Ce que savait la nuit – Arnaldur Indridason

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Traduit par Eric Boury

J’ai pris du retard dans mes « Arnaldur » ces dernières années, alors j’essaie de rattraper tout cela à rebours, avec le tout dernier sorti (cela dit, il n’y en a que 3 que je n’ai pas encore lus, Fils de la poussière et les 2 derniers volumes de la triolgie des Ombres, donc rien de dramatique, car j’ai lu les 17 autres ! 🙂 ).

Les fans d’Arnaldur savent que l’inspecteur Erlendur lui pesait un peu, donc il l’a mis de côté dans un dernier opus où l’imagination du lecteur était mise à mal pour savoir si l’inspecteur a passé l’arme à gauche est ou encore vivant. Moi, je dis qu’il est vivant et que notre auteur islandais chouchou va nous le ressortir de derrière un iceberg un de ces jours…
Il a donc créé une nouvelle série (enfin je crois que c’en est une), avec un autre personnage. Konrad est un ancien flic, un inspecteur en retraite. Tout le monde le sait, les touristes affluent en Islande depuis que l’Eyjafjallajökull est entré en éruption en 2010. Le trip pour les plus aventuriers et les plus fortunés, c’est d’aller faire de la rando sur les glaciers. C’est ainsi que démarre Ce que savait la nuit. Un groupe de touristes, menée par une guide, partent pour un « glaciers crawl »,  si je puis dire, pendant dix jours. Pas de chance car le glacier de Langjökull, qui, comme tous les glaciers recule à cause du réchauffement climatique, « régurgite » un cadavre.
Il ne sera plus question de fonte de glaciers, du réchauffement climatique, du tourisme de masse qui se développe en Islande, qui met à mal la nature à la fois puissance et fragile. Cela ne dure que quelques pages.

Il sera question de cadavres, de cold case. De réouverture d’un dossier classé sans suite. L’homme découvert est quelqu’un qui a disparu il y a 30 ans. A l’époque, Konrad était encore en activité. Une affaire marquante, un cadavre comme une machine à remonter le temps. Konrad a bien des raisons de reprendre du service, en off de l’enquête officielle. C’est ce qu’on découvre au fil de la lecture.
Arnaldur Indridason a créé un personnage qui n’est pas lisse du tout. Ce n’est pas un Erlendur bis (ce que je craignais), ce n’est pas un gentil nounours. Même s’il est au premier abord fort sympathique. Je ne peux pas dévoiler trop l’intrigue sinon il ne vous resterait pas beaucoup d’intérêt à lire ce livre qui joue surtout sur le suspens, contrairement à la série Erlendur.

J’ai regretté que l’aspect social et historique ne soit pas davantage présent. Que l’intrigue occupe le premier plan, ce qui, à mon sens, n’est pas tout à fait le cas dans les livres de l’auteur qui l’ont mené au succès. L’intrigue n’était qu’un prétexte pour sonder la société islandaise. Ce n’est pas vraiment le cas ici. Je n’ai pas appris grand chose de plus sur l’Islande et les Islandais.

Donc, si j’ai apprécié ce polar pour le côté « rebondissements et suspense », le dévoilement progressif et parcimonieux de la face sombre, ou plutôt pas si clair, de l’inspecteur Konrad,  je suis néanmoins restée sur ma faim.
Comme le souligne la quatrième de couverture, ce polar est dans la lignée des Simenon. Pourtant, j’aime bien Simenon mais je préfère quand Arnaldur nous fait du Arnaldur-Erlendur.

 

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Festival Livres & Musiques de Deauville

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Ce week-end l’Irlande était à Deauville pour le festival Livres & Musiques. J’ignorais totalement l’existence de ce festival créé en 2003 et entièrement gratuit. Le principe est de mettre à l’honneur les liens qui unissent musique et littérature. Cette année ce fut donc une ballade littéraire irlandaise.

J’ai cru rêver en voyant le nom de Roddy Doyle parmi les écrivains invités ! RODDY DOYLE ! C’est tellement rare de le voir en France ! Et ce n’est pas tout. Il y aurait aussi Lisa Harding, Michèle Forbes, Conor O’Callaghan, Lisa McInerney, Dermot Bolger, Robert McLiam Wilson et Paul Lynch ! Il y a quelques semaines, j’ai dévoré Abattage de Lisa Harding ; Smile de Roddy Doyle et Rien d’autre sur terre de Conor O’Callaghan en septembre ; Edith & Oliver de Michèle Forbes en janvier ; Grace de Paul Lynch il y a quelques jours, Ensemble Séparés de Dermot Bolger l’an dernier ; Glorieuses Hérésies de Lisa McInerney – dont le 2e roman, Miracles du sang, est en ordre rangé sur mes étagères et ne va pas tarder à me sauter dessus si je ne lis pas !). Dès que j’ai su, j’ai réservé une place dans le premier train en partance de Paris Saint-Lazare pour le samedi 4 mai.

A 10 heures, je déambulais donc dans les rues de Deauville endormie, à la recherche de la Villa du Cercle où se déroulait une bonne partie du festival.

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La Villa du Cercle, coeur du festival. Même le parasol est à la couleur de l’Irlande, non ?

Une fois la porte passée, ce fut d’abord comme Alice au Pays des Merveilles en version fun. Une librairie purement « irlandaise » en France, je n’en ai jamais vue. Pour l’occasion, la librairie de la ville s’est transformée en librairie de littérature irlandaise.

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Je n’ai jamais vu autant de livres de l’île d’Emeraude, ou l’évoquant, réunis dans un même lieu – à part à la médiathèque du Centre culturel irlandais à Paris.

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Affection particulière pour ces 3 livres 🙂

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Texte de Robert McLiam Wilson 🙂

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Un Roddy Doyle qui est à l’origine d’une rencontre et un Dermot Bolger qui peut être un jeu de devinettes 🙂

Bon, j’avais la tête plongée dans tous ces trésors. Et puis je l’ai relevée (ma tête). Et là, j’ai pas tout de suite compris qui j’ai vu devant moi.Purée, c’était le papa de The Committments, de 3 Femmes et un fantôme, de La légende d’Henry Smart, de La femme qui se cognait dans les portes. Il y avait un truc magique là-dedans, je suis sûre ! Pourtant je n’avais qu’un parapluie trempé laissé à l’entrée, qui n’a aucun pouvoir, si ce n’est celui de ressembler à une asperge quand on le ferme. 🙂 . Et puis, Dermot Bolger. Et tous les autres, au fur et à mesure.

La première table ronde ronde avait pour thème « Editer : une passion exigeante », avec Joëlle Losfeld et Lisa Harding (animée par Héralde Feist et traduit par Chloé Billon).

