Présumée disparue – Susie Steiner

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Traduit par Yoko Lacour

Susie Steiner propose de suivre les aventures de Manon Bradshaw, sergent-détective de son état, dans le Cambridgeshire. Signes particuliers : 39 ans, célibataire qui fouine sur internet pour trouver l’âme sœur ou traquer les criminels.

Pendant les fêtes de fin d’année, Edith Hind, une étudiante « bien née » ne donne plus signe de vie. Son petit ami donne l’alerte. Manon est en charge de l’enquête, avec son collègue Davy. Le récit adopte à plusieurs reprises le point de vue des principaux personnages de l’histoire, offrant une galerie de portraits intéressante, du britannique aristocrate à l’immigré. Des liens surprenants qui se tissent entre eux,contre toute attente.

Cette histoire fait la part belle à la vie privée de son héroïne qui a un côté Bridget Jones, un aspect amusant et original pour un personnage de sergent détective. C’est le point fort de ce roman policier, qui n’est pas d’une tristesse à pleurer, au contraire, et en même temps aborde des thématiques tout à fait sérieuses comme la solitude, l’homosexualité, la pauvreté, l’enfance maltraitée, le droit à la différence.

Susie Steiner privilégie les personnages à l’intrigue à proprement parler qui se clôture de manière assez banale presque prévisible. Restera à connaître le motif de cette disparition. La note positive du dénouement évite de plomber l’ambiance dans une atmosphère morbide. Un livre agréable à lire mais pas vraiment inoubliable non plus. J’aurais aimé que la dimension sociale soit davantage creusée.

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Ásta – Jón Kalman Stefánsson

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Traduit par Eric Boury

Un roman qui intrigue dès la page du titre : Ásta est sous-titré « Où se réfugier quand aucun chemin ne mène hors du monde ? » Où nous embarque Jón Kalman Stefánsson avec cette phrase bien mystérieuse, un brin mystique ? La page suivante contient quatre mots : « Les pages qui suivent ». On tourne la page et le contenu semble révélé : « renferment le récit de la vie d’ Ásta, qui a jadis été jeune, mais qui est nettement plus âgée au moment où ces lignes sont écrites ou, disons plutôt hâtivement griffonnées, puisqu »ici tout advient à grande vitesse , y compris quand l’histoire avance si lentement que le temps semble presque immobile. »

Jón Kalman Stefánsson va bousculer les habitudes du lecteur qui s’attendrait à un récit chronologique. Il est difficile de résumer l’histoire de ce roman sans en oublier la moitié en route. C’est une histoire d’amour : celle d’un père pour sa fille ; celle d’une fille, devenue femme, pour son amant disparu. C’est une histoire de femmes libres : Asta partie à Vienne pour étudier Brecht ; Helga, devenue mère trop tôt est comme une lionne en cage, et abandonne son enfant. C’est le roman d’apprentissage d’une gamine de 15 ans à fleur de peau, envoyée un été dans une ferme des fjords de l’Ouest pour la remettre sur le droit chemin – mais les choses ne vont pas se passer tout à fait comme prévu. C’est l’histoire d’un père qui a refait sa vie, à présent allongé sur l’asphalte d’une ville de Norvège, plein de regrets. C’est l’histoire de vies rêvées qui ont pris un autre chemin.

Jón Kalman Stefánsson raconte la vie, tout simplement, avec ses moments de lumière et d’obscurité. La déconstruction du récit lui donne réalisme, profondeur et un souffle hors normes.

La plume de l’écrivain se fait tour à tour et dans le désordre, poétique, moqueuse, lyrique, drôle, érotique, tragique, ironique, tendre, fantasque. On a chaud, on a froid, on rit, on est triste. On passe par toute une palette d’émotions et on n’en sort pas indemne. On s’attache aux personnages qu’on pense pouvoir croiser un de ces jours.

J’aime la malice de cet écrivain, ça ne fait que se confirmer !

Magnifique et génial.

