte libanaise ! C’est un premier roman très réussi !

Décidément, ça vaut le coup de voyager en littérature !

Nous sommes plusieurs à avoir beaucoup aimé ce livre : Missk_paris et Cafe.psy.book

L’avis de Marinette ICI

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Le silence du ténor * Une enfance libanaise – Alexandre Najjar

C’est un merveilleux écrivain libanaise que j’ai découvert en préparant ce Mois de la littérature libanaise, avec trois livres : L’école de la guerre (1999), Le silence du ténor (2006) et Le roman de Beyrouth (2005), tous édités au format poche, collection « La Petite Vermillon » aux éditions de La Table Ronde. La famille, SA famille est un terreau fertile pour Alexandre Najjar. Je ne savais pas trop lequel chroniquer en premier mais naturellement c’est avec celui qui est un coup de coeur que je commence !😍

Alexandre Najjar est né en 1967 à Beyrouth. Dans ce récit dédié à sa mère, c’est son père qu’il nous présente. Né en 1923, au lendemain de la proclamation du Grand Liban, ce père est à lui seul un précieux témoin de l’histoire de son pays puisqu’il a « tout connu : le Mandat français, l’Indépendance de 1943, la Belle Époque (les années cinquante et soixante ), la guerre, l’occupation. Le Liban est, en quelque sorte, son ami, son complice, son confident« . Malgré tout, c’est également un fervent francophile, maîtrisant parfaitement la langue de Molière, bien que son nom de famille, « najjar » soit arabe, (cela veut dire « menuisier »). Un joli résumé du Liban à lui seul, je trouve. Ce père voue une admiration sans bornes à Bonaparte (sans doute à cause d’ancêtres corses !), mais aussi à De Gaulle. Bourreau de travail, avocat passionné et perfectionniste, il passait des heures enfermé dans son bureau à écrire. L’injustice le révoltait. Spécialisé en droit maritime, il etait surnommé « Amir al bihar » (« l’Armiral »), mais ses plaidoiries lui valurent le surnom de « ténor ».

Le ténor en impose ! C’est un homme de principes et de valeurs : patrie, travail, famille. Marié sur le tard à 43 ans à une femme de… 26 ans, père de quatre enfants, on devine derrière l’homme austère et ce qu’on appellerait ici  » vieille France », un être généreux, esthète, épicurien à sa façon, et drôle . Sa maison, c’était tout ! Quand Alexandre est né, il planta un Cèdre (le symbole du Liban) dans le jardin. « C’est donc qu’il m’aimait autant que son pays » déclare l’auteur. On n’en doute pas et son fils lui rend merveilleusement son amour dans ce portrait magnifique. On s’attache au personnage. On sourit quand il réprimande ses enfants et surprenant Alexandre à lire une lecture indécente : Camus ! Menant sa tribu d’un pas militaire (tous debouts à 7h pour une séance de « culture physique » et pas de foot, hein, du moins pas tout de suite…), il aimait aussi les bons plats du pays : taboulé, foul (fèves à l’huile), batenjen me’lé (tranches d’aubergines frites – miam !, poissons. Hors de sa vue pizzas et hamburgers !! Ah !, et la coupe de cheveux : hors de question qu’un poil dépasse sous peine d’être un « khanfouss » (mouton très frisé) ! Dire à son fils qu’il ressemblait à Mireille Mathieu était la solution pour qu’il aille chez le coiffeur. 😂

Bien évidemment, Alexandre Najjar va vous parler de la guerre civile, de la fuite hors de la maison, ravagée par les obus et les tirs, pillée par les miliciens. Pourtant… rien n’aura raison du cèdre ! Même pas Tsahal qui pilonne le Liban à la moindre provocation du Hezbollah.

J’ai aimé ce père ! J’ai aimé le Liban à travers ses yeux. J’ai adoré la plume de son fils qui brosse un portrait très attachant, avec beaucoup d’humour et d’amour. C’est un livre magnifique, très émouvant. On le termine au bord des larmes. J’avoue : je l’ai lu deux fois ! L’émotion est intacte. ❤

3e coup de coeur libanais. Je vais finir cardiaque avec toutes ces pépites !

L’avis d’Anne sur Mimosa du même auteur ICI

L’avis de Ramettes sur Les Anges de Millegarden du même auteur ICI

L’avis de Karine sur « Le chant du ténor  » ICI

Merci aux éditions de La Table Ronde pour cette découverte et leur aimable participation au Mois de la littérature libanaise.

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