Le roman de Lisa Harding parle du trafic sexuel en Irlande. Lisa Harding avait quelques scrupules en tant qu’écrivain à écrire sur ce sujet. Elle a pris conseil auprès des ONG qui luttent contre ce fléau mondial (et pas spécifiquement irlandais) avant de ce décider. Elle s’est aussi servi de son expérience au sein de la campagne Stop Sex Trafficking of Children and Young People. Elle a lu pendant cette campagne des témoignages horribles, elle ignorait l’ampleur du phénomène. Peu à peu les personnages de son roman ont grandi dans son esprit jusqu’à la réveiller la nuit. Ainsi est né Abattage, qui donne la parole à des filles et femmes qui ne l’ont pas. Le roman montre la façon dont ces jeunes filles mettent en place des stratégies de survie,

comment l’amitié qui se développe entre Sammy et Nico va les aider. Elle explique aussi que la plupart des traffics sexuels sont d’origine mafieuss. Quand le client paie, en fait, non seulement il fait du mal, mais il enrichit une mafia. Lisa Harding a aussi voulu faire sentir la distance qu’il y a entre l’amour et cet acte, la façon dont les clients, des hommes de tous les âges et toutes les conditions, se déconnectent de la réalité (sans pour autant leur donner raison, évidemment !). Elle dénonce aussi la défaillance du monde adulte qui ferme les yeux.
Lisa Harding est en train d’écrire un deuxième livre. Pour elle, la littérature irlandaise c’est la réunion de l’alcool et de la mélancolie. Les Irlandais aiment la poésie.

C’est la qualité de l’écriture, les échappées lumineuses malgré la noirceur du sujet, l’absence de voyeurisme qui ont décidé Joëlle Losfeld à éditer ce roman.
Elle revient sur 30 ans d’édition, explique que sa maison d’édition évolue en même temps qu’elle. Au début, c’était des publications avec une dimension fantastique, un peu léger. Mais qu’il n’y a rien de vraiment rationnel dans ses choix. Au début, elle rêvait de reconstituer la bibliothèque de son enfance qui se caractérisait par de l’humour, du non-sens, etc., un peu comme dans Les aventures du Capitain Corcoran, d’Alfred Assolant. Elle a toujours aimé la littérature irlandaise. Au début, ce qui l’intéressait chez les écrivains irlandais, c’était l’humour et le non-sens. Puis le noir, mais drôle. Elle explique que les pays qui ont des histoires compliquées sont intéressants en littérature car il y a une dynamique liée à la difficulté de cette Histoire. Son catalogue ne contient pas que de la littérature irlandaise, mais elle occupe une grande place (ce n’est pas compliqué quand je regarde la place qu’occupent les livres des éditions Joëlle Losfeld sur mes étagères pour m’en rendre compte !).

L’après-midi, j’ai assisté à la rencontre entre Michèle Forbes (Irlande du Nord) et Lisa McInerney (originaire de Cork) sur la thématique « Sexe, drogue et Rock’n roll versus illusion et music-hall » (animée par Bernard Martin, avec Marguerite Capelle et Chloé Billon en interprètes incroyables).
[Bon, vous allez excuser mon résumé plus succin, la faute à une délicieuse marmite d’un restau de bord de plage dont j’ai oublié de noter le nom ! J’ai commencé à écrire à l’envers sur mon carnet et les gribouillis dans le noir, c’est des hiéroglyphes difficiles à décrypter quelques jours plus tard ! 🙂 ]
Michèle Forbes nous a parlé de son dernier roman, Edith & Oliver (éd. de La Table Ronde). Son roman se passe en Irlande du Nord, en partie à Belfast, au début du XXe siècle. Elle a choisi d’écrire sur un moment où le music-hall commence à décliner, sur ces arts qui déclinent puis renaissent.

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Elle a écrit ce livre en partie pour son grand-père. Le music-hall est le monde de l’illusion et de la transformation où l’on peut se permettre des choses qu’on ne pourrait pas faire dans la vie. Elle a lu LA terrible scène du roman et on voit que Michèle Forbes est aussi actrice, je me suis fait la remarque.

Lisa McInerney nous a rappelé que Cork est LA capitale de l’Irlande ! Que là-bas, l’anglais est particulier, l’accent est particulier, l’humour est particulier, bref, tout est particulier ! (Je connais quelqu’un qui va être content ! 🙂 ). Lisa était (est peut-être toujours?) blogueuse. Elle a voulu écrire un triptyque. Son premier roman, Hérésies glorieuses, met en scène 5 personnages ; le deuxième, Miracle du sang, est centré sur l’un des personnages du roman précédent, celui de Ryan. Le troisième élargira de nouveau la focale.

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Lisa McInerney nous lit un passage de son dernier roman

Ryan est un personnage complexe, aux multiples facettes. Sa mère est napolitaine et lui a appris le dialecte. Qui dit Naples, dit mafia. Vous voyez, alors pourquoi il y a une histoire de deal dans sa vie (enfin, ça c’est moi qui me suit fait la réflexion). C’est un jeune homme très mélancolique, mais parce qu’il a 20 ans.
Michèle Forbes explique que s’il y a quelque chose qui unit l’Irlande, c’est bien l’humour noir. Elle a voulu situer son premier roman, Phalène Fantôme, pendant la période des Troubles, car il y a encore beaucoup de choses à dire sur cette époque, beaucoup de choses qui sont tues.
Il est délicat de faire un tableau de la littérature dans son ensemble, d’autant qu’il y a une « nouvelle vague » de jeunes auteurs. D’ailleurs, une anthologie sur la littérature irlandaise va bientôt être publiée, comprenant des écrivains issus de l’immigration. Ce qui est tout de même bien normal, car l’Irlande n’est plus un pays fermé sur lui-même, le Tigre celtique en a fait une terre d’immigration.

La troisième table ronde a été consacrée aux « subtiles angoisses » . Avec Roddy Doyle et Conor O’Callaghan (animée par Héralde Feist ; interprétariat : Marguerite Capelle et Chloé Billon)

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Roddy Doyle et Conor O’Callaghan

On a posé la question à Roddy Doyle : « Comment les romans diffusent l’angoisse ? » Roddy Doyle a évoqué Smile, son dernier roman où il montre comme un enfant est devenu l’homme qu’il est en étant passé par l’école des Frères Chrétiens. Réussir à le raconter de manière originale était son angoisse ! Conor O’Callaghan explique qu’il a aussi subi une éducation chez les catholiques (il est originaire de Newry, en Irlande du Nord) et que ce fut un traumatisme. Il y a un lien de compagnionage qui se crée entre les élèves pour survivre. Une stratégie du refus. A son époque, contrairement à celle de Roddy Doyle, les châtiments corporels ont été interdits. L’angoisse était de savoir comment les hommes d’église allaient nous punir sans les châtiments corporels. C’était aussi l’angoisse qu’il lisait dans les yeux des prêtres. (j’espère que j’ai bien compris !) Dans son roman, Rien d’autre sur terre, il y a des disparitions inexplicables et inexpliquées. En Irlande, ça n’a pas trop plu au lectorat que la fin soit ouverte, laissant place à l’imagination du lecteur, contrairement à la France, d’après ce qu’il a lu. L’angoisse, c’est la folie d’un système éducatif très violent. Roddy Doyle a eu la volonté d’induire le lecteur en erreur dans Smile, qui a une part autobiographique (même s’il n’a subi aucun attouchement). Mais son idée de roman pour dénoncer ce système est parti de ce qui lui est arrivé quand il avait 13 ans. Le souvenir de cet instant a été comme une caméra braquée. Un souvenir qui s’est modifié au fil du temps.
Conor O’Callaghan a choisi comme personnage principal un prêtre, qui se dit innocent, mais au fur et à mesure de la lecture, on n’en est plus sûr.