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Rentrée littéraire irlandaise d’hiver (2019)

Je suis encore dans la rentrée littéraire d’automne dont j’ai lu une vingtaine de livres, (dont deux romans irlandais) qu’une nouvelle avalanche se profile à l’horizon ! On ne peut pas trop s’en plaindre non plus, d’autant qu’en matière de littérature irlandaise, ça s’annonce très prometteur, avec des livres attendus de longue date, des surprises et des revenants ! Je vous propose juste ma sélection pour la rentrée irlandaise d’hiver, le blog n’étant pas un catalogue fourgue-tout et n’importe quoi ! 🙂

Le 10 janvier,  aux éditions de La Table Ronde, Michèle Forbes est de retour avec Edith & Oliver (traduit par Anouck Neuhoff). Je suis assez impatiente, j’avoue.

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Présentation éditeur : « Belfast, 1906. Edith tombe follement amoureuse d’Oliver, un illusionniste ambitieux qu’elle croise un soir de fête trop arrosée et retrouve le lendemain sur scène, où elle doit l’accompagner au piano. Mais c’est sur la jetée de Dun Laoghaire, bien des années plus tard, que
s’ouvre le roman. Edith y attend, avec sa fille, le bateau qui les emmènera en Angleterre et contemple à regret le pays où elle laisse son mari après avoir tout tenté pour le sauver de ses démons et le soutenir à une époque où le music-hall pâtit de l’arrivée du cinéma. »

 

 

 

Par la même occasion, le même jour, sort au format poche (collection « La petite vermillon » son premier roman, Phalène Fantôme, chroniqué ici même. I23677

Paul Lynch, dont on attendait la parution en France depuis plus d’un an de Grace, eh bien le voilà qui arrive le 2 janvier aux Editions Albin-Michel (traduit par Marina Boraso). J’espère bien le voir au Centre culturel irlandais, dont je doute à peine qu’il n’y soit pas. 🙂 Sur le site de l’éditeur, j’ai vu une dédicace le 18 janvier à la librairie Mille Pages de Vincennes (à 19h). J’ai lu tous ses précédents romans (Un ciel rouge le matin et La neige noire, dont vous retrouverez les chroniques ici __multimedia__Article__Image__2019__9782226392169-j
Présentation éditeur : « Irlande, 1845. Par un froid matin d’octobre, alors que la Grande Famine ravage le pays, la jeune Grace est envoyée sur les routes par sa mère pour tenter de trouver du travail et survivre. En quittant son village de Blackmountain camouflée dans des vêtements d’homme, et accompagnée de son petit frère qui la rejoint en secret, l’adolescente entreprend un véritable périple, du Donegal à Limerick, au cœur d’un paysage apocalyptique. Celui d’une terre où chaque être humain est prêt à tuer pour une miette de pain.pour une miette de pain. »

 

 

 

Un petit nouveau en France mais que j’ai écouté parlé de Solar Bones en mars 2017 au Festival franco-irlandais organisé par le Centre culturel irlandais : Mike McCormak.71v+iCIiugL Publié pour la première fois, chez Grasset, avec  D’os et de lumière (traduit par Nicolas Richard), qui paraît le 9 janvier.

Présentation éditeur : « Marcus Conway est assis devant la table de sa cuisine, un sandwich et un verre de lait posés sur la nappe blanche. Il lit son journal et écoute la radio dans la maison vide, sa femme et ses deux enfants sont absents. Il est midi et les cloches sonnent l’Angelus, nous sommes le 2 novembre dans le village de Louisburgh, en Irlande. Pendant une heure, jusqu’au prochain bulletin d’information, Marcus se remémore sa vie depuis l’enfance jusqu’à l’âge adulte, sa vie de fils, de mari, de père, d’ingénieur du génie civil. Il désosse son passé comme il observe les ponts, d’un regard aussi rationnel qu’émerveillé. Il se souvient également des épreuves qu’il a traversées comme son combat contre la petite corruption locale qui menace sans cesse de mettre en péril la qualité de son travail, et donc la sécurité de ses concitoyens. »

Le 3 janvier paraîtra un roman de Colm Toibin, qui j’avoue, me fait un peu peur. Mais bon, pourquoi pas ? Je n’ai pas lu beaucoup de livres de lui, ce n’est pas mon auteur irlandais de prédilection, même si j’ai beaucoup aimé Brooklyn, qui est le plus populaire et peut-être le plus facile d’accès aussi. Maison des rumeurs, 9782221203613ORIun titre qui intrigue, alors pourquoi pas. A voir, même si c’est encore une reprise de mythe et que c’est un procédé littéraire vieux comme le monde. Présentation éditeur : « Après le sacrifice de sa fille, une mère fomente la mise à mort de l’assassin. Enragée, elle crie sa joie de venger son enfant. Puis son fils est enlevé et passe des années en exil où, dans un douloureux monologue intérieur, il revit le meurtre de sa soeur. Au foyer, il ne reste qu’une fille, obsédée jusqu’à la folie par la place démesurée qu’occupent les disparus dans le coeur de leur mère. Clytemnestre, Oreste, Électre. Ils mêlent leurs voix en un choeur tragique pour raconter ce drame. » Il ne fera pas partie de mes priorités .