En Irlande, les prêtres sont aussi devenus des coupables par défaut aujourd’hui. C’est aussi ce qu’il a voulu montrer. Il connaît des religieux qui sont aussi des gens très bien.
Conor O’Callaghan explique qu’on devient écrivain parce qu’on manque d’éloquence et non l’inverse (il est poète, aussi).

Ensuite, il a fallu reprendre le train dans l’autre sens, après cette excellente journée. Un vraiment chouette festival ! Juste le regret de ne pas pouvoir assister à l’entretien avec Dermot Bolger à 18h, c’était trop tard. Le dimanche après-midi, les chanceux ont pu rencontrer Paul Lynch et Robert McLiam Wilson qui sont pour moi les plus parisiens des Irlandais (oui, oui, même Paul Lynch que j’ai dû voir au moins 3 fois en deux ans).

En plus des tables rondes, il y avait une exposition sur l’Irlande des poètes20190504_145815

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Les locaux étaient magnifiques. Bref, ça avait vraiment tout pour plaire !

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Les étudiants en lettres de l’université de Caen ont réalisé une petite gazette dédiée à l’Irlande.

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On n’a pas pu assister aux concerts et à toute la partie jeunesse du festival. Mais l’ambiance était très cordiale, les lieux propices aux échanges. Un événement littéraire à taille humaine. J’ai pu bafouiller 3 mots à Roddy Doyle. Je remercie Marie, la meilleure traductrice littéraire spécialiste de l’Irlande, dont je partage cette passion commune et dont Roddy Doyle est à l’origine de notre rencontre, il y a quelques années. Comme quoi, le monde est petit !
Cette manifestation a été conçue et organisée par la médiathèque de Deauville. Sylvie Ballul en est la conseillère littéraire pour l’édition 2019.

Les chroniques sur Smile, Hérésies Glorieuses, Rien d’autre sur terre, Edith & Oliver, Abattage, Phalène fantôme, Ensemble séparés et Grace sont sur le blog. Bien avant que je sache qu’un festival réunissant tous ces romans était organisé.

Le prochain rendez-vous irlandais dans mon agenda sera le 14 juin à 19h30 au Centre culturel irlandais, pour écouter Donal Ryan. Looking forward !

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Grace – Paul Lynch

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Traduit par Marina Boraso

1845, tout le monde le sait,  la Grande Famine frappe l’Irlande. Un épisode de l’histoire de l’île d’Emeraude dont la population n’aime pas trop parler, bien qu’il y ait à Dublin et ailleurs dans le pays, mémorial et musée. Même si elle vous montrera, toujours avec colère, dans le Burren, les routes qui ne mènent nulle part, construites par les Irlandais qui crevaient la faim sous la houlette du colonisateur britannique, mais aussi de la gentry qui se gavait. Sinead O’Connor en a fait une chanson, Famine, où elle dénonce quelque chose fabriqué de toute pièce pour faire crever les Irlandais pendant qu’un partie de la population mangeait à sa faim. En littérature, le thème est aussi abordé : on peut citer Famine de Liam O’Flaherty, pour ne citer que lui. A son tour Paul Lynch nous embarque sur les routes de la famine dans un copieux roman de presque 500 pages, le temps qu’il faut pour se faire une idée de ce qu’ont vécu les Irlandais.

L’histoire débute à Samhain, un « octobre du déluge » à Blackmountain. Grace est brutalement arrachée de son rêve par sa mère, Sarah, qui lui coupe sa longue chevelure en lui disant « C’est toi qui est forte, maintenant ». On comprend que le geste de Sarah vise à soustraite sa fille de 14 ans aux mains libidineuses de Boggs, le propriétaire. Sarah est enceinte pour la cinquième fois… Grace est l’aînée, et puis il y a Colly, son frère de 12 ans. On comprend ce qu’est obligée de faire Sarah pour nourrir ses enfants. Ce jour, elle demande à Grace de manger sans partage, malgré l’indignation de celle-ci. « La récolte est perdue. Tu le sais aussi bien que moi. J’ai demandé partout, mais personne n’est prêt à faire l’aumône. Moi, je suis trop avancée dans ma grossesse, il faut que tu t’occupes de toi. Tu dois chercher un emploi et travailler comme un homme – aux filles de ton âge, on ne propose rien qui vaille. Reviens-nous à la fin de la saison, quand tu te sera rempli les poches. » Grace est travestie en garçon et quitte la maison, accompagnée de Colly qui tient à venir avec elle. Elle ignore tout de ce qui l’attend. Sa mère a cru bien faire.

Dans un style à la fois âpre et lyrique, Paul Lynch nous plonge dans une histoire peuplée de personnages effrayants, quelquefois attachants, parfois agaçants mais la plupart ne sont trop sympathiques, C’est toute une galerie de portraits qui défile pendant les kilomètres de route à pied que vous allez faire, entre Blackmountain, Limerick, Ennis… J’ai eu une tendresse particulière pour cet homme qui s’est taillé les dents en pointe !  🙂 Des morts et des vivants ou plutôt des morts vivants, des vivants morts, voilà ce qui vous attend. Si le roman commence à Samhain, ce n’est pas pour rien… La mort est omniprésente. Grace semble aussi avoir un don, celui de voir les trépassés et de pouvoir parler avec eux. Surtout ceux qui ne peuvent reposer en paix, comme cette Mary Bresher à qui on a pris le bébé, et puis son cher frère, bavard comme une pie… Ses compagnons de route la prenne un peu pour givrée quand ils la surprennent à parler toute seule.

Grace est un personnage lumineux, qui n’a pas sa langue dans sa poche mais elle est pourtant naïve. Habillée en homme, elle finit par se comporter comme tel (mais en même temps, pourquoi y aurait-il une façon de se comporter comme une femme ou comme un homme, hein ? ). Même si un jour elle croit mourir en découvrant du sang qui lui coule sur les cuisses. Même si elle est devient quasiment amoureuse d’une paire de bottines. Même si elle s’aperçoit bien que le regard des hommes sur elle se modifie au fil de cinq années que vont durer son périple sur les routes. Grace est comparée à Grace O’Malley, la célèbre reine des pirates, figure emblématique du Mayo. Pour survivre, elle devient bergère, voleuse, puis sera embarquée par ce qui ressemble à une secte dont toutes les membres s’appellent  Mary, obéissant au Père. Un coup de griffe à l’Eglise et à leurs adeptes qui trouvent des explications bien commodes à tout en invoquant Dieu.

« Les nantis, les richards de ce monde, ils se foutent éperdument de ce qui peut arriver au commun des mortels. (…). Pour des gens comme nous, c’est peut-être la fin du monde, mais eux, ça ne les gêne absolument pas ». « Les affamés qui errent sur les route continuent de croire qu’on va leur porter secours. Mais qui va les secourir ? Ni Dieu ni les Anglais assurément, ni personne dans ce pays. L’espoir les fait vivre. (…) C’est l’espoir qui les aide à tenir debout. Qui les convainc de rester à leur place et les empêche de se rebeller. »

Paul Lynch signe là une épopée apocalyptique, gothique, un chouïa mystique aussi, où « la pluie ruisselle, (…) s’immisce dans vos chaussures, ronge le tissu de votre cape et vous mâche la cervelle au point d’accaparer toutes vos pensées », où « les doigts fouillent la terre et trouvent la viande », où maître corbeau guette. Un roman dont il y a temps à dire qu’une chronique n’y suffit pas ! Je pourrais encore parler du folkore irlandais sous-jacent, par exemple.

Je me suis laissée bercer par l’univers de l’auteur, dont j’ai lu tous les romans. Je sais qu’un autre est déjà en cours de parution dans les pays anglophones. On devrait bientôt le revoir donc !

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Alex fils d’esclave – Christel Mouchard

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D’Alexandre Dumas, vous connaissez surtout l’oeuvre, des Trois Mousquetaires en passant par le Comte de Monte Cristo, et l’oeuvre de son fils pour La dame aux camélias. Mais sans doute ignorez-vous tout de ses origines. Christel Mouchard se lance sur la trace de ses ancêtres…
J’avoue, je savais qu’Alexandre Dumas était métisse. C’est d’ailleurs une Antillaise qui me l’a appris il y a quelques années, parce que personne ne nous le dit sur les bancs de l’école ! Christel Mouchard, à sa façon, répare cette bévue en nous entraînant sur les traces du père d’Alexandre Dumas, qui s’appelait aussi Alexandre. Quand débute le roman, nous sommes  à Saint-Domingue (dans la partie de l’île qui deviendra ensuite Haïti), au 18e siècle.  Alex vit avec ses parents, Antoine Davy et Cessette, ainsi que sa soeur, Rose, à l’habitation Delisle qui appartient à son père. Alex a 14 ans, il est né en 1762, à Jérémie. Son père part faire une course mais…. ne revient pas. On comprend rapidement que la mère d’Alex est créole, mais que son père ne l’est pas. Le père disparu mystérieusement, la famille est vendue, elle qui vivait libre et mélangée sur l’habitation Delisle. C’est d’autant plus stupéfiant qu’Alex apprend qu’il a été vendu par… son père, marquis de La Pailleterie ! Un ouragan menace de ravager Saint-Domingue…

C’est le début d’une histoire qui est à la fois un roman d’aventures, un roman d’apprentissage et un roman historique.
On quitte Saint-Domingue pour Le Havre, passage obligé dans la traite négrière, pour atterrir à Paris, à la Bastille, mais aussi à  Versailles, à la cour du roi Louis XVI.

J’ai beaucoup aimé ce qu’on apprend sur le père d’Alexandre Dumas, ce personnage historique, devenu général de la Révolution française ignoré de nos jours : ce roman réhabilite sa mémoire, à travers son adolescence. Un jeune homme qui se cherche, entre les paillettes de la Cour qui valent tout l’or du monde pour son père avide d’argent, et l’envie de défendre les plus faibles.

« Quand Rose a parlé de révolte, je me suis senti tellement bête ! A quoi bon être un champion de sabre si je ne suis pas capable de me battre pour mes frères d’esclavage ? Mais je ne veux pas retourner à Saint-Domingue, je veux me battre ici, avec toi. », dit-il  à Marie-Louise

En revanche, je me suis parfois un perdu en route dans ce récit très détaillé. J’ai eu un faible pour Jean-Jacques, le philosophe le cacatoès ! 🙂 Mais aussi pour Marie-Louise, en raison ses idées. Alex est un ado déraciné,  finalement influencé par les idées de celle qu’il aime.

Le roman aborde le thème de l’esclavage, mais j’aurais aimé que ce soit encore plus insistant. Il est beaucoup question d’escrime et autres jeux de sabre, de vie de cour et autres bals masqués,  mais la révolte des esclaves de Saint-Domingue n’est qu’une allusion, dans la bouche de Rose. Le personnage avant-gardiste de Marie-Louise évoque la lutte contre l’esclavage. On sait bien que tout ne sera pas si simple, que la véritable abolition de l’esclavage arrivera au 19e siècle, mais néanmoins j’aurais aimé que cette thématique soit davantage développée.

A la fin de l’ouvrage, Christel Mouchard nous dit « ce qui est vrai dans l’histoire d’Alex », et c’est là, et seulement là qu’on apprend la révolte des esclaves à Saint-Domingue : « La révolte dont parle Rose s’est déroulée en 1790. Ce fut la plus importante de l’histoire de l’esclavage aux Antilles. (…) »; même chose pour « le mouvement contre l’esclavage en France » qui n’est encore que balbutiant ; on apprend aussi « lorsque Napoléon Bonaparte lui demanda de participer à l’expédition chargée de réprimer la révolte des escales de Saint-Domingue », Alex refusa. Celui qui deviendra le général Dumas est mort quand celui qui deviendra l’auteur des Trois Mousquetaires avait quatre ans.

Un roman que j’ai globalement apprécié même s’il lui manque un petit quelque chose à mon goût. Il est instructif, c’est certain, et dévoile un pan de la richesse culturelle de Haïti et notre héritage commun, à travers la figure emblématique de Thomas Alexandre Dumas.

C’est le troisième roman que je lis de Christel Mouchard, dont j’avais adoré L’Apache aux yeux bleus, (beaucoup apprécié aussi par deux petits monstres aujourd’hui ados) et La princesse africaine.

Je remercie Flammarion Jeunesse.

 

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L’empreinte – Alexandria Marzano-Lesnevich

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Traduit par Héloïse Estié

Alexandria Marzano-Lesnevich est étudiante en droit à Havard, farouche opposante à la peine de mort. Mais une vidéo des propos de Ricky Langley, lors d’un stage, va ébranler ses convictions. Cela l’ébranle tant qu’elle termine la fac mais laisse tomber le droit. « Comment aurais-je pu devenir avocate après avoir souhaité la mort de cet homme ? », « Comment pouvais-je défendre efficacement mes convictions si, dès qu’un crime me touchait personnellement, je changeais d’avis ? » En 1992, en Louisiane, Ricky Langley a étranglé Jeremy Guillory, six ans au moment des faits, avant de l’enfermer dans le placard de sa chambre. Le jeune homme a déjà été condamné deux fois pour pédophilie et a tenté de se suicider plusieurs fois. Alexandria est d’autant plus mal à l’aise que Lorelei, la mère de l’enfant, a décidé de se battre pour que l’agresseur de son fils ne soit pas condamné à mort car elle comprend sa détresse, son cri au secours resté lettre morte auprès des services sociaux. Mais surtout, la rencontre avec Ricky renvoie Alexandria à la pédophilie de son propre grand-père dont elle a été la victime, avec l’omerta absolue de sa famille. Une empreinte traumatique qu’elle tente expurger dans ce récit, où elle offre le portrait croisé de Ricky et du sien. On assiste aux nombreux procès avec moult détails et témoignages. On sait que Ricky a échappé à la peine de mort, verdict du premier procès, expédié en trois heures à peine, où l’homme a été jugé coupable d’avoir violé et assassiné Jeremy. Un avocat a réussi à  faire casser la sentence pour un vice de forme encore jamais invoqué en Louisiane : bien Ricky soit blanc, il y aurait dû avoir des Noirs dans le jury. Les procès suivants tourneront autour du viol ou non de Jeremy. D’autant que si Ricky a bien avoué lui-même le meurtre de l’enfant, il en nie le viol.