Voilà, il y a de quoi s’occuper !

J’ai le dernier Lisa McInerney dans ma PAL depuis octobre, qui attend bien sagement un peu de temps à lui consacrer et le dernier John Boyne dans ma liseuse. Malgré le Grand Prix Elle, j’arrive à lire quelques livres en dehors… Je rêve de trouver Paul Lynch ou Michèle Forbes dans les livres qui nous seront proposés en lecture pour le prix en 2019  🙂

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Prochaine chronique : Asta, de Jon Kalman Stefansson, que j’ai dévoré pour le Grand Prix des Lectrices ELLE. Le troisième roman que je lis de l’auteur, qui ne fait que confirmer son talent. J’ai lu plus de 7 livres, pour la plupart des pavés le mois dernier. Je les ai « chroniqués » pour Elle dans le cadre du Prix, dans le timing. Il y avait, dans les bonnes surprises, catégorie roman : La maison parmi les arbres de Julia Glass, dont je découvre la plume, un roman exigeant mais envoûtant aussi, qui est un bel hommage à la littérature jeunesse, entre autres. Et puis Suzanne, de Frédéric Pommier, roman tendre, drôle, mais aussi un coup de griffe sur les conditions de vie de nos aïeux dans les EHPAD et autres maison « seniors », en France. Je suis contente que ces livres soient sortis sélectionnés par mon jury (contre toute attente pour le roman, car je pensais que Les heures rouges de Leni Zumas sortirait vainqueur et il est très bon aussi).

 

 

 

 

 

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César Capéran ou la Tradition – Louis Codet

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Voici un livre qui a 100 ans en 2018. C’est le dernier de l’auteur, Louis Codet, fauché par la Grande Guerre le 27 décembre 1914, à 38 ans. Une publication posthume chez Gallimard où il a paru en 1918. Je n’avais jamais entendu parler du bonhomme et j’aime bien les rééditions des livres oubliés !

Un court roman (ou une longue nouvelle) de moins de 100 pages, agrémenté d’illustrations. L’histoire d’un jeune Gascon, César Capéran,  monté à Paris. Pour y faire quoi ? C’est bien la question qu’on se pose car le bonhomme est plutôt du genre contemplatif. « Moi, je ne discute jamais, mon ami. Je suis simplement un homme qui pense. » Un personnage romantique et nostalgique, préférant vivre dans le passé que dans le présent.  A Paris, il se fait un unique ami,  qui lui rendra visite dans le sud, il y retourne entre deux pauses parisiennes. A l’époque, c’est comme visiter un pays étranger et c’est succulent !

J’ai aimé me promener dans ce Paris d’autrefois et en Occitanie, loin du fracas de la guerre qui allait peut-être emporter ces personnages ensuite, on ne peut s’empêcher d’y songer… Il y a de la douceur de vivre.

« La Seine, un peu à notre gauche, telle qu’une longue écharpe de soie de Chine, se déroulait sous les agrafes de ses ponts ; les pégases d’or étincelaient aux angles du Pont Alexandre-III ; les serres du Cours-la-Reine faisaient briller leurs grandes jupes de verre, près des sombres Champs-Elysées. »

Il y a de l’élégance, de la poésie, de l’humour et un charme désuet dans la plume de Louis Codet.   C’est une chouette idée de l’avoir réédité. Un bel hommage à la mémoire de l’auteur. Un témoignage du temps. Je ne peux que vous conseiller d’y jeter un oeil ! Vous le trouverez dans la collection de poche « La Petite Vermillon ».

Merci aux éditions de la Table Ronde.

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Le blog a 9 ans !

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Le blog a 9 ans !