C’est un récit percutant, dérangeant et noir. C’est un road trip vers le pardon, ce qu’ignore alors l’auteure au début de son projet. Le livre prend la dimension d’une catharsis et non d’un débat sur la peine de mort pour les pédophiles. Une tentative pour comprendre – et la renaissance finale qui en émane.

« (…) l’homme assis en face de moi est un homme. Il ne sera jamais entièrement telle chose ou telle autre. Seule une histoire peut l’être. Jamais un être humain.
Alors j’essaie quelque chose de neuf. Pas de tourner le dos au passé, pas de le fuir, mais de lui tendre la main. Je dis au passé : Viens avec moi, donc, tandis que je poursuis ma vie.
Je dis : « Bonjour Ricky. »

Un livre à la croisée de l’autobiographie, du roman noir et du journalisme d’investigation. Un récit très dense et documenté. Mais de trop nombreuses répétitions qui finissent pas faire perdre de vue le but de cet ouvrage très personnel.

J’admire l’humanité de l’auteure et son courage d’être allée à ce point au fond des choses. C’est un tour de force.

Cependant, il aurait gagné a être beaucoup plus court : les moult répétitions et détails le gâchent vraiment et m’ont empêchée de l’apprécier totalement. J’ai eu du mal à aller jusqu’au bout. Cela aurait été dommage que je n’y aille pas !

Voilà, c’était ma dernière lecture pour le Grand Prix des Lectrices Elle. Le sort en est jeté. J’ai rendu mes copies la semaine dernière.

Je vous présente pour MON trio gagnant :

 

Leur point commun est la qualité exceptionnelle de l’écriture et la profondeur du sujet : le racisme, la violence faites aux femmes, l’injustice au pays des Droits de L’Homme. Un ensemble de qualités qui font que ces livres méritent un prix.
J’ai parfois eu du mal à trancher, alors je vous présente aussi mon top « bis », où je ne bouderai pas mon plaisir si ces livres sortent vainqueurs aussi :

 

Des ex-aequo pour la catégorie « document » et « policier ».
J’ai beaucoup hésité à départager le sublime roman Asta, de mon chouchou Jon Kalman Stefansson du non moins sublime Chant des revenants. Deux plumes d’exception mais j’ai trouvé le sujet de Jesmyn Ward plus important.

Le sort en est jeté ! Nous sommes 120 jurées. Donc le suspense reste entier.
Résultats le 3 juin.

Une belle aventure et je ne pourrai pas candidater de nouveau avant 3 ans. Je m’essayerais bien à d’autres prix également, c’est un exercice vraiment intéressant. Il nécessite aussi beaucoup d’organisation quand on travaille à temps complet, avec un job qui vous occupe aussi beaucoup. 28 livres à lire et dont il faut rendre compte dans le timing imparti (3 semaines en moyenne pour lire 3 livres et un peu plus pour les 7 du jury auquel on appartient). A votre tour si cela vous tente de poser votre candidature ! C’était ma 2e fois. 🙂

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Abattage – Lisa Harding

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Traduit par Christel Gaillard-Paris

Nouvelle lecture d’un roman irlandais cette semaine, avec le premier roman de Lisa Harding, qui dans la vie est actrice et dramaturge. C’est son premier roman et c’est un sacré beau début car il a reçu le Kate O’Brien Award en 2018 et va être adapté au cinéma.
Lisa Harding milite contre les violences faites aux femmes et aux enfants. Parler de ces violences-là n’est pas toujours chose aisée. Il ne faut pas tomber dans le voyeurisme, il faut arriver à trouver le ton juste sans minimiser les souffrances infligées, il faut choquer le lecteur et l’amener à réfléchir. Je viens tout juste de refermer le roman et j’écris ma chronique à chaud car c’est une vraie claque.

Nicoleta, dite Nico, vit à la campagne, en Moldavie, avec ses parents, son frère et son chien. Elle a presque 13 ans. Avec son amie Maria, elle parle des garçons, comme toutes les filles de son âge. Le premier jour de ses premières règles tout change. Son amie devient plus distante : « « Je sais ce qui t’es arrivé, Nico. Peut-être qu’à partir de maintenant ton père va commencer à te chercher un mari à toi aussi. » Elle regarde les draps qui sèchent au soleil. « Maintenant, tu es comme les autres filles de la classe. » » Effectivement, à partir de ce moment, Nico devient comme une chose que l’on peut monnayer. Ainsi son père la vend à un homme, pour une sorte de mariage arrangé. Il argue à son épouse, qui s’y oppose, que l’avenir sera meilleur en Angleterre pour leur fille. L’argent est donné à un passeur, chargé de conduire Nico jusqu’à son soi-disant futur époux. Le lecteur sait déjà que ce sera le début de l’enfer pour l’adolescente.

Pendant ce temps, à Dublin, Samantha, dite « Sammy » explique : « Ca m’est arrivé la première fois l’année dernière – je n’ai certes pas été précoce, mais j’ai vite rattrapé mon retard ; depuis les chiens dans la rue ne cessent de me renifler, ma mère paraît toujours sur le point de vouloir me bouffer, mon père regarde (et s’en va) ailleurs, Brian et ses potes veulent me sauter, et les hommes se retournent sur mon passage. » En pleine crise d’adolescence, elle s’évade dans les rues de Dublin avec sa meilleure amie, Luce, pour échapper à sa famille bancale : une mère alcoolique, un père fuyard qui lui dit toujours qu’elle exagère tout. Sammy est une adolescente délurée, mais surtout révoltée et a déjà tendance à se réfugier dans l’alcool. Et puis il y a la fois de trop, où complètement stone , elle s’auto-mutile. Son amie lui porte secours et elle est transférée aux urgences. Afin de cacher la raison de ses blessures, elle raconte qu’elle a été agressée. Le début d’une descente aux Enfers : Sammy est tellement mal dans sa peau, à cause de cette famille en vrac, qu’elle n’a qu’une idée en tête pour aller mieux : la fugue. Pourtant, elle est à des millions d’années lumière de se douter de ce qu’il va lui arriver, des individus glauques qui se nourrissent de la chair des jeunes filles…

D’un hôtel sordide de Dublin à une sorte de monde parallèle qui nourrit les hommes vicieux en boîtes de nuit, ou aux soirées plus huppées, c’est un voyage dans l’Infâmie qui vous attend ! « Bienvenue » dans le monde du trafic sexuel des jeunes filles ou jeunes femmes du monde entier. Une vraie mafia organisée par des pourritures. J’en suis tremblante de colère. On a beau savoir que cela existe, ce roman est une bonne piqûre de rappel sur les luttes qu’il reste à mener. Tant contre les responsables de ces trafics que contre les consommateurs que sont ces hommes qui prennent les femmes pour des objets, des sex toys, là pour assouvir leurs pulsions (il y a toute une éducation à faire, jusqu’aux « histoires » de mariage arrangé).
Les femmes sont droguées pour tenir le coup (du moins, si on peut dire), traumatisée, apeurée, elles deviennent l’ombre d’elles-mêmes, quand elles ne succombent pas aux blessures qu’on leur inflige.
Sammy est la seule irlandaise au milieu des autres femmes prisonnières d’une maison au milieu de nulle part ; elle pensait que cela lui donnait plus de chances qu’aux autres de s’en sortir.

Je ne vais pas vous raconter la fin. Je ne peux que vous inciter à lire ce livre qui est, selon Lisa Harding, « une tentative de rendre hommage à ces filles, et de faire prendre conscience de l’ampleur de ce trafic caché et fleurissant. »
Elle ajoute, « Pour en savoir plus sur ce trafic en Irlande, vous pouvez vous rendre sur le site http://www.blueblindfold.gov.ie

L’hommage est réussi car si ce livre vous plonge dans le sordide, il arrive à éviter le côté malsain et voyeur. La plume de Lisa Harding va à l’essentiel, de manière percutante.
Un roman puissant et marquant.
Pour moi c’est un coup de coeur !

Vraiment, le deuxième très bon roman irlandais que je lis en deux semaines ! Quel bonheur ! J’enchaîne sur le dernier Paul Lynch…

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Né d’aucune femme – Franck Bouysse

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Un homme dont on devine rapidement qu’il s’agit d’un homme d’église , reçoit l’étrange confession d’une femme : elle l’avertit qu’on va lui demander d’aller bénir le corps d’une femme à l’asile. Elle a caché sous sa robe des cahiers qu’il doit subtiliser et lire. Puis la silhouette encapuchonnée s’enfuit, disparaît comme volatilisée. Le narrateur de l’histoire, c’est Gabriel, le curé. Il avait 28 ans à l’époque. C’est lui qui va nous dévoiler l’histoire de Rose, une histoire qui s’est déroulée il y a quarante-quatre ans. Rose a été vendue par son père quand elle avait 14 ans, à un maître de forge. Elle vivait jusque là avec ses parents et ses trois sœurs. Pour son père, les filles ne comptent pas. La famille est pauvre. Vendre Rose leur permettrait de s’en sortir pour un moment. Alors il la monnaye au maître de forge, chez qui elle sera bonne à tout faire. Mais aussi violée de nombreuses fois par cet homme. Dans ce château où il vit avec sa mère, une femme qui a tout d’une sorcière de contes noirs, mais aussi avec une autre femme que l’on ne voit pas, et dont l’absence intrigue Rose. L’adolescente se lie d’amitié avec Edmond le palfrenier, et il lui permettra de vivre de rares moments de bonheur. Malgré la terreur que lui insipirent ses maîtres, Rose décide d’agir. Elle ignore encore qu’elle porte la vie.  

Franck Bouysse nous régale avec un roman noir expresso mais foisonnant. Rose est une figure féminine forte, intelligente, qui fera tout pour se défaire des chaînes que des hommes ont tenté de lui imposer. Derrière sa beauté et sa fragilité apparente se cache une force de caractère.

Un livre a-temporel (d’ailleurs, il n’y a aucune date, juste des repères -des chevaux, des journaux, une forge – ce qui laisse l’imagination du lecteur libre), aux allures de conte. Une ambiance gothique et magnétique. Une histoire qui tient en haleine, devient rapidement addictive et obsessionnelle.

Il y a de la magie dans ce livre, où de la noirceur de l’histoire émerge une ensorcelante beauté. On ne parvient pas vraiment à l’expliquer. C’est le tour de force de la plume de Franck Bouysse. Un beau livre contre la violence faite aux femmes, finalement.
Coup de cœur.

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Tout ce que nous allons savoir – Donal Ryan

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Traduit par Marie Hermet

« Martin Toppy est le fils d’un homme célèbre chez les gens du voyage et le père de mon enfant à naître. Il a dix-sept ans, j’en ai trente-trois. J’étais son professeur particulier. »

Je vous préviens : si vous voulez lire une histoire de cougar, avec tout un tas de détails scabreux et obscènes, cette histoire n’est pas pour vous ! Si vous voulez une histoire d’amour avec des violons (ou plutôt du fiddle irlandais), ce n’est pas ça non plus !

Quant au titre, Tout ce que nous allons savoir (All we shall know), c’est un vers du poème « Une chanson à boire » de W. B. Yeats, le grand poète irlandais : « Le vin se boit par la bouche/ Et l’amour se boit par les yeux ;/C’est tout ce que nous allons savoir/Avant de vieillir et mourir/Je lève mon verre à ma bouche,/Je vous regarde, et je soupire. »

Alors voilà : Melody Shee nous raconte son histoire, depuis sa douzième semaine de grossesse jusqu’au post-partum.  Elle est mariée à Pat, qu’elle connaît depuis ses études, le seul et unique homme qu’elle avait jusque-là embrassé et tout le reste… Pourtant, un soir, elle lui dit de but en blanc qu’elle est enceinte…. mais pas de lui ! « Il s’est assis, et puis il s’est mis debout devant moi et il a crié MERDE ! une seule fois. » La seule chose qu’elle trouve à lui répondre est : « Au revoir, Pat ». Bref, elle le fiche dehors et c’est son père qui vient chercher les affaires de son fils.
Les jours qui suivent, Melody n’est pas aussi fière qu’elle en a l’air : « Je passe la première heure de chaque jour convaincue que je vais me tuer. Je me sens soulagée. Je passe l’heure suivante à m’inquiéter des conséquences de mon suicide. Mon soulagement s’évapore. Je passe l’heure suivante convaincue que je ne vais pas me tuer. Je suis soulagée de nouveau. Je passe encore une heure à m’inquiéter des conséquences si je décide de rester en vie. Le soulagement s’évapore. Je répète ce cycle encore trois fois et je vais me coucher. Je dors huit heure.
Quel lien m’ancre sur cette terre ? La peur de souffrir. »

Sa grossesse va être l’occasion de nous raconter sa vie, ses blessures, sa part d’ombre, son couple parti à vaux-l’eau.
Mais cette grossesse va surtout provoquer un changement en elle, pas seulement parce qu’elle est enceinte, mais parce qu’elle va faire une rencontre déterminante qui va bouleverser sa vie. Non, ce n’est pas Martin Toppy, l’adolescent père de son enfant ! C’est une jeune femme  : Mary Corthery, 19 ans, une fille des gens du voyage. Cette gamine va devenir le rayon de soleil de Melody. Pour elle, elle donnera tout. Et elle sera l’incarnation de tout ce qu’elle a perdu.