Encore une année passée tellement vite !
Une année très positive avec beaucoup de belles découvertes
et de rencontres littéraires qui font briller les yeux.

Je vous en dirai plus dans mon billet de fin d’année, mais je peux déjà dire que les blogs littéraires ne sont pas démodés, bien au contraire ! ♥

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Sirènes – Joseph Knox


« Tu as surgi de nulle part un beau jour, avec un coquard. Je ne sais rien de toi. »

Traduit par Jean Esch

A Manchester, Aidain Waits, jeune inspecteur accroc aux amphétamines, à l’alcool et excès en tous genres, vit dangereusement sur le fil du rasoir, jusqu’au jour où il subtilise de la cocaïne et la remplace par un paquet de talc. Pas de chance, c’est la fois de trop ! Pour se racheter, ses supérieurs hiérarchiques lui demandent d’infiltrer la Franchise, le plus gros réseau criminel du trafic de drogues de Manchester. A sa tête, le caïd Zain Carver, qui n’a rien à envier aux mafiosi italiens. La deuxième mission de Waits sera de ramener Isabelle, fille d’un politique important. Waits tombe amoureux de Catherine, l’une des « sirènes » de Carver, à savoir les filles qui n’ont pas d’autres missions que de collecter l’argent de la drogue dans les clubs et les bars. « Tu as surgi de nulle part un beau jour, avec un coquard. Je ne sais rien de toi. » C’est quelque chose qui n’était pas prévu. Un mystérieux texto et un autre événement non prévisible vont faire dérailler la mission de Waits, accumuler les morts, et l’embarquer dans les méandres les plus sombres de l’underground malsain.

Joseph Knox plante le décor à Manchester, l’une des villes les plus défavorisées d’Angleterre, dont il restitue à merveille l’ambiance angoissante de la vie underground illicite. Drogues frelatées, hématomes, alcools, prostituées, bars louches, seringues, morts par overdose, humidité qui vous transperce, dealers taillés au scalpel, mais aussi femmes tout en mystères, rien ne manque pour vous servir un roman noir expresso, tendance café glacé.

Rubik’s, Sycamore Way, le Burnside, on enboîte le pas à Aidan Waits à travers la ville dont il fait quasiment un personnage aussi noir que Carver, le boss de la drogue.

Le personnage de Joseph Knox a tout de l’anti-héros. Un personnage cabossé qu’on a déjà croisé chez d’autres auteurs de polars. Je pense en particulier aux romans noirs de l’auteur nord-irlandais Sam Millar, dont le détective Karl Kane pourrait être un lointain cousin plus mature.

Si j’ai aimé l’ambiance, je me suis souvent perdue en route, à force de croiser tant de personnages furtivement, de rentrer et sortir des bars et des clubs. J’ai fini par perdre l’intrigue de ce roman du bitume, âpre comme le whisky, dont on ressort avec la gueule de bois. L’appel des sirènes n’a pas tout à fait fonctionné !

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La seule histoire – Julian Barnes

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Traduit par Jean-Pierre Aoustin

Le narrateur part du postulat qu’« un premier amour détermine une vie pour toujours (…). », que « la plupart d’entre nous n’ont qu’une histoire à raconter » et qui en vaille la peine.   Il propose de raconter la sienne. Une narration qui commence par un « je » pour se terminer par un « il », comme pour mettre de la distance avec cette histoire.

Paul Casey raconte sa seule histoire qui a débuté il y a plus de cinquante ans, dans la banlieue sud de Londres, que l’on surnommait alors « le Village ». Jeune homme de dix-neuf ans, il sympathise pendant les cours de tennis où l’a inscrit sa mère avec une « Caroline » qui se prénomme Susan. Une femme mariée de quarante-huit ans, deux enfants. Il prend rapidement l’habitude de la ramener chez elle en voiture. Ils deviennent amants. Ils décident de fuir ensemble. Paul Casey vivra aux crochets de Susan en attendant de devenir avocat. Il aime par dessus tout lui tapoter ses « dents de lapin » ! (sic!) Un jour Susan décide de faire un tour chez elle afin de voir si tout est en ordre, car elle est propriétaire pour moitié de la maison. Elle est surprise par son mari qu’elle pensait absent. La saisissant par les cheveux, il l’envoie valser dans une porte : c’en est la fin des dents de lapin ! Susan portera un appareil dentaire, entrera dans une profonde dépression pour une raison obscure, accrochera ses jours aux bouteilles d’alcool. Nous suivons la dégringolade de cette femme et de la vie de dingue qu’elle fait mener à son jeune amant. Celui-ci devra se résoudre à l’évidence.