C’est le tour de force littéraire de Donal Ryan. Melody raconte sa grossesse, semaine après semaine, mais surtout, le récit se recentre sur autre chose : une renaissance par l’amitié qui naît entre Melody et Mary.  Cette dernier est un personnage solaire, pétillant, courageux, victime d’une vengeance entre clans. Elle va devenir un modèle pour Melody, qui ne pourra plus se passer d’elle. Les deux vont avoir de folles aventures pour se tirer de mauvais pas ! Attention, c’est souvent drôle et tragique à la fois.
Contrairement à Mary, Melody n’est pas un personnage  totalement sympathique : ce n’est pas un ange. On découvre sa part d’ombre au fil du récit. Cette grossesse la mettra face aux démons qui la tourmentent.  Ce sera une pénitence, qui, elle espère « aura peut-être (une) fin ».
Mary est plus mature de son aînée. Elle n’a pas la langue dans sa poche mais s’offusque souvent du langage fleuri de sa « copine » qu’elle trouve un peu folle de se mettre dans des états pas possibles.
Cependant, les deux font la paire : « Ah sérieux, M’dame, on fout drôlement le bordel quand on est ensemble(…). « (…)Nous sommes sorties dans la rue en ondulant des hanches, nous deux. »

Et puis il y a ce bébé qui grandit…

J’ai retrouvé avec plaisir toute la verve de Donal Ryan, son humour incroyable pour parler de thèmes tout à fait sérieux. On n’est pas en reste d’émotion ni de rebondissements.

Il a eu l’excellente idée de nous immerger dans la communauté des gens du voyage irlandais, dans ce troisième roman. C’est à souligner aussi.
On retrouve aussi les ragots de village ; l’honneur salit qu’on veut faire payer, la peur du « qu’en-dira-t-on? » (« Je te conduirais moi-même si tu ne peux pas. Je prendrai une brouette et je la tirerai moi-même rien que pour te voir partir, que Pat puisse t’oublier. »)

La fin est une vraie surprise et une habile manière de conclure cette histoire de maternité.

La prose de Donal Ryan vous ensorcelle, croyez-moi !
Une belle histoire d’amitié et de coeurs brisés.
Ce troisième roman est mon préféré. Un coup de coeur.

Je remercie les éditions Albin Michel. En librairie le 3 avril.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Vigile – Hyam Zaytoun

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Hyam Zaytoun nous embarque dans un récit autobiographique sur l’infarctus de son mari. Juste avant, ils se sont disputés pour des soucis financiers. « Ca ne va pas. On ne peut pas continuer comme ça. » lui dit-elle en le regrettant aussitôt. Elle monte se coucher toute seule, avec un rhume dont le comprimé qu’elle prend pour le soigner l’assomme. Il lui a dit un peu avant qu’il avait mal à la poitrine, mais il en ri. Elle est plus sensible à ce genre de douleur car son père sort justement d’un infarctus. Malheureusement, elle avait raison : dans la nuit, son compagnon fait un infarctus pendant qu’elle croit qu’il « fait le malin (…) ». « C’est une blague, ce vrombissement de la bouche. Ce jeu étrange que tu fais au milieu de la nuit. Serait-ce que je ronfle et tu te moques ? ». Antoine est en train de « partir », de la quitter d’une autre façon qu’elle ne l’aurait imaginée. Elle se rend enfin compte qu’Antoine ne se moque pas, elle appelle les secours, les médecins prennent le relais. Hospitalisation en urgence, massages cardiaques, coma artificiel pour éviter qu’il ne souffre trop. Et puis les mots fatidiques : « Il ne s’est pas réveillé. Il aurait dû (…). Ce que nous avons fait n’a pas suffit à le sauver ». Le silence. L’effondrement. On lui annonce que « son cœur va bien, ses organes ont récupéré, mais son cerveau est détruit. C’est fini » . Elle informe le médecin qu’elle ne veut pas qu’on le débranche. Et puis la colère contre les médecins… (je n’en dévoile pas plus, exprès !)

Ces 125 pages sont la déclaration d’amour de l’auteure à son mari. C’est l’angoisse vécue, la course folle contre le temps. Un événement traumatique qui la renvoie à un autre, celui de l’infarctus de son père. Mais aussi à son histoire d’amour avec Antoine.

J’avoue que si je peux comprendre tout à fait le besoin d’Hymam Zaytoun d’écrire, je suis néanmoins restée à l’extérieure de cette histoire parce qu’il y a une touche très (et trop) personnelle dans ce récit. De plus, l’utilisation du « je » et du « tu » contribue à laisser le lecteur dehors et il se demande ce qu’il fait là, dans cette affaire très intime.

Ce livre peut peut-être aider les personnes à qui il sera arrivé la même chose à garder espoir ou bien tout à fait le contraire (je ne dis pas pourquoi pour ne pas spoiler complètement).  

L’intérêt de ce récit est pour moi très restreint.
Par ailleurs, j’ai fini par être agacée par le pathos qui en émane et le ton un peu geignard, tendance « gnan-gnan » qui s’en dégage : « Ils vont venir mon amour, ils sont en route pour te serrer dans leurs bras (…), « Calcutta, mon amour… » « Et je ne sais pas encore que grandit dans mon ventre notre premier enfant conçu à Calcutta. Avec la mousson. Dans la plus grande perte de mes repères. Notre petite, notre toute petite Margot, déjà », « Et tes lèvres prendront bien le relais mon amour », « Est-ce un rêve, mon amour, que je fais cette nuit pour toujours, à ne vouloir pas de lendemain ? »

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Printemps irlandais

Il y a quelques mois, je vous avais présenté les parutions irlandaises de l’hiver : eh bien pas le temps de se retourner qu’une nouvelle avalanche de nouveautés arrive avec le printemps ! 🙂
Le Grand Prix des Lectrices Elle arrive à sa fin, je rends ma dernière copie au plus tard le 14 avril (et a priori bien avant !). A moi tous les livres qui se sont empilés pendant 9 mois sur les étagères de ma bibliothèque « irlandaise » et d’autres pays ! Livre Paris n’a pas arrangé les choses non plus ! Je suis allée voir Paul Lynch au Centre culturel irlandais en janvier, et je suis repartie avec son dernier roman

20190117_230554.jpg(puisque j’ai lu tous les autres, hein ! 😉 ). Bref…., voilà que « mille » nouvelles tentations irlandaise me tombent dessus. Trop dure la vie de lectrice, quand on aime la littérature de l’île d’émeraude ! Je ne sais pas par où commencer, alors j’y vais en vrac…

Le 28 mars : Abattage, de Lisa Harding, aux éditions Joëlle Losfeld, traduit par Christel Gaillard-Paris.

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Présentation éditeur : « Nico vit en Moldavie. Quelques semaines avant ses treize ans, son père la retire de l’école et la vend à des trafiquants sexuels. Sammy vit à Dublin, elle a quinze ans et est pleine d’énergie. Sa relation avec sa mère alcoolique est si conflictuelle qu’elle finit par fuguer et par être exploitée dans un bordel. Nico et Samy se rencontrent dans une résidence où sont logées d’autres jeunes fiIles que l’on force à se prostituer. Les scènes de violence sont dépeintes avec une crudité qui n’a rien d’érotique. Abattage documente l’inhumanité du trafic sexuel sans jamais dévier de son objectif premier, celui de raconter une histoire. C’est un livre engagé contre les violences faites aux femmes et particulièrement aux adolescentes. »

Le 3 avril, c’est un nouveau roman de Donal Ryan (dont vous trouverez les chroniques des deux précédents livres ici) qui sera dans toutes les bonnes librairies : Tout ce que nous allons savoir, aux éditions Albin Michel, traduit par Marie Hermet.

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Présentation éditeur : «  »Martin Toppy est le fils d’un homme célèbre chez les gens du voyage et le père de mon enfant à naître. Il a dix-sept ans, j’en ai trente-trois. J’étais son professeur particulier. »
C’est sur ces mots que s’ouvre le nouveau roman de Donal Ryan. Melody Shee est enceinte de douze semaines lorsqu’elle entreprend l’écriture d’un journal. Hantée par son mariage toxique avec un homme qui l’a quittée en apprenant la vérité sur l’enfant à naître, par le souvenir d’une mère inaccessible et de l’amie d’enfance qu’elle a trahie, Melody doit faire face seule à ses démons. Jusqu’à ce qu’une jeune femme énigmatique entre dans sa vie…
En donnant voix à Melody, Donal Ryan met à nu toute la complexité d’un être à travers le prisme d’une petite ville irlandaise. Ce troublant portrait de femme, qui doit son titre à un magnifique poème de William Butler Yeats, est un roman déchirant sur le mariage et l’adultère, la solitude et l’amitié. »

D’après le communiqué de presse de l’éditeur, Donal Ryan sera à Paris début avril. 🙂

Le 13 mars a paru Les amants de Coney Island, de Billy O’Callaghan, aux éditions Grasset, traduit par Carine Chichereau.

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Présentation éditeur : « La tempête de neige qui s’abat sur la presqu’île de Coney Island, en cet après-midi d’hiver, n’empêchera pas Michael et Caitlin de se retrouver dans un petit hôtel comme ils le font une fois par mois depuis un quart de siècle, mais elle confère à leurs retrouvailles une urgence inhabituelle. Michael et Caitlin sont mariés – chacun de son côté. Depuis tant d’années, leur vie est rythmée par ces rendez-vous clandestins et mensuels, toujours à Coney Island – dans le décor étrange et un peu décati d’une station balnéaire aux allures de parc d’attractions –, puisqu’ils n’ont pas eu le courage de divorcer et de laisser derrière eux un quotidien terne. Mais si cet après-midi-là ils feront l’amour comme à chaque fois, ils devront aussi parler de l’avenir, prendre des décisions peut-être. Car Thomas, le mari de Caitlin, sera sans doute muté dans le Midwest, et la femme de Michael, Barbara, est en train de se mourir d’un cancer.
Alors Michael et Caitlin vont-ils enfin oser se projeter dans une vie commune, ou au contraire, vont-ils renoncer ? Pendant que les heures dans cette chambre trop froide s’égrènent, les souvenirs affluent : leur rencontre dans un dancing, le coup de foudre, la mort du bébé de Michael et Barbara, la brève carrière d’écrivain de Caitlin, mais aussi leurs enfances respectives, elle à Brooklyn, lui sur la petite île d’Inishbofin au large du Connemara. Deux êtres qui partagent une intimité radicale dans le secret le plus absolu, deux amants à la croisée des chemins. Et lorsque l’après-midi se finit, tous deux doivent prendre le train du retour…
O’Callaghan exprime avec une précision inouïe la force du lien qui unit un homme et une femme, il y parvient à travers l’évocation à la fois sensuelle et hyperréaliste de l’amour physique. Il dit aussi les rêves et les actes manqués, les renoncements et les regrets, mais il chante surtout, et avant tout, le manque et le désir qui vous brûlent, vous coupent le souffle, vous font vivre. »

Un nouvel auteur traduit, à l’instar de Lisa Harding, que j’ai envie de découvrir ! Je vous ferai un petit topo sur ces écrivains quand je chroniquerai les livres.

Enfin, c’est le retour de Maggie O’Farrell, avec I am, I am, I am, paru le 7 mars aux éditions Belfond, traduit par Sarah Tardy.
J’ai lu tous ses romans, sauf un (Quand tu es parti). Je trouve ses livres inégaux, celui-ci me désarçonne un peu, je l’ai feuilleté, ce ne sera pas ma priorité, j’avoue, mais je suis curieuse…

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Présentation éditeur : « Après le succès d’ Assez de bleu dans le ciel, Maggie O’Farrell revient avec un nouveau tour de force littéraire. Poétique, subtile, intense, une œuvre à part qui nous parle tout à la fois de féminisme, de maternité, de violence, de peur et d’amour, portée par une construction vertigineuse. Une romancière à l’apogée de son talent.
Il y a ce cou, qui a manqué être étranglé par un violeur en Écosse.
Il y a ces poumons, qui ont cessé leur œuvre quelques instants dans l’eau glacée.
Il y a ce ventre, meurtri par les traumatismes de l’accouchement…
Dix-sept instants.
Dix-sept petites morts.
Dix-sept résurrections.
Je suis, je suis, je suis.
I am, I am, I am.« 

EDIT DU 20/04 : parce que cet auteur est aussi un incontournable de la littérature d’Irlande du Nord. Parution depuis le 3 avril du dernier roman de Stuart Neville, Ceux que nous avons abandonnés, chez Rivages :

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Présentation éditeur : « A la mort de leur mère, Ciaran Devine, douze ans, et son frère aîné Thomas avaient été placés dans la famille Rolston. Mais un jour, Mr Rolston est retrouvé chez lui, le crâne enfoncé ; les deux frères sont auprès du corps, ils sont couverts de sang. Ciaran avoue être l’auteur du crime. Sept ans plus tard, Ciaran retrouve la liberté mais Paula Cunningham, son agente de probation, soupçonne qu’il n’a pas dit la vérité. Elle s’en ouvre à l’inspectrice Serena Flanagan qui avait recueilli la confession du jeune garçon. Les deux femmes vont faire remonter à la surface des drames et des blessures qui continuent de ruiner les vies présentes, y compris les leurs. « 

Une autre suprise vous attend dans le courant du printemps. Mais chut ! j’en parlerai plus tard ! 😉

En tout cas, pour fêter ce printemps littéraire irlandais, je vous propose de gagner un roman… irlandais, à savoir le premier roman de Michèle Forbes, Phalène fantôme, paru en poche dans la collection « La Petite Vermillon » aux éditions de La Table Ronde, traduit par Anouk Lehoff . Les chroniques des livres de l’auteure sont sur le blog.

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Concours réservé à la France métropolitaine, mais ouvert à tous, blogueur ou pas.
Tirage au sort le 31 mars.

Edit : And the winner is Catherine, à qui je souhaite une chouette lecture !

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