Une histoire d’amour ? Eh bien je ne m’attendais pas à ce qu’elle prenne cette forme, à savoir un long soliloque introspectif. Je m’attendais à quelque chose de tout de même plus réjouissant ! C’est affreusement triste, mais pas comme les grands romans d’amour de la littérature classique. Ici c’est plutôt le vide qui sidère, à cause de cette narration contemplative qui finit tout simplement par faire oublier…. qu’il s’agit d’une histoire d’amour !

Vous l’aurez compris : je me suis beaucoup ennuyée. Ces deux tourtereaux là, on a furieusement envie de les chatouiller parce qu’ils déprimeraient un régiment d’éléphants ! Oui, je ne fais pas trop dans la dentelle mais pour ma deuxième lecture de l’auteur (la première,  Outre-Manche, m’avait déjà fait sombrer !) c’est encore un échec. Je me suis pourtant lancée sans a priori.
Par ailleurs, je ne suis par ailleurs, pas d’accord avec son postulat : il y a tellement de choses qui déterminent une vie pour toujours, que cela me paraît réducteur. En outre, une vie est-elle déterminée pour toujours ? Ce n’est pas non plus ma conception des choses ! Mister Barnes, on n’est pas les meilleurs copains du monde et j’en suis désolée, parce que j’aime beaucoup la littérature anglaise !

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Rituels – Ellison Cooper

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Traduit par Cindy Colin Kapen

Deux agents de police se rendent dans une maison délabrée qui détonne dans ce quartier sud-est de Washington DC : de mauvaises odeurs ont été signalées. La même maison d’où un drôle d’appel au secours d’une jeune femme avait été reçu par le centre d’appel quelques jours auparavant, depuis une ligne de téléphone non attribuée. La porte de la maison est ouverte et ça fait boum ! Pendant ce temps, l’agent spécial du FBI, tout juste nommée agent spéciale en chef, Sayer Altair, neuroscientifique spécialiste des tueurs en série, s’apprête à sonder le cerveau de Dugald Tarlington, via l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle. Elle est persuadée que les cerveaux des tueurs en série ont une « anatomie » bien spécifique. Avertie de ce qui s’est passé dans la maison abandonnée, elle est diligentée sur le terrain avec une équipe. L’ouverture d’une trappe découverte dans la maison et ça fait boum ! Au risque de sa vie, Sayer parvient à sauver une captive. Rapidement, elle est sur la piste d’un tueur en série qui a pour rituel d’enfermer des femmes très jeunes dans une cage, avec un animal tout en leur faisant inhaler des drogues hallucinogènes leur ouvrant une porte de ténèbres. Les pistes la mènent au refuge Le Sanctuaire, un établissement qui accueille des orphelins d’origine étrangère : on lui signale la disparition d’une gamine. En charge de l’enquête, Sayer devra confronter ses théories neuroscientifiques sur les tueurs en série avec la réalité des faits qui se font jour au fur et à mesure. C’est d’autant plus important que la fille du sénateur Van Hurst a été tuée dans cette affaire.

Pression à son comble, arrestation d’un coupable parfait, mais qui ne semble là que pour faire rebondir le récit et tenir le lecteur en haleine : celui-ci va de surprise en surprise, jusqu’à la révélation finale.

Ellison Cooper a su construire un personnage principal attachant. Sayer est une femme dont le passé est entouré de cadavres. Noire, orpheline, élevée par sa grand-mère qui a tout de Calamity Jane, elle a perdu son compagnon tué dans l’exercice de ses fonctions. Fragilisée, elle a dédié sa vie au FBI où elle compte sur le travail d’équipe de spécialistes pour mener la chasse aux psychopathes, quitte à mettre de côté son aversion pour un collègue prétentieux qui l’attend au virage.

Profileur, spécialiste de la scène de crime, médecin légiste sont à ses côtés pour résoudre l’énigme, quitte à remettre peut-être en cause sa théorie de spécialiste en neurosciences.

Ce livre remplit sa mission de thriller : c’est bel et bien un page turner. Ellison Cooper tient en haleine le lecteur par une série de rebondissements, mais malheureusement au détriment de la profondeur du récit.

Cette historie a l’avantage de porter à la connaissance du lecteur l’existence d’une anomalie génétique rarissime bien réelle, même si on doute que la personne atteinte puisse y survivre jusqu’à l’âge adulte. Le dénouement a quelque chose d’abracadabrant qui détruit la vraisemblance de l’histoire et laisse le lecteur entre rire et perplexité.

Ce livre ne renouvelle pas le genre du thriller américain, il est juste distrayant mais sera vite oublié. C’est le premier opus des aventures de Sayer Altair, mais je ne suis pas certaine d’être au rendez-vous second tome. Un livre qui m’a fait sortir de ma zone de confort car je ne suis plus une grande lectrice de thriller, je préfère les romans noirs ! De la joie d’être jurée littéraire ! 🙂 

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Les heures rouges – Leni Zumas

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Traduit par Anne Rabinovitch

L’histoire de quatre femmes qui vivent dans le même village de Newville, près de Salem dans l’Oregon. Le 15 janvier, la loi UPUM qui stipule que « chaque enfant a besoin d’un père et d’une mère » doit être votée. Nous sommes le soir d’Halloween. Roberta est professeure et à ses heures perdues, rédige une biographie qui lui tient à cœur, celle de l’exploratrice polaire Eivør Mínervudottír. En attendant, célibataire en mal d’enfant, elle tente de trouver un remède à sa stérilité. Nous la rencontrons la première fois, les pieds dans l’étrier du gynécologue en train de lui examiner l’intimité avant de lui prescrire un traitement ! Pendant ce temps, Mattie, presque 16 ans, décide, par curiosité, de se laisser déshabiller par Ephraïm. Susan s’occupe de son mari qui enseigne dans le même établissement que Ro et de ses deux enfants infernaux. Dans sa maison en retrait du village, dans les bois, Gin Percival prend soin de ses remèdes à base de plantes. Elle vit en paria, les gens du village la considère comme dérangée, mais les femmes désespérées viennent souvent la consulter en secret. Souvent, elle part observer la fille à la sortie du lycée, en cachette, elle aussi ! Un jour des cachalots s’échouent sur la plage. L’un d’eux explose, comme pour se venger des hommes…

Dans ce roman polyphonique, Leni Zumas peint le portrait croisé de ce choeur de femmes qu’elle désigne par le nom qui les détermine aux yeux des autres dans la société – la biographe, la fille, l’épouse, la guérisseuse. Différentes les unes des autres, tant par leur âge que par leur statut, la loi sur l’identité risque de bouleverser leur vie, d’une manière ou d’une autre. Chacune d’entre elle va devoir s’engager pour rester maîtresse de sa vie, de son choix de vie. Elles vont faire fi des tabous et des préjugés et puiser au fond d’elle-même les ressources nécessaires pour s’affranchir des conditions qu’une société étriquée voudrait leur assigner, déchirer leurs chaînes pour devenir ou rester des femmes libres.

Une histoire pleine d’humour et d’ironie sur un sujet très sérieux, à savoir le droit des femmes à disposer d’elles-mêmes. Leni Zumas ne s’encombre pas de tabous, bien au contraire. Les esprits chagrins pourraient bien être choqués par sa plume libre mais j’ai adoré ce roman aux personnages attachants, parfois hauts en couleur, avec un gros faible pour Gin, la guérisseuse écolo au cœur d’or, dont le caractère un peu bourru cache un passé meurtri.

Un roman féministe porteur d’espoir, à la fois distrayant et sérieux, des personnages fouillés créés par une plume originale. La recette d’un roman intelligent dont on se rappellera sans doute longtemps après l’avoir refermé. Je ne peux que vous en conseiller la lecture et j’ai été ravie de le découvrir en qualité de jurée littéraire.

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Le temps de la sorcière – Árni Þórarinsson

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Traduit par Eric Boury

A la fin de l’été, j’ai ressorti de ma bibliothèque la deuxième aventure du journaliste Einar qui y dormait depuis plusieurs années . Ce livre a été publié en Islande en 2005 et a paru en France en 2008. J’ai découvert les aventures d’Einar, avec Le septième fils  et Le dresseur d’insectes. Une série que je lis donc dans le désordre : cela n’empêche pas de comprendre les intrigues de chaque livre. J’ai lu aussi Le crime – Histoire d’amour (qui ne fait pas partie de cette série) mais j’étais passée à côté.

Einar, correspondant au Journal du soir, est envoyé s’aérer les neurones dans le nord de l’Islande. Il s’ennuie ferme d’autant qu’il ne picole plus. La disparition d’un ado lui fait reprendre le chemin de l’enquête journalistique. C’est toujours mieux que de s’occuper d’une perruche ! On retrouve le cadavre d’un gamin dans l’enceinte de récupération et de traitement de métaux de Krossanes, près d’Akureyri. Skarphedinn, 19 ans, fréquentait le lycée de la capitale du nord . Le trafic de drogue est en plein développement, via la filière danoise, entre autres. Einar part faire ses interrogatoires, notamment au lycée où il apprend que le jeune homme était membre du club de théâtre de son établissement et avait plusieurs cercles d’amis distincts et très différents les uns des autres. Ce qui élargi le spectre des motifs du décès. Un soir de fête, Skarphedinn a brandi le Heaume de terreur. (Mais bien peu savait ce qu’il entendait par là…). Il s’est arraché un poil pubien, puis un cil et l’a mis dans un récipient avec le poil et les a fait brûler. « Ensuite il a mis la cendre dans le creux de sa main, puis est allé dans le salon le verser dans le verre d’une fille ». Vous voyez le genre ? 🙂

Vous avez votre filtre d’amour à la sauce islandaise. C’est du moins une des possibilités. Mais Árni Þórarinsson explore le sens de cette expression. Vous allez rencontrer un professeur qui va vous expliquer que « le Heaume de terreur n’est pas nécessairement un symbole magique. Il peut simplement renvoyer, comme son nom l’indique, à un heaume, un casque ou un masque qui suscite un sentiment de peur, voire de terreur chez autrui. (…) Mais on peut généralement affirmer que le Heaume de terreur est formé par quatre traits qui se croisent en leur milieu et se terminent à chacune de leurs extrêmités par trois petites branches, de façon à ce que trois d’entre elles soient orientées vers le haut, trois vers le bas, trois vers la droite et trois vers la gauche. » Ne vous en croyez pas si bien sorti, car « brandir le Heaume de terreur au-dessus des autres » « a été conservée par la langue islandaise au fil des siècles » et « signifie tout simplement que celui qui la prend à son compte se considère comme au-dessus des autres ».
Je ne vais pas tout vous dévoiler, mais c’était très intriguant de découvrir un pendant du folklore islandais assez inattendu. On a même droit à une citation à un manuel de magie du 17e siècle. Les sorts islandais sont légions, sachez-le ! 🙂 Je ne parle même pas de Loftur le sorcier !

Quant à l’intrigue, je vous laisse la découvrir, mais elle est un prétexte à scruter la société islandaise – comme le fait Arnaldur Inðridason -, ici avec beaucoup d’humour. Hypocondrie, surmédicalisation, trouble de la personnalité. « Existe-t-il un seul individu normal aujourd’hui ? » s’interroge Einar « Par exemple, j’ai lu un article dans une revue médicale britannique, traitant d’un trouble de la personnalité qui définirait parfaitement notre société. Ce trouble, appelé Narcissic Personality Discorder (…) se manifeste par une adoration immodérée de soi-même qui débouche sur une absence totale de sens moral et de conscience ».
Ce livre date de 2005, bien avant l’apparition des smartphone à selfies…

Bref, je me suis beaucoup amusée en lisant cet opus des aventures d’Einar.
Je me suis procurée L’ange du matin et L’ombre des chats en me promettant revenir un peu plus souvent goûter les romans d’Árni Þórarinsson.  Treize Jours vient de sortir, ça tombe bien aussi !

A moins que vous viviez sur Mars, je pense que vous savez aussi que Fils de la poussière, d’Arnaldur Inðridason vient de sortir. Je ne l’ai volontairement pas encore acheté pour ne pas laisser en plan mes lectures pour le Grand Prix des Lectrices Elle, mais il fait partie de mes incontournables.